Une messe de minuit, 1888
V. « Je courais, — sachant à peine le suivre »
Je courais, — sachant à peine le suivre !J’allais faisant fuir les maigres grillonsQui chantaient, criards, au fond des sillons,J’allais m’écorchant aux durs aiguillons,Me heurtant aux rocs comme une brute ivre.
Ce bas- fond franchi, vint un carrefourA quintuple bras, qui, dans la nuit brune,Pour ma peur, semblait s’étendre comme uneGrande araignée à cinq pattes.. Sans lune,Il y faisait noir comme dans un four…
Par où diriger ma course égaréeEt lequel choisir de ces cinq parcours ?Quelle étoile peut me porter secours ?« O beau feu follet, à vous j’ai recours :« Venez rassurer mon âme effarée ! »
Mais le feu follet s’est évanoui !Dans l’affreuse nuit pas une étincelle…Un démon caché me suit, me harcèle…Je me sens faiblir : tout mon corps chancelleEt tombe d’un bloc sur le sol durci.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une messe de minuit, Bruxelles, CHARLES VOS ÉDITEUR, 1888· numérisation books.google.com· Sources