Œuvres complètes, 1778· Poesies diverses
A M. dorat
Un jour, pour dissiper l’ombre de ma tristesse,J’errois dans les détours de ces bois de lauriers,Immortels ornements des coteaux du Permesse ;Devant moi s’avançoient des poètes altiers,Leurs pinceaux à la main, le lierre sur la tête :Ce spectacle m’attire, et déjà je m’apprêteA porter plus avant mes pas audacieux,Quand un mortel frappe mes yeux.La douce Volupté, mollement étendue,Près de lui sur des fleurs reposoit demi-nue ;Et tandis qu’à l’écorce il confioit ses chants,L’Amour, au doux sourire, aux yeux vifs et touchants,La tête sur son corps indolemment penchée,Lui souffloit tous les feux dont il brûle les cœurs.Les Grâces, à l’Amour enviant ces faveurs,Et l’ame de dépit profondément touchée,Autour de lui se rassembloient en chœurs ;Et, voulant que leurs mains eussent part à l’ouvrage,S’approchoient en dansant, et le semoient de fleurs :La Jalousie, en vain versant des pleurs de rage,D’un antre me crioit : Ces fleurs sont des pavots.Curieux, je m’approche, et ne vois que des rosesBrillantes par leur pourpre et fraîchement écloses.Connois-tu ce mortel, vainqueur de cent rivaux,Me dit l’Amour, surpris de me voir sur ses traces,Toi dont l’œil de sa gloire envisage l’éclat ?Oui, dis-je, quand on voit un mortel près des Grâces.Craint-on de se tromper en disant, C’est Dorât ?
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de gilbert, Paris, CHEZ DALIBGN, LIBRAIRE, 1823· numérisation archive.org· Sources