La fin de satan, 1886· Livre premier Le glaive
« De nouveaux jours brillaient ; la terre était vivante »
Strophe première Nemrod
I
De nouveaux jours brillaient ;‖ la terre était vivante ;Mais tout, comme autrefois,‖ était plein d'épouvante.L'ombre était sur Babel‖ et l'horreur sur Endor.On voyait le matin,‖ quand l'aube au carquois d'orLance aux astres fuyants‖ ses blanches javelines,Des hommes monstrueux‖ assis sur les collines ;On entendait parler‖ de formidables voix,Et les géants allaient‖ et venaient dans les bois.
II
Nemrod, comme le chêne‖ est plus haut que les ormes,Était le plus grand front‖ parmi ces fronts énormes ;Il était fils de Chus,‖ fils de Cham, qui vivaitEn Judée et prenait‖ le Sina pour chevet.Son aïeul était Cham,‖ le fils au rire infâme,Dont Noë dans la nuit‖ avait rejeté l'âme.Cham, depuis lors, grondait‖ comme un vase qui bout.Cham assis dépassait‖ les colosses debout,Et debout il faisait‖ prosterner les colosses.Il avait deux lions‖ d'Afrique pour molosses.Atlas et le Liban‖ lugubre au sommet noirTremblaient quand il jouait‖ de la flûte le soir ;Parfois Cham, dans l'orage‖ ouvrant ses mains fatales,Tâchait de prendre au vol‖ l'éclair aux angles pâles ;Arrachant la nuée,‖ affreux, blême, ébloui,Il bondissait de roche‖ en roche, et devant lui,Le tonnerre fuyait‖ comme une sauterelle.Si l'ouragan passait,‖ Cham lui cherchait querelle.Quand il fut vieux, Nemrod‖ le laissa mourir seul.Ayant ri comme fils,‖ il pleura comme aïeul.Donc Nemrod était fils‖ de ces deux hommes sombres.La terre était encor‖ couverte de décombresQuand était né, sous l'œil‖ fixe d'Adonaï,Ce Nemrod qui portait‖ tant de ruine en lui.
Étant jeune, et, chassant‖ les lynx dans leur refuge,Il avait, en fouillant‖ les fanges du déluge,Trouvé dans cette vase‖ un clou d'airain, tordu,Colossal, noir débris‖ de l'univers perdu,Et qu'on eût dit forgé‖ par les géants du rêve ;Et de ce clou sinistre‖ il avait fait son glaive.
Nemrod était profond‖ comme l'eau Nagaïn ;Son arc avait été‖ fait par TubalcaïnEt douze jougs de bœuf‖ l'eussent pu tendre à peine ;Il entendait marcher‖ la fourmi dans la plaine ;Chacune de ses mains,‖ affreux poignets de fer,Avait six doigts pareils‖ à des gonds de l'enfer ;Ses cheveux se mêlaient‖ aux nuages sublimes ;Son cor prodigieux‖ qui sonnait sur les cimesÉtait fait d'une dent‖ des antiques mammons,Et ses flèches perçaient‖ de part en part les monts.
III
Un jour, il vit un tigre‖ et le saisit ; la bêteSauta, bondit, dressa‖ son effroyable tête,Et se mit à rugir‖ dans les rocs effrayésComme la mer immense,‖ et lui lécha les pieds ;Et quand il eut dompté‖ le tigre, il dompta l'homme ;Et quand il eut pris l'homme,‖ il prit Dan, Tyr, Sodome,Suze, et tout l'univers‖ du Caucase au delta,Et quand il eut conquis‖ le monde, il s'arrêta.
Alors il devint triste‖ et dit : Que vais-je faire ?
IV
Son glaive nu donnait‖ le frisson à la terre.Derrière ce glaive âpre,‖ affreux, hideux, rouillé,La Guerre, se dressant‖ comme un pâtre éveillé,Levait à l'horizon‖ sa face de fantôme.Et, tout tremblants, au fond‖ des cités, sous le chaume,Les hommes éperdus‖ distinguaient dans la nuit,Et regardait passer‖ dans l'ombre et dans le bruit,Fronde en main, et soufflant‖ dans des trompes épiques,Cet effrayant berger‖ du noir troupeau des piques.Ce spectre était debout‖ à droite de Nemrod.
Nemrod, foulant aux pieds‖ la tiare et l'éphod,Avait atteint, béni‖ du scribe et de l'augure,Le sommet sombre où l'homme‖ en dieu se transfigure.Il avait pour ministre‖ un eunuque nomméZaïm, et vivait seul,‖ dans sa tour enfermé.L'eunuque lui montrait‖ du doigt le mal à faire.Et Nemrod regardait‖ comme l'aigle en son aire ;Ses yeux fixes faisaient‖ hurler le léopard.Quand on disait son nom‖ sur terre quelque part,La momie ouvrait l'œil‖ dans la grande syringe,Et les peuples velus‖ à la face de singeQui vivent dans des trous‖ à la source du NilTremblaient comme des chiens‖ qui rentrent au chenil.Les bêtes ne savaient‖ s'il était homme ou bête.Les hommes sous Nemrod‖ comme sous la tempêteSe courbaient ; il était‖ l'effroi, la mort, l'affront ;Il avait le baiser‖ de l'horreur sur le front ;Les prêtres lui disaient :‖ O Roi, Dieu vous admire !Ur lui brûlait l'encens,‖ Tyr lui portait la myrrhe.Autour du conquérant‖ le jour était obscur.Il en avait noirci‖ des deux côtés l'azur ;A l'orient montait‖ une sombre fuméeDe cent villes brûlant‖ dans la plaine enflammée ;Au couchant, plein de mort,‖ d'ossements, de tombeaux,S'abattait un essaim‖ immense de corbeaux ;Et Nemrod contemplait,‖ roi de l'horreur profonde,Ces deux nuages noirs‖ qu'il faisait sur le monde,Et les montrait, disant :‖ Nations, venez voirMon ombre en même temps‖ sur l'aube et sur le soir.
Strophe deuxième Ceux qui parlaient dans le bois
I
Pendant qu'on l'adorait,‖ l'eunuque son ministreChantait d'une voix douce‖ au fond du bois sinistre :
Mourez, vivants ! Croulez,‖ murs ! Séchez-vous, sillons !Tombez, mouches du soir,‖ peuples, vains tourbillons !Blanchissez, ossements !‖ Pleurs, coulez ! IncendiesÉtendez sur les monts‖ vos pourpres agrandies !Cités, brûlez au vent !‖ Cadavres, pourrissez !Jamais l'eunuque noir‖ ne dira : C'est assez !Car ce banni rugit‖ sur l'éden plein de flamme ;Car ce veuf de l'amour‖ est en deuil de son âme ;Car il ne sera pas‖ le père au front joyeux ;Car il ne verra point‖ une femme aux doux yeuxEmplir, assise au seuil‖ de la maison morose,La bouche d'un enfant‖ du bout de son sein rose !
Je suis du paradis‖ le témoin torturé.O vivants, je me venge,‖ et le maître exécré,C'est moi qui l'ai lâché‖ sur la terre où nous sommes ;J'ai vu Nemrod errant‖ dans la forêt des hommes ;J'ai fait un tigre avec‖ ce lion qui passait.Je jette ma pensée,‖ invisible lacet,Et je sens tressaillir‖ dans ce filet le monde.L'arbre est vert ; j'applaudis‖ la hache qui l'émonde ;Des hommes dévorés‖ j'écoute les abois ;Chasse, ô Nemrod ! — C'est moi‖ qui dis au glaive : bois !Et j'attise à genoux‖ la guerre, moi l'envie.Les autres êtres sont‖ les vases de la vie,Moi je suis l'urne horrible‖ et vide du néant.Je verse l'ombre. Nain,‖ j'habite le géant ;Toutes ses actions‖ composent ma victoire ;Il est le bras farouche‖ et je suis l'âme noire.
La guerre est. Désormais,‖ dans mille ans, ou demain,Toute guerre sera‖ parmi le genre humainUne flèche de l'arc‖ de Nemrod échappée.O Nemrod, premier roi‖ du règne de l'épée,Va ! c'est fait. L'âme humaine‖ est allumée, et rienNe l'éteindra. L'indou,‖ l'osque, l'assyrien,Ont mordu dans la chair‖ comme Ève dans la pomme.La guerre maintenant‖ ne peut s'arrêter, l'hommeAyant bu du sang d'homme‖ et l'ayant trouvé bon.L'embrasement sans fin‖ naîtra du vil charbon.Mort ! l'homme va crouler‖ sur l'homme en avalanche.Mort ! l'humanité noire‖ et l'humanité blanche,Les grands et les petits,‖ les tours et les fossésVont se heurter ainsi‖ que des flots insensés.Temps futurs ! lutte, horreur,‖ tas sanglants, foules viles !Chaînes autour des camps,‖ chaînes autour des villes,Marches nocturnes, pas‖ ténébreux, voix dans l'air ;Les tentes sur les monts,‖ les voiles sur la mer !O vision ! chevaux‖ aux croupes pommelées !O tempêtes de chars‖ et d'escadron ! mêlées !Nuages d'hommes, chocs,‖ panaches, éperons !Bouches ivres de bruit‖ soufflant dans des clairons !Les casques d'or ; les tours‖ sonnant des funérailles ;Des murailles sans fin ;‖ d'où sortez-vous, murailles ?Des champs dorés changés‖ en gueules de l'enfer ;Les hydres légions‖ aux écailles de fer ;Des glaives et des yeux‖ tourbillonnant en trombes ;La semence des os‖ faisant lever des tombes ;L'orgueil aveugle aux chants‖ joyeux, chaque troupeauPromenant son linceul‖ qu'il appelle drapeau ;Des vaisseaux se mordant‖ avec des becs difformes,Si bien que la mer glauque‖ et l'onde aux plis énormes,Les gouffres, les écueils,‖ verront l'homme hideux,Et que Léviathan‖ dira : Nous sommes deux !O tumulte profond‖ des siècles dans la haine !Abrutissement fauve‖ et fou ! terreur ! géhenne !Obscurité ! furie‖ à toute heure, en tout lieu !Sinistre cliquetis‖ de l'homme contre Dieu !Combattants ! combattants !‖ sortez des nuits profondes.Les uns viendront avec‖ des haches et des frondes ;Les autres accourront,‖ traînant sous le ciel bleuDes monstres d'airain, noirs,‖ vivants, crachant du feu,Des bêtes de la mort‖ faites par l'homme horrible.Des couleuvres de bronze‖ au cou long et terribleSouffleront et feront‖ s'envoler à grand bruitLe cheval, la fanfare‖ et l'homme dans la nuit.On meurt ! on meurt ! hiboux,‖ corbeaux, noires volées !Villes prises d'assaut !‖ ô femmes violées !O vengeance ! — tuez !‖ pourquoi ? pour rien. Allez.Ils tueront. Ils tueront,‖ de massacre essoufflés,Le riche en son palais,‖ les pauvres dans les bouges,Et se proposeront,‖ portant des urnes rouges,D'emplir avec du sang‖ le sépulcre sans fond.Tuez. Ce que Dieu fit,‖ les hommes le défont.Bien. O guerre ! ô dragon‖ qui dans l'ombre me lèches !Le grand ciel est rayé‖ d'un ouragan de flèches !Bien. Guerre, roule-toi‖ sur les peuples agneaux ;Noue à l'humanité‖ tes lugubres anneaux ;Guerre ! L'homme content‖ veux que tu l'extermines.Détruis ! fais fourmiller‖ les légions vermines.Mange ! Mange les camps,‖ les murs, les chars mouvants,Mange les tours de pierre‖ et les ventres vivants ;Mange les dieux et mange‖ aussi les rois ; travaille ;Mange le laboureur,‖ le soc, l'épi, la paille,Le champ ; mange l'abeille‖ et mange l'alcyon ;Sois le ver monstrueux‖ du fruit création.Dieu ! Pourquoi créas-tu‖ la mort ? l'homme l'invente ;L'eunuque bat des mains,‖ ébloui d'épouvante.Tuez, tuez ! — Au nord,‖ au couchant, au midi,Partout, cercle effroyable‖ et sans cesse agrandi,La bataille repaît‖ mes yeux visionnaires.Oh ! le sombre avenir‖ roule plein de tonnerres !Oh ! dans l'air à jamais‖ je vois la mort sifflant !Oh ! je vois à jamais‖ saigner la guerre au flancDe l'humanité triste,‖ affreuse et criminelle ;Et le mutilé rit‖ à la plaie éternelle !Les races sécheront‖ comme un torrent d'été ;La vierge sera veuve‖ avant d'avoir été ;La mère pleurera‖ d'avoir été féconde,O joie ! — En ce moment‖ Nemrod est seul au monde ;La terre est encor faible‖ et n'en peut porter qu'un ;Mais le ciel germera‖ sous le ciel importun,Mais vous pullulerez,‖ ô glaive, ô cimeterre ;Quel spectacle quand tout‖ se mordra sur la terre,Et quand tous les Nemrods‖ se mangeront entr'eux !Parfois je vais, au bord‖ d'un fleuve ténébreux,Regarder, sur le sable‖ ou dans les joncs d'une île,Le vautour disputer‖ sa proie au crocodile ;Chacun veut être seul,‖ chacun veut être roi,Chacun veut tout ; et moi,‖ je ris des cris d'effroiQue poussent les roseaux‖ de l'Euphrate ou du TigreQuand le lézard brigand‖ lutte avec l'oiseau tigre.Ainsi, peuples, de loin,‖ je savoure vos deuils.Vous avez les berceaux,‖ vivants ! J'ai les cercueils.J'aspire le parfum‖ des corps sans sépulture.Ah ! pourquoi m'a-t-on pris‖ ma part de la nature !Vous m'avez arraché‖ du sein qui m'échauffait,Quand j'étais tout petit,‖ moi qui n'avais rien fait !Vous avez tué l'homme‖ et laissé l'enfant vivre !Soyez maudits ! Je hais.‖ Ma propre horreur m'enivre.Malheur à ce qui vit !‖ Malheur à ce qui luit !Je suis le mal, je suis‖ le deuil, je suis la nuit.Malheur ! Pendant qu'au bois‖ le loup étreint la louve,Pendant que l'ours ému‖ cherche l'ourse et la trouve,Que la femme est à l'homme,‖ et le nid à l'oiseau,Que l'air féconde l'eau‖ tremblante, le ruisseauL'herbe, et que le ramier‖ s'accouple à la colombe,Moi l'eunuque, j'ai pris‖ pour épouse une tombe !
II
Et dans le même bois‖ et de l'autre côtéUn lépreux s’écriait :
Nature ! immensité !Étoiles ! profondeurs !‖ fleurs qu'en tremblant je nomme,Ne maudissez que moi !‖ soyez bonnes pour l'homme !O Dieu, quand je suis né,‖ vous ne regardiez pas.La lèpre, rat hideux‖ de la cave trépas,Me ronge, et j'ai la chair‖ toute déchiquetée.Je suis la créature‖ immonde et redoutée.La terre ne m'a pris‖ que pour me rejeter.Les buissons ont pitié‖ de me voir végéter ;Ce qu'ils ont en bourgeons‖ sur moi croît en pustules.Ma peau, quand je suis nu,‖ fait peur aux tarentules.De loin, au chevrier,‖ au pâtre, au laboureur,J'apparais, spectre, avec‖ le masque de l'horreur.La lèpre erre sur moi‖ comme un lierre sur l'orme.La sève qui, gonflant‖ tout de son flot énorme,Emplit de lionceaux‖ les antres, les doux nidsDe soupirs, de rameaux‖ les arbres rajeunis,La rose de parfums‖ et l'espace de mondes,Me fait manger vivant‖ par des bêtes immondes !Je suis le souffle peste‖ et le toucher poison ;Je suis dans une plaie‖ un esprit en prison,Âme qui pleure au fond‖ d'une fange qui saigne,Je suis ce que le pied‖ foule, écrase et dédaigne,L'ordure, le rebut,‖ le crapaud du chemin,Le crachat de la vie‖ au front du genre humain.Je me tords, enviant‖ la beauté des chenilles.Mon reflet rend la source‖ horrible ; mes guenillesMontrent ma chair, ma chair‖ montre mes os ; je suisL'abjection du jour,‖ l'infection des nuits.Ainsi qu'un fruit pourri,‖ la vie est dans ma bouche.J'ai beau me retourner‖ sur la cendre où je couche,Je ressemble au remords‖ qui ne peut pas dormir.Quand je sors, ma maison‖ a l'air de me vomir ;Quand je rentre, je sens‖ me résister ma porte.Seigneur ! Seigneur ! je suis‖ importun au cloporte,Le chien me fuit, l'oiseau‖ craint mon front qui pâlit,Et le porc monstrueux‖ regarde mal mon lit.Sous votre ciel profond‖ et bleu, mon âme est seule.Ma bouche n'ose pas‖ même baiser la gueule.L'antre en me voyant gronde‖ et devient soucieux.Chaque jour rayonnant‖ qui passe sous les cieuxEst un bourreau qui vient‖ me traîner dans la claie.Le tesson du bourbier,‖ dont j'ai raclé ma plaie,Va s'en plaindre à la fange‖ et dit : il m'a sali.Tout est votre pensée‖ et je suis votre oubli,Seigneur ; le mal me tient‖ sous sa griffe cruelle.Des enfants en riant‖ m'ont cassé mon écuelle ;Je n'ai plus que ma main‖ lépreuse pour puiserL'eau dans le creux du roc‖ où l'air vient la verser,De sorte qu'à présent‖ je bois dans mon ulcère.Seigneur ! Seigneur ! je suis‖ dans le cachot misère.La création voit‖ ma face et dit : dehors !La ville des vivants‖ me repousse, et les mortsNe veulent pas de moi,‖ dégoût des catacombes.Le ver des lèpres fait‖ horreur au ver des tombes.Dieu ! je ne suis pas mort‖ et ne suis pas vivant.Je suis l'ombre qui souffre,‖ et les hommes trouvantQue pour l'être qui pleure‖ et qui rampe et se traîne,C'était trop peu du chancre,‖ ont ajouté la haine.Leur foule, ô Dieu, qui rit‖ et qui chante, en passantMe lapide saignant,‖ expirant, innocent ;Ils vont marchant sur moi‖ comme sur de la terre ;Je n'ai pas une plaie‖ où ne tombe une pierre.Eh bien ! je suis content,‖ Dieu, si je souffre seul !Eh bien ! je tire à moi‖ tous les plis du linceulPour qu'il n'en flotte rien‖ sur la tête des autres !Eh bien ! je ne sais pas‖ quelles lois sont les vôtres,Mais, dans mon anathème‖ et mon accablement,Je le dis, puisse, ô Dieu‖ du profond firmament,Du fond de ma nuit noire,‖ en ce monde où nous sommes,Mon malheur rayonner‖ en bonheur sur les hommes !Qu'ils vivent dans la joie‖ et l'oubli, jamais las !Ce qu'il vous doit, ô Dieu,‖ l'homme l'ignore hélas !Oh ! que je sois celui‖ qui pleure et qui rachète !Laissez-moi vous payer‖ leur rançon en cachette,Dieu bon, par qui Noë‖ connut le raisin mûr !Femmes qui, si ma tête‖ ose passer mon mur,Si je tâche en passant‖ de voir votre lumière,Frémissantes, crachez‖ sur ma pauvre chaumière,Et qui vous enfuyez‖ avec des cris d'effroi,Que Dieu vous donne, hélas !‖ L'amour qu'il m'ôte à moi !Je vous bénis. Chantez‖ dans cette vie amère.Petit enfant qui tiens‖ la robe de ta mère,Et qui, si tu me vois‖ songeant sous l'infini,Dis : Mère, quel est donc‖ ce monstre ? sois béni.Vous hommes, qui riez‖ des pleurs de mes paupières,O mes frères lointains‖ qui me jetez des pierres,Soyez bénis ! bénis‖ sur terre et dans les cieux !Pères, dans vos enfants,‖ et, fils, dans vos aïeux !Car, puisque l'eau veut bien‖ que ma lèvre la touche,La bénédiction‖ doit sortir de ma bouche,Puisque mon bras peut prendre‖ un fruit dans le chemin,La bénédiction‖ doit tomber de ma main,Et, Ciel, puisque mon œil‖ voit ta face éternelle,La bénédiction‖ doit emplir ma prunelle !Oui, j'ai le droit d'aimer !‖ J'ai le droit de pencherMon cœur sur l'homme, l'arbre‖ et l'onde et le rocher ;J'ai le droit de sacrer‖ la terre vénérableÉtant le plus abject‖ et le plus misérable !Je dois bénir le plus‖ étant le plus maudit.Donc, terre, monts sacrés‖ dont Adam descendit,Fleuves, je vous bénis,‖ et je vous bénis, plaines ;Vous tous, êtres ! oiseaux,‖ moutons aux blondes laines,Fourmis des bois, pasteurs‖ dans vos tentes de crin,Toi, mer, qui resplendis‖ comme un liquide airain,Bêtes qui ressemblez‖ à des branches horribles,Fleurs dont les parfums sont‖ des rayons invisibles,Ciel qui nous dis tout bas‖ dans l'ombre : je suis près ;Nocturnes profondeurs‖ des muettes forêts,Sources qui répandez‖ vos murmures dans l'herbe,Joncs frémissants qu'émeut‖ le souffle, né du verbe,Bœuf qui mugis, lion‖ qui vas, chevreau qui pais,Soyez dans la lumière‖ et soyez dans la paix !Moi je dois me cacher,‖ l'homme n'est pas mon hôte ;J'ai la nuit. Pourquoi suis-je‖ horrible ? C'est ma faute.Pardonnez-moi ! pardon,‖ ô femme ! pardon, fleur !Pardon, jour ! — entrouvrant‖ ses lèvres de douleur,Mon ulcère, ô vivants,‖ tâche de vous sourire.Oui, vous avez bien fait,‖ frères, de me proscrirePuisque je souffrais tant‖ que je vous faisais peur.C'est de l'amour qui sort‖ quand vous broyez mon cœur.Le lépreux y consent,‖ vivez, homme et nature !Dans le ciel radieux‖ je jette ma torture,Ma nuit, ma soif, ma fièvre‖ et mes os chassieux,Et le pus de ma plaie‖ et les pleurs de mes yeux,Je les sème au sillon‖ des splendeurs infinies,Et sortez de mes maux,‖ biens, vertus, harmonies !Répands-toi sur la vie‖ et la création,Sur l'homme et sur l'enfant,‖ lèpre ! et deviens rayon !Sur mes frères que l'ombre‖ aveugle de ses voiles,Pustules, ouvrez-vous‖ et semez les étoiles !O Dieu ! dont ici-bas‖ tout n'est que la vapeur,O Dieu, rayonnement‖ qu'adore ma stupeur,O Dieu, qui portez l'astre‖ et tenez le tonnerre,Clarté que l'aigle montre‖ aux aiglons dans son aire,Âme ! abîme ! écoutez‖ la prière du ver !Faites devant l'été‖ décroître l'âpre hiver,La triste nuit devant‖ l'aurore, les misèresDevant l'homme, les maux‖ devant le bien, les serresDevant le doux oiseau,‖ les loups devant le daim !Ramenez par la main‖ le couple dans Éden.Réconciliez l'être,‖ ô père, avec les choses.Arrachez doucement‖ les épines des roses.Faites que la brebis‖ admire le lion.Supprimez le combat,‖ le choc, le talion ;Soufflez sur les fureurs‖ et les horreurs humaines,Et faites une fleur‖ avec toutes ces haines !Versez sur tous leurs fronts‖ la sereine beauté.O songeur de l'obscure‖ et calme éternité,Être mystérieux‖ dont les sphères débordent,Dieu ! faites se baiser‖ les bouches qui se mordent ;Emplissez de bonheur‖ les rameaux verts, mettezLa femme dans la grâce‖ et l'homme à ses côtés ;Faites mûrir le fruit ;‖ faites lâcher la proie ;Faites des berceaux blancs‖ sortir un bruit de joie,Croître le lys, fleurir‖ l'arbre, rire le jour,Et sous l'immense azur‖ chanter l'immense amour !
Et les astres voyaient‖ dans les splendeurs profondes,Pendant que, bénissant‖ l'homme, les plaines blondes,Les grands fleuves, les bois,‖ les monts silencieux,S'ouvrait et se dressait‖ lentement vers les cieux,La main du lépreux, noire,‖ affreuse, triste et frêle,La main de Jéhovah‖ se lever derrière elle.
Strophe troisième Selon orphée et selon melchisédech
I
Dans son désœuvrement‖ Nemrod, d'ombre chargé,Ravagea de nouveau‖ le monde ravagé,Recommença, brûla‖ deux fois les mêmes villes,Rougit la vaste mer‖ du flamboiement des îles,Brûla Ségor, brûla‖ Gergesus, brûla Tyr.Puis, ayant tout détruit,‖ il se mit à bâtir.Il construisit Achad,‖ il créa Babylone,Il bâtit Gour dans l'ombre‖ où le vent tourbillonne,Resen dans les palmiers,‖ Chalanné sur les monts ;Lieux qu'on ne nommait pas‖ comme nous les nommons.Il fit, pour abriter‖ Pytiunte et Dioscure,Un mur énorme au fond‖ de la Tauride obscure ;Il habilla d'acier‖ ses soldats triomphants ;Il fit trembler des tours‖ au dos des éléphants ;Il troua le Caucase‖ ébranlé sur son axe ;Il versa dans la mer‖ le Cyrus et l'Araxe ;Mais rien n'emplit son âme ;‖ il disait : J'ai vécu.Que faire ? et, chaque jour,‖ plus las et plus vaincu,Morne, il sentait monter‖ dans son cœur solitaireL'immense ennui d'avoir‖ conquis toute la terre.
II
L'an deux mille, Nemrod,‖ passant les flots émus,Vint jusqu'à Dodanim‖ que nous nommons l'Hémus.Là, dans un noir désert‖ dont le lion est l'hôte,Il entendit quelqu'un‖ qui parlait à voix haute.C'était Orphée. Orphée‖ au front calme, écoutéPar la sombre nature‖ émue à sa clarté,Homme à qui se frottait‖ le dos des bêtes fauves,Racontait aux forêts,‖ aux vents, aux vieux monts chauves,La bataille où les dieux‖ vainquirent les typhons.Voici ce que disait‖ Orphée aux bois profonds :
« Les géants n'avaient plus‖ de montagnes. Leur fuite« Commençait, et l'Europe‖ était presque détruite.« Ils avaient entassé‖ Pinde, Ossa, Pélion,« Rhodope, et ces monts noirs‖ d'où fuyait le lion,« Nus, renversés, fumaient‖ d'éclairs et de brûlures,« Et leurs torrents pendaient‖ comme des chevelures.« Et les géant s couraient‖ vers les mers où fut Tyr.« Ils voyaient les dieux vaincre,‖ et Neptune engloutir« Oromédon sous Cos,‖ Polybe sous Nisyre.« Thryx embrasé fondait‖ comme un flambeau de cire.« Porphyrion, levant‖ ses mains vides, criait« A la terre, rôdant‖ au loin, spectre inquiet :« Mais apporte-nous donc‖ une montagne, mère !« Crès, par la foudre étreint,‖ lui jetait l'onde amère.« Andès, frère d'Astrée‖ et père de Thallo,« S'en allait à grands pas‖ au plus profond de l'eau,« Et jusqu'à la ceinture‖ avait la mer Égée ;« Zéus Jupiter vint,‖ la main d'éclairs chargée,« Et lui cria : Sois pierre,‖ ô monstre ! Et le géant« Vit Zéus, devint roche‖ et s'arrêta béant.« Et Titan dit : Merci !‖ tu nous donnes des armes !« Et, pendant que tremblait‖ la terre, aïeule en larmes,« Il courut, et, prenant‖ Andès par le milieu,« Il jeta le géant‖ à la tête du dieu. »
Et Nemrod rêveur dit :‖ Titan est mon ancêtre.
Il revint vers les monts‖ où l'on voit l'aube naître ;Il rentra dans Assur‖ que la splendeur revêt.Son glaive, d'où la guerre‖ était sortie, avaitUne tache inconnue,‖ empreinte indélébile,Que Nemrod par moments‖ contemplait immobile.
Un soir, dans un lieu sombre‖ où marchait ce bandit,Une voix qui parlait‖ dans un rocher, lui dit :— Passe, Dieu reste. — Et lui,‖ cria : J'ai pour royaumeLe monde ; toi, qu'es-tu ?‖ — La voix reprit : — Fantôme,Je suis Melchisédech,‖ je vivrai dans mille ans. —Nemrod dit : — Qu'as-tu vu‖ depuis que dans ses flancsCe roc t'enferme ? — Et l'être‖ enfoui sous la pierreDit : « — Je suis âme, et l'âme‖ est un œil sans paupière.« Le monde a commencé‖ par être horrible. Avant« Que le front se dressât‖ plein de l'esprit vivant,« Avant que, dominant‖ l'animal et la plante,« La pensée habitât‖ la prunelle parlante,« Et qu'Adam, par la main‖ tenant Ève, apparût,« L'ébauche fourmillait‖ dans la nature en rut,« Le poulpe auxbras touffus,‖ la torpille étoilée,« D'immenses vers volants,‖ dont l'aile était onglée,« De hauts mammons velus,‖ nés dans les noirs limons,« Troublaient l'onde, ou levaient‖ leurs trompes sur les monts.« Sous l'enchevêtrement‖ des forêts inondées« Glissaient des mille-pieds,‖ long de cinq cent coudées,« Et de grands vibrions,‖ des volvoces géants« Se tordaient à travers‖ les glauques océans.« L'être était effrayant.‖ La vie était difforme.« Partout rampait l'impur,‖ l'affreux, l'obscur, l'énorme.« La vermine habitait‖ le globe chevelu.« Et l'homme était absent ;‖ Dieu n'ayant pas voulu« Donner ce noir spectacle‖ à voir à l'âme humaine.« Satan, dans ce lugubre‖ et féroce domaine,« Passait, comme un chasseur‖ qui souffle dans son cor ;« Mais, avant ce temps-là,‖ c'était plus sombre encor.« Tout l'univers n'était‖ qu'une morne fumée.« Ainsi que des oiseaux‖ dans une main fermée,« L'horreur tenait captifs‖ le germe et l'élément.« Un tout, qui n'était rien,‖ vivait confusément.« Des apparitions‖ flottaient sur l'insondable.« Au fond de cette brume‖ étrange et formidable,« Comme si, quoique rien‖ ne fût encor puni,« Le gouffre eût essayé‖ d'engloutir l'infini,« On voyait, aux lueur‖ des visions funèbres,« S'ouvrir et se fermer‖ la gueule des ténèbres.« Partout apparaissait,‖ à l'œil épouvanté,« La face du néant,‖ faite d'obscurité.« A chaque instant, le fond redevenait la cime ;« Et, comme une nuée‖ au-dessus d'un abîme,« Dans cette ombre où rampaient‖ les larves des fléaux,« Le monstre Nuit planait‖ sur la bête Chaos.« C'était ainsi quand Dieu‖ se levant, dit à l'ombre :« Je suis. Ce mot créa‖ les étoiles sans nombre,« Et Satan dit à Dieu :‖ Tu ne seras pas seul. »
Nemrod pensif cria :‖ — Satan est mon aïeul.
III
Il resta trente jours‖ au fond des solitudesRêvant parmi les rocs‖ aux sombres attitudes ;Quand il revint son œil‖ brillait comme un flambeau.Son eunuque Zaïm,‖ plus noir que le tombeau,Se prosternant, lui dit :‖ — Roi, vous avez la terre.Vous êtes roi d'Assur,‖ dont Tyr est tributaire.Il a suffi qu'Assur‖ vînt pour qu'il triomphâtAux sources de Cadès‖ qu'on nomme aussi Misphat.Dieu règne moins que vous.‖ Votre face est sacrée.Et vous faites couler,‖ sur la terre qu'il crée,Des rivières de sang‖ près de ses fleuves d'eau.L'homme porte Nemrod,‖ et l'âne son fardeau.A qui sont les palmiers‖ d'Édom, l'herbe fleurieD'Hébron, les trois cents tours‖ qui gardent Samarie ?A vous. A qui les fronts,‖ les yeux et les genouxDes vieillards, des enfants‖ et des femmes ? A vous.A qui l'Ibère brun‖ qui parle avec emphase ?A vous. Sarapanis,‖ citadelle de Phase ?A vous. Vous avez pris,‖ sous les dattiers lointains,Sa ville à Phetrusim,‖ père des philistins.Le Nil est votre chien,‖ Thèbe est votre captive.Trois chars passent de front‖ sur les murs de Ninive ;Et Ninive est à vous.‖ Gour veut vous obéir.Sidon, les horréens‖ dans les monts de Seïr,Ophir, les bijoutiers‖ qui sculptent les ivoiresDans Cariathaïm,‖ la ville aux portes noires,Tout est à vous ; Sichem,‖ Chanaan, Hazerod.Il ne reste plus rien.
Strophe quatrième L’exode de nemrod
I
Il s'en retourna seul‖ au désert ; et cet homme,Ce chasseur, c'est ainsi‖ que la terre le nomme,Avait un projet sombre ;‖ et les vagues démonsSe le montraient du doigt.‖ Il prit sur de grands montsQue battaient la nuée‖ et l'éclair et la grêle,Quatre aigles qui passaient‖ dans l'air, et sous leur aileIl mit tout ce qu'il put‖ de la foudre et des vents.Puis il écartela,‖ hurlant, mordant, vivants,Entre ses poings de fer,‖ quatre lions lybiques,Et suspendit leurs chairs‖ au bout de quatre piques.Puis le géant rentra‖ dans Suze aux larges tours,Et songea trente jours ;‖ au bout des trente jours,Nemrod prit dans sa main‖ les aigles, sur sa nuqueChargea les lions morts,‖ et, suivi de l'eunuque,S'en alla vers le mont‖ Ararat, grand témoin.Il monta vers la cime‖ où les peuples de loinVoyaient trembler au vent‖ le squelette de l'arche.Il atteignit le faîte‖ en deux heures de marche.L'arche en voyant Nemrod‖ trembla. Le dur chasseurPrit ces débris, verdis‖ dans leur lourde épaisseurPar la terre mouillée,‖ antique marécage,Et de ces madriers‖ construisit une cage,Chevillée en airain,‖ carrée, à quatre pans,Et sur les trous du bois‖ mit des peaux de serpents ;Et cette cage, vaste‖ et sinistre tanière,Pour toute porte avait‖ deux trappes à charnière,L'une dans le plafond,‖ l'autre dans le plancher.Et l'eunuque tremblait‖ et n'osait approcher.Nemrod debout foulait‖ le pic inabordable.Il allait et venait,‖ charpentier formidable ;La terre l'écoutait‖ remuer sur le mont ;Le bruit de son marteau,‖ troublant l'éther profond,Faisait au loin lever‖ la tête aux monts Carpathes ;Accroupis, devant Thèbe‖ allongeant leurs deux pattes,De leur œil fixe où l'ombre‖ a l'air de rayonner,Les sphynx le regardaient,‖ cherchant à deviner.Et la mer Caspienne‖ en bas rongeait la grève.Au bout d'un long sapin‖ il attacha son glaive,Puis pesa dans sa main‖ ce vaste javelot,Et dit : c'est bien. Le mont‖ qu'avait couvert le flotEt qui connaissait Dieu,‖ frémit sous sa pensée.
II
Par une corde au sol‖ la cage était fixée.Il mit aux quatre coins‖ les quatre aigles béants.Il leur noua la serre‖ avec ses doigts géantsEt les monts entendaient‖ les durs oiseaux se plaindre.Puis il lia, si haut‖ qu'ils n'y pouvaient atteindre,Au-dessus de leurs fronts‖ inondés de rayonsLes piques où pendaient‖ la viande des lions ;Nemrod dans ce char, noir‖ comme l'antique Érèbe,Mit un siège pareil‖ à son trône de Thèbe,Et cent pains de maïs‖ et cent outres de vin.Zaïm n'essayait pas‖ même un murmure vain ;Et dans la cage, auprès‖ de sa chaise thébaine,Le roi fit accroupir‖ l'eunuque au front d'ébène ;Et les cèdres disaient :‖ Que va-t-il se passer ?Sur la cage inquiète‖ et prête à traverserDes horizons nouveaux‖ et d'étranges tropiques,Les quatre aigles criaient‖ au pied des quatre piques.
Alors, une tiare‖ au front comme Mithra,Nemrod, son arc au dos,‖ sa flèche au poing, entraDans la cage, et le roc‖ tressaillit sur sa base ;Et lui, sans prendre garde‖ aux frissons du Caucase,Vieux mont qui songe à Dieu‖ sous les soirs étoilés,Coupa la corde, et dit‖ aux quatre aigles : Allez.
Et d'un bond les oiseaux‖ effrayants s'envolèrent.
III
Et dans l'immensité‖ que les astres éclairent,La cage s'éleva,‖ liée à leurs pieds noirs.Alors, tandis qu'en bas‖ les lacs, vastes miroirs,Les palmiers verts, les champs‖ rayés par les cultures,Horeb et Sinaï,‖ sombres architectures,Et les bois et les tours‖ rampaient, et qu'emportésDans l'air, battant de l'aile‖ au milieu des clartés,Les quatre aigles cherchaient‖ du bec la chair sanglante,Il sortit presque hors‖ de la cage volante,Farouche, et regarda‖ les montagnes d'AssurQui, s'enfonçant avec‖ leurs forêts dans l'azur,Semblaient tomber, dans l'ombre‖ au loin diminuées,Et s’écria, penché sur le gouffre :
— O nuées,Nemrod, le conquérant‖ de la terre, s'en va !Je t'avertis là-haut,‖ Jéhovah ! Jéhovah !C'est moi. C'est moi qui passe,‖ ô monts aux cimes blanches,Bois, regardez monter‖ l'homme à qui sont vos branches,Mer, regarde monter‖ l'homme à qui sont tes flots,Morts, regardez monter‖ l'homme à qui sont vos os !Terre, herbes que les vents‖ courbent sous leurs haleines,O déserts, noirs vallons,‖ lacs, rochers, grandes plaines,Levez vos fronts sans nombre‖ et vos millions d'yeux,Je m'en vais conquérir‖ le ciel mystérieux !
IV
Et l'esquif monstrueux‖ se ruait dans l'espace.Les noirs oiseaux volaient,‖ ouvrant leur bec rapace.Les invisibles yeux‖ qui sont dans l'ombre éparsEt dans le vague azur‖ s'ouvrent de toutes parts,Stupéfaits, regardaient‖ la sinistre figureDe ces brigands ailés‖ à l'immense envergure,Et le char vision,‖ tout baigné de vapeur,Montait ; les quatre vents‖ n'osaient souffler de peurDe voir se hérisser‖ le poitrail des quatre aigles.
Plus sans frein, sans repos,‖ sans relâche et sans règles,Les aigles s'élançaient‖ vers les lambeaux hideux,Plus le but reculant‖ montait au-dessus d'eux,Et, criant comme un bœuf‖ qui réclame l'étable,Les grands oiseaux, traînant‖ la cage redoutable,Le poursuivaient toujours‖ sans l'atteindre jamais.Et pendant qu'ils montaient,‖ gouffres noirs, clairs sommets,Tout s'effarait ; l'étrusque,‖ et l'osque, et le pélasgeDisaient : — Qu'est-ce que c'est‖ que ce sombre attelage ?Est-ce le char où sont‖ les orages grondants ?Est-ce un tombeau qui monte‖ avec l'âme dedans ? —Pharan, Nachor, Séphar,‖ solitudes maudites,Les colosses gardiens‖ des cryptes troglodytes,Les faucons de la mer,‖ les mouettes, les plongeons,L'homme du bord des eaux‖ dans sa hutte de joncs,Chalanné, devant qui‖ Thèbes semblait petite,Gomorrhe, fiancée‖ au noir lac asphaltite,Sardes, Ninive, Tyr,‖ maintenant sombre amas,Hoba, ville qu'on voit‖ à gauche de Damas,Édom sous le figuier,‖ Saba sous le lentisque,Avaient peur ; Ur tremblait ;‖ et les joueurs de disqueS'interrompaient, levant‖ la tête et regardant ;Les chameaux, dont le cou‖ dort sur le sable ardent,Ouvraient l'œil ; le lézard‖ se dressait sous le lierre,Et la ruche disait :‖ vois ! à la fourmilière.Le nuage hésitait‖ et rentrait son éclair ;La cigogne lâchait‖ la couleuvre dans l'air ;Et la machine ailée‖ en l'azur solitaireFuyait, et pour la voir‖ vint de dessous la terreUn oiseau qu'aujourd'hui‖ nous nommons le condor.Et la mer d'Ionie,‖ aux grandes îles d'or,Ce gouffre bleu d'où sort‖ l'odeur des violettes,Frissonnait ; dans les champs‖ de meurtre, les squelettesSe parlaient ; le sépulcre‖ au fronton nubien,Le chêne qui salue‖ et dit à Dieu : c'est bien !Et l'antre où les lions‖ songent près des prophètes,Tremblaient de voir courir‖ cette ombre sur leurs têtesEt regardaient passer‖ cet étrange astre noir.Et Babel s'étonnait.‖ Calme comme le soirNemrod rêvait au fond‖ de la cage fermée.Et les puissants oiseaux,‖ la prunelle enflammée,Montaient, montaient sans cesse,‖ et volant, furieux,Vers la chair, le faisaient‖ envoler vers les cieux.
Symbole de nos sens‖ lorsqu'allant vers la femme,Éperdus, dans l'amour‖ ils précipitent l'âme.
Mais l'amour n'était pas‖ au cœur du dur chasseur.
Isis montrait ce char‖ à Cybèle sa sœur.Dans les temples profonds‖ de Crète et de TyrrhèneLes dieux olympiens‖ à la face sereineÉcoutaient l'affreux vol‖ des quatre alérions.Même aujourd'hui, l'arabe,‖ à l'heure où nous prions,Cherche s'il ne va pas‖ voir encor dans l'espaceLa constellation‖ des quatre aigles qui passe ;Et, dans l'Afrique ardente‖ où meurt le doux gazon,Morne terre qui voit‖ toujours à l'horizonNemrod, l'homme effrayant,‖ debout, spectre de gloire,Le pâtre, si son œil‖ trouve une tâche noireSur le sable où vivaient‖ Sidon et Sarepta,Devient pensif et dit :‖ C'est l'ombre qu'il jeta.
V
Leurs ailes éperduesFaisaient, troublant au loin‖ les calmes étendues,Un vaste tremblement‖ dans l'immobilité ;Autour du char vibrait‖ l'éther illimité,Mer que Dieu jusque-là‖ seul avait remuée.
Comme ils allaient franchir‖ la dernière nuée,Les monts noirs qui gisaient‖ sur terre, soucieux,Virent le premier aigle‖ escaladant les cieuxComme s'il ne devait‖ jamais en redescendre,Se tourner vers l'aurore‖ et crier : Alexandre !Le deuxième cria‖ du côté du midi :Annibal ! Le troisième,‖ à l'œil fixe et hardi,Sur le rouge occident‖ jeta ce cri sonore :César ! Le dernier, vaste‖ et plus terrible encore,Fit dans le sombre azur‖ signe au septentrionOuvrit son bec de flamme‖ et dit : Napoléon !
Strophe cinquième La trappe d’en bas et la trappe d’en haut
I
L'infini se laissait‖ pousser comme une porte ;Et tout le premier jour‖ se passa de la sorte ;Et les aigles montaient.
Or Nemrod, sans le voir,Sentit, au souffle obscur‖ qui se répand le soir,Que la nuit folle allait‖ couvrir sa pâle crypte ;Les mains sur les genoux‖ comme l'Hermès d'Égypte,Il dit au noir : — Hibou‖ que ma droite soutient,Vois comment est la terre‖ et ce qu'elle devient. —L'eunuque ouvrit la trappe‖ en bas, et dit : — La terre,Tachée et jaune ainsi‖ qu'une peau de panthère,Emplit l'immensité ;‖ dans l'espace changeantLes fleuves sont épars‖ comme des fils d'argent ;Notre ombre noire court‖ sur les collines vertes ;De vos ennemis morts‖ les plaines sont couvertesComme d'épis fauchés‖ au temps de la moisson ;Les villes sont en flamme‖ autour de l'horizon ;O Roi, vous êtes grand.‖ Malheur à qui vous brave !— Approchons-nous du ciel,‖ dit Nemrod ? — et l'esclaveOuvrit la trappe haute‖ et dit : — Le ciel est bleu.
II
L’espace sans milieuNe leur résistait pas‖ et cédait à leurs ailes ;L'ombre, où les soleils sont‖ comme des étincelles,Laissait passer ce char‖ plein d'un sombre projet.Lorsque l'eunuque avait‖ faim ou soif, il mangeait ;Et Nemrod regardait,‖ muet, cette chair noirePrendre un pain et manger,‖ percer une outre et boire ;Le chasseur infernal‖ qui se croyait divinSongeait, et, dédaignant‖ le maïs et le vin,Il buvait et mangeait,‖ cet homme de désastres,L'orgueil d'être traîné‖ par les aigles aux astres.Sans dire un mot, sans faire‖ un geste, il attendit,Rêveur une semaine‖ entière, puis il dit :— Vois comment est la terre.‖ — Et l'eunuque difformeDit : — La terre apparaît‖ comme une sphère énormeEt pâle, et les vapeurs,‖ à travers leurs réseaux,Laissent voir par moments‖ les plaines et les eaux. —Nemrod dit : — Et le ciel ?‖ — Zaïm reprit : — Roi sombre,Le ciel est bleu. —
III
Le vent soufflait en bas dans l’ombre.Et les aigles montaient.
Et Nemrod attenditUn moi ; montant toujours ;‖ puis il cria : — Maudit,Regarde en bas et vois‖ ce que devient la terre. —Zaïm dit : — Roi, sous qui‖ la foudre doit se taire,La terre est un point noir‖ et semble un grain de mil. —Et Nemrod fut joyeux.‖ — Nous approchons, dit-il.Vois ! regarde le ciel‖ maintenant. Il doit êtrePlus près. — Zaïm leva‖ la trappe et dit : — O maître,Le ciel est bleu. —
IV
Le vent triste soufflait en bas ;Et les aigles montaient.
L’archer des noirs combatsAttendit, sans qu'un souffle‖ échappât à son âme,Un an, montant toujours,‖ puis : — Chien que hait la femme,Cria-t-il ! Vois ! La terre‖ a-t-elle encor décru ?L'eunuque répondit :‖ — La terre a disparu ?Roi, l'on ne voit plus rien‖ dans la profondeur sombre.Nemrod dit : — Que m'importe‖ une terre qui sombre !Vois comment est le ciel.‖ Approchons-nous un peu ?Regarde. — Et Zaïm dit :‖ — O roi, le ciel est bleu.
V
Tournant son cou rapide,Un aigle alors cria :‖ — J'ai faim, homme stupide ! —Et Nemrod leur donna‖ l'eunuque à dévorer.
Rien ne venait murmurerAutour de la machine‖ en sa course effrénée.Nemrod, montant toujours,‖ attendit une année,Dans l'ombre, et le géant,‖ durant ce noir chemin,Compta les douze mois‖ sur les doigts de sa main ;Quand l'an fut révolu,‖ le sinistre satrapeResté seul, n'ayant plus‖ l'eunuque, ouvrit la trappeQue le soleil dora‖ d'une lueur de feu ;Et regarda le ciel,‖ et le ciel était bleu.
VI
Alors, son arc en main,‖ tranquille l'homme énormeSortit hors de la cage‖ et sur la plate-formeSe dressa tout debout‖ et cria : Me voilà.Il ne regarda rien‖ en bas ; il contempla,Pensif, les bras croisés,‖ le ciel toujours le même ;Puis, calme et sans qu'un pli‖ tremblât sur son front blême,Il ajusta la flèche‖ à son arc redouté.Les aigles frissonnants‖ regardaient de côté.Nemrod éleva l'arc‖ au dessus de sa tête,Le câble lâché fit‖ le bruit d'une tempête,Et, comme un éclair meurt‖ quand on ferme les yeux,L'effrayant javelot‖ disparut dans les cieux.
Et la terre entendit‖ un long coup de tonnerre.
VII
Un mois après, la nuit,‖ un pâtre centenaireQui rêvait dans la plaine‖ où Caïn prit Abel,Champ hideux d'où l'on voit‖ le front noir de Babel,Vit tout à coup tomber‖ des cieux, dans l'ombre étrange,Quelqu'un de monstrueux‖ qu'il prit pour un archange ;C’était Nemrod.
VIII
Couché sur le dos, mort, puni,Le noir chasseur tournait‖ encor vers l'infiniSa tête aux yeux profonds‖ que rien n'avait courbée.Auprès de lui gisait‖ sa flèche retombée.La pointe, qui s'était‖ enfoncée au ciel bleu,Était teinte de sang.‖ Avait-il blessé Dieu ?
Strophe sixième Les mages attentifs
Et Nemrod disparu‖ n'emporta pas la Guerre.Elle resta, parlant‖ plus haut que le tonnerre ;Son regard au sillon‖ faisait rentrer l'épi ;Et ce spectre, mille ans,‖ sur le monde accroupi,Lugubre, et comme un chien‖ mâche un os, rongeant l'homme,Couva l'œuf monstrueux‖ d'où sortit l'aigle Rome.Et pendant ce temps-là,‖ comme parfois aux yeuxUne vapeur trahit‖ un feu mystérieux,Il sortait par endroits‖ de la terre où nous sommesD'affreux brouillards vivants‖ qui devenaient des hommes,Puis des dieux, qu'on nommait‖ Teutatès, Mars, Baal,Et qui semblaient avoir‖ en eux l'âme du mal.L'horreur, le sang, le deuil‖ couvraient la race humaine ;Et les mages, que Dieu‖ dans le désert amène,Collaient l'oreille au sable,‖ et, de terreur ployés,Frémissants, sous la terre,‖ au-dessous de leurs pieds,Ils entendaient quelqu'un‖ dans les nuits éternellesQui volait, et frappait‖ la voûte de ses ailes.
Versification
- Forme
- Distiques
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- Mots à la rime
- a vivante / d'épouvante féminine, classiqueb Endor / d'or masculine, classiquec javelines / collines féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquea ormes / énormes féminine, classiqueb vivait / chevet masculine, classiquec infâme / l'âme féminine, classiqued bout / debout masculine, classiquee colosses / molosses féminine, classiquef noir / soir masculine, classiqueg fatales / pâles féminine, classiqueh ébloui / lui masculine, classiquei sauterelle / querelle féminine, classiquej seul / aïeul masculine, classiquek sombres / décombres féminine, classiquel d'Adonaï / lui masculine, classiquea refuge / déluge féminine, classiqueb tordu / perdu masculine, classiquec rêve / glaive féminine, classiquea Nagaïn / Tubalcaïn masculine, classiqueb peine / plaine féminine, classiquec fer / l'enfer masculine, classiqued sublimes / cimes féminine, classiquee mammons / monts masculine, classiquea bête / tête féminine, classiqueb effrayés / pieds masculine, classiquec l'homme / Sodome féminine, classiqued delta / s'arrêta masculine, classiquea faire / terre féminine, classiqueb rouillé / éveillé masculine, classiquec fantôme / chaume féminine, classiqued nuit / bruit masculine, classiquee épiques / piques féminine, classiquef Nemrod / l'éphod masculine, classiqueb l'augure / transfigure féminine, classiquec nommé / enfermé masculine, classiqued faire / aire féminine, classiquee léopard / part masculine, classiquef syringe / singe féminine, classiqueg Nil / chenil masculine, classiqueh bête / tempête féminine, classiquei l'affront / front masculine, classiquej admire / myrrhe féminine, classiquek obscur / l'azur masculine, classiquel fumée / enflammée féminine, classiquem tombeaux / corbeaux masculine, classiquen profonde / monde féminine, classiqueo voir / soir masculine, classiquea ministre / sinistre féminine, classiquea sillons / tourbillons masculine, classiqueb Incendies / agrandies féminine, classiquec pourrissez / assez masculine, classiqued flamme / âme féminine, classiquee joyeux / yeux masculine, classiquef morose / rose féminine, classiquea torturé / exécré masculine, classiqueb sommes / hommes féminine, classiquec passait / lacet masculine, classiqued monde / l'émonde féminine, classiquee abois / bois masculine, classiquef l'envie / vie féminine, classiqueg néant / géant masculine, classiqueh victoire / noire féminine, classiquea demain / humain masculine, classiqueb échappée / l'épée féminine, classiquec rien / l'assyrien masculine, classiqued pomme / l'homme féminine, classiquee bon / charbon masculine, classiquef avalanche / blanche féminine, classiqueg fossés / insensés masculine, classiqueh viles / villes féminine, classiquei l'air / mer masculine, classiquej pommelées / mêlées féminine, classiquek éperons / clairons masculine, classiquel funérailles / murailles féminine, classiquem l'enfer / fer masculine, classiquen trombes / tombes féminine, classiqueo troupeau / drapeau masculine, classiquep difformes / énormes féminine, classiqueq hideux / deux masculine, classiquer haine / géhenne féminine, classiques lieu / Dieu masculine, classiquet profondes / frondes féminine, classiqueu bleu / feu masculine, classiquev horrible / terrible féminine, classiquew bruit / nuit masculine, classiquex volées / violées féminine, classiquey Allez / essoufflés masculine, classiquez bouges / rouges féminine, classiquea fond / défont masculine, classiqueb lèches / flèches féminine, classiquec agneaux / anneaux masculine, classiqued l'extermines / vermines féminine, classiquee mouvants / vivants masculine, classiquef travaille / paille féminine, classiqueg l'alcyon / création masculine, classiqueh l'invente / d'épouvante féminine, classiquei midi / agrandi masculine, classiquej visionnaires / tonnerres féminine, classiquek sifflant / flanc masculine, classiquel criminelle / éternelle féminine, classiquem d'été / été masculine, classiquen féconde / monde féminine, classiqueo qu'un / importun masculine, classiquep cimeterre / terre féminine, classiqueq entr'eux / ténébreux masculine, classiquer île / crocodile féminine, classiques roi / d'effroi masculine, classiquet Tigre / tigre féminine, classiqueu deuils / cercueils masculine, classiquev sépulture / nature féminine, classiquew m'échauffait / fait masculine, classiquex vivre / m'enivre féminine, classiquey luit / nuit masculine, classiquez louve / trouve féminine, classiquea l'oiseau / ruisseau masculine, classiqueb colombe / tombe féminine, classiquea côté / s’écriait / immensité masculine, classiqueb nomme / l'homme féminine, classiquec pas / trépas masculine, classiqued déchiquetée / redoutée féminine, classiquee rejeter / végéter masculine, classiquef pustules / tarentules féminine, classiqueg laboureur / l'horreur masculine, classiqueh l'orme / énorme féminine, classiquei nids / rajeunis masculine, classiquej mondes / immondes féminine, classiquek poison / prison masculine, classiquel saigne / dédaigne féminine, classiquem chemin / humain masculine, classiquen chenilles / guenilles féminine, classiqueo suis / nuits masculine, classiquep bouche / couche féminine, classiqueq dormir / vomir masculine, classiquer porte / cloporte féminine, classiques pâlit / lit masculine, classiquet seule / gueule féminine, classiqueu soucieux / cieux masculine, classiquev claie / plaie féminine, classiquew sali / oubli masculine, classiquex cruelle / écuelle féminine, classiquey puiser / verser masculine, classiquez ulcère / misère féminine, classiquea dehors / morts masculine, classiqueb catacombes / tombes féminine, classiquec vivant / trouvant masculine, classiqued traîne / haine féminine, classiquee passant / innocent masculine, classiquef terre / pierre féminine, classiqueg seul / linceul masculine, classiqueh autres / vôtres féminine, classiquei accablement / firmament masculine, classiquek las / hélas masculine, classiquel rachète / cachette féminine, classiquem mûr / mur masculine, classiquen lumière / chaumière féminine, classiqueo d'effroi / moi masculine, classiquep amère / mère féminine, classiqueq l'infini / béni masculine, classiquer paupières / pierres féminine, classiques cieux / aïeux masculine, classiquet touche / bouche féminine, classiqueu chemin / main masculine, classiquev éternelle / prunelle féminine, classiquew pencher / rocher masculine, classiquex vénérable / misérable féminine, classiquey maudit / descendit masculine, classiquez plaines / laines féminine, classiquea crin / airain masculine, classiqueb horribles / invisibles féminine, classiquec près / forêts masculine, classiqued l'herbe / verbe féminine, classiquee pais / paix masculine, classiquef hôte / faute féminine, classiqueg fleur / douleur masculine, classiqueh sourire / proscrire féminine, classiquei peur / cœur masculine, classiquej nature / torture féminine, classiquek chassieux / yeux masculine, classiquel infinies / harmonies féminine, classiquem création / rayon masculine, classiquen voiles / étoiles féminine, classiqueo vapeur / stupeur masculine, classiquep tonnerre / aire féminine, classiqueq ver / hiver masculine, classiquer misères / serres féminine, classiques daim / Éden masculine, classiquet choses / roses féminine, classiqueu lion / talion masculine, classiquev humaines / haines féminine, classiquew beauté / éternité masculine, classiquex débordent / mordent féminine, classiquey mettez / côtés masculine, classiquez proie / joie féminine, classiquea jour / amour masculine, classiquea profondes / blondes féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquec frêle / elle féminine, classiquea chargé / ravagé masculine, classiqueb villes / îles féminine, classiquec Tyr / bâtir masculine, classiqued Babylone / tourbillonne féminine, classiquee monts / nommons masculine, classiquef Dioscure / obscure féminine, classiqueg triomphants / éléphants masculine, classiqueh axe / l'Araxe féminine, classiquei vécu / vaincu masculine, classiquej solitaire / terre féminine, classiquea émus / l'Hémus masculine, classiqueb l'hôte / haute féminine, classiquec écouté / clarté masculine, classiqued fauves / chauves féminine, classiquee typhons / profonds masculine, classiquea fuite / détruite féminine, classiqueb Pélion / lion masculine, classiquec brûlures / chevelures féminine, classiqued Tyr / engloutir masculine, classiquee Nisyre / cire féminine, classiquef criait / inquiet masculine, classiqueg mère / amère féminine, classiqueh Thallo / l'eau masculine, classiquei Égée / chargée féminine, classiquej géant / béant masculine, classiquek armes / larmes féminine, classiquel milieu / dieu masculine, classiquea ancêtre / naître féminine, classiqueb revêt / avait masculine, classiquec indélébile / immobile féminine, classiquea bandit / dit masculine, classiqueb royaume / Fantôme féminine, classiquec ans / flancs masculine, classiqued pierre / paupière féminine, classiquee Avant / vivant masculine, classiquef plante / parlante féminine, classiqueg apparût / rut masculine, classiqueh étoilée / onglée féminine, classiquei limons / monts masculine, classiquej inondées / coudées féminine, classiquek géants / océans masculine, classiquel difforme / l'énorme féminine, classiquem chevelu / voulu masculine, classiquen humaine / domaine féminine, classiqueo cor / encor masculine, classiquep fumée / fermée féminine, classiqueq l'élément / confusément masculine, classiquer l'insondable / formidable féminine, classiques puni / l'infini masculine, classiquet funèbres / ténèbres féminine, classiqueu épouvanté / d'obscurité masculine, classiquev cime / abîme féminine, classiquew fléaux / Chaos masculine, classiquex l'ombre / nombre féminine, classiquea solitudes / attitudes féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquec terre / tributaire féminine, classiqued triomphât / Misphat masculine, classiquee sacrée / crée féminine, classiquef d'eau / fardeau masculine, classiqueg fleurie / Samarie féminine, classiqueh genoux / vous masculine, classiquei emphase / Phase féminine, classiquej lointains / philistins masculine, classiquek captive / Ninive féminine, classiquel obéir / Seïr masculine, classiquem ivoires / noires féminine, classiquen Hazerod / rien / Nemrod masculine, classiquea homme / nomme féminine, classiqueb démons / monts masculine, classiquec grêle / aile féminine, classiqued vents / vivants masculine, classiquee lybiques / piques féminine, classiquef tours / jours masculine, classiqueg nuque / l'eunuque féminine, classiqueh témoin / loin masculine, classiquei l'arche / marche féminine, classiquej chasseur / épaisseur masculine, classiquek marécage / cage féminine, classiquel pans / serpents masculine, classiquem tanière / charnière féminine, classiquen plancher / approcher masculine, classiqueo inabordable / formidable féminine, classiquep mont / profond masculine, classiqueq Carpathes / pattes féminine, classiquer rayonner / deviner masculine, classiques grève / glaive féminine, classiquet javelot / flot masculine, classiqueu pensée / fixée féminine, classiqueb béants / géants masculine, classiquec plaindre / atteindre féminine, classiqued rayons / lions masculine, classiquee Érèbe / Thèbe féminine, classiquef vin / vain masculine, classiqueg thébaine / d'ébène féminine, classiqueh passer / traverser masculine, classiquei tropiques / piques féminine, classiquea Mithra / entra masculine, classiqueb base / Caucase féminine, classiquec étoilés / Allez masculine, classiquea s'envolèrent / éclairent féminine, classiqueb noirs / miroirs masculine, classiquec cultures / architectures féminine, classiqued qu'emportés / clartés masculine, classiquee sanglante / volante féminine, classiquef d'Assur / l'azur masculine, classiqueg diminuées / gouffre / nuées féminine, classiqueb va / Jéhovah masculine, non classiquec blanches / branches féminine, classiqued flots / os masculine, classiquee haleines / plaines féminine, classiquef d'yeux / mystérieux masculine, classiquea l'espace / rapace féminine, classiqueb épars / parts masculine, classiquec figure / envergure féminine, classiqued vapeur / peur masculine, classiquee aigles / règles féminine, classiqueb hideux / d'eux masculine, classiquec l'étable / redoutable féminine, classiqued jamais / sommets masculine, classiquee pélasge / attelage féminine, classiquef grondants / dedans masculine, classiqueg maudites / troglodytes féminine, classiqueh plongeons / joncs masculine, classiquei petite / asphaltite féminine, classiquej amas / Damas masculine, classiquek lentisque / disque féminine, classiquel regardant / ardent masculine, classiquem lierre / fourmilière féminine, classiquen éclair / l'air masculine, classiquep condor / d'or masculine, classiqueq violettes / squelettes féminine, classiquer nubien / bien masculine, classiques prophètes / têtes féminine, classiqueu fermée / enflammée féminine, classiquev furieux / cieux masculine, classiquea femme / l'âme féminine, classiquea chasseur / sœur masculine, classiqueb Tyrrhène / sereine féminine, classiquec alérions / prions masculine, classiqued l'espace / passe féminine, classiquee gazon / l'horizon masculine, classiquef gloire / noire féminine, classiqueg Sarepta / jeta masculine, classiquea montaient / éperdues / étendues féminine, classiqueb l'immobilité / illimité masculine, classiquec remuée / nuée féminine, classiquec redescendre / Alexandre féminine, classiqued midi / hardi masculine, classiquee sonore / encore féminine, classiquef septentrion / Napoléon masculine, classiquea porte / sorte féminine, classiquea montaient / voir / soir masculine, classiqueb crypte / d'Égypte féminine, classiquec soutient / devient masculine, classiqued terre / panthère féminine, classiquee changeant / d'argent masculine, classiquef vertes / couvertes féminine, classiqueg moisson / l'horizon masculine, classiqueh brave / l'esclave féminine, classiquei bleu / montaient / milieu masculine, classiqueb ailes / étincelles féminine, classiquec projet / mangeait masculine, classiqued noire / boire féminine, classiquee divin / vin masculine, classiquef désastres / astres féminine, classiqueg attendit / dit masculine, classiqueh difforme / énorme féminine, classiquei réseaux / eaux masculine, classiquej sombre / bleu / l’ombre féminine, classiquea montaient / attendit / Maudit masculine, classiqueb terre / taire féminine, classiquec mil / dit-il masculine, classiqued être / maître féminine, classiquea bleu / bas / montaient / combats masculine, classiqueb âme / femme féminine, classiquec décru / disparu masculine, classiqued sombre féminine, classiquee peu / bleu masculine, classiquea bas / rapide / stupide féminine, classiqueb dévorer / montaient / murmurer masculine, classiqueb effrénée / année féminine, classiqued satrape / trappe féminine, classiquee feu / bleu masculine, classiquea énorme / plate-forme féminine, classiqueb voilà / contempla masculine, classiquec même / blême féminine, classiqued redouté / côté masculine, classiquee tête / tempête féminine, classiquef yeux / cieux masculine, classiquea tonnerre / centenaire féminine, classiqueb Abel / Babel masculine, classiquec étrange / archange féminine, classiquea Nemrod / puni / l'infini masculine, classiqueb courbée / retombée féminine, classiquec bleu / Dieu masculine, classiquea Guerre / tonnerre féminine, classiqueb l'épi / accroupi masculine, classiquec l'homme / Rome féminine, classiqued yeux / mystérieux masculine, classiquef Baal / mal masculine, classiqueg humaine / amène féminine, classiqueh ployés / pieds masculine, classiquei éternelles / ailes féminine, classique
- Richesse
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831 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources