Au pays de Manneken-pis, 1883
Au Parc
IL est un coin ombreux du ParcOù mon désœuvrement s’abonne,L’amour у y vient bander son arcPour le pioupiou, pour la bobonne.
C’est le taillis hospitalierOu la Vénus à la coquilleCambre son buste que maquilleUn cryptogame familier.
Il farde la joue ondoyante,Fleurit à même les tétinsEt son écume verdoyanteSavonne les flancs serpentins.
Au pied du marbre tutélaireQui lui tourne son dos discret,Court un banc semi-circulaire,Le confident de maint secret !
C’est là que viennent les troubades,Amis des corsages bouffants,Sonner pour les bonnes-d’enfantsDe sentimentales aubades.
Ils s’attardent près des nounous,S’intéressent à leurs mioches,Ont pour eux parfois des briochesEt les bercent sur leurs genoux.
L’oisif troupier suit le manègeDes bonnes se dépoitraillantEt des nourrissons tiraillantLe biberon de grasse neige.
Il contemple sans dire mot.Son œil qui louche boit et mange ;Un désir glouton le démange :Être à la place du marmot !
Dans l’air un parfum se dégage,De caserne et de lait suri,Encens de ce groupe attendri :Tourlourous et vaches à gage.
Indifférente, la VénusLà-haut roidit sa gorge en globeEt son ventre rond que bilobeUn incomparable sinus.
Sans voir le moutard qui grognonneElle arque ses doigts en fuseaux,Haussant la coquille mignonneOù viennent boire les oiseaux,
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources