Rimes de joie, 1881
Blanc partout
OR, de sa houppe de cygne,L’hiver, ce parfumeur insigne,Fleurit ses doigts violets.La neige aux toits coud des ourlets.
Poudrée à la maréchaleEt pelotonnée en son châleFait des flocons les plus clairs,La campagne prend de grands airs,
Le noir corbeau s’extasie,— Lait de Tonka, crème d’Asie ! —De la ribote de blancOù plonge son rostre sanglant.
Dans sa robe d’épouséeLa ville rayonne, empesée.Sur sa tête on voit neigerLes couronnes de l’oranger.
Que de blancheurs dans la rueOù grince la bise bourrue !Vers toi je vole, tremblant,Vers la chambrette où tout est blanc :
Tes rideaux et tes tentures,Tes meubles très-bas, tes ceintures,La couche où mon front pâlit,Tes peignoirs et ton ciel de lit,
Et ton corps qui m’épouvante,Chair de glace, neige vivante,Que de ses feux mon baiserEn vain toujours veut embraser !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources