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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Géranium ovipare, 1935· Anecdotes controuvées et fausses confidences

Le banquet paul Verlaine

Georges Fourest· 60 vers

De la douceur, de la douceur, de la douceur !P. V.

Or donc les Amis de Verlainepour commémorer son trépasse sont offert et lon lon laine !dimanche un bon petit repas ;

d’abord au maître qu’environneleur amour d’un geste furtifils jetèrent une couronne :ça leur servit d’apéritif.

(Avant que de se mettre à tablerien ne vaut un tour de jardin.)Sans nul incident bien notableon bouffa hors-d’œuvre, boudin,

gigot, tripes, saucisses, nouilleset chou-fleur à la père Ubu,tête de veau plus force andouillesmais quand un chacun fut bien bu

sonna l’heure de la palabre…Alors !… ô mes petits chéris,par les poux de saint Benoît Labrece furent de beaux hourvaris !

D’abord un monsieur Alexandrequ’on patronyme Nathansonsur un mode rêveur et tendreentonna la Bonne chanson

des monacos : — « J’ai la galette« et Verlaine avait le talent,« modulait-il, ça se complète :« disons mieux : c’est équivalent ! »

Vacillant un peu sur son soclemonsieur Edmond Lepelletierdans l’œil ajuste son monocleet regarde d’un air altier ;

un monsieur au nom exotiquebrandit sa carte : on n’en veut point !Pour le coup, c’est épileptique :on hurle, on se montre le poing !

— « Va donc mufle ! va donc tapette ! »— « Tas de marlous ! tas d’avachis ! »— « Ta gueule est mon cul quand je pète ! »Les dames perdent leurs chichis,

en une débandade folleplats, couteaux, saladiers, couvertsassiettes, allez donc ! tout vole !…Calme, Paul Fort disait des vers.

Et je te poche la paupière,et je te cogne et je te mordset je te griffe ! — Sous sa pierrele bon Verlaine est toujours mort.

Mais le plus chauve des esthètesdressait son crâne monacal(qui veut Phalange fait la bête,proclamait feu Blaise Pascal).

Que chantait-il, ce Jean Royère ?En vérité je ne sais pascar on apportait le gruyèreet ce fut la fin du repas.

Charmé de la petite fêtechacun alla panser ses gnons.Mais tout de même ces poètessont de bien gentils compagnons !

1919.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Géranium ovipare, Paris, JOSÉ CORTI, 1935· numérisation wikisource.org· Sources