Au clair de la dune, 1909
XXXVI. Grand vent
Madame, il fait grand vent, et, le grand vent, je l’aime.Le ciel d’un bleu limpide évoque le Midi.La mer hausse la voix, le flot désattiédiSe roule plus bruyant sur le sable plus blême.
Dans la brise en rumeur la mouette élargitLes cercles de son vol qui s’élève ou qui rampe,Et les drapeaux, heureux de souffleter leur hampe,Claquent dans le vent qui par les tuiles mugit.
Ce vent, grand retrousseur de filles, sur la digueS’amuse… Son haleine indiscrète en soufflantPlaque l’étoffe et moule et torse et rable et flanc.
Il moule, et lors devient sculpteur, sculpteur prodigue,Il moule, et nous pouvons nous payer, éblouis,Des Tanagra de chair — et vivants — un louis !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources