Poèmes parisiens, 1897· Vache enragée
Pauvre chanson d’hiver
Ah ! pauvre ciel perclus, fond d’azur malappris,Te voilà barbouillé comme un cœur de malade.L’asphalte de Lutèce a l’air d’une panade…Comme il fait gris !
Les vagabonds brouillards s’enroulent et jouissent ;Des ombres de passants, là-bas, s’évanouissent.Les femmes de plaisir pleurent plus qu’on ne croit :Il fait si froid !
Temps d’ouate, charmant le regard de l’artiste,Et berçant les pensers sur un ciel d’édredon ;Mais pour les amoureux, frileux sous l’abandon,Il fait bien triste !
Par pitié, rendez-moi la lumière du jour,Chers pays de là-bas, cigales monotones,Quand sous les verts rameaux, en l’oubli des automnes,S’en vient l’amour.
Ce nuageux hiver brise toute ma joie !Car mon cœur défleuri sous l’averse se noie,Jusqu’au jour où, sur mon cercueil, noir coffre-fort.Viendra la mort.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources