Une messe de minuit, 1888
VI. « Joie, ivresse, merveille »
Joie, ivresse, merveille !Une cloche soudainA frappé mon oreilleDe son soupir lointain.
Jamais plus douce extaseNe sut m’enchanter mieuxQue sa mystique phraseD’airain volant aux cieux !
La candide espéranceDans mon cœur renaissaitEt l’amère souffranceAu loin disparaissait.
Vers mon sauveur sonoreJe dirigeai mes pas…Cette voix que j’imploreM’apprend -elle un trépas ?
Une fête ?… Qu’importe !Chant de joie ou de deuilAux sons qu’elle m’apporteMon cour fait bon accueil
Et vers ce nouveau phareVole confiant.. Mais,Phénomène bizarre !Les concerts acclamés
De cette étrange cloche,A mesure que monAllègre pas s’approche,S’en vont changeant de ton !
D’abord douce et suaveSa voix me séduisaitA présent fausse et graveElle m’assourdissait.
Aigre, rude, fêléeLa ferraille grinçaitDonnant pleine voléeA son rauque fausset.
Ainsi, noir trouble-fêteDes échos éperdus,Certe on l’aurait cru faiteDe crampons de pendus.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources