Au clair de la dune, 1909
XXVI. Pleins battus
« La saison de Machin-sur-Chose bat son plein. »Les Journaux.
Voici s’exaspérant l’exodeDes prisonniers de nos citésPar les vacances excités.Gratte ton luth, pauvre rapsode !
Au doux coin qu’un rêve estompa,Que chacun désormais prétende :Les uns se salent vers Ostende,Les autres se ferrent à Spa.
Avec véhémente allégresseDans quelque petit trou pas cher,D’autres s’en vont durcir leur chairOù fondre leur excès de graisse.
Emportant chien, bonne, poupart,Le citadin quitte son home ;L’époux avec l’épouse part,La femme file avec son homme.
Les chemins de fer sont lestésDe la foule cosmopoliteDes voyageurs moins attristésQue feu les coursiers d’Hippolyte,
Lors, secoué par le wagon,On vole vers l’éden paisible…Déjà monsieur est moins bougon,Madame n’est plus irascible.
Le train a beau siffler, moqueur,Les bienheureux touristes roulentVers un nouveau printemps du cœurOù les soucis d’hier s’écroulent…
Puis, devant la mer, le mari :« Que d’eau. » Sa bourgeoise étonnéeMais nature, pousse ce cri :« Dieu, quelle belle savonnée ! ! »
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources