Une messe de minuit, 1888
VIII. « Là, devant moi, solitaire »
Là, devant moi, solitaire,Morne et funèbre, gisaitLa cendre d’un monastère.
Seule la chapelle osaitRésister au temps vorace :Grêle et chauve elle dressait
Sa tour branlante où coasseCe bourdon venu d’enfer,Son vieux porche et sa terrasse
Où perce la croix de ferSous l’if, à roide ramureAmputé par chaque hiver.
Des pans de grès où murmureL’orfraie et pleure le vent,Des granits, antique armure
De cet infernal couvent,Gisaient rongés par le lierreA ces lieux seul survivant
Et sa tâche irrégulièreS’étalait sur ces débrisD’âge plus que séculaire.
La chapelle aux rayons gris,Où le buis vivace riveSes filaments rabougris,
Tournait sa face massiveVers mon visage tremblantEt de son œil en ogiveMe dardait avidement !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources