Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Janvier 1871

VI. Une bombe aux feuillantines

Victor Hugo· 2 distiquess, alexandrins, 52 vers

Qu'es-tu ? quoi, tu descends‖ de là-haut, misérable !Quoi ! toi, le plomb, le feu,‖ la mort, l'inexorable,Reptile de la guerre‖ au sillon tortueux,Quoi ! toi, l'assassinat‖ cynique et monstrueuxQue les princes du fond‖ des nuits jettent aux hommes,Toi, crime, toi, ruine‖ et deuil, toi qui te nommesHaine, effroi, guet-apens,‖ carnage, horreur, courroux,C'est à travers l'azur‖ que tu t'abats sur nous !Chute affreuse de fer,‖ éclosion infâme,Fleur de bronze éclatée‖ en pétales de flamme,O vile foudre humaine,‖ ô toi par qui sont grandsLes bandits, et par qui‖ sont divins les tyrans,Servante des forfaits‖ royaux, prostituée,Par quel prodige as-tu‖ jailli de la nuée ?Quelle usurpation‖ sinistre de l'éclair !Comment viens-tu du ciel,‖ toi qui sors de l'enfer !

L'homme que tout à l'heure‖ effleura ta morsure,S'était assis pensif‖ au coin d'une masure.Ses yeux cherchaient dans l'ombre‖ un rêve qui brilla ;Il songeait ; il avait,‖ tout petit, joué là ;Le passé devant lui,‖ plein de voix enfantines,Apparaissait ; c'est là‖ qu'étaient les Feuillantines ;Ton tonnerre idiot‖ foudroie un paradis.Oh ! que c'était charmant !‖ comme on riait jadis !Vieillir, c'est regarder‖ une clarté décrue.Un jardin verdissait‖ où passe cette rue.L'obus achève, hélas,‖ ce qu'a fait le pavé.Ici les passereaux‖ pillaient le sénevé,Et les petits oiseaux‖ se cherchaient des querelles ;Les lueurs de ce bois‖ étaient surnaturelles ;Que d'arbres ! quel air pur‖ dans les rameaux tremblants !On fut la tête blonde,‖ on a des cheveux blancs ;On fut une espérance‖ et l'on est un fantôme.Oh ! comme on était jeune‖ à l'ombre du vieux dôme !Maintenant on est vieux‖ comme lui. Le voilà.Ce passant rêve. Ici‖ son âme s'envolaChantante, et c'est ici‖ qu'à ses vagues prunellesApparurent des fleurs‖ qui semblaient éternelles.Ici la vie était‖ de la lumière ; iciMarchait, sous le feuillage‖ en avril épaissi,Sa mère qu'il tenait‖ par un pan de sa robe.Souvenirs ! comme tout‖ brusquement se dérobe !L'aube ouvrant sa corolle‖ à ses regards a luiDans ce ciel où flamboie‖ en ce moment sur luiL'épanouissement‖ effroyable des bombes.O l'ineffable aurore‖ où volaient des colombes !Cet homme, que voici‖ lugubre, était joyeux.Mille éblouissements‖ émerveillaient ses yeux.Printemps ! en ce jardin‖ abondaient les pervenches,Les roses, et des tas‖ de pâquerettes blanchesQui toutes semblaient rire‖ au soleil se chauffant,Et lui-même était fleur,‖ puisqu'il était enfant.

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a misérable / l'inexorable féminine, classiqueb tortueux / monstrueux masculine, classiquec hommes / nommes féminine, classiqued courroux / nous masculine, classiquee infâme / flamme féminine, classiquef grands / tyrans masculine, classiqueg prostituée / nuée féminine, classiqueh l'éclair / l'enfer masculine, classiquea morsure / masure féminine, classiqueb brilla / là masculine, classiquec enfantines / Feuillantines féminine, classiqued paradis / jadis masculine, classiquee décrue / rue féminine, classiquef pavé / sénevé masculine, classiqueg querelles / surnaturelles féminine, classiqueh tremblants / blancs masculine, classiquei fantôme / dôme féminine, classiquej voilà / s'envola masculine, classiquek prunelles / éternelles féminine, classiquel ici / épaissi masculine, classiquem robe / dérobe féminine, classiquen lui masculine, classiqueo bombes / colombes féminine, classiquep joyeux / yeux masculine, classiqueq pervenches / blanches féminine, classiquer chauffant / enfant masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources