Œuvres complètes, 1778· Poesies diverses
Le charme des bois
Que j’aime ces bois solitaires !Aux bois se plaisent les amants ;Les nymphes y sont moins sévères,Et les bergers plus éloquents.
Les gazons, l’ombre, et le silence,Inspirent les tendres aveux ;L’amour est aux bois sans défense ;C’est aux bois qu’il fait des heureux.
O vous qui, pleurant sur vos chaînes,Sans espoir servez sous ses lois,Pour attendrir vos inhumaines,Tâchez de les conduire aux bois !
Venez aux bois, beautés volages,Ici les amours sont discrets :Vos sœurs visitent les ombrages,Les Grâces aiment les forêts.
Que ne puis-je, aimable Glycère,M’y perdre avec vous quelquefois !Avec ]a beauté qu’on préfèreIl est si doux d’aller aux bois !
En jour j’y rencontrai Thémire,Belle comme un printemps heureux ;Ou son amant, ou le zéphyreAvoit dénoué ses cheveux.
Je ne sais point quel doux mystèreCe galant désordre annonçoit ;Mais Lycas suivoit la bergère,Et la bergère rougissoit.
Doucement je l’entendis mêmeDire au berger, plus d’une fois :O mon bonheur ! ô toi que j’aime !Allons toujours ensemble aux bois.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de gilbert, Paris, CHEZ DALIBGN, LIBRAIRE, 1823· numérisation archive.org· Sources