Poèmes parisiens, 1897· Almanach
Triomphal jockey !
On dit que le Cheval est roiDurant cette « Grande Semaine »,Et que Paris est le domaine.Où d’une longueur il fait loi ;
Mais — « Hippothéose » chétive ! —Un Anglais monté sur son dos,Cravache la peau de ses os…Roi ?… Misère ! A peine khédive…
Pauvre Cheval, ancien lionDes rutilantes épopées,Où tu courais vers des épéesSous les yeux de Napoléon !
Sur la colonne triomphaleD’où le César s’envolera,Ce n’est point toi que l’on mettra,Fils d’Étalon et de Cavale.
Car le jockey règle ton jeuAvec, pour sceptre, sa cravache :Quand il te tire ou qu’il te lâche,Cheval-Roi, ton jockey, c’est Dieu !
Tandis que tu foules, il roule,T’exténuant jusqu’au poteau.Alors, il est grand, noble et beauParmi les hurrahs de la foule.
Que, jadis, le type indiquéDe la Beauté reine du mondeCe fût Vénus où la Joconde,Dorénavant, c’est le Jockey.
Amour et gloire ! Qu’on lui donneTon socle, ô Vénus de Milo !Et toi, César, vieux gigolo,Descends un peu de ta colonne !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources