L’année terrible, 1872· Octobre
III. « Sept. Le chiffre du mal. Le nombre où Dieu ramène »
Sept. Le chiffre du mal.‖ Le nombre où Dieu ramène,Comme en un vil cachot,‖ toute la faute humaine.Sept princes. Wurtemberg‖ et Mecklembourg, Nassau,Saxe, Bade, Bavière‖ et Prusse, affreux réseau.Ils dressent dans la nuit‖ leurs tentes sépulcrales.Les cercles de l'enfer‖ sont là, mornes spirales ;Haine, hiver, guerre, deuil,‖ peste, famine, ennui.Paris a les sept nœuds‖ des ténèbres sur lui.Paris devant son mur‖ a sept chefs comme Thèbe.
Spectacle inouï ! l'astre‖ assiégé par l'Érèbe.
La nuit donne l'assaut‖ à la lumière. Un criSort de l'astre en détresse,‖ et le néant a ri.La cécité combat‖ le jour ; la morne envieAttaque le cratère‖ auguste de la vie,Le grand foyer central,‖ l'astre aux astres uni.Tous les yeux inconnus‖ ouverts dans l'infiniS'étonnent ; qu'est-ce donc ?‖ Quoi ! la clarté se voile !Un long frisson d'horreur‖ court d'étoile en étoile.Sauve ton œuvre, ô Dieu,‖ toi qui d'un souffle émeusL'ombre où Léviathan‖ tord ses bras venimeux !C'en est fait. La bataille‖ infâme est commencée.
Comme un phare jadis‖ gardait la porte Scée,Un flamboiement jaillit‖ de l'astre, avertissantLe ciel que l'enfer monte‖ et que la nuit descend.Le gouffre est comme un mur‖ énorme de fuméeOù fourmille on ne sait‖ quelle farouche armée ;Nuage monstrueux‖ où luisent des airains ;Et les bruits infernaux‖ et les bruits souterrainsSe mêlent, et, hurlant‖ au fond de la géhenne,Les tonnerres ont l'air‖ de bêtes à la chaîne.Une marée informe‖ où grondent les typhonsArrive, croît et roule‖ avec des cris profonds,Et ce chaos s'acharne‖ à tuer cette sphère.Lui frappe avec la flamme,‖ elle avec la lumière ;Et l'abîme a l'éclair‖ et l'astre a le rayon.L'obscurité, flot, brume,‖ ouragan, tourbillon,Tombant sur l'astre, encor,‖ toujours, encore, encore,Cherche à se verser toute‖ en ce puits de l'aurore.Qui l'emportera ? Crainte,‖ espoir ! Frémissements !La splendide rondeur‖ de l'astre, par moments,Sous d'affreux gonflements‖ de ténèbres s'efface,Et, comme vaguement‖ tremble et flotte une face,De plus en plus sinistre‖ et pâle, il disparaît.Est-ce que d'une étoile‖ on prononce l'arrêt ?Qui donc le peut ? Qui donc‖ a droit d'ôter au mondeCette lueur sacrée‖ et cette âme profonde ?L'enfer semble une gueule‖ effroyable qui mord.Et l'on ne voit plus l'astre.‖ Est-ce donc qu'il est mort ?
Tout à coup un rayon‖ sort par une trouée.Une crinière en feu,‖ par les vents secouée,Apparaît… — Le voilà !
C’est lui. Vivant, aimant,Il condamne la Nuit‖ à l'éblouissement,Et, soudain reparu‖ dans sa beauté première,La couvre d'une écume‖ immense de lumière.
Le chaos est-il donc‖ vaincu ? Non. La noirceurRedouble, et le reflux‖ du gouffre envahisseurRevient, et l'on dirait‖ que Dieu se décourage.
De nouveau, dans l'horreur,‖ dans la nuit, dans l'orage,On cherche l'astre. Où donc‖ est-il ? Quel guet-apens !Et rien ne continue,‖ et tout est en suspens ;La création sent‖ qu'elle est témoin d'un crime ;Et l'univers regarde‖ avec stupeur l'abîmeQui, sans relâche, au fond‖ du firmament vermeil,Jette un vomissement‖ d'ombre sur le soleil.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 32((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a ramène / humaine féminine, classiqueb Nassau / réseau masculine, classiquec sépulcrales / spirales féminine, classiqued ennui / lui masculine, classiquee Thèbe / l'Érèbe féminine, classiquea cri / ri masculine, classiqueb envie / vie féminine, classiquec uni / l'infini masculine, classiqued voile / étoile féminine, classiquee émeus / venimeux masculine, classiquef commencée / Scée féminine, classiqueb avertissant / descend masculine, classiquec fumée / armée féminine, classiqued airains / souterrains masculine, classiquee géhenne / chaîne féminine, classiquef typhons / profonds masculine, classiqueg sphère / lumière féminine, classiqueh rayon / tourbillon masculine, classiquei encore / l'aurore féminine, classiquej Frémissements / moments masculine, classiquek s'efface / face féminine, classiquel disparaît / l'arrêt masculine, classiquem monde / profonde féminine, classiquen mord / mort masculine, classiquea trouée / secouée féminine, classiquea voilà / aimant / l'éblouissement masculine, classiqueb première / lumière féminine, classiquea noirceur / envahisseur masculine, classiqueb décourage / l'orage féminine, classiqueb guet-apens / suspens masculine, classiquec crime / l'abîme féminine, classiqued vermeil / soleil masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
65 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources