Au pays de Manneken-pis, 1883
Marchand de plâtres
HIER le long du boulevardJ’aperçu un marchand de plâtresQui suivait le roulis bavardDes flâneurs coquets et folâtres.
A ces promeneurs il montraitSa marchandise éblouissanteMais le passant, l’esprit distrait,Restait sourd à sa voix pressante.
A chaque refus essuyéIl injuriait la statueEt reprenait, fort ennuyé,Sa route et sa peine perdue.
C’était pourtant une VénusQue dans ses bras portait le rustre,Une Vénus aux charmes nusDu plus grand air, du plus beau lustre !
Sur sa lèvre aux plis amoureuxBrillait un sourire adorable ;Son œil s’abaissait, langoureuxEt moqueur, sur le misérable
Dont les doigts tachaient sans répitSa blanche jambe, ô sacrilège !Et dont la joue avec dépitS’appuyait sur son sein de neige.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources