Au pays de Manneken-pis, 1883
Noël bruxellois
NOËL ! c’est l’époque gourmandeOù les nutritifs réveillonsAu branle de leurs carillonsRhythment la bombance flamande !
Partout la gloire du ChristmasBrille aux vitrines en toilettes :Les lourds puddings, les tartelettesQue le sucre poudre à frimas,
Les faisceaux de vanille sombre,La cannelle rousse en fagotsEt, fils du pays des magots,Le gingembre où la froideur sombre !
Puis de ces couques — par monceaux ! —Étalant pour nombril l’empreinteDe médailles en pierre peinte,Qu’on met le soir dans les berceaux.
Chez les charcutiers tout est joie !Les dindons aux friands refletsRayonnent, béats et replets,Près des marrons couvés par l’oie.
Les dindes aux pâleurs de lisQue ne voilerait point Tartuffe,Montrent sur leur ventre sans plisLes bleus séduisants de la truffe.
Le doux chapon, cet AbeilardDe basse-cour, bombe le torseEt semble encor bénir l’entorse,Cause majeure de son lard !
La poularde du Mans enchantePar son croupion fait de nuitsTrahissant la farce alléchanteQue l’on arrose de vieux Nuits.
Vautré dans l’ambre de la paille,Non loin, de lumière arrosé,Un goret mignon et roséRetrousse le groin, Ô ripaille !
Son cou blanc porte une faveurComme les boîtes de baptême,Son sourire plein de saveurEst bon — à lui dire : je t’aime !
L’air câlin, les yeux folichons,Il semble être, le jeune apôtre,Dans son auréole d’épeautre,Le petit Jésus des cochons.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources