Poèmes parisiens, 1897· Ciels de lit
Aller et retour
I
Le soleil avec des rayons tentantsCognant aux croisées,Je suis allé voir le nommé PrintempsAux Champs-Élysées.Les femmes étaient toutes déguiséesEn roses rosées,Et les amoureux avaient tous vingt ans.
II
Dans l’or et l’azur les bébés marchaientComme des gens ivres ;Les cafés-concerts grands ouverts crachaientLes notes des cuivres,Sonnant l’hallali des vents et des givres,Et loin de leurs livresDes négociants rêveurs chevauchaient.
III
Or, j’ai vu passer en victoriaLa petite reine,La reine des cœurs que j’aime il y aPlus d’une semaine.Je fus pris aux lacs de sa robe à traîne :Bien lourde est la chaîneDu pauvre Bottom, ô Titania !
IV
Ainsi disparaît, Belle, à votre aspectMon enthousiasme ;Et je m’en revins tristement avecLe nommé Marasme.Car l’Amour au cœur est un cataplasme,Comme dit Érasme,Ce vieux Hollandais qui parlait le grec.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources