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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Géranium ovipare, 1935· Anecdotes controuvées et fausses confidences

Histoire (lamentable et véridique) d’un poète subjectif et inédit

Georges Fourest· 66 vers

Au moins furent-ils imprimés, petite chose immense.(Paul Verlaine).

Sentimental et sensitif,plein de rancœur, un peu moqueuril faisait des vers subjectifs,de ces vers où l’on dit : « Mon cœur ! »— « Mon cœur c’est ci, mon cœur c’est ça« mon cœur fait ci, mon cœur fait ça,« Mon cœur par-ci, mon cœur par-là ! »…Il s’analysait puissamment,subtilement et doctement !

Il faisait des vers subjectifset quand il avait dit : — « Mon cœur… »à la rime il collait : « Moqueur »ou bien « liqueur » ou bien « rancœur »,ne voulant rimer, quant à lui,qu’avec la consonne d’appui…— « Mon cœur c’est ci, mon cœur c’est ça,« mon cœur fait ci, mon cœur fait ça,« mon cœur par-ci, mon cœur par-là ! »

À tour de bras il rimait, maistous ces beaux vers si bien rimésne jurent jamais impriméset, poète vraiment maudit,il resta toujours inédit ;si vous voulez savoir commentje vais vous le dire à l’instant,si vous voulez savoir pourquoiécoutez bien, tenez vous coisprêtant l’oreille à mon récittrès-lamentable mais concis :

Au moins un lustres’est écoulédepuis qu’un lustres’est écroulésur sa tête chez un bistrodont il savourait le siroptout en corrigeant ses épreuves ;il mourut laissant bien des veuves :(son cœur allait de-ci, de-làet, lui, couchait par-ci, par-làchez celle-ci, chez celle-là,rouquine, blonde, ou chocolat).

Dans du bois blanc on l’enferma,on entonna le Libera

(de Profundis et tra la la !)puis à Bagneux on l’inhuma(autrement dit on l’enterra)un monsieur très-bien palabra :— « Son cœur était comm’ci, comm’ça,« il faisait ci, il faisait ça,« son cœur par-ci, son cœur par-là« et cæteri et cætera« et patati et patata« de Profundis et tra la la ! »

Mais comme ces vers pleins de cœurs’imprimaient à compte d’auteur,il arriva que l’éditeur,(commerçant fort intelligent !)sans imprimer garda l’argent.Le manuscrit, il le brûladans son poêle à bois, et voilà(de Profundis et tra la la !)pourquoi ce poète maudit,ainsi que j’ai ci-dessus dit,à Bagneux pourrit inédit :

et dans l’autre monde, après tout,il est probable qu’il s’en fout !

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Géranium ovipare, Paris, JOSÉ CORTI, 1935· numérisation wikisource.org· Sources