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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cœur Solitaire, 1895· I

IV. « Stériles nuits d’hiver où ton âme trop pauvre »

Charles Guérin· alexandrins, 34 vers

Stériles nuits d’hiver‖ où ton âme trop pauvre,Haineuse et lâche, éparse‖ au vent, boueuse et noire,Fuyant l’âtre où les chats‖ obséquieux se chauffentEt le thé musical‖ et blond des rêveurs sobres,Dans la rue où l’impur‖ amour chuchote et rôdePorte comme une croix‖ son lourd désir de gloire !Retourne boire alors‖ dans les tavernes, boireLes vins de pourpre où l’oeil‖ voit fleurir sous des rosesLes jeunes seins légers‖ des danseuses d’Hérode,Les vins d’ambre pareils‖ aux feuillages d’octobre,Et la liqueur de lait,‖ d’opale et d’émeraude.

Ô ruches de rumeur‖ inféconde, tavernesOù vont mortellement‖ rire jusqu’au jour terneLes rêveurs qui sont veufs‖ d’amour et de génie !On dément sa douleur‖ et son coeur, on renieLa foi qui réconforte‖ et le bel art sincère,Et les âcres poisons‖ qu’on puise dans les verresAccroissent l’impuissance‖ et les sourdes colères.

Ô fins des nuits, départs‖ lugubres des tavernesQuand le vent fait tinter‖ les vitres des lanternes !Un train siffle, la neige‖ est noire dans les rues,Et les arbres plaintifs‖ croisent leurs ombres nuesLe long des murs où le‖ poète, enfant divin,Titube pesamment‖ de tristesse et de vin.

Va-t’en, la pierre humide‖ est bonne au sang qui brûle,Va-t’en, rêveur, poser‖ tes coudes et ton frontSur le granit rugueux‖ du parapet d’un pont.Ta bouche desséchée‖ aspirera la brume,La fraîcheur de la mort‖ remplira tes narines,Et tu verras, funèbre‖ et forte volupté,Le fleuve, sombre, large‖ et lourd comme un léthé,Grand voyageur qui roule‖ embrasser d’autres villes,Le fleuve lent mêler‖ en remous sur les pilesL’ombre, le sang et l’or‖ qu’il ne peut emporter.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6−6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

34 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources