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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Rimes de joie, 1881

Tableau de Genre

Théodore Hannon· 48 vers

À Félicien Rops

LE maître a laissé la molettePour la planchette de noyer,Il étale sur sa paletteL’arc-en-ciel qu’il vient de broyer.

Au chevalet sombre rayonneUne toile vierge où déjàSon impatience crayonne,Là rêvant à quelque raja !

D’un pas satisfait il arpenteLe capharnaüm singulierQui vient encombrer la soupenteOù zigzague son atelier.

Béret pourpre en tête, bouffardeGrillant sa barbe, il s’est assisSous la baie à clarté blafardeTombant d’aplomb sur ses châssis.

Toc ! toc ! « Entrez ! » c’est le modèle.Le maître court au vieux bahutOù gît la défroque fidèleDes imagiers de l’Institut.

Le martyr est en blouse ; il entre,Superbe dans ses lourds sabots…Soudain, un gilet sur son ventreA fait cascader ses jabots,

Tandis que sur son dos miroiteUn habit gorge de pigeon,Dans le soulier d’empeigne étroiteSes larges pieds font le plongeon.

La perruque blanche à nœud rougeMétamorphose le croquantQui reste gauche et plus ne bougeEn son déshabillé clinquant.

Le maître assied le pauvre diableLe nez sur un poudreux bouquin,Dans la pose irrémédiableQue doit garder le mannequin.

Sa palette au pouce, il prend placeAu chevalet, sous le carreau :Il peint, il ponce, il lèche, il glace,Il lustre parfois au blaireau

Et passera mainte journée,La loupe en main, à mignarderSon œuvre… Un anglais en tournéeL’achètera, sans marchander !

Lors, sous le vernis qui la moire,Cette imagette d’ÉpinalDeviendra — titre original ! —« La Lecture du Grimoire. »

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources