Œuvres complètes, 1778· Odes
ODE IX. Imitée de plusieurs psaumes
J’ai révélé mon cœur au Dieu de l’innocence ;Il a vu mes pleurs pénitents ;Il guérit mes remords, il m’arme de constance :Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère :Qu’il meure, et sa gloire avec lui !Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père :Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage :Tout trompe ta simplicité :Celui que tu nourris court vendre ton image,Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t’entend gémir, Dieu vers qui te ramèneUn vrai remords, né des douleurs ;Dieu qui pardonne enfin à la nature humaineD’être foible dans les malheurs.
J’éveillerai pour toi la pitié, la justiceDe l’incorruptible avenir ;Eux-même épureront, par leur long artifice,Ton honneur qu’ils pensent ternir.
Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendreL’innocence et son noble orgueil ;Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,Veillerez près de mon cercueil.
Au banquet de la vie, infortuné convive,J’apparus un jour, et je meurs :Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j’arrive,Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j’aimois, et vous, douce verdure,Et vous, riant exil des bois !Ciel, pavillon de l’homme, admirable nature,Salut pour la dernière fois !
Ah ! puissent voir long-temps votre beauté sacréeTant d’amis sourds à mes adieux !Qu’ils meurent pleins de jours ! que leur mort soit pleurée !Qu’un ami leur ferme les yeux !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de gilbert, Paris, CHEZ DALIBGN, LIBRAIRE, 1823· numérisation archive.org· Sources