Le Cœur Solitaire, 1895· III Fenêtres sur la vie
XIV. « Ce soir après la pluie est doux ; soir de septembre »
Ce soir après la pluie‖ est doux ; soir de septembreSi doux qu’on en voudrait‖ pleurer, si plein d’abeillesQu’on fuit tout défaillant‖ la pénombre des chambres.C’est un soir de septembre‖ un peu triste, et c’est veilleDe dimanche, et c’est l’heure‖ où ceux de la maisonViennent s’asseoir parmi‖ les roses du perron.C’est un soir de septembre‖ et veille de dimanche.On se tait ; la maison‖ et les roses sont blanches.L’automne, enlumineur‖ silencieux et lent,À déjà sur les murs‖ rougi la vigne vierge.La brise aux doigts furtifs‖ fait trembler de l’argentSur la feuille, paupière‖ agitée, et sur l’herbe ;Avec l’angelus grave‖ et résigné chemineLe multiple retour,‖ au lointain, des clarines ;Des chariots de foin‖ oscillent sur la route ;Les peupliers d’or clair‖ frémissent ; on écouteRetomber le marteau‖ sur le contre-heurtoir,Et le plaintif appel‖ des mendiants du soir.Les fleurs lasses se font‖ plus lourdes sur leurs tiges ;Une étrange langueur,‖ souffle à souffle, voltigeDe l’aïeule, songeuse‖ à cause de la mort,À la vierge, pensive‖ à cause de l’amour.Nul ne parle ; la chair‖ s’inquiète ; le jourImpalpable s’efface‖ et fond, comme un accordExpire… et la nuit monte,‖ hélas ! Au coeur des hommes.
À cette heure indécise‖ où rampent les ténèbres,La prière en secret‖ nous écarte les lèvres,Comme la source entr’ouvre‖ un sable amer ; nous sommesHumbles, nous voudrions‖ être pareils, mon Dieu,À ce candide azur‖ qui forme le ciel bleuEt que nos reins,‖ comme la chair‖ des chastes veuves,N’aient plus pour lit d’amour‖ qu’une tombe où s’étendre.Quand détacherons-nous‖ notre coeur de la femme,Pour employer à vous‖ servir des forces neuves ?Ô poignante douceur‖ de ce soir de septembre !À présent le silence‖ est grand sur la campagne.Il est tard, et voici‖ que la nuit est venueEt que nous frissonnons‖ d’une angoisse inconnue.Ô seigneur, accablez‖ notre âme et nos paupièresD’un sommeil plus pesant‖ et plus sourd que la pierre ;Faites autour de nous‖ à travers l’ombre noireMarcher à pas muets‖ des heures sans mémoire,Et que la paix des morts‖ nous gagne, et qu’on oublieToute cette tristesse‖ immense de la vie !
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources