Au clair de la dune, 1909
X. Profanes
Soit qu’elle orne, au matin, de dentelles les grèves,Soit qu’elle les argente à cette heure de rêvesOù dans les cieux la lune a lui,
La mer, la blonde mer, est la grande coquetteDont l’homme n’a jamais su faire la conquête,Cruelle, elle se rit de lui.
Elle s’étend, l’été, câline et point méchante,Et sa vague au reflet de nacre vibre et chante,Berçant, avec un doux roulis,
La barque où, confiant, sous la voilure grise,Le nautonier profane, au soleil qui le grise,Se croise les bras amollis.
Mais parfois la sournoise en riant se courrouceEt lance à l’imprudent l’écume et l’algue rousse,Échevelant ses flots rageurs,
Puis chasse en le sifflant ce nocher des dimanchesQui rame, haletant, et retroussant ses manchesAu milieu des éclats vengeurs.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources