Rimes de joie, 1881
Les Beaux Vices de Jane
JANE est vanée, — et l’est superlativement !Son épiderme ambré que les nuits ravagèrentGarde un subtil arôme où les sens s’exagèrentOù le clairon des nerfs geint maladivement.Jane est vanée, — et l’est superlativement !
Sa bouche apéritive a des baisers étranges,Bons au cœur, mais pillards de phosphore, ô cerveaux !Quand l’alcôve, le soir, flambe aux reflets orangesDe ses chÈveux tordant leurs fauves échÈveaux,Sa bouche apéritive a des baisers étranges.
Son corps forme un divan tiède et capitonné…De ses yeux fatigués descendent les paresses.Sa gorge est l’oreiller blanc, où pelotonné,Le spleen vient alanguir les trop vives caresses.Son corps forme un divan tiède et capitonné.
Sur son clavier de nerfs aux notes détraquées.Pleure le lamento des cœurs ivres d’ennuis.Pourtant le hallali des extases traquéesSe sonne allègrement aux belliqueuses nuitsSur son clavier de nerfs aux notes détraquées.
Mais son amour est doux comme un soleil couché.Pour qui sait la comprendre, en ma Jane est cachéCe charme douloureux (méconnu du profane)Du parfum qui s’évente et de la fleur qui fane,Car son amour est doux comme un soleil couché.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources