Le Cœur Solitaire, 1895· VII Automne, a mr Lafargue
LIV. « Ô veille de Toussaint et dernier soir d’octobre »
Ô veille de Toussaint‖ et dernier soir d’octobre !Le ciel est une ruche‖ où bourdonnent les cloches,Et le soleil pâlit‖ sur le jardin doré :De même, à l’occident‖ large et pur de ma vie,Dans un suprême adieu‖ d’amour je descendrai.La glycine, crispée,‖ avec mélancolieSe balance au perron‖ de la maison natale,Et, des arbres, du sol,‖ des massifs nus, s’exhaleL’amer et froid parfum‖ du vieil âge des choses.Je viens, boutons de miel,‖ de chair, de nacre mauve,Vous cueillir pour ma belle‖ enfant, roses tardives ;Car mes doigts prévoyants,‖ demain, arquant les tiges,Confieront les rosiers‖ délicats à la terre.Des cristaux meurtriers‖ de l’hiver, nulle mainNe sut garder ta sève,‖ arbuste solitaire,Fier rosier qu’étoilaient‖ des roses merveilleuses :Tu n’es plus qu’un bois sec,‖ inutile au jardin ;Et les printemps pressés‖ comme les flots d’un fleuve,Les printemps lumineux‖ et riches qui fécondentDans les sillons du ciel‖ d’obscurs germes de mondes,Et comme un front humain‖ aux battements du rêveFont palpiter le coeur‖ de l’arbre sous la sève,Tous les printemps,‖ souffles d’air chauds‖ et soleils d’or,Ne rendront pas ses fleurs‖ de chair au rosier mort.
Dans le jardin jauni‖ des anciennes années,Parfois, quand le jour las‖ tend ses bras à la nuit,La belle enfant qui fut‖ jadis ma bien-aiméePasse en glissant d’un pas‖ léger le long des buis.
Elle s’arrête auprès‖ du rosier nu, lui parle,Lève les cils, remplit‖ d’étoiles ses yeux pâles,Et sourit dans son rêve‖ aux calices rosésOù ses lèvres, un jour,‖ apprirent le baiser.
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources