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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cœur Solitaire, 1895· I

IX. « Le soleil disparu rayonne sur la mer »

Charles Guérin· strophes variées, alexandrins, 48 vers

Le soleil disparu‖ rayonne sur la mer,Le navire propage‖ un remous d’émeraude,Le sable garde empreint‖ le rampement du ver.Ève est nue, et derrière‖ Ève le serpent rôde.Déjà l’étoile errante‖ éclaire d’autres cieuxQuand son sillage encor‖ nous éblouit les yeux.Le soir l’ombre de l’arbre‖ est plus longue que l’arbre.La source s’élargit‖ dans le ruisseau, le marbreJette au vent son manteau‖ de lierre souple et noir.La douleur sur un sein‖ meurtri berce l’espoir,La volupté nourrit‖ pour fille la tristesse,Et la femme qui marche,‖ harmonieuse, laisseAprès elle un sillon‖ d’amour et de parfum.Ainsi tout se survit‖ dans un écho, dans unReflet ou dans une ombre,‖ hélas ! Quand l’homme est seulÀ ne pas rayonner‖ à travers son linceul.L’aile agile du temps‖ obscurcit sa penséeD’une ride à l’instant‖ par une autre effacée,Et ses rêves, au coeur‖ des races qui viendront,Ne feront même pas‖ le bruit lointain que fontLes chutes de cailloux‖ dans l’eau d’un puits profond.

Aussi, lorsque, épuisant‖ nos âmes inquiètes,Nous, les plus douloureux‖ des hommes, les poètes,Les doigts entrelacés‖ sur le front, nous songeonsQue les élans plaintifs‖ de nos coeurs vers la gloireTariront comme l’eau‖ qui pleure entre les joncs,Que nos livres détruits‖ pleuvront en cendre noireSur la terre féconde‖ et les bois toujours verts,Que le temps laissera‖ mourir dans sa mémoireLe son de plus en plus‖ affaibli de nos vers.Alors le spectre amer‖ du doute nous visite,La stance suspendue‖ à notre plume hésite,Et, devant la croisée‖ ouverte sur le cielDont l’azur sans écho‖ nous dicte le silence,Nous mêlons nos sanglots‖ au soupir fraternelQue forme le feuillage‖ ému qui se balanceDans l’ombre des jardins‖ profonds, obscurément.Le vent fait palpiter‖ au bord de la fenêtreNos strophes où le sens‖ dans les mots s’enchevêtre :Qu’il les balaie au loin‖ pour que notre tourmentSublime n’aille pas‖ divertir un momentL’ennui d’un siècle impur‖ en qui rien ne réveilleL’intérieur écho‖ de la divinité !

Tel, chanteur inutile‖ à l’époque trop vieille,Le poète, pesant‖ enfin sa vanité,Prie et pleure, le coeur‖ gonflé comme une voile,Jusqu’à l’heure où, baignant‖ les toits de la cité,L’aube naissante éteint‖ l’étoile après l’étoile.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2[abab] 9[aa] 1[abbacacdcd] 1[abbaa] 1[ababcbc]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a mer / ver masculine, classiqueb d’émeraude / rôde féminine, classiquea cieux / yeux masculine, classiquea l’arbre / marbre féminine, classiquea noir / l’espoir masculine, classiquea tristesse / laisse féminine, classiquea parfum / un masculine, classiquea seul / linceul masculine, classiquea pensée / effacée féminine, classiquea viendront / font masculine, classiquea profond / songeons / joncs masculine, non classiqueb inquiètes / poètes féminine, classiquec gloire / noire / mémoire féminine, classiqued verts / vers masculine, classiquea visite / hésite féminine, classiquea ciel / fraternel masculine, classiqueb silence / balance féminine, classiquea obscurément / tourment / moment masculine, classiqueb fenêtre / s’enchevêtre féminine, classiquea réveille / vieille féminine, classiqueb divinité / vanité / cité masculine, classiquec voile / l’étoile féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources