Une messe de minuit, 1888
VII. « Inquiet, je voulus retourner en arrière »
Inquiet, je voulus retourner en arrière.Mais il était trop tard l… Une vaste clairièreS’étendait à mes yeux surpris. — L’étrangetéDu spectacle, ô terreur ! me tint cloué sur place !Au long de ma vertèbre un frisson a monté,Dans mes veines le sang se glace !
Comme un grand voile qui se déchire, les cieuxS’entr’ouvrirent alors, mornes et soucieux ;La blanche lune ôta son masque de nuagesEt vint verser à flots ses longs rayons blafardsSur ce qui m’entourait, — livrant à mes regardsLe plus suspect des paysages.
C’était une clairière au gazon maigre et rouxOù de fauves regards luisaient au fond des trous,Et découpé partout d’empreintes bien étranges :C’étaient, me semble -t-il, gravés dans ce terrain,Des tarses rabougris et de longues phalanges…Des pas de squelettes enfin !…
Et la cloche toujours rauque, sourde, rouilléeDéroulait vers les cieux sa clameur affolée.Levant les yeux je vis, comme en sa cage à jourLe cœur, s’il bat encore aux côtes du squelette,Je vis se démener la farouche clochetteDans la carcasse d’une tour.
Pendant que mon oreille avec horreur l’écoute,Des yeux je suis la corde, — hart de pendu, sans doute !Qui, si brutalement, en fait mugir l’airain…Mais, prodige à confondre et la raison et l’âme !Je la sis s’arrêter dans la noueuse mainD’un grand squelette à mine infâme.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources