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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cœur Solitaire, 1895· V A la memoire de Samain

XL. « Les rossignols chantaient sur le tombeau d’Orphée »

Charles Guérin· alexandrins, 34 vers

Les rossignols chantaient‖ sur le tombeau d’Orphée.

L’âme de l’univers‖ vint aux lèvres des choses.La mer qui se mourait‖ de langueur, soulevéeComme une jeune gorge‖ en volupté, la merCaressante roula‖ de l’écume et des rosesEt des rameaux légers‖ de myrte sur la rive.Les lumineux vergers‖ d’étoiles au ciel clairS’émurent, les forêts‖ d’ombre furent plaintives.

Les rossignols chantaient‖ sur le tombeau d’Orphée.

La poussière des morts‖ tressaillit dans les urnes.La pente d’un coteau‖ secoua ses rosées,Tout frémit ; le matin‖ semblait venir déjà.Une vague amoureuse‖ en voguant rapprochaLe choeur triste et voilé‖ des sirènes nocturnes.Bercé par le soupir‖ des eaux vives, un pâtreDont la lune argentait‖ le visage rêvaQue d’invisibles doigts‖ se posaient sur sa flûte.La terre près des cieux‖ était paisible et pâle,Et dans une vapeur‖ de brumes et d’effluvesLa mer proche faisait‖ sonner sa grande voix.

Les rossignols chantaient‖ sur le tombeau d’Orphée.

La terre se mêlait‖ aux cieux comme un sourireSe mouillerait de pleurs.‖ Des colombes ouvrirentEn un soyeux essor‖ leurs ailes sur la lune,Et le souffle d’un faune‖ à travers la feuilléeLongtemps fit tournoyer‖ de bleus duvets de plumes.La brise de la mer‖ soudain flatta les arbres,Et, baiser par baiser,‖ courut de cime en cime.Un tiède espoir gonflait‖ la poitrine des marbres.Tout se tut, tout chantait‖ cependant : car dans l’hymnePieux des rossignols‖ sur le tombeau d’Orphée,Les ravins et les monts‖ et la terre et les eaux,L’univers éperdu‖ reconnaissait l’échoDe la divine lyre‖ à jamais étouffée.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6+6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

34 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources