Poèmes parisiens, 1897· Almanach
Janvier
Voici le sieur Janvier qui vient (ou qui s’amène).Bébés, boueux, facteurs, concierges, camelotsAccueillent son retour avec un rire amène ;Mais les autres humains s’effondrent en sanglots.
Ils vont, ces humains-là, pleurant comme des sources ;Et sous l’amer Premier de l’An courbant le dos,Une à une épuisant leurs plus vastes ressources,Ils se grèvent d’emprunts pour faire des cadeaux.
Ils regardent s’enfuir vers des poches avidesLa sueur de leurs fronts en gouttelettes d’or.Et quand ils croient avoir la paix — ô Danaïdes ! —D’autres goussets béants se présentent encor.
C’est le télégraphien oublié sur la liste ;Un ex-vidangeur qui se dit « Tout-à-l’Égout » ;Certain filleul dont on avait perdu la piste,A qui l’on ne doit rien et qui réclame tout.
C’est le fils du neveu de l’oncle d’une nièceD’un cousin de l’arrière-fils d’un bisaïeul ! ! ! …O généalogique arbre ! ô suprême pièce !Et sur sa poche vide on s’endort, enfin seul.
Aussi, résignons-nous aux étrennes farouches :Donnons aux croque-morts, aux allumeurs de gaz.Que les blasphèmes vains expirent dans nos bouches !Et, comptant les Premier de l’An, mourons ! Hic Pax !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources