Poésies, 1833
L’oiseau captif
Car quand il pleut et le soleil des cieux
Ne reluit point, tout homme est soucieux.Clément Marot.
Depuis de si longs jours‖ prisonnier, tu t’ennuies,Pauvre oiseau, de ne voir‖ qu’intarissables pluies,De filets gris rayant‖ un ciel noir et brumeux,Que toits aigus baignés‖ de nuages fumeux.Aux gémissements sourds‖ du vent d’hiver qui passePromenant la tourmente‖ au milieu de l’espace,Tu n’oses plus chanter :‖ mais vienne le printempsAvec son soleil d’or‖ aux rayons éclatants,Qui d’un regard bleuit‖ l’émail du ciel limpide,Ramène d’outre-mer‖ l’hirondelle rapide,Et jette sur les bois‖ son manteau velouté,Alors tu reprendras‖ ta voix et ta gaîté ;Et si, toujours constant‖ à ta douleur austère,Tu regrettais encor‖ la forêt solitaire,L’orme du grand chemin,‖ le rocher, le buisson,La campagne que dore‖ une jaune moisson,La rivière, le lac‖ aux ondes transparentes,Que plissent en passant‖ les brises odorantes,Je t’abandonnerais‖ à ton joyeux essor.Tous les deux cependant‖ nous avons même sort,Mon âme est comme toi :‖ de sa cage mortelleElle s’ennuie, hélas !‖ et souffre, et bat de l’aile,Elle voudrait planer‖ dans l’océan du ciel,Ange elle-même, suivre‖ un ange Ithuriel,S’enivrer d’infini,‖ d’amour et de lumière,Et remonter enfin‖ à la cause première ;Mais, grand Dieu ! quelle main‖ ouvrira sa prison,Quelle main à son vol‖ livrera l’horizon ?
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 14((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a t’ennuies / pluies féminine, classiqueb brumeux / fumeux masculine, classiquea passe / l’espace féminine, classiqueb printemps / éclatants masculine, classiquea limpide / rapide féminine, classiqueb velouté / gaîté masculine, classiquea austère / solitaire féminine, classiqueb buisson / moisson masculine, classiquea transparentes / odorantes féminine, classiqueb essor / sort masculine, non classiquea mortelle / l’aile féminine, classiqueb ciel / Ithuriel masculine, classiquea lumière / première féminine, classiqueb prison / l’horizon masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Premier, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1889· numérisation Project Gutenberg· Sources