L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les lois
L’immuable
À AUGUSTE SAINTE-BEUVE
Ah ! les mondes éteints‖ et les globes détruits !Rêve, et nombre la poudre‖ innombrable des astresQui, croulant tour à tour‖ dans le chaos des nuits,Ont fécondé les cieux‖ en semant leurs désastres !
Tout passe au vent des jours !‖ Lorsque les temps sont mûrs,La mort vient balayer‖ les cités jadis pleinesQui couvraient l’horizon‖ des ombres de leurs murs,Et qui peuplaient de bruit‖ l’immensité des plaines.
Les bois qui s’étageaient‖ sur la pente des montsS’affaissent ; l’Océan‖ submerge les prairies,Tandis que, surgissant‖ du sable et des limons,Les continents nouveaux‖ sortent des mers taries.
Les pôles dégelés‖ roulent vers le soleil ;Les dieux qu’on adorait‖ sont remplacés par d’autres ;Les empires houleux‖ s’endorment sans réveil,Et les cultes vieillis‖ lapident leurs apôtres.
Les lois chassent les lois‖ dont un peuple était fier ;Un fleuve de mépris‖ vient en laver les traces :Nous punirons demain‖ ce qui fut juste hier,Et nos propres vertus‖ feront rougir des races.
Chaque fleur qui fleurit‖ porte déjà son deuil ;Le vrai n’existe pas :‖ nous changeons et tout change.L’immortel n’est qu’un mot‖ créé par notre orgueilRêvant pour oublier‖ qu’il est né sur la fange.
Tout, les masses sans nom‖ et les fronts radieux,Ce qui fut notre amour‖ ou qui fit notre envie,L’œuvre de notre esprit‖ comme l’œuvre des Dieux,Tout revient au néant‖ qui doit nourrir la vie !
Et le cercle éternel‖ tourne dans l’infini,Entraînant sans repos‖ la matière et les formes,Et toujours, puis encor,‖ l’univers rajeuniNaît pour mourir et meurt‖ pour naître, au gré des Normes.
Seule, et fière, et debout,‖ sans ployer devant rien,Au milieu du fatal‖ effondrement des âges,La Raison nous regarde‖ hésiter vers le bien,Et sereine, immuable,‖ elle compte les sages.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a détruits / nuits masculine, classiqueb astres / désastres féminine, classiquea mûrs / murs masculine, classiqueb pleines / plaines féminine, classiquea monts / limons masculine, classiqueb prairies / taries féminine, classiquea soleil / réveil masculine, classiqueb d’autres / apôtres féminine, classiquea fier / hier masculine, classiqueb traces / races féminine, classiquea deuil / orgueil masculine, classiqueb change / fange féminine, classiquea radieux / Dieux masculine, classiqueb envie / vie féminine, classiquea l’infini / rajeuni masculine, classiqueb formes / Normes féminine, classiquea rien / bien masculine, classiqueb âges / sages féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources