Dilection, 1925· Suivant l’humeur des jours
Paysage
Ce n’est qu’un simple paysage,Un soir de fenaison,‖ le soleil disparu…Des champs, la haie au bord d’un rû,Trois peupliers,‖ jalonnant la route au passage…Mais le déclin du jour‖ est limpide et doré,Le ciel, tendrement vert,‖ effeuille des promesses,Le parfum de l’été‖ n’est plus qu’une caresseDont seraient fécondés les prés,Et la plaine endormie‖ et tranquille se gonfleDu soupir léger d’un coteau…Ce n’est qu’un paysage‖ avec un chariotLourd de foin, où‖ des insectes attardés ronflent,Avec des boqueteaux‖ pour borner l’horizon,Mais là-bas, invisible‖ au tournant, la maison…
Et ce paysage m’accable !…Quand respirer serait‖ aimer, moi ! je me meursComme d’un mal intolérable !Et pour donner son goût‖ réel à ma douleur,Je voudrais m’écrouler‖ là, tout contre la terre,Et follement, m’emplir‖ la bouche d’herbe amère,La mâcher, la manger,‖ symbole plus vivant,M’en repaître par larges touffes,Et la tenir aussi‖ serrée entre mes dentsElle qui trop souvent m’étouffe !Et puis, lorsque gorgé‖ de l’atroce festin,Mon misérable cœur‖ éclaterait enfin,Ah ! je verserais mes‖ larmes d’une couléeComme un sauvage miel‖ d’une ruche comblée !
Car alors je ne verrais pasCe couple de faneurs‖ cheminer sur la route,Et je ne tremblerais pas touteQuand un geste identique‖ unit leurs pauvres brasIls. vont, tous deux, ils vont…‖ Un même joug les lie,Et, dans l’heureuse paix‖ de la tâche accomplie,Ils côtoient lentement‖ la tâche de demain.Et c’est ce couple que j’envie !Ces rustres sans beauté‖ connaissent de la vieL’essentiel, l’unique bien !Ils peineront toujours‖ et leurs fêtes sont brèves,Mais leurs médiocres cœurs‖ n’en font plus vraiment qu’un,Ils sont forts, ils sont grands,‖ d’avoir mis en communLeur labeur sans espoirs‖ et leur repos sans rêves !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abba] 5[aa] 2[abab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (30 de 12, 12 de 8)· profil 8, 6=6
- Mots à la rime
- a paysage / passage féminine, classiqueb disparu / rû masculine, classiquea doré / prés masculine, non classiqueb promesses / caresse féminine, non classiquea gonfle / ronflent féminine, non classiqueb coteau / chariot masculine, non classiquea l’horizon / maison masculine, classiquea m’accable / intolérable féminine, classiqueb meurs / douleur masculine, non classiquea terre / amère féminine, classiquea vivant / dents masculine, non classiqueb touffes / m’étouffe féminine, non classiquea festin / enfin masculine, classiquea coulée / comblée féminine, classiquea pas / bras masculine, classiqueb route / toute féminine, classiquea lie / accomplie féminine, classiquea demain / bien masculine, classiqueb j’envie / vie féminine, classiquea brèves / rêves féminine, classiqueb qu’un / commun masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 1.7
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dilection, Paris, ÉDITIONS MONTAIGNE, 1925· Sources