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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cœur Solitaire, 1895· III Fenêtres sur la vie

XV. « Vieilles femmes des champs, vos âmes sont plus simples »

Charles Guérin· alexandrins, 39 vers

Vieilles femmes des champs,‖ vos âmes sont plus simplesQue la brebis qui bêle‖ et l’angelus qui tinte,Et vos yeux, ignorants‖ du rêve, sont naïfsComme le bleu passé‖ des faïences anciennes.

L’automne est là qui fait‖ les vieilles gens pensifs.Votre bras tremble‖ à puiser l’eau‖ quotidienne,Et la source qui fuit‖ et murmure à vos piedsConfond votre visage‖ avec les feuilles mortes.La vierge tend ses fils‖ de la vigne aux rosiers.La lumière du jour‖ est pâle sur les portes.C’est l’automne, le soir,‖ et vous êtes assises,En oraison pour vos‖ défunts, contre l’église.L’enclos silencieux‖ sent la mort ; des colombesY viennent becqueter‖ la terre autour des tombes,Et le vent sur le mur‖ effeuille encor des roses.Là, marqués pour la vie‖ éternelle, reposentLes moissonneurs dorés‖ qui jadis vous aimaientDans l’ombre violette‖ et chaude autour des meules.Quand vos époux, chargés‖ du parfum de la glèbe,Entre leurs bras‖ vous renversaient,‖ faibles aïeules,Dans les miroirs déjà‖ troubles de vos prunellesLa campagne, le ciel‖ et le soleil tournaient ;Puis l’amour vous fermait‖ les yeux comme un sommeil.Et vous voici, ce soir‖ d’automne, dans le vieilEnclos à réciter‖ lentement le rosairePour les bons laboureurs‖ qui dorment dans la terre.Le soleil, d’un sinistre‖ et long rayon sans feu,Fait briller vos doigts secs‖ et vos bagues d’épouses ;Il sombre. Le couchant‖ s’obscurcit peu à peu.Le vent nocturne, plein‖ de soupirs inconnus,Entre les tertres noirs‖ lustre l’herbe qui bouge,Et la fraîcheur scintille‖ au front des croix de pierre.À l’occident demeure‖ une pâle lumière.Il est tard ; tout se tait.‖ La nuit au large fluxCouvre d’un sable d’or‖ les plages du ciel bleu.Les aïeules vers leurs‖ foyers vont et se traînent ;Et cependant, plus haut‖ que la ténèbre humaine,Leur âme lasse aspire‖ à l’aurore suprêmeQui bientôt les fondra‖ dans le soleil de Dieu.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

39 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources