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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cœur Solitaire, 1895· VII Automne, a mr Lafargue

LV. « Le tiède après-midi paisible de septembre »

Charles Guérin· alexandrins, 82 vers

Le tiède après-midi‖ paisible de septembreLanguit sous un ciel gris,‖ mélancolique et tendre,Pareil aux derniers jours‖ d’un amour qui s’achève.Après les longs et vains‖ et douloureux voyages,Le solitaire, ouvrant‖ sans bruit la grille basse,Rentre ce soir dans le‖ logis de sa jeunesse.

Ah ! Comme tout est lourd,‖ comme tout sent l’automne !Comme ton coeur d’enfant‖ prodigue bat, pauvre homme,Devant ces murs où tu‖ laissas ta vie ancienne !La vigne vierge rouge‖ étreint les persiennes,Le seuil humide et froid‖ est obscur sous les arbres,Et le portail, vêtu‖ de lierre, se lézarde.

Le voyageur, avant‖ de rouvrir les fenêtres,Respire en défaillant‖ l’odeur des chambres closes ;Il regarde onduler‖ les rideaux des alcôvesEt le miroir verdi‖ briller dans les ténèbres.Il pèse sur le bois‖ gonflé, les volets crient,La poussière voltige‖ à la lumière triste ;L’âme émue et les doigts‖ tremblants, pieux, il toucheLes roseaux desséchés,‖ le clavecin qui vibre,Les estampes, les maroquins‖ ouatés de mousses :Ah ! Ces mousses qui sont‖ les cheveux blancs des livres !L’enfant morne, oppressé‖ de souvenirs, étouffe,Et son fragile coeur‖ frémit comme une vitre.

Il descend au jardin‖ qui rêve après la pluie.Le feuillage où l’eau perle‖ encor chuchote et luit,Et les pesants rameaux‖ mouillés des buissons rampentComme un vivace et long‖ chagrin d’âme souffrante.Les duvets des fruits sont‖ en pleurs, toute rose estFraîche au baiser‖ comme une vierge‖ après le bain.On entend clairement‖ dans le soir qui se taitDes tuiles se briser‖ au bord d’un toit lointain.L’air est tiède et chargé‖ d’odeurs, et de la vigneDorée aux résédas‖ bourdonne la sourdineQue l’abeille interrompt‖ en plongeant dans les fleurs.Le jardin languissant‖ se gonfle comme un coeurOù mûrit un tardif‖ amour. Mais le passantS’émeut d’être oublié‖ par la nature ; il sentQue la vie à ses pieds‖ poursuit un autre rêvePlus éternel et plus‖ robuste que le sien :Les choses n’ont qu’un mot‖ d’indifférence aux lèvres,Et leurs pleurs ne sont point‖ frères des pleurs humains.

Ô cieux, terre jadis‖ maternelle, dit-il,Pourquoi donc m’êtes-vous‖ plus amers que l’exil ?Jardin, logis désert‖ où sont morts mes parents,Vous qui m’avez aimé,‖ vous ne me parlez pas,Et mon coeur parmi vous‖ se cherche, plus absentQu’en ses plus lourdes nuits‖ d’angoisse au bord des lacs.J’ai tant prié d’autels‖ et de femmes, j’ai vuVieillir tant de soleils‖ sur des flots inconnus,En espérant, comme un‖ malade attend le jour,Qu’il descendrait enfin‖ des cieux, le clair amour !Le doute pour un soir‖ m’a fait l’égal du christ,Et mon âme au gibet‖ a jeté le grand cri.Or l’automne au pays‖ natal m’a ramené,Plus sanglotant et faible‖ et nu qu’un nouveau-né.Ô triste voyageur‖ si tendre qui croyaisPacifier ici‖ ton esprit inquiet :Les choses qui t’aimaient‖ ne t’ont pas reconnu !Les oiseaux des vieux jours‖ ne sont pas revenus ;C’est la même chanson‖ et ce sont d’autres voix :Malgré ses treilles d’or‖ et ses arbres chargés,Le caressant et bon‖ septembre d’autrefoisNe m’est plus aujourd’hui‖ qu’un vieillard étranger,Et j’ai peur de mon coeur‖ qui ne peut plus aimer.

Aussi, maison, jardin,‖ adieu, je vous bénis.Que les printemps futurs‖ jusqu’aux âges lointainsVous remplissent tous deux‖ et d’enfants et de nids !Que les roses te soient‖ toujours belles, jardin,Tes longs couloirs toujours‖ sonores, ô maison !Adieu, pesant verger‖ de l’arrière-saison,Charmille… effacez-vous,‖ ô chères visions,Car mes yeux sont un port‖ de fumée où l’on voitÀ travers la forêt‖ vacillante des mâtsLes grands vaisseaux‖ appareiller‖ pour les climatsQui bercent la douleur‖ sous des cieux azurés.Demain, plus seul, plus triste‖ et vieux, je partiraiMettre au tombeau le Dieu‖ secret qui souffre en moi.L’enfant d’exil se tait,‖ baisse ses cils mouillés ;Il s’enivre à mourir‖ de son amer émoi,Et dans son coeur‖ le souvenir‖ des jours dorésFond comme un peu‖ de sable tiède‖ entre les doigts.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

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82 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources