Au clair de la dune, 1909
XII. Photographes
Juillet nous rissole à grands feuxEt l’on fuit vers la mer avideEn regrettant presque les feusSaints de glace… La Ville est vide.
Déjà le long du littoralLa foule rit, trempe, caquête,Depuis le baigneur doctoralJusqu’à la baigneuse coquette.
L’un encerclé comme un tonneauDans le caleçon blanc et jaune,Gros et gras, velu comme un faune,Va, ballotté par la pleine eau.
L’autre dûment déshabilléeEn son costume suggestif,Charme d’un galbe… apéritifLa galerie émoustillée…
Or, le photographe amateurA l’affût parmi les cabines,Et s’en pourléchant les babines,Opère en prompt escamoteur.
Et son appareil plutôt lesteA pris au vol plus d’un bras nuDont le souvenir ingénuDans les yeux et le cœur nous reste.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources