Le Cœur Solitaire, 1895· III Fenêtres sur la vie
XIII. « Qu’on ouvre la fenêtre au large, qu’on la laisse »
Qu’on ouvre la fenêtre‖ au large, qu’on la laisseLarge ouverte à l’air bleu‖ qui vient avant la nuit !Je voudrais, ah ! Marchez‖ autour de moi sans bruit,Entendre ce que dit‖ l’automne à ma tristesse ;Car voici la saison‖ où la sève s’épuise.C’est un des derniers soirs‖ de septembre ; la brisePromène sur les champs‖ les cheveux de la vierge ;L’ombre des peupliers‖ est longue sur les berges ;L’herbe humide vacille‖ et tombe au fil des faux ;Les feuilles des rameaux‖ frissonnent, le ruisseauBouillonne au loin d’écluse‖ en écluse ; on entendL’écho sourd des fléaux‖ qui s’abattent sur l’aire,Des voix, des pas d’enfants‖ qui font craquer les faînes.Soirs de l’automne, soirs‖ de douceur tendre et claire !Septembre met l’anneau‖ d’or rouge au doigt de l’an.Vous qui passez là-bas,‖ connaissez-vous ma peine,La peine que je porte‖ au fond de l’âme ? Elle estPâle comme un soleil‖ déclinant sur la vigne,Fraîche comme le grès‖ d’une jarre de lait,Et frémissante aussi‖ comme un duvet de cygne.Peine qu’on ne saurait‖ nommer, chagrin sans causeD’orphelin qu’à la nuit‖ nulle chanson ne berce,Pareille sous les pleurs‖ aux fléchissantes rosesDont le calice est lourd‖ de pluie après l’averse,Ma peine qui jadis‖ ressemblait à l’hostieÉblouissante et nue‖ au coeur de l’ostensoir,Cette peine est vraiment‖ trop obscure ce soir :Qu’on ouvre la fenêtre‖ au large, sur la vie !
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a laisse / tristesse féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec s’épuise / brise féminine, classiqued vierge / berges féminine, non classiquef faux / ruisseau masculine, non classiqueh entend / l’an masculine, non classiquei l’aire / claire féminine, classiquej faînes / peine féminine, non classiquem est / lait masculine, classiquen vigne / cygne féminine, classiqueo cause / roses féminine, non classiquep berce / l’averse féminine, classiquer l’hostie / vie féminine, classiques l’ostensoir / soir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 1.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources