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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Octobre

II. « Et voilà donc les jours tragiques revenus  »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 81 vers

Et voilà donc les jours‖ tragiques revenus !On dirait, à voir tant‖ de signes inconnus,Que pour les nations‖ commence une autre hégire.

Pâle Alighieri, toi,‖ frère de Cynégire,O sévères témoins,‖ ô justiciers égaux,Penchés, l'un sur Florence‖ et l'autre sur Argos,Vous qui fîtes, esprits‖ sur qui l'aigle se pose,Ces livres redoutés‖ où l'on sent quelque choseDe ce qui gronde et luit‖ derrière l'horizon,Vous que le genre humain‖ lit avec un frisson,Songeurs qui pouvez dire‖ en vos tombeaux : nous sommes,Dieux par le tremblement‖ mystérieux des hommes !Dante, Eschyle, écoutez et regardez.Ces roisSous leur large couronne‖ ont des fronts trop étroits.Vous les dédaigneriez.‖ Ils n'ont pas la statureDe ceux que votre vers‖ formidable torture,Ni du chef argien,‖ ni du baron pisan ;Mais ils sont monstrueux‖ pourtant, convenez-en.Des premiers rois venus‖ ils ont l'aspect vulgaire ;Mais ils viennent avec‖ des légions de guerre.Ils poussent sur Paris‖ les sept peuples saxons.Hideux, casqués, dorés,‖ tatoués de blasons,Il faut que chacun d'eux‖ de meurtre se repaisse ;Chacun de ces rois prend‖ pour emblème une espèceDe bête fauve et fait‖ luire à son morionLa chimère d'un rude‖ et morne alérion,Ou quelque impur dragon‖ agitant sa crinière ;Et le grand chef arbore‖ à sa haute bannière,Teinte des deux reflets‖ du tombeau tour à tour,Un aigle étrange, blanc‖ la nuit et noir le jour.Avec eux, à grand bruit,‖ et sous toutes les formes,Krupps, bombardes, canons,‖ mitrailleuses énormes,Ils traînent sous ce mur‖ qu'ils nomment ennemiLe bronze, ce muet,‖ cet esclave endormi,Qui, tout à coup hurlant‖ lorsqu'on le démusèle,Est pris d'on ne sait quel‖ épouvantable zèleEt se met à détruire‖ une ville, sans frein,Sans trêve, avec la joie‖ horrible de l'airain,Comme s'il se vengeait,‖ sur ces tours abattues,D'être employé par l'homme‖ à d'infâmes statues ;Et comme s'il disait :‖ Peuple, contemple en moiLe monstre avec lequel‖ tu fais ensuite un roi !Tout tremble, et les sept chefs‖ dans la haine s'unissent.

Ils sont là, menaçant‖ Paris. Ils le punissent.De quoi ? D'être la France‖ et d'être l'univers,De briller au-dessus‖ des gouffres entr'ouverts,D'être un bras de géant‖ tenant une poignéeDe rayons, dont l'Europe‖ est à jamais baignée ;Ils punissent Paris‖ d'être la liberté ;Ils punissent Paris‖ d'être cette citéOù Danton gronde, où luit‖ Molière, où rit Voltaire ;Ils punissent Paris‖ d'être âme de la terre,D'être ce qui devient‖ de plus en plus vivant,Le grand flambeau profond‖ que n'éteint aucun vent,L'idée en feu perçant‖ ce nuage, le nombre,Le croissant du progrès‖ clair au fond du ciel sombre ;Ils punissent Paris‖ de dénoncer l'erreur,D'être l'avertisseur‖ et d'être l'éclaireur,De montrer sous leur gloire‖ affreuse un cimetière,D'abolir l'échafaud,‖ le trône, la frontière,La borne, le combat,‖ l'obstacle, le fossé,Et d'être l'avenir‖ quand ils sont le passé.

Et ce n'est pas leur faute ;‖ ils sont les forces noires.Ils suivent dans la nuit‖ toutes les sombres gloires,Caïn, Nemrod, Rhamsés,‖ Cyrus, Gengis, Timour.Ils combattent le droit,‖ la lumière, l'amour.Ils voudraient être grands‖ et ne sont que difformes.Terre, ils ne veulent pas‖ qu'heureuse, tu t'endormesDans les bras de la paix‖ sacrée, et dans l'hymenDe la clarté divine‖ avec l'esprit humain.Ils condamnent le frère‖ à dévorer le frère,Le peuple à massacrer‖ le peuple, et leur misèreC'est d'être tout-puissants‖ et que tous leurs instinctsAllumés pour l'enfer,‖ soient pour le ciel éteints.Rois hideux ! On verra,‖ certe, avant que leur âmeRenonce à la tuerie,‖ au glaive, au meurtre infâme,Aux clairons, au cheval‖ de guerre qui hennit,L'oiseau ne plus savoir‖ le chemin de son nid,Le tigre épris du cygne,‖ et l'abeille oublieuseDe sa ruche sauvage‖ au creux noir de l'yeuse.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
40((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a revenus / inconnus masculine, classiqueb hégire / Cynégire féminine, classiqueb égaux / Argos masculine, classiquec pose / chose féminine, classiqued l'horizon / frisson masculine, classiquee sommes / hommes féminine, classiquef regardez / rois / étroits masculine, classiqueg stature / torture féminine, classiqueh pisan / convenez-en masculine, classiquei vulgaire / guerre féminine, classiquej saxons / blasons masculine, classiquek repaisse / espèce féminine, classiquel morion / alérion masculine, classiquem crinière / bannière féminine, classiquen tour / jour masculine, classiqueo formes / énormes féminine, classiquep ennemi / endormi masculine, classiqueq démusèle / zèle féminine, classiquer frein / l'airain masculine, classiques abattues / statues féminine, classiquet moi / roi masculine, classiqueu s'unissent / punissent féminine, classiqueb l'univers / entr'ouverts masculine, classiquec poignée / baignée féminine, classiqued liberté / cité masculine, classiquee Voltaire / terre féminine, classiquef vivant / vent masculine, classiqueg nombre / sombre féminine, classiqueh l'erreur / l'éclaireur masculine, classiquei cimetière / frontière féminine, classiquej fossé / passé masculine, classiquea noires / gloires féminine, classiqueb Timour / l'amour masculine, classiquec difformes / t'endormes féminine, classiqued l'hymen / humain masculine, classiquee frère / misère féminine, classiquef instincts / éteints masculine, classiqueg âme / infâme féminine, classiqueh hennit / nid masculine, classiquei oublieuse / l'yeuse féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

81 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources