Le Cœur Solitaire, 1895· IV Mélancolies a Viollis
XXXII. « Je t’apporte, buisson de roses funéraires »
Je t’apporte, buisson‖ de roses funéraires,Ces vers, à toi déjà‖ lointaine et presque morte,Ô douloureuse enfant‖ qui passes dans mes rêves ;Moi qui t’ai vue heureuse‖ et belle, je t’apporteCes vers, comme un bouquet‖ de lys sur ta beauté.Tu sus trop tôt que l’homme‖ est âprement mauvais,Et le sel de la vie‖ à ta bouche est resté.Ton sourire autrefois‖ s’ouvrait en ciel de mai,Et les voiles de tes‖ paupières renfermaientDes prunelles d’azur‖ pareilles sous les cilÀ des vierges en fleur‖ dans l’ombre nuptiale.Et quelqu’un te laissa‖ solitaire, ArianeSur la grève, vouée‖ à l’éternel exil !La chaude volupté‖ qui couvait dans ta chairTrempait d’un flot de pourpre‖ ardente et magnifiqueTon teint si délicat‖ qu’il semblait tissé d’air,Et ton âme faisait‖ frémir tes lèvres fines.Je t’ai secrètement‖ aimée, ô pauvre fille,Dans tes heures de joie,‖ à tes heures de peineSurtout, et j’ai pitié‖ de toi puisque je t’aime.Ces vers voudraient pleurer‖ la splendeur de ton corpsQui ne connaîtra pas‖ l’amour : accepte-les,Et dans ton morne exil‖ sois longtemps belle encor,Comme un joyau royal‖ dans un coffre scellé.Adieu, tu ne peux pas‖ m’aimer, tu ne dois pasSavoir… j’aurais voulu‖ m’endormir dans tes bras.Hélas ! Il faut pourtant‖ recommencer à vivre !Adieu, mélancolique‖ enfant, âme automnale,Ciel du soir traversé‖ de colombes plaintives,Ô belle et douce et pure‖ et solitaire femme.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
30 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources