Au pays de Manneken-pis, 1883
A l’aube
Or, ce bal s’éteignant, les nerfs endoloris,Vanné je m’enfuis… L’aube errait en robe blanchePar la ville poussant en l’air ses premiers cris ;Et l’urne des clartés matinières s’épanche.
C’était l’heure où vaguant au hasard des ruisseauxLe have et pauvre enfant dispute au chien voraceD’héroïques reliefs parmi d’obscurs monceauxQu’il va fouillant du fer comme un corbeau de race.
Des yeux je suivais deux de ces déshérités :Lui, tout jeune ; elle, pâle et fleur des pauvretés,A doigts grêles et longs faisant leur dur glanage.
Dans les cendres gisait un camélia. L’enfantPrit sa maigre compagne au menton, triomphant,Et d’un geste galant lui fleurit le corsage.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources