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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes parisiens, 1897· Vache enragée

La dame de pique

Émile Goudeau· 29 vers

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! où vas-tu, poète Pique-Étoile ?Quelle mélancolie épouvantable voileTes yeux que j’aimerais ouverts comme des fleurs ?

Le poète

Une Fleur du Bitume a causé mes douleurs !

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! Je suis bonne, et l’espérance vertePeuple de ses l’ayons, durant la nuit inerte,L’heure que mes élus passent auprès de moi.

Le poète

De l’inique Veau d’or j’ai subi l’âpre loi.

Elle

Connais-tu le secret des souriantes veines ?L’argent luit dans la poche entr’ouverte des reines !Comme des dieux, voici le valet, puis le roi :Les as étincelants se prennent pour des astres.

Le poète

Le temple de l’Amour croule sur ses pilastres.

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! mon palais hallucinant est telQue, malgré le remords, mon règne est immortel !Soumets-loi ! dis bonsoir à tes bâtardes d’Ève.

Le poète

Je veux emprisonner mon âme dans le Rêve.

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! j’ai la clef de l’avare trésorOù tout ce que l’on peut concevoir à prix d’orDevient réalité sous la forme d’un songe.

Le poète

Le désir d’un pouvoir impossible me ronge.

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! viens ! réserve à d’autres ton dédainJe suis la fille antique et grave du Destin :Mon peuple de valets garde l’Imaginaire !

Le poète

Toucherais-je du doigt le front de la chimère !

Elle

Pstt, Pstt, Pstt ! je connais les philtres merveilleux.Chassant la faim, la soif, et le sommeil des yeux.Les bras de mes amants n’ont point de lassitude.

Le poète

Allons, je suis à toi, Dame sauvage et rude !

29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources