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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies nouvelles, poésies inédites et poésies posthumes, 1872

Wladislas Iii

SURNOMMÉ LE VARNÉNIEN (1424-1444) (Traduit littéralement du polonais)

Théophile Gautier· CHANT HISTORIQUE· 18 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 72 vers

En quelque sorte que ce soit, il ne lui fut jamais
possible de faire retourner le Roy ; car il estimoit
trop indigne du lieu qu’il tenoit et du sang dont
il estoit sorty, qu’on l’eust veu desmarcher un seul
pas en arrière.
Tout que vers le soir son cheval ayant par les
janissaires esté tué sous luy, fut à la fin mis à
mort ce très-valeureux et invincible Prince, digne
certes d’une plus longue vie.(Blaise de Vigenère, Les Chroniques et Annales de Pologne, 1573)

Une grande journée‖ en Pologne connue,Ce fut lorsque naquit‖ à Jagellon un fils :Toute la nation‖ célébra sa venueAvec de joyeux cris.

En ce temps-là Witold,‖ achevant de soumettreLes Russiens du Wolga‖ combattus vaillamment.Revint, et salua‖ le jeune roi son maîtreD’un tendre embrassement.

Soulevant hautement‖ l’enfant à tête blonde,Il dit ceci : « Seigneur‖ de la terre et des cieux,Faites que ce cher prince‖ en tous pays du mondeDevienne glorieux. »

Ici l’on apporta‖ des cadeaux de baptême.Witold donna les siens :‖ et puis dans un berceauCoulé de pur argent,‖ il déposa lui-mêmeLe petit roi nouveau.

Il l’élevait à bien‖ défendre la patrie ;Mais la mort, quand l’enfant‖ eut douze ans, l’emporta.Et Jagellon le vieux‖ s’en allant de la vie,Sur son trône il monta.

Des viles passions‖ il évita l’empire,De Chobry dignement‖ il suivit le chemin ;Il tint l’état en bride,‖ et le sut bien conduireAvec sa forte main.

Ceux de Poméranie,‖ et ceux de Moldavie,Et ceux de Valachie,‖ en foule accouraient tousComme à leur roi, devant‖ son trône, à Varsovie,Plier les deux genoux.

Voyant comme c’était‖ un prince grand et brave,Pour avoir son appui,‖ le peuple des HongroisLui fit porter en pompe,‖ ainsi qu’un humble esclave,La couronne des rois.

Son pouvoir s’affermit ;‖ et lorsque dans ByzanceLe trône des Césars‖ chancelle, prés de choir,Rome et le monde entier‖ dans sa seule vaillanceMettent tout leur espoir.

Son nom roule et grossit‖ ainsi qu’une avalanche,Aux Turcomans domptés‖ il fait mordre le sol,Devant ses pas vainqueurs‖ avec lui l’aigle blanchePorte en tous lieux son vol.

Quand il prit son chemin‖ par le pays des Slaves,Ceux-ci voyant pareils‖ leur langage et leur foi,Sous le joug étranger‖ fatigués d’être esclaves,Le saluèrent roi.

Trop heureux si, content‖ de régner avec gloire,Sur les peuples nombreux‖ à son trône soumis,Il eût su maîtriser‖ ses ardeurs de victoireComme ses ennemis.

Le fidèle conseil‖ souvent lui disait : « Sire,Assez comme cela,‖ c’est assez de hauts faits.Vaincre est beau ; mais la gloire‖ est plus grande, à vrai dire,Qu’on gagne dans la paix. »

Mais Rome parlait haut‖ à couvrir ce langage ;Le monde l’appelait ;‖ et, de tout oublieux,Il part, et, sous Varna,‖ contre les Turcs engageUn combat périlleux.

Les plus terribles coups,‖ épouvante et mort pâleAllaient dans la mêlée‖ où son glaive avait lui,Et tous ceux que touchait‖ sa cuirasse royaleTombaient fauchés par lui.

Pour finir le combat‖ que sa valeur prolonge,Les Spahis, à grands cris,‖ contre lui fondent tous,Et dans son front privé‖ du casque la mort plongeAvec leurs mille coups.

Wladislas est tombé.‖ Sous sa pesante armureLa terre pousse un triste‖ et sourd gémissementMort, la menace vit‖ encor sur sa figureCrispée horriblement

Comme le Marcellus‖ d’Auguste et de Livie,Qui ne fit que briller‖ sur le monde et mourut,Notre Varnénien,‖ dans l’avril de sa vie,Brilla, puis disparut.

Avril 1834.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (54 de 12, 18 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a connue / venue féminine, classiqueb fils / cris masculine, classiquea soumettre / maître féminine, classiqueb vaillamment / embrassement masculine, classiquea blonde / monde féminine, classiqueb cieux / glorieux masculine, classiquea baptême / lui-même féminine, classiqueb berceau / nouveau masculine, classiquea patrie / vie féminine, classiqueb l’emporta / monta masculine, classiquea l’empire / conduire féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea Moldavie / Varsovie féminine, classiqueb tous / genoux masculine, classiquea brave / esclave féminine, classiqueb Hongrois / rois masculine, classiquea Byzance / vaillance féminine, classiqueb choir / espoir masculine, classiquea avalanche / blanche féminine, classiqueb sol / vol masculine, classiquea Slaves / esclaves féminine, classiqueb foi / roi masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb soumis / ennemis masculine, classiquea Sire / dire féminine, classiqueb faits / paix masculine, classiquea langage / engage féminine, classiqueb oublieux / périlleux masculine, classiquea pâle / royale féminine, classiqueb lui masculine, classiquea prolonge / plonge féminine, classiqueb tous / coups masculine, classiquea armure / figure féminine, classiqueb gémissement / horriblement masculine, classiquea Livie / vie féminine, classiqueb mourut / disparut masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources