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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La fin de satan, 1886· Livre deuxième Le gibet

Le gibet I

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 1080 vers

I La Judée

I La terre sous le troisième césar

En ce temps-là, le monde‖ était dans la terreur ;Caïphe était grand-prêtre‖ et Tibère empereur ;Hérode roi des juifs‖ gouvernait sous Pilate ;Rome était la nuée‖ où le tonnerre éclate ;Jérusalem était‖ l'âne sous le bâton.Des proconsuls assis‖ le poing sous le menton,Vêtus de pourpre, ayant‖ le roi pour satellite,Remplaçaient au-dessus‖ du peuple israéliteLes pharaons à l'œil‖ fixe et mystérieux.Quelques rares autels‖ fumaient sur les hauts lieux,Mais c'étaient les autels‖ des guèbres, que tolèreRome ayant trop de dieux‖ pour croire avec colère.

Temps fatals ! César roi,‖ tout le reste sujet.La conquête romaine,‖ immense, submergeaitLes peuples qu'elle avait‖ saisis l'un après l'autre ;Et cette vague épaisse‖ où le soldat se vautreGrossissait, et, de proche‖ en proche, envahissaitLa terre, où les songeurs‖ disaient : Qu'est-ce que c'est ?Cette inondation‖ de Rome était lugubre ;L'empire était partout‖ comme une ombre insalubre ;Il croissait comme un fleuve‖ épars sous des forêts,Et changeait lentement‖ l'univers en marais.Les docteurs méditaient‖ sur ce second déluge.Ayant leurs livres saints‖ pour cime et pour refuge,Les prêtres, rattachés‖ aux textes, au-dessusDes hommes débordés‖ dans un gouffre aperçus,Laissaient couler sous eux‖ ces vastes avalanches,Pareils à des serpents‖ enroulés dans des branches.Un peuple commandait,‖ le monde subissait.Les jaguars, les lions,‖ les ours pris au lacet,Le tigre redouté‖ même de sa femelle,Rugissaient sous les pieds‖ de Rome pêle-mêleAvec les nations‖ dans le même filet.L'esclavage, à voix basse‖ et dans la nuit, parlait.L'unique grandeur d'âme‖ était l'insouciance.La force avait le droit.‖ Qu'était la conscience ?Une reptilité‖ sous un écrasement.On regardait l'autel‖ en face et le serment,Et l'on se parjurait,‖ et l'hymne et la huéeRiaient, et l'âme humaine‖ était diminuée.L'honnête et le néfaste‖ et le mal et le bienS'effaçaient dans les cœurs ;‖ l'homme ne voyait rienQu'une noirceur croissante‖ au-dessus de sa tête ;Une lueur de torche‖ illuminait le faîteDe l'univers sur qui‖ marchaient les conquérants ;Les uns étaient petits,‖ les autres étaient grands,Personne n'était pur,‖ saint, vénérable et juste ;De même que d'Octave‖ avait pu naître Auguste,De la fange partout‖ sortait l'autorité.Le destin avait l'air‖ d'un abîme irrité ;L'ombre se résolvait‖ en haine autour de l'âme.L'or sentait bon. Le sage‖ était celui qui blâmeLa vertu, le devoir,‖ la foi, le dévouement ;Le plus voisin du vrai‖ c'était celui qui ment ;La mort régnait avec‖ les licteurs pour ministres ;Le genre humain pendait‖ en deux haillons sinistres,Comme si Dieu l'avait‖ déchiré de ses mains ;Les hommes d'un côté,‖ de l'autre les romains.

II Hérode et Caïphe

Sous l'ongle dédaigneux‖ de Rome fatiguéeVivait la royauté‖ des Juifs qu'avait léguéeL'Hérode Ascalonite‖ à l'Hérode Antipas.Cet idiot mêlait‖ le meurtre à ses repas,Et regardait danser‖ Hérodiade nue.Il avait redoré‖ l'aigle que dans la nueSon père avait sculptée‖ au fronton du saint lieu,Car, pour flatter César,‖ ces rois insultaient Dieu ;Il avait fait murer‖ dans le royal repaireLa chambre où, sur un lit‖ de pourpre et d'or, son père,Surnommé Grand, avait‖ été mangé des vers ;Des paons rôdaient parmi‖ ses jardins toujours verts ;Au fond brillait un lac‖ dit le Bain du Tétrarque ;On y voyait errer‖ les pêcheurs dont la barqueVogue à coups d'avirons‖ lents et bien maniés.Il aimait les rhéteurs,‖ l'un par l'autre niés,Les philosophes grecs,‖ les histrions, les mimes,Et son ennui traînait‖ le poids sombre des crimes.Il avait, de l'argent‖ d'un péage imposéAux caravanes d'Ur,‖ d'Ophir et de Jessé,Fait faire à son palais‖ une enceinte de brique ;Car, dès les temps anciens,‖ les marchands de l'AfriqueVenaient des profondeurs‖ du désert calciné ;Ils apportaient des dents‖ d'éléphant, du séné,De l'alcali, des peaux‖ de buffle, de la gomme,Et de la pourpre verte‖ aux proconsuls de Rome.

Caïphe, qui des lois‖ dirigeait le timon,Avait été nommé‖ grand-prêtre après Simon ;Ce n'était point une âme‖ inclinée aux mystères ;Caïphe n'était pas‖ un de ces solitairesQui, pour sonder le sens‖ glissant et ténébreuxDes prophètes luttant‖ confusément entre eux,Gardent la nuit leur lampe‖ à côté de leurs couches,Et songent, éperdus,‖ sur ces livres farouchesOù l'on entend le choc‖ des glaives de l'esprit.Trop petit pour la tâche‖ auguste qu'entrepritCelui qu'on nomme Aaron,‖ c'est-à-dire montagne,Tortueux, il avait‖ la fraude pour compagne ;Les yeux d'Hérode était‖ sincères près des siens ;Son miel était poison ;‖ les chefs pharisiens,Banaïas, intendant‖ d'Epher, Jean l'économe,Maccès, à qui Pilate‖ avait donné pour nomeTout le pays d'Horeb‖ et tout le Néphath d'or,Venaient lui parler bas‖ dans le saint corridor ;De la couleuvre froide‖ il avait la paresse ;Il était ce qui rampe‖ et ce qui se redresse ;Il était chaste avec‖ les femmes, redoutantLe démon qu'à travers‖ leur parole on entend,Mais ces chastetés-là‖ font brûler les Sodomes ;Comme prêtre, il était‖ de cette espèce d'hommesQui, si le sénat vote‖ aux pauvres quelque argent,Disent : « non pas ! l'état‖ est lui-même indigent ! »Et qui trouvent utile‖ et juste qu'on obèreLe trésor pour bâtir‖ quelque temple à Tibère.Caïphe eût aux renards‖ indiqué des sentiers ;C'était un homme sombre,‖ et pourtant volontiersIl riait à travers‖ l'ombre de sa pensée ;Mais on se sentait pris‖ d'une sueur glacéeDevant cette gaieté,‖ couvercle d'un cercueil.Rosmophim de Joppé,‖ prêtre au profond coup d'œil,Et docteur, l'assistait‖ dans les choses civiles.

III Celui qui est venu

Cependant il était‖ question dans les villesDe quelqu'un d'étonnant,‖ d'un homme radieuxQue les anges suivaient‖ de leurs millions d'yeux ;Cet homme, qu'entourait‖ la rumeur grossissante,Semblait un dieu faisant‖ sur terre une descente ;On eût dit un pasteur‖ rassemblant ses troupeaux ;Les publicains, assis‖ au bureau des impôts,Se levaient s'il passait,‖ quittant tout pour le suivre ;Cet homme, paraissant‖ hors de ce monde vivre,Tandis qu'autour de lui‖ la foule remuait,Avait des visions‖ dont il restait muet ;Il parlait aux cités,‖ fuyait les solitudes,Et laissait sa clarté‖ dans l'œil des multitudes ;Les paysans le soir,‖ de sa lueur troublés,Le regardaient de loin‖ marcher le long des blés,Et sa main qui s'ouvrait‖ et devenait immense,Semblait jeter aux vents‖ de l'ombre une semence.On racontait sa vie,‖ et qu'il avait étéPar une vierge au fond‖ d'une étable enfantéSous une claire étoile‖ et dans la nuit sereine ;L'âne et le bœuf, pensifs,‖ l'ignorance et la peine,Étaient à sa naissance,‖ et sous le firmamentSe penchaient, ayant l'air‖ d'espérer vaguement ;On contait qu'il avait‖ une raison profonde,Qu'il était sérieux‖ comme celui qui fonde,Qu'il montrait l'âme aux sens,‖ le but aux paresseux,Et qu'il blâmait les grands,‖ les prêtres, et tous ceuxQui marchent entourés‖ d'hommes armés de piques.Il avait, disait-on,‖ guéri des hydropiques ;Des impotents, cloués‖ vingt ans sous leurs rideaux,En le quittant, portaient‖ leur grabat sur leur dos ;Son œil fixe appelait‖ hors du tombeau les vierges ;Les aveugles, les sourds,‖ — ô destin, tu submergesCeux-ci dans le silence‖ et ceux-là dans la nuit ! —Le voyaient, l'entendaient ;‖ et dans son vil réduitIl touchait le lépreux,‖ isolé sous des claies ;Ses doigts tenaient les clefs‖ invisibles des plaies,Et les fermaient ; les cœurs‖ vivaient en le suivant ;Il marchait sur l'eau sombre‖ et menaçait le vent ;Il avait arraché‖ sept monstres d'une femme ;Le malade incurable‖ et le pêcheur infâmeL'imploraient, et leurs mains‖ tremblantes s'élevaient ;Il sortait des vertus‖ de lui qui les sauvaient ;Un homme demeurait‖ dans les sépulcres ; fauve,Il mordait, comme un loup‖ qui dans les bois se sauve ;Parfois on l'attachait,‖ mais il brisait ses fersEt fuyait, le démon‖ le poussant aux déserts ;Ce maître, le baisant,‖ lui dit : Paix à toi, frère !L'homme, en qui cent damnés‖ semblaient rugir et braire,Cria : Gloire ! et, soudain,‖ parlant avec bon sens,Sourit, ce qui remplit‖ de crainte les passants.Ce prophète honorait‖ les femmes économes ;Il avait à Gessé‖ ressuscité deux hommesTués par un bandit‖ appelé Barabbas ;Il osait, pour guérir,‖ violer les sabbats,Rendait la vie aux nerfs‖ d'une main desséchée ;Et cet homme égalait‖ David et Mardochée.Un jour ce redresseur,‖ que le peuple louait,Vit des vendeurs au seuil‖ du temple, et prit un fouet ;Pareils aux rats hideux‖ que les aigles déterrent,Tous ces marchands, essaims‖ immondes, redoutèrentSon visage empourpré‖ des célestes rougeurs ;Sévère, il renversa‖ les tables des changeursEt l'escabeau de ceux‖ qui vendaient des colombes.Son geste surhumain‖ ouvrait les catacombes.L'arbre qu'il regardait‖ changeait ses fleurs en fruits.Un jour que quelques juifs‖ profonds et très instruitsLui disaient : « — Dans le ciel‖ que le pied divin foule,Quel sera le plus grand ?‖ » cet homme dans la foulePrit un petit enfant‖ qu'il mit au milieu d'eux.Calme, il forçait l'essaim‖ invisible et hideuxDes noirs esprits du mal,‖ rois des ténébreux mondes,A se précipiter‖ dans les bêtes immondes.Et ce mage était grand‖ plus qu'Isaïe, et plusQue tous ces noirs vieillards‖ épars dans les refluxDe la vertigineuse‖ et sombre prophétie ;Et l'homme du désert,‖ Jean, près de ce Messie,N'était rien qu'un roseau‖ secoué par le vent.Il n'était pas docteur,‖ mais il était savant ;Il conversait avec‖ les faces inconnuesQu'un homme endormi voit‖ en rêve dans les nues ;Des lumières venaient‖ lui parler sur les monts ;Il lavait les péchés‖ ainsi que des limons,Et délivrait l'esprit‖ de la fange charnelle ;Satan fuyait devant‖ l'éclair de sa prunelle ;Ses miracles étaient‖ l'expulsion du mal ;Il calmait l'ouragan,‖ haranguait l'animal,Et parfois on voyait‖ naître à ses pieds des roses ;Et sa mère en son cœur‖ gardait toutes ces choses.Des morts blêmes, depuis‖ quatre jours inhumés,Se dressaient à sa voix ;‖ et pour les affamés,Les pains multipliés‖ sortaient de ses mains pures.

Voilà ce que contait‖ la foule ; et les murmures,Les cris du peuple enfant‖ qui réclame un appui,Environnaient cet homme ;‖ on l'adorait ; et luiÉtait doux.

Tous les mots qui tombaient de sa boucheÉtaient comme une main‖ céleste qui vous touche.Il disait : — « Les derniers‖ sont les premiers. — La fin,« C'est le commencement.‖ — Ne fais pas au prochain« Ce que tu ne veux pas‖ qu'on te fasse à toi-même.« — On récolte le deuil‖ quand c'est la mort qu'on sème.« — Celui qui se repent‖ est grand deux fois. — L'enfant« Touche à Dieu. — Par le bien‖ du mal on se défend.« — Que le puits soit profond,‖ mais que l'eau reste claire. »Il disait : « — Regardez‖ les choses sans colère ;« Car, si l'œil est mauvais,‖ le corps est ténébreux.« — L'aube est pour les Gentils‖ comme pour les Hébreux.« — Mangez le fruit des bois,‖ buvez l'eau de la source ;« — N'ayez pas de souliers,‖ pas de sac, pas de bourse,« Entrez dans les maisons‖ et dites : Paix à tous !« — Nul n'est exempt du pli‖ sublime des genoux ;« Donc, qui que vous soyez,‖ priez. Courbez vos têtes.« — Dieu, présent à la nuit,‖ n'est pas absent des bêtes.« Dieu vit dans les lions‖ comme dans Daniel.« — Errer étant humain,‖ faillir est véniel.« Absolvez le pécheur‖ en condamnant la faute.« — On ajoute à l'esprit‖ ce qu'à la chair on ôte. »Il tenait compte en tout‖ des faits accidentels.Dans le champ du supplice‖ il disait des mots telsQue nul n'osait toucher‖ à la première pierre ;Il haïssait la haine,‖ il combattait la guerre ;Il disait : sois mon frère !‖ à l'esclave qu'on vend ;Et, tranquille, il passait‖ comme un pardon vivant ;Il blanchissait le siècle‖ autour de lui, de sorteQue les justes, dont l'âme‖ encor n'était pas morte,Dans ces temps sans pitié,‖ sans pudeur, sans amour,Voyaient en s'éveillant‖ luire deux points du jour,L'aurore dans le ciel‖ et sur terre cet homme.Cet être était trop pur‖ pour être vu par Rome.Pourtant parmi les juifs,‖ dans leur temple obscurci,Chez leur roi lâche et triste,‖ on en prenait souci ;Et Caïphe y songeait‖ dans sa chaire d'ivoire ;Et, sans savoir encor‖ ce qu'il en devait croire,Hérode était allé‖ jusqu'à dire : — Il paraîtQu'il existe un certain‖ Jésus de Nazareth.

Quelques hommes, de ceux‖ qui ne savent pas lire,De pauvres pâtres, pris‖ d'on ne sait quel délireEt du ravissement‖ de l'entendre parler,Le suivaient, l'aimaient tant‖ qu'il les faisait trembler,Et le montraient au peuple‖ en disant : — C'est le maître.L'un d'eux, vieillard, semblait‖ près de cet homme naître ;Et le plus jeune, enfant,‖ avait l'air près de luiD'un sombre aïeul pensif,‖ gravement ébloui.Humbles, ils lui tendaient‖ leurs cœurs comme des urnes.Et ces hommes, pareils‖ à des lampes nocturnesAdorant un soleil‖ dans une vision,Étaient devant ce maître‖ en contemplation,Et l'entouraient, ainsi‖ qu'une auréole d'âmes.

IV Les treize portes de Jérusalem

Dans les vieux temps, l'archange‖ aux quatre ailes de flamme,Stellial dit un jour‖ au noir ZorobabelQuand ce maçon, porteur‖ d'une échelle du ciel,Eut entouré Sion‖ de murailles très fortes :— Pourquoi donc à la ville‖ as-tu fait treize portes ?Et Zorobabel dit :‖ — Ninive aux larges toursEut autant de portails‖ que l'année a de jours,Pour que jamais le temps,‖ quand du gouffre il arrive,Quel qu'il fût, ne restât‖ en dehors de Ninive.— Eh bien, dit Stellial,‖ l'archange couvert d'yeux,Le zodiaque ayant‖ douze signes aux cieux,Douze portes, c'était‖ assez, mage imbécile,Pour que chacun des mois‖ pût entrer dans la ville.— Ange, j'ai fait, reprit‖ le maçon magistrat,Treize portes afin‖ que l'avenir entrât.Chaque année on verra‖ par les douze premièresPasser les douze mois,‖ portant douze lumières,Purs, sacrés, et menant‖ par la main la saison ;Par la treizième doit‖ passer la trahison.

V La Judée

D'innombrables hameaux‖ répandent leurs fuméesD'Arphac à Borcéos‖ dans les six Idumées ;La Judée est dorée‖ et verte sous l'azur ;Elle a des bois des monts,‖ des lacs ; son air est pur ;Le vent du sud le trouble‖ et le vent d'est le calme ;Rome estime ses vins ;‖ comme l'huile de palme,L'huile d'olive abonde‖ à flots sous son pressoir ;L'ombre du Sinaï‖ la couvre vers le soir.

La Judée est la terre‖ où de temps en temps passeUne lueur de Dieu‖ qui se perd dans l'espace.

L'Égypte est, au couchant,‖ cette plaine des blésOù, dans les noirs tombeaux,‖ dont les puits sont comblés,Un miroir d'or massif‖ pend au cou des momiesPour refléter l'essaim‖ des spectres, les lamies,Les stryges, et la face‖ errante des démons ;Au midi, les chacals,‖ les rats, les ichneumons,Remplissent le désert ;‖ au nord, la mer murmure.

La moisson en Judée‖ est deux fois par an mûre ;Le moindre champ y donne‖ un boisseau de maïs.

Ce qui va se passer‖ dans ce fatal paysFait un nuage obscur‖ sur l'avenir, et troubleAbraham enterré‖ dans la caverne doubleDont on voit l'âpre brèche‖ et le seuil délabréAu champ d'Éphron, voisin‖ des chênes de Mambré.

VI Les paroles du docteur de la loi

Deux prêtres, dont la robe‖ est en toile d'ortie,Veillent, l'un à l'entrée‖ et l'autre à la sortieDu Temple que jadis‖ Salomon fit bâtirPar Oliab avec‖ le bois du roi de Tyr.Sévère, à quelques pas‖ des deux prêtres qui semblentFaire taire la ville‖ où mille bruits sourds tremblent,Un docteur de la loi‖ parle au peuple devantCe seuil terrible où luit‖ l'arche du Dieu vivant.Il est seul sur sa chaise ;‖ et, qu'on entre ou qu'on sorte,Il ne s'arrête point,‖ et continue ; il porteLe taled blanc où pend‖ le zizith à cinq nœuds ;Le dogme sombre emplit‖ son œil vertigineux ;Des croyants sont auprès‖ du docteur ; les uns lisentDans des livres pendant‖ qu'il parle ; d'autres gisentEn travers de la porte,‖ et l'on marche dessus ;Un plat brille à ses pieds‖ où les dons sont reçus ;La foule abonde autour‖ du prêtre, et l'environne ;Vieillard qu'une lueur‖ de science couronne,Calme et grave, il déploie‖ au-dessus de son frontCe que les siècles, l'un‖ après l'autre, liront,Le texte saint, écrit‖ sur le rouleau mystique ;Il enseigne la foi,‖ le rite, la pratique,Au peuple remuant‖ les lèvres par moment ;Et chaque fois qu'il lèvre‖ un doigt au firmament,Tous, éperdus devant‖ l'insondable prière,Ensemble et frémissants,‖ font trois pas en arrière.

Il dit :

— Voici la loi. Fais silence, Israël !Peuple, crois au Dieu vrai,‖ distinct, un, personnel,Seul, unique, incréé,‖ voyant ce que fait l'homme.Dieu, c'est le créancier‖ qui veut toute la somme,C'est le jaloux qui veut‖ tout le cœur, c'est la merDont le flot, repoussé‖ par la terre, est amer ;Dieu, s'il est repoussé‖ par les hommes, se venge.Observez le saint jour,‖ Peuple, ou redoutez l'angeQui plane sur l'impie‖ et d'un souffle l'abat ;Le plus pauvre a sa lampe,‖ et, le jour du sabbat,Peuple, il doit l'allumer,‖ dût-il mendier l'huile ;Nos pères, ce jour-là,‖ purifiaient la ville ;Ces hommes qui vivaient‖ à l'ombre du palmier,Étaient saints, et toujours‖ nommaient Dieu le premier ;Ce respect les faisait‖ vivre six cents années ;Le sabbat est le jour‖ où les ombres damnéesPeuvent se retourner‖ dans le lit de l'enfer ;Sepher tua Phinée,‖ Aod tua Sepher,Ces meurtres ne sont rien‖ près du dogme qu'on briseEt du sabbat qu'on met‖ sous ses pieds, et MoïseDans sa tombe, et Jacob,‖ et Job, ont moins d'effroiDu sang d'un homme, ô juifs,‖ que du sang de la loi ;Le fiel est plus amer‖ que le coing n'est acide,Or l'impiété, juifs,‖ c'est le fiel ; l'homicide,Pâle, et suivi d'enfants‖ crachant sur ses talons,Marche à travers la ville‖ avec ses cheveux longs,La main droite liée‖ au cou par une chaîne ;Mais l'impie a son spectre‖ en croix dans la géhenne ;L'homme pèse sur l'un,‖ sur l'autre pèse Dieu.Les jours saints, taisez-vous,‖ ne faites pas de feu ;Le salut dans le ciel‖ est sur terre l'exemple ;Dieu vient à la prière ;‖ il entre dans le templeSitôt la porte ouverte‖ et pourvu qu'on soit dix ;Donc, pratiquez la loi.‖ Tremblez d'être maudits.L'anathème entre au corps‖ du maudit, qu'il traverse.Théglath fut roi d'Égypte,‖ Azer fut roi de Perse ;Gad les maudit ; dès lors‖ l'enfer fut dans ces roisQui voyaient se mêler‖ une flamme à leur voix.Chaque texte est un doigt‖ montrant ce qu'il faut suivre ;Si vous ne faites pas‖ ce que prescrit le livre,Vous serez malheureux‖ comme celui qui voitDans un songe tomber‖ les poutres de son toit.Trois tribunaux nous sont‖ légués par les ancêtres ;Aaron pour enseigner‖ a délégué Cent prêtres,Onze pour gouverner,‖ et Dix-Neuf pour juger ;Le sanhédrin les nomme‖ et seul peut les changer.Que la femme soit chaste‖ et muette, et que l'hommeAit dans un roseau creux‖ tout le deutéronome.Sinon, nous maudirons‖ vos seuils et votre sang.L'anathème qu'un saint‖ jette au mal en passantEst une si fatale‖ et si noire roséeQu'un chien ayant été‖ maudit par Élizée,L'anathème rongea‖ les oreilles du chien.Femmes, l'homme est le roi ;‖ tremblez ! et songez bienA la sombre Lilith,‖ femme née avant Ève ;Adam la renvoya‖ dans l'ombre et dans le rêve ;Lilith répudiée‖ est un spectre de nuit.Lilith était l'orgueil,‖ la querelle et le bruit ;Satan, voulant saisir‖ l'homme, l'avait créée ;Elle roule à jamais‖ dans la noire nuée ;Elle s'appelle Isis‖ dans l'Inde où Satan luit,Et l'encens de l'Égypte‖ horrible la poursuit.La femme file, trait‖ la vache, bat le beurre,Tourne le sablier‖ quand vient la fin de l'heure,Gronde l'esclave aux champs‖ et l'enfant dans son jeu,Veille et travaille ; et l'homme‖ est pensif devant Dieu.Au temple, en récitant‖ le verset ordinaire,Étendez vos deux mains‖ devant le luminaire ;L'ange du jour assiste‖ à vos repas ; mais fuit,Sitôt que vous riez,‖ devant l'ange de nuit ;Étudiez la loi‖ sans cesse, et qu'on la liseDans le texte que fit‖ Esdras d'après Moïse.Pour faire un Livre, ô juifs,‖ n'employez pas de lin ;Cousez avec des nerfs‖ une peau de vélin,Écrivez-y, tremblants,‖ le verbe inénarrable,Et roulez le vélin‖ sur deux bâtons d'érable.Ayez des habits longs‖ conformes à vos rangs ;Craignez le drap tissu‖ de deux fils différents ;Jéhovah n'est pas deux.‖ Fuyez les hommes ivres ;Ne faites point sécher‖ des herbes dans vos livres ;L'herbe imprime un démon‖ aux plis du parchemin ;Ne regardez jamais‖ les lignes de la main ;Dans le texte sacré‖ respectez les consonnes,Au moment de la mort‖ appelez dix personnes ;Confessez vos péchés,‖ jougs par la chair subis,Et que ceux qui sont là‖ déchirent leurs habits ;La mort, même du juste,‖ est une obscure fête.Mettez aux morts un sac‖ de terre sous la tête ;Tournez sept fois autour‖ de la fosse en priant.Redoutez l'occident‖ et craignez l'orient,Ce sont les deux endroits‖ de Dieu. Le ciel le nomme.Redoutez-le. La mort,‖ c'est l'ombre. Il n'est pour l'hommeRien d'éternel après‖ cette vie ; il ne peutRien retenir de lui‖ quand Dieu brise ce nœud ;Ce qu'on appelle l'âme‖ est un souffle, célesteChez les bons, infernal‖ chez les méchants, qui resteUn moment au-dessus‖ du corps dans le trépas,Puis pâlit, puis s'éteint,‖ car Dieu seul ne meurt pas.Pourtant le châtiment‖ peut saisir ce fantômeEt le fouetter longtemps‖ sous le ténébreux dôme,Et lui heurter le front‖ aux poutres de la nuit.Rien de ce qu'on a fait‖ n'est perdu, ni détruit ;Tout compte. Justes poids‖ et balances exactes.Là-haut, le doigt toujours‖ tourné vers tous vos actes,La prière Bathkol,‖ la Fille de la Voix,Se tient près d'Élohim‖ et lui dit : Seigneur, vois.Lisez le Pentateuque‖ à cinq ; l'Exode à quatre.Sachez punir, sachez‖ venger, sachez combattre ;Haïssez les mauvais !‖ Haïssez, haïssezCeux qui doutent, d'audace‖ et d'orgueil hérissés,L'incrédule, le lâche‖ et le pusillanime,Ceux pour qui le saint livre‖ ouvert est un abîme,Ceux qui tremblent devant‖ les célestes degrés,Et sur le bord de Dieu‖ s'arrêtent effarés !S'ils sont nombreux, s'ils ont‖ de l'or dans leurs mains viles,S'ils sont un peuple, ayant‖ des moissons et des villes,Des femmes, des vieillards,‖ des enfants nouveau-nés,Des vierges, des aïeux,‖ des fils, exterminez !Moïse commença‖ par creuser une fosse,O juifs, pour y coucher‖ la religion fausse ;Il y jeta des tas‖ de peuples révoltés ;Il remplit ce tonneau‖ d'hommes et de cités,Et l'on distingue encor‖ dans cette ombre profondeD'énormes ossements‖ dont chacun fut un monde ;Num ravage Amalec,‖ Joram dévaste Ammon ;Partout où l'on voyait‖ la lueur du démon,Partout où l'on prenait‖ quelque faux dieu pour règle,Salomon accourait‖ avec le bruit d'un aigle,O Peuple, et c'est du sang‖ que la terre a suéDerrière Anathias,‖ Saül et Josué ;Jéhovah bénissait‖ ces grands impitoyables ;Sobres, purs, ils menaient‖ au combat, dans les sables,Dans la nuit, sans jamais‖ songer au lendemain,Des soldats qui buvaient‖ dans le creux de leur main ;Le Tabernacle a crû‖ dans le sang ; Dieu consacrePar un carnage Aser,‖ Lévi par un massacre,Et l'antique Lévite‖ est saint pour ce seul traitQu'il marchait en tuant‖ tous ceux qu'il rencontrait ;Samson ne laissait pas‖ d'un mur pierre sur pierre ;Macchabée était plein‖ d'une telle lumièreQue les peuples disaient :‖ son armure est en or ;Et Lysias, Séron,‖ Gorgias, Nicanor,Fuyaient devant cet homme‖ aux cris de guerre étranges,Que suivaient, à cheval‖ sur les vents, cinq archanges !Ces héros ont toujours‖ Jéhovah pour effort ;Leur fer ouvre un sillon ;‖ Peuple, ils font de la mortSortir la vie, et, grâce‖ à leurs lances vermeilles,Les gueules des lions‖ sont des ruches d'abeilles.Ayez autour de vous‖ la peur, en vous l'effroi ;C'est le dogme. David‖ fut un sublime roi ;Il se plaisait au rire,‖ aux chants, aux grappes mûres,Un jour il se pencha‖ sur les choses obscures,Et, pâle, il reconnut‖ que le commencementDe la sagesse était‖ un profond tremblement.O Peuple, Sabaoth‖ lugubrement méditeSur la race d'Adam‖ presque toujours maudite,Sur le sang de Jacob‖ presque toujours puni,Et Dieu, c'est le sourcil‖ froncé de l'infini.Vivez les yeux fixés‖ sur la terreur du gouffre !Guerre à l'impie ! Il faut‖ qu'on punisse, ou qu'on souffre,Frappez pour vous sauver.‖ Songez au châtiment ;Songez à l'océan‖ d'angoisse et de tourment ;Songez à cet enfer :‖ l'immensité des larmes.Les ennemis de Dieu‖ pourront avoir des armes,Ils pourront être fiers‖ et puissants, ils pourrontPousser des chars, avoir‖ des casques sur le front ;Qu'est-ce que cela fait,‖ si leur âme est de l'ombre ?Les festins, les palais‖ que la splendeur encombre,Le bonheur, les plaisirs,‖ le triomphe effronté,Sont des endroits d'oubli,‖ mais non de sûreté.Soit. Oubliez. Qu'importe‖ au souvenir suprême ?La vengeance attend, calme,‖ et la colère sème… —Vous rirez, vous aurez‖ des songes dans les yeux,Tout à coup, au plus noir‖ du ciel mystérieuxQue l'homme frémissant‖ verra par échappées,On entendra le bruit‖ que font deux mains frappées,L'archange porte-glaive,‖ immense, apparaîtra ;Alors, sentant sous eux‖ crouler Bel et Mithra,Les méchants trembleront‖ comme un vaisseau qui sombre,Et tous reconnaîtront‖ l'inutilité sombreDes boucliers d'airain‖ et des casques de cuir ;Ils souhaiteront d'être‖ assez petits pour fuirPar le bas d'une porte‖ ou par les trous d'un crible,La grande épée ayant‖ un flamboiement terrible !Mais Dieu dira : Trop tard !‖ Donc, ô vivants, tremblez.Dieu court dans les maudits‖ comme un feu dans les blés.Écrasez d'épouvante‖ et de haine l'impie.Faites lever votre âme‖ aux vices accroupie,Et récitez, avant‖ que l'archange soit là,Le sharrith le matin,‖ le soir le néhila.Vengez Dieu par le glaive‖ et vivez dans la crainte.Tout ce que je vous dis,‖ Peuple, c'est la loi sainte,La loi d'en haut, connue‖ aux seuls fils de Lévi.

Un homme en ce moment,‖ de douze hommes suivi,Blond, jeune, et regardé‖ fixement par le prêtre,L'interrompit et dit‖ avec l'accent d'un maître :

— Toute la loi d'en haut‖ est dans ce mot : aimer.

— Peuple, cria le prêtre,‖ il vient de blasphémer.

VII Caïphe en contemplation

Les deux guetteurs du temple‖ ont aperçu la lune ;Le mois commence.

Aux champs la terre est encor brune ;Il pleut sur le mont Glon‖ et sur le mont Sion ;Mais l'hiver va finir.‖ On fait l'ablutionDu temple, dont on brosse‖ et dérouille les chaînes,Les gonds et les verrous,‖ pour les fêtes prochaines.

Seul près du grand autel‖ derrière le rideau,Pendant que, se courbant‖ sur des vases pleins d'eau,Et répandant partout‖ le nard et l'hyacinthe,Les lévites portiers‖ lavent la triple enceinte,S'interrompant parfois‖ pour baiser les pavés.Le grand-prêtre se tient‖ debout, les bras levés.On dirait un fantôme‖ avec son blanc suaire.

L'arche est sur une estrade‖ au fond du sanctuaire ;Élohim lui laissa‖ l'empreinte de son doigt ;Un éblouissement‖ l'environne, et l'on voitDes boîtes de parfum‖ d'aspic sur chaque marcheDu degré qui se perd‖ sous la splendeur de l'arche.

Caïphe est de la chose‖ éternelle occupé.

Un docteur cependant,‖ Rosmophim de JoppéA soulevé ce voile‖ et marche vers CaïpheQui ne dérange pas‖ son geste de pontifeEt n'ouvre qu'à demi‖ son œil vague et fermé.

Le prêtre dit : — Je viens.‖ Je me suis informé,Hannasci, de celui‖ des douze auquel tu penses.C'est lui que dans la bande‖ on charge des dépenses ;Quand on voyage, il compte‖ avec les hôteliers ;Les autres semblent fiers‖ de porter leurs colliers ;Lui seul a l'air d'un loup‖ parmi les chiens ; sa voieEst obscure ; à Naïm,‖ une fille de joieAvait, avec du baume‖ et des parfums, lavéLes pieds du maître, un peu‖ meurtris par le pavé ;Cet homme s'emporta‖ contre elle jusqu'à dire :Tu viens de perdre là‖ pour vingt deniers de myrrhe !Et Caïphe répond :‖ — C'est l'homme qu'il faudrait.— Oui, répond Rosmophim.‖ Il est jaloux, secret,Triste, oblique, inquiet,‖ solitaire, économe.Prince, tu désirais‖ savoir comme on le nomme.Je l'ignorais le jour‖ où tu le demandas.Je le sais aujourd'hui.‖ — Quel est son nom ? — Judas.

VIII La sibylle

La sibylle d'Achlab‖ parle dans sa caverne ;Elle est seule ; un esprit‖ farouche la gouverne,La courbe comme un feu‖ sous un vol de démons,Et de sa bouche obscure‖ et de ses noirs poumonsFait sortir le hasard‖ des paroles terribles.Des feuilles, qui plus tard‖ s'iront coller aux Bibles,S'échappent par moments‖ de son antre, et s'en vontEn vagues flamboiements‖ dans l'espace sans fond.Elle les suit des yeux,‖ et rit ; puis recommence,L'immensité s'étant‖ mêlée à sa démence,Et le souffle infini‖ la traversant toujours.Elle s'adresse à l'ombre,‖ au gouffre, aux rochers sourds.Spectre par le regard,‖ par la maigreur squelette,Elle parle une langue‖ étrange où se reflèteL'avenir, à demi‖ visible sur son front,Et prononce déjà‖ des mots qui ne serontDits par le genre humain‖ que dans trois mille années.

Ses mains sur ses seins nus‖ se crispent décharnées ;Son œil lugubre songe,‖ ivre d'obscurité ;Ce spectre balbutie‖ avec autorité ;On dirait qu'elle fait‖ la lecture éperdueD'un mystérieux livre‖ ouvert dans l'étendue ;Parfois elle s'arrête‖ en disant : Je ne puis.

En ce moment, au fond‖ de sa grotte, affreux puitsPlein de l'effarement‖ des visions occultes,Ce sont les fondateurs‖ de dogmes et de cultesEt de religions‖ que son regard poursuit.Il semble qu'elle parle,‖ à travers l'âpre nuit,A ceux qui cherchent Dieu‖ pour le montrer aux hommes.

« — … Le livre d'en haut dit :‖ — Qui que tu sois, qui sommes« L'Être de s'expliquer‖ et le sphynx d'être clair,« Qui que tu sois qui veux‖ saisir l'eau, tenir l'air,« Donner à la nuée‖ une forme, et qui plonges,« Avec ta nasse, bonne‖ à la pêche des songes,« Dans le sinistre abîme‖ où flotte ce mot : Dieu ;« Qui que tu sois, qui viens‖ forcer l'ombre à l'aveu,« Tâter la certitude‖ avec ta main peu sûre,« Au temple sidéral‖ adosser ta masure,« Et désigner à l'Être‖ un texte, un nombre, un lieu ;« Homme, qui que tu sois,‖ qui viens faire du feu« Sous la foudre, allumer‖ ta lampe sous l'étoile,« Et dire à l'univers‖ sans fond : Lève-toi, voile !« Qui que tu sois qui prends‖ l'impossible aux cheveux,« Qui prononces ces mots‖ inutiles : « — Je veux,« Je sais, je suis, je crois,‖ je sauve, je ranime ; — »« Qui que tu sois qui dis‖ à l'Être : « — Allons, abîme,« Réponds, puisque c'est moi‖ qui t'ai questionné. — »« Sache que ta folie‖ est sombre, infortuné !

« L'erreur sort du nuage‖ et sans fin se dévide.« Un rite, c'est un geste‖ au hasard dans le vide ;« Avortement du chiffre‖ et du mot ! labeur vain« De la voix pour nommer‖ le prodige divin !« Trimourti ! Trinité !‖ Triade ! Triple Hécate !« Brahmâ, c'est Abraham ;‖ dans Adonis éclate« Adonaï ; Jovis‖ jaillit de Jéhovah ;« Toujours au même mot‖ l'impuissance arriva ;« Toujours le sombre effort‖ des religions tombe« Dans le même fantôme‖ et dans la même tombe.« Toutes ces questions :‖ « — Où ? quand ? pourquoi ? comment ?« Jusqu'où ? » — font le bruit sourd‖ d'un engloutissement.« Le livre d'en haut dit :‖ — O penseurs, prenez garde !« Il veut qu'on le contemple‖ et non qu'on le regarde.« Courbez-vous. L'adoré‖ doit rester l'inconnu.« Toutes les fois qu'un homme,‖ un esprit, est venu« L'approcher de trop près,‖ et s'est, opiniâtre,« Mis à souffler sur lui‖ comme on souffle sur l'âtre,« Il a frappé. Malheur‖ aux obstinés qui vont« Faire une fouille sombre‖ en cet être profond !« Vous qui vous appelez‖ hier, demain, le sage,« Le savant, le chercheur,‖ la fuite, le passage,« Larves ! y songez-vous‖ d'imposer à celui« Qui songe et qui s'appelle‖ à jamais Aujourd'hui,« Vos auscultations,‖ vos calculs, votre étude,« Et la vibration‖ de votre inquiétude !« Il lui déplaît d'avoir‖ vos chiffres hasardeux« Courant partout sur lui,‖ fourmillement hideux.« Ta curiosité‖ l'importune, ô vermine !« L'Incréé n'aime pas‖ que l'homme l'examine,« Et sentir des esprits‖ fureter dans ses coins.« Sacrilège ! le plus,‖ mesuré par le moins !« La mouche humaine allant‖ heurter aux cieux son aile !« Et l'essaim, effleurant‖ l'attitude éternelle ! —

« Le livre d'en haut dit :‖ — Lui ! lui ! pas de témoins.« Hommes, ne faites point‖ un pas hors des besoins ;« L'homme est tortue, et l'ombre‖ est votre carapace ;« Ne sortez pas du temps,‖ du nombre et de l'espace ;« Car il se vengera,‖ l'être mystérieux,« Des voix, des bruits, des pas,‖ des lampes et des yeux !« Il est le maître obscur‖ des tortures aiguës,« Des haches, des brasiers,‖ des chanvres, des ciguës.« Il choisira les forts,‖ il prendra dans sa main« Ceux qui sont les cerveaux‖ de tout le genre humain,« Et, fatal, les jetant‖ au glaive froid qui tue,« Il décapitera‖ la sagesse têtue.« Pour punir les chercheurs,‖ il n'a qu'à les livrer« A la fureur de ceux‖ qu'ils voudront éclairer.

« O sages, pour gravir‖ les cieux où sont les Tables,« Vous hantez les hauts lieux,‖ ces cimes redoutables,« Que visite l'horreur‖ et que la bise mord ;« Vous y cherchez le jour,‖ vous y trouvez la mort ;« Certains sommets fatals‖ ont d'âpres calvities« Où les hideuses croix,‖ par le meurtre noircies,« Se dressent, attendant‖ les pâles rédempteurs ;« Et vous êtes, hélas,‖ trahis par les hauteurs.« Caïn sur cette terre,‖ où le juste est victime,« Traître, a laissé de quoi‖ recommencer son crime ;« L'homme abrège, ô penseurs,‖ vos ans déjà si courts !« Pour vous assassiner,‖ justes, l'homme a toujours« Entre les mains assez‖ du premier fratricide ;« Plus tard, le genre humain,‖ redevenu lucide,« Vient glorifier ceux‖ que sa rage courbait…« L'un a bu le poison,‖ l'autre pend au gibet !

« Pensez-vous quelquefois‖ à ce que fait l'archange,« L'Être d'en bas ? Il est‖ le Méchant. Il s'en venge ?« Il prend l'âme, la vie‖ et le jour à revers ;« Et de sa chute il fait‖ celle de l'univers.« L'enfer est tout entier‖ dans ce mot : Solitude.« Avec tous les remords‖ qui sont l'inquiétude« Et le deuil de la terre,‖ et dont il est l'aïeul,« Dans l'effrayant cachot‖ des nuits, Satan est seul.« Le rocher qui le mure‖ est fait avec du crime ;« Les autres condamnés‖ sont dans un autre abîme ;« Il peut les torturer,‖ mais il ne peut les voir.« Seul, toujours seul, il est‖ aveugle dans le noir.« En lui, hors de lui, l'ombre.‖ Il regarde, il se hausse,« Il cherche ; il n'a pas même‖ une hydre dans sa fosse ;« Une hydre, ce serait‖ quelqu'un. L'ange damné« Vole et rôde, et, hagard,‖ voudrait n'être pas né.« Si les bêtes voyaient‖ son cloaque, cet antre« Ferait ramper les loups‖ frémissants à plat ventre,« Trembler le tigre, et fuir‖ les hiboux aux yeux ronds.« A chaque mouvement‖ de ses lourds ailerons,« Pendant qu'il plane, il sort‖ du monstre des fumées ;« Elles montent sur terre,‖ et ce sont des armées ;« Elles montent sur terre,‖ et, dans nos régions,« Ce sont des lois, des mœurs‖ et des religions ;« Elles montent sur terre‖ et prennent des figures« De rois, de conquérants,‖ de pontifes, d'augures ;« Et l'on entend le cri‖ des hommes sous le pied« D'un Satan Dieu qui règne‖ et dans la nuit s'assied,« Fantôme ressemblant‖ au spectre des ténèbres ;« Et, triomphants, sacrés,‖ grands, illustres, célèbres,« Des vampires, la mitre‖ ou le laurier au front,« Élevant jusqu'au ciel‖ une gloire d'affront,« Disent : Je suis le Dogme,‖ et je me nomme Empire.« Et cent fléaux, fatals,‖ noirs, dont l'homme est le pire,« Se déchaînent ; — Satan‖ en bas plane toujours ; —« Peste, terre qui tremble,‖ eau sur les rochers sourds,« Le typhon sur les flots,‖ le semoun dans les sables… —« O sombres battements‖ des ailes formidables !

« Le livre d'en haut dit :‖ — Donc pas de curieux.« La nuit est un conseil‖ que le ciel donne aux yeux.« Laissez l'Être exister.‖ Soyez ce que vous êtes.« Regards, soyez l'effroi ;‖ bêtes, soyez les bêtes ;« Beauté, sois le squelette ;‖ homme, sois le néant.« Dieu fait du ténébreux‖ le bourreau du voyant.« Ou, s'il lui plaît, savants,‖ penseurs, ô tourbe infime,« De vous abandonner‖ à votre propre abîme,« Il laissera l'ennui‖ pesant, le moi jaloux,« Le vertige et la peur‖ croître d'eux-même en vous,« Et vos socs effrayés‖ ne creuser que des fosses,« Et se dresser, au fond‖ de vos recherches fausses,« Le chaos des erreurs,‖ des fièvres, des tourments,« Et s'offrir le fer rouge‖ à vos tâtonnements ;« Si bien que de sa loi,‖ de son énigme austère,« De son nom, de son dogme‖ obscur, de son mystère,« Vous ôterez vos mains‖ fumantes en criant :« Nous nous sommes brûlés‖ à cet être effrayant !« Mage, il t'engloutira‖ sous les bouillons de l'urne ;« Il remuera sous toi‖ l'âpre échelle nocturne ;« Il rendra trouble, avec‖ trop de lumière, l'œil« De la témérité,‖ du rêve et de l'orgueil ;« Il n'aura qu'à montrer,‖ pour vous mettre en démence,« Un de ses attributs‖ dans sa splendeur immense ;« Car le plus aveuglé,‖ c'est le plus ébloui.« Oui, si vous labourez‖ au même champ que lui,« Il emplira de cendre‖ et de mort vos semailles.« De toute la science‖ il crèvera les mailles.« L'infini ne se peut‖ prendre dans un filet.« Il ne souffrira point‖ qu'on sache ce qu'il est.« Il mettra les fléaux,‖ les forces, les tonnerres,« L'ombre, à votre poursuite,‖ ô noirs visionnaires !« Et s'il regarde, horreur !‖ tout s'évanouira.« Et les penseurs crieront :‖ Grâce ! Il leur suffira,« Pour sentir la pensée‖ en leurs fronts se dissoudre,« D’entrevoir un moment sa prunelle de foudre. —

« Le livre d'en haut dit :‖ — Vivez sans regarder.« Passant, ta fonction‖ est de passer. Sonder,« C'est blesser. Qu'êtes-vous ?‖ Qu'es-tu ? Ton nom ? — Terpandre.« Toi ? — Linus. — Toi ? — Thalès.‖ — Vous vous appelez Cendre !« Vous vous appelez Brume‖ et Nuit ! Disparaissez,« Mourez. Parler est trop,‖ bégayer est assez.« Es-tu sage ? tais-toi.‖ Le silence est l'hommage.« Quoi ! tu veux pénétrer‖ l'impénétrable, ô mage !« Tu viens escalader‖ avec effraction« Le problème, le jour,‖ la nuit, la vision,« L'infini ! Tu commets‖ un attentat nocturne« Sur la virginité‖ du tombeau taciturne !« Tu lèves ce couvercle,‖ ô mage audacieux !« Que fais-tu là, rôdeur‖ des barrières des cieux ?« Tu viens, furtif, armé‖ de ta vanité sombre,« Forcer l'éternité !‖ tu viens crocheter l'ombre,« Fourrer ta fausse clé‖ dans la porte de feu,« Et faire une pesée,‖ avec l'orgueil, sous Dieu !« Va-t'en de la lumière,‖ et va-t'en des ténèbres !« Dehors ! Va-t'en avec‖ ta strophe et tes algèbres,« Poète, géomètre,‖ astronome, voleur !

« Ne cherchez pas ; rampez.‖ Tremblez, c'est le meilleur.« Espace, point d'Icare ;‖ astres, pas de lunettes.« O vivants, vous serez‖ dans le vrai, si vous n'êtes« Que ce que les vivants‖ d'avant vous ont été.« Ne voyez que la grande‖ et calme éternité.« Le bas est immobile‖ et le haut immuable.« En bas est l'ancre ; en haut‖ l'obscur anneau du câble.« Est-ce que la nature‖ essaie autour de vous« De changer d'attitude,‖ ô mortels vains et fous ?« Qu'est-ce que le tombeau ?‖ Le puits des nuits funèbres ;« Il a la plénitude‖ auguste des ténèbres ;« Il ne demande rien,‖ il ne fait pas de bruit ;« Le sépulcre est le vase‖ où Dieu garde la nuit,« L'astre est le vase où Dieu‖ conserve la lumière ;« Tous deux sont à jamais‖ ce que la loi première« Les créa ; l'un est l'ombre‖ et l'autre est le rayon ;« Pourquoi l'homme veut-il‖ changer sa fonction ?« Il est souffle ; qu'il passe.‖ A quoi bon la pensée ?« A quoi bon tant de force‖ obscure dépensée ?« A quoi bon Zoroastre‖ ou Moïse ? A quoi sert« Ce Jean, vêtu de peaux,‖ parlant dans le désert ?« A quoi bon vos Talmuds ?‖ N'est-ce pas une honte« De voir s'entreheurter‖ Tyr contre Sélinonte,« Delphes contre Éleusis,‖ Thèbes contre Sion,« Dans l'immobilité‖ de la création ?« C'est l'ennui du voyant‖ d'entendre les querelles« Des superstitions‖ se dévorant entre elles,« Tous ces mages, luttant,‖ affirmant ou niant,« Et tous ces disputeurs‖ de cendre et de néant« Qui font tourbillonner‖ leurs misérables rixes« Entre les tombeaux noirs‖ et les étoiles fixes !« Un dogme est l'oiseleur,‖ guettant dans la forêt,« Qui, parce qu'il a pris‖ un passereau, croirait« Avoir tous les oiseaux‖ du ciel bleu dans sa cage.« La salutation‖ du jonc au marécage« N'est pas plus vaine, au fond‖ du bois vague et jauni,« Que les saluts que fait‖ un homme à l'infini.« Tout ce que vous nommez‖ vérité devient fable« Devant l'inénarrable‖ et devant l'ineffable.« Dieu ! Rêve ! Qui finit‖ par ressembler à Non.« La raison de celui‖ qui prononce ce nom« S'en va, comme le sang‖ quand on ouvre la veine.« Oh ! que le verbe est nul !‖ que la syllabe est vaine !« Comme le nombre est vite‖ essoufflé quand il faut« Faire l'addition‖ du bas avec le haut,« Et, de la profondeur‖ remontant à la cime,« Compter le gouffre après‖ avoir compté l'abîme ! »

Pendant qu'elle parlait,‖ pleine du sphynx caché,Sur le puits ténébreux‖ quelqu'un s'était penché ;Le soleil éclairait‖ sur le seuil de la caveUne figure douce,‖ éblouissante et grave ;Un homme était pieds nus‖ dans l'herbe et les genêts.

— Je ne t'ai jamais vu,‖ mais je te reconnais.Salut, Nazaréen !‖ Dit la femme hagarde.

Et, montrant du doigt l'ombre,‖ elle ajouta : Prends garde.

Alors entre la femme‖ et cet homme, tandisQue l'aube réchauffait‖ les serpents engourdisEt que les fleurs ouvraient‖ au soleil leurs corolles,Il se fit un échange‖ auguste de parolesQue la terre ignora,‖ personne n'écrivantCe dialogue sombre‖ emporté par le vent.

LE NAZARÉEN

O Prophétesse, il faut‖ pourtant sauver les hommes.

LA SIBYLLE

A quoi bon ?

LE NAZARÉEN

Pour sortir de cette ombre où nous sommes.

LA SIBYLLE

Restes-y.

LE NAZARÉEN

C’est la loi de monter vers le jour,Qu'après l'iniquité‖ la justice ait son tour,C’est la loi.

LA SIBYLLE

La justice est sur la terre un rêve

LE NAZARÉEN

Les hommes pleins de haine‖ ont à la main le glaive.O femme, en les aimant‖ on peut les apaiser.Que dis-tu de l’amour ? Parle.

LA SIBYLLE

Crains le baiser.

II Jésus-christ

I La poutre

Le brigand Barabbas‖ est en prison. Son heureApproche, car il faut‖ que le meurtrier meure ;C’est du moins ce que dit le peuple.

Hors des murs,Dans un champ où, pareil‖ au ver dans les fruits mûrs,Le chacal entre au flanc‖ des charognes farouches,Plaine où des os épars‖ font bourdonner les mouches,On entend un bruit sourd‖ de scie et de marteaux.Un homme dans un bouge‖ équarrit des poteaux.C'est Psyphax, charpentier‖ de croix. Dehors un zèbre,Des poules, du fumier,‖ un coq. Psyphax est guèbre,Adore le soleil‖ et construit des gibets.

Le faubourg Zem, quartier‖ des marchands au rabaisEt des fripiers vendant‖ les haillons de la ville,Borne au sud cette plaine‖ âpre, déserte et vile.Des cordes où parfois‖ on se heurte en rêvant,Où les laveuses font‖ sécher leur linge au vent,Flottent à des piquets‖ plantés dans les décombres.Les petits enfant nus‖ de ces masures sombresOù la famine habite‖ et d'où la peste sort,Vivent de ramasser‖ dans l'herbe du bois mortQu'ils vont vendre en fagots‖ sur les marches du temple.Le prophète qui fait‖ des gestes et contemple,Quelque centurion‖ par l'orgie attardé,Des joueurs agitant‖ la bassette ou le dé,Hantent seuls ce lieu triste‖ et cette lande aride.Au-delà des terrains‖ que l'ardent soleil ride,Et que couvre un gazon‖ brûlé, lépreux et court,On voit les toits confus‖ des maisons du faubourgOù les femmes le soir‖ médisent sur leurs portes.

Les mendiants hideux‖ pareils à des cloportesRôdent aux alentours,‖ tendant leurs pâles mains.Au lieu de l'essaim d'or‖ errant dans les jasmins,L'oiseau de proie, affreux,‖ vole aux carcasses mortes.Près des maisons, les gueux,‖ les nains aux jambes tortes,Les goitreux, les boiteux,‖ fourmillent en tous sens ;Et la difformité‖ honteuse des passants,Et ce faubourg infirme‖ et malade, et ces bouges,Importunent au loin‖ l'aigle aux paupières rouges,Et les vastes vautours‖ africains dont le becSemble plein des rayons‖ du désert de Balbeck.

Au fond de l'horizon‖ est le Golgotha fauve ;Mont sans arbre, sans herbe‖ et sans fleurs ; sommet chauveEt propre à la croissance‖ horrible des gibets ;Ceux qui cherchent le sens‖ des anciens alphabetsEt qui font du Talmud‖ leur sévère lecture,Tremblent devant ce mont,‖ sachant son aventure ;Le vaste Adam est là,‖ sous la terre dormant ;Si bien que le Calvaire‖ est le noir renflementDe ce grand corps gisant‖ sous la morne campagne,Et qu'un air de cadavre‖ en reste à la montagne.

Le toit de Psyphax, bas‖ et marqué d'un poteau,Fait une ampoule au centre‖ isolé du plateau.Le peuple craint les toits‖ mystérieux des guèbres.Ces fous de la lumière‖ ont l'œil plein de ténèbres ;On les voue aux métiers‖ immondes : ils les font.Ils mêlent leur chimère‖ au céleste plafond ;Ils contemplent la nuit,‖ d'astres profonds semée,Et l'appellent Saba,‖ ce qui veut dire armée ;Ils adorent un point‖ du ciel nommé Kébla ;A toute heure de l'ombre‖ et de l'aube, ils sont làS'offrant, les hommes nus‖ et les femmes sans voiles,Au dieu soleil époux‖ des déesses étoiles ;Ils maudissent la fève‖ et l'ail, craignent le selEt l'ambre, et font lever‖ le pain avec du miel.Ils vont jusqu'en Égypte,‖ affrontant les numides,Pieds nus, sacrifier‖ des coqs aux pyramides,Ces trois tombeaux de Seth,‖ d'Énos et de Sabi ;L'arabe en pâlissant‖ leur ferme son gourbi ;Ils font un philtre avec‖ des herbes qu'ils écrasent ;Ils respectent le bœuf‖ et la brebis, se rasent,Et n'osent pas nommer‖ l'astre à qui leurs élusFont, de l'aurore au soir,‖ soixante-trois saluts ;Ils ont pour ville Haran‖ en Mésopotamie ;Leur tabernacle, autel‖ de trouble et d'infamie,Au lieu de l'occident‖ regarde le levant ;Ils adressent, hagards,‖ des questions au vent,Comptent l'onde, et parmi‖ leurs prophètes on nommeLoth, roi des Philistins,‖ et Numa, roi de Rome ;Dans le mois du Bélier‖ leur tribu danse en rond ;Ils vénèrent Péor,‖ le faune obscène ; ils ontSept temples dédiés‖ par Cham aux sept planètes ;Ils sont jongleurs, charmeurs‖ de tigres, proxénètes,Baigneurs, marchands de sorts,‖ plongeurs de tourbillons ;Quand ils sèment, ils font‖ deux parts de leurs sillons,Dont l'une est pour le dieu,‖ l'autre pour les déesses ;Leurs femmes ont parfois‖ des serpents dans leurs tresses ;Ils reprochent au char‖ la plainte de l'essieu ;Ils regardent, pensifs,‖ les ratures que DieuA faites sur le tigre‖ ainsi que sur le zèbre ;C'est parce que tous deux‖ ont ce signe funèbreEt cette ombre des mots‖ inconnus sur le dosQue l'un porte la haine‖ et l'autre les fardeaux ;Presque à l'égal du temple‖ ils révèrent l'étable ;Leur sommeil est étrange,‖ agité, redoutable ;Le sage est dur pour eux,‖ même dans sa bonté,Car leur religion‖ donne à l'humanitéUne difformité‖ misérable et terrible ;Ils ont un livre écrit‖ par Satan, chose horrible ;Un autre par Adam,‖ un autre par Énos ;Tous savent lire et sont‖ des songeurs infernaux ;Ce sont, sous l'azur sombre‖ où les nuages glissent,Des hommes stupéfaits‖ et fauves qu'éblouissentLes immenses couchers‖ du soleil dans les monts,Et qui mangent du sang‖ ainsi que les démons.

Près d'un champ maigre, où croît‖ plus de ronce que d'orge,Dans son hangar croulant‖ qu'empourpre un feu de forge,Psyphax le guèbre est seul ;‖ sans veste, sans bonnet,Bras nus, la scie aux poings,‖ il travaille ; et l'on estA la fin du mois Jar,‖ le second de l'année.

Dans cette plaine vaste,‖ obscure, abandonnée,Deux hommes vers le soir,‖ marchant dans les fossés,Se rencontrent, venant‖ de deux points opposés.Ils se parlent très bas‖ avec un air de honte.— Voici l’argent.

— Combien ?

— Trente.

— Comptons.

On compte ;Dans l'ombre ; en étouffant,‖ comme en flagrant délit,Le bruit d'un sac d'argent‖ qu'on vide et qu'on remplit.

— Marché fait.

— Viendra-t-il pour la fête ?

— Peut-être.

— Mais au milieu des siens‖ comment le reconnaître ?

— Celui qu'on me verra‖ baiser, ce sera lui.

— C’est dit.

Et souriant, mais non sans quelque ennui,L'homme qui prend l'argent‖ fait un salut servile,Met le sac sous sa robe‖ et rentre dans la ville.

Et l'autre attend qu'il ait‖ disparu, puis, sans bruit,Regardant si de loin‖ personne ne le suit,Il s'enfonce à pas sourds‖ dans la plaine funèbre,Et l'on dirait qu'il va‖ vers la maison du guèbre.

Psyphax travaille. Il ouvre‖ au milieu des outilsUn vieux livre, et ses yeux‖ y semblent engloutis,Comme s'ils en puisaient‖ la lueur vénérable ;Puis il reprend la vrille‖ et l'équerre d'érable,Et se remet à fendre‖ un bloc informe et noir ;Puis il lit, quoiqu'on lise‖ avec peine le soir,De sorte que cet homme‖ à la fois semble suivreSon travail sous l'outil‖ et sa loi dans le livre ;Soudain, au soupirail‖ du toit presque détruit,Apparaît la première‖ étoile de la nuit ;Psyphax lève les yeux,‖ l'aperçoit, se redresse,Ébloui, pâle, et dit‖ à voix basse : O déesse !Or l'homme qui venait‖ arrive. Il montre un sceau.Il crache sur le livre‖ ouvert, et dit : — Pourceau,Je suis du temple. — Il laisse,‖ en l'écartant, paraîtreSous son manteau dans l'ombre‖ une robe de prêtre.Et le payen se tait,‖ avec ce pli du frontQue donne l'habitude‖ horrible de l'affront ;Car il a reconnu‖ Rosmophim, un des sagesQui du Talmud au peuple‖ expliquent les passages,Docteur et juge, après‖ Caïphe le premier.Il tremble ; le rayon‖ rend visite au fumier.Pourquoi ?

C’est ce docteur Rosmophim qui, naguère,A, d'après la loi sainte‖ et le texte vulgaire,Condamné Barabbas,‖ et dit : Deux fois malheur !Mort sur le meurtrier‖ et mort sur le voleur !

Rosmophim dit : — Au nom‖ du sanhédrin ! — L'esclaveS'incline, et Rosmophim‖ reprend d'une voix grave,Pendant que son regard‖ sur le guèbre tombait :— As-tu quelque tronc d'arbre‖ à faire un grand gibet ;

Dans une sorte d'antre‖ au fond de la masureGisaient de noirs poteaux‖ de diverse mesure ;Le payen remua‖ ces affreux blocs dormants,Ainsi qu'un fossoyeur‖ trouble un tas d'ossements,Et l'on en voyait fuir‖ des bêtes qu'on ignore ;Les poutres retombaient‖ sur la terre sonore ;Soudain l'homme, que l'âtre‖ aidait de sa clarté,Poussant un dernier bloc,‖ non sans peine écarté,Montra du doigt au prêtre‖ un madrier difforme,Ayant le poids du chêne‖ avec les nœuds de l'orme,Lourd, vaste, et comme empreint‖ de cinq doigts monstrueux ;On voyait au gros bout,‖ renflement tortueux,On ne sait quelle tache‖ épouvantable et sombre,Et l'on eût dit du sang‖ élargi dans de l'ombre.Rosmophim regarda‖ la poutre, maugréant :— Serait-ce le bâton‖ de marche d'un géant ?— Seigneur, c'est en effet‖ cela, dit l'idolâtre.

Et le prêtre jeta‖ trois grains d'encens dans l'âtrePour purifier l'air‖ où l'homme avait parlé.

L’homme reprit :

— Un champ qui fait mourir le blé,Qui n'a pas un rameau‖ vivant où l'oiseau dorme,Égout où du déluge‖ on voit la boue énorme,Est le lieu sombre où j'ai‖ trouvé ce tronc hideux.Les hommes d'autrefois‖ ne pouvaient être deuxSans combattre, et l'un l'autre‖ ils se prenaient pour cible,Et la marque d'un meurtre‖ est sur cet arbre horrible.Les géants de la race‖ Énacim, qui d'abordOnt habité la terre‖ antique, ont fait la mort.Leur ombre immense couvre‖ encor les races neuves.Ils écrasaient du pied‖ les éléphants des fleuvesDevant qui la forêt‖ monstrueuse se tait ;Leur bâton de voyage‖ ou de défense étaitUn chêne qu'ils avaient‖ cassé dans la clairière ;Et nous pourrions bâtir‖ toute une tour de pierreAvec un des cailloux‖ qu'ils tenaient dans leur poing.

— Oui, dit le docteur, Dieu‖ qui ne s'égare pointEn attendant le nombre,‖ exagéra la forme ;Le monde a commencé‖ par la famille énorme ;Du groupe gigantesque‖ est né le genre humain ;Le bloc d'hier sera‖ tas de pierres demain ;Un géant tient d'abord‖ la place d'une foule ;Puis, comme la nuée‖ en gouttes d'eau s'écroule,De génération‖ en génération,Il s'amoindrit, pullule,‖ et devient nation ;Et Dieu fait le colosse‖ avant la fourmilière.Il reprit : — Ce tronc d'arbre‖ a des traces de lierre.

— Non, c'est la pression‖ du poignet du géant,Dit l’esclave.

— Chien vil, dit le docteur songeant,Je choisis ce poteau.‖ Dans ton ombre mortelleFais-en vite une croix‖ vaste et haute, mais telleQu'un homme cependant‖ puisse encor la traîner.

Laissant derrière lui‖ Psyphax se prosterner,Le prêtre s'en alla,‖ l'œil plein d'une âpre flamme.Et le guèbre, tirant‖ du tas la poutre infâme,La regardait, la hache‖ au poing, disant tout bas :

— Il paraît qu'on veut faire‖ honneur à Barabbas.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
531((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a terreur / empereur masculine, classiqueb Pilate / éclate féminine, classiquec bâton / menton masculine, classiqued satellite / israélite féminine, classiquee mystérieux / lieux masculine, classiquef tolère / colère féminine, classiquea sujet / submergeait masculine, classiqueb l'autre / vautre féminine, classiquec envahissait / c'est masculine, classiqued lugubre / insalubre féminine, classiquee forêts / marais masculine, classiquef déluge / refuge féminine, classiqueg au-dessus / aperçus masculine, classiqueh avalanches / branches féminine, classiquei subissait / lacet masculine, classiquej femelle / pêle-mêle féminine, classiquek filet / parlait masculine, classiquel l'insouciance / conscience féminine, classiquem écrasement / serment masculine, classiquen huée / diminuée féminine, classiqueo bien / rien masculine, classiquep tête / faîte féminine, classiqueq conquérants / grands masculine, classiquer juste / Auguste féminine, classiques l'autorité / irrité masculine, classiquet l'âme / blâme féminine, classiqueu dévouement / ment masculine, classiquev ministres / sinistres féminine, classiquew mains / romains masculine, classiquea fatiguée / léguée féminine, classiqueb Antipas / repas masculine, classiquec nue féminine, classiqued lieu / Dieu masculine, classiquee repaire / père féminine, classiquef vers / verts masculine, classiqueg Tétrarque / barque féminine, classiqueh maniés / niés masculine, classiquei mimes / crimes féminine, classiquej imposé / Jessé masculine, classiquek brique / l'Afrique féminine, classiquel calciné / séné masculine, classiquem gomme / Rome féminine, classiquea timon / Simon masculine, classiqueb mystères / solitaires féminine, classiquec ténébreux / eux masculine, classiqued couches / farouches féminine, classiquee l'esprit / qu'entreprit masculine, classiquef montagne / compagne féminine, classiqueg siens / pharisiens masculine, classiqueh l'économe / nome féminine, classiquei d'or / corridor masculine, classiquej paresse / redresse féminine, classiquek redoutant / entend masculine, classiquel Sodomes / d'hommes féminine, classiquem argent / indigent masculine, classiquen obère / Tibère féminine, classiqueo sentiers / volontiers masculine, classiquep pensée / glacée féminine, classiqueq cercueil / d'œil masculine, classiquer civiles / villes féminine, classiqueb radieux / d'yeux masculine, classiquec grossissante / descente féminine, classiqued troupeaux / impôts masculine, classiquee suivre / vivre féminine, classiquef remuait / muet masculine, classiqueg solitudes / multitudes féminine, classiqueh troublés / blés masculine, classiquei immense / semence féminine, classiquej été / enfanté masculine, classiquek sereine / peine féminine, classiquel firmament / vaguement masculine, classiquem profonde / fonde féminine, classiquen paresseux / ceux masculine, classiqueo piques / hydropiques féminine, classiquep rideaux / dos masculine, classiqueq vierges / submerges féminine, classiquer nuit / réduit masculine, classiques claies / plaies féminine, classiquet suivant / vent masculine, classiqueu femme / infâme féminine, classiquev s'élevaient / sauvaient masculine, classiquew fauve / sauve féminine, classiquex fers / déserts masculine, classiquey frère / braire féminine, classiquez sens / passants masculine, classiquea économes / hommes féminine, classiqueb Barabbas / sabbats masculine, classiquec desséchée / Mardochée féminine, classiqued louait / fouet masculine, classiquee déterrent / redoutèrent féminine, classiquef rougeurs / changeurs masculine, classiqueg colombes / catacombes féminine, classiqueh fruits / instruits masculine, classiquei foule féminine, classiquej d'eux / hideux masculine, classiquek mondes / immondes féminine, classiquel plus / reflux masculine, classiquem prophétie / Messie féminine, classiquen vent / savant masculine, classiqueo inconnues / nues féminine, classiquep monts / limons masculine, classiqueq charnelle / prunelle féminine, classiquer mal / l'animal masculine, classiques roses / choses féminine, classiquet inhumés / affamés masculine, classiqueu pures / murmures féminine, classiqueb appui / lui masculine, classiquea doux / bouche / touche féminine, classiqueb fin / prochain masculine, classiquec toi-même / sème féminine, classiqued L'enfant / défend masculine, classiquee claire / colère féminine, classiquef ténébreux / Hébreux masculine, classiqueg source / bourse féminine, classiqueh tous / genoux masculine, classiquei têtes / bêtes féminine, classiquej Daniel / véniel masculine, classiquek faute / ôte féminine, classiquel accidentels / tels masculine, classiquem pierre / guerre féminine, classiquen vend / vivant masculine, classiqueo sorte / morte féminine, classiquep amour / jour masculine, classiqueq homme / Rome féminine, classiquer obscurci / souci masculine, classiques d'ivoire / croire féminine, classiquet paraît / Nazareth masculine, classiquea lire / délire féminine, classiqueb parler / trembler masculine, classiquec maître / naître féminine, classiqued lui / ébloui masculine, classiquee urnes / nocturnes féminine, classiquef vision / contemplation masculine, classiqueg d'âmes / flamme féminine, non classiqueb Zorobabel / ciel masculine, classiquec fortes / portes féminine, classiqued tours / jours masculine, classiquee arrive / Ninive féminine, classiquef d'yeux / cieux masculine, classiqueg imbécile / ville féminine, classiqueh magistrat / entrât masculine, classiquei premières / lumières féminine, classiquej saison / trahison masculine, classiquea fumées / Idumées féminine, classiqueb l'azur / pur masculine, classiquec calme / palme féminine, classiqued pressoir / soir masculine, classiquea passe / l'espace féminine, classiquea blés / comblés masculine, classiqueb momies / lamies féminine, classiquec démons / ichneumons masculine, classiqued murmure / mûre féminine, classiqueb maïs / pays masculine, classiqueb trouble / double féminine, classiquec délabré / Mambré masculine, classiquea d'ortie / sortie féminine, classiqueb bâtir / Tyr masculine, classiquec semblent / tremblent féminine, classiqued devant / vivant masculine, classiquee sorte / porte féminine, classiquef nœuds / vertigineux masculine, classiqueg lisent / gisent féminine, classiqueh dessus / reçus masculine, classiquei l'environne / couronne féminine, classiquej front / liront masculine, classiquek mystique / pratique féminine, classiquel moment / firmament masculine, classiquem prière / arrière féminine, classiquea dit / Israël / personnel masculine, classiqueb l'homme / somme féminine, classiquec mer / amer masculine, classiqued venge / l'ange féminine, classiquee l'abat / sabbat masculine, classiquef l'huile / ville féminine, classiqueg palmier / premier masculine, classiqueh années / damnées féminine, classiquei l'enfer / Sepher masculine, classiquej brise / Moïse féminine, équivalentek d'effroi / loi masculine, classiquel acide / l'homicide féminine, classiquem talons / longs masculine, classiquen chaîne / géhenne féminine, classiqueo Dieu / feu masculine, classiquep l'exemple / temple féminine, classiqueq dix / maudits masculine, classiquer traverse / Perse féminine, classiques rois / voix masculine, classiquet suivre / livre féminine, classiqueu voit / toit masculine, classiquev ancêtres / prêtres féminine, classiquew juger / changer masculine, classiquex l'homme / deutéronome féminine, classiquey sang / passant masculine, classiquez rosée / Élizée féminine, équivalentea chien / bien masculine, non classiqueb Ève / rêve féminine, classiquec nuit / bruit masculine, classiqued créée / nuée féminine, classiquee luit / poursuit masculine, classiquef beurre / l'heure féminine, classiqueg jeu / Dieu masculine, classiqueh ordinaire / luminaire féminine, classiquei fuit / nuit masculine, classiquej lise / Moïse féminine, classiquek lin / vélin masculine, classiquel inénarrable / d'érable féminine, classiquem rangs / différents masculine, classiquen ivres / livres féminine, classiqueo parchemin / main masculine, classiquep consonnes / personnes féminine, classiqueq subis / habits masculine, classiquer fête / tête féminine, classiques priant / l'orient masculine, classiquet nomme / l'homme féminine, classiqueu peut / nœud masculine, classiquev céleste / reste féminine, classiquew trépas / pas masculine, classiquex fantôme / dôme féminine, classiquey nuit / détruit masculine, classiquez exactes / actes féminine, classiquea Voix / vois masculine, classiqueb quatre / combattre féminine, classiquec haïssez / hérissés masculine, classiqued pusillanime / abîme féminine, classiquee degrés / effarés masculine, classiquef viles / villes féminine, classiqueg nouveau-nés / exterminez masculine, classiqueh fosse / fausse féminine, classiquei révoltés / cités masculine, classiquej profonde / monde féminine, classiquek Ammon / démon masculine, classiquel règle / aigle féminine, classiquem sué / Josué masculine, classiquen impitoyables / sables féminine, classiqueo lendemain / main masculine, classiquep consacre / massacre féminine, classiqueq trait / rencontrait masculine, classiquer pierre / lumière féminine, classiques or / Nicanor masculine, classiquet étranges / archanges féminine, classiqueu effort / mort masculine, classiquev vermeilles / d'abeilles féminine, classiquew l'effroi / roi masculine, classiquex mûres / obscures féminine, classiquey commencement / tremblement masculine, classiquez médite / maudite féminine, classiquea puni / l'infini masculine, classiqueb gouffre / souffre féminine, classiquec châtiment / tourment masculine, classiqued larmes / armes féminine, classiquee pourront / front masculine, classiquef l'ombre / encombre féminine, classiqueg effronté / sûreté masculine, classiqueh suprême / sème féminine, classiquei yeux / mystérieux masculine, classiquej échappées / frappées féminine, classiquek apparaîtra / Mithra masculine, classiquel sombre féminine, classiquem cuir / fuir masculine, classiquen crible / terrible féminine, classiqueo tremblez / blés masculine, classiquep l'impie / accroupie féminine, classiqueq là / néhila masculine, classiquer crainte / sainte féminine, classiques Lévi / suivi masculine, classiqueb prêtre / maître féminine, classiquea aimer / blasphémer masculine, classiquea lune / commence / brune féminine, classiqueb Sion / l'ablution masculine, classiquec chaînes / prochaines féminine, classiquea rideau / d'eau masculine, classiqueb l'hyacinthe / enceinte féminine, classiquec pavés / levés masculine, classiqued suaire / sanctuaire féminine, classiqueb doigt / voit masculine, classiquec marche / l'arche féminine, classiquea occupé / Joppé masculine, classiqueb Caïphe / pontife féminine, classiquec fermé / informé masculine, classiqueb penses / dépenses féminine, classiquec hôteliers / colliers masculine, classiqued voie / joie féminine, classiquee lavé / pavé masculine, classiquef dire / myrrhe féminine, classiqueg faudrait / secret masculine, classiqueh économe / nomme féminine, classiquei demandas / Judas masculine, classiquea caverne / gouverne féminine, classiqueb démons / poumons masculine, classiquec terribles / Bibles féminine, classiqued vont / fond masculine, classiquee recommence / démence féminine, classiquef toujours / sourds masculine, classiqueg squelette / reflète féminine, classiqueh front / seront masculine, classiquei années / décharnées féminine, classiqueb d'obscurité / autorité masculine, classiquec éperdue / l'étendue féminine, classiqued puis / puits masculine, classiqueb occultes / cultes féminine, classiquec poursuit / nuit masculine, classiqued hommes / sommes féminine, classiqueb clair / l'air masculine, classiquec plonges / songes féminine, classiqued Dieu / l'aveu masculine, classiquee sûre / masure féminine, classiquef lieu / feu masculine, classiqueg l'étoile / voile féminine, classiqueh cheveux / veux masculine, classiquei ranime / abîme féminine, classiquej questionné / infortuné masculine, classiquea dévide / vide féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquec Hécate / éclate féminine, classiqued Jéhovah / arriva masculine, classiquee tombe féminine, classiquef comment / engloutissement masculine, non classiqueg garde / regarde féminine, classiqueh l'inconnu / venu masculine, classiquei opiniâtre / l'âtre féminine, classiquej vont / profond masculine, classiquek sage / passage féminine, classiquel celui / Aujourd'hui masculine, classiquem étude / inquiétude féminine, classiquen hasardeux / hideux masculine, classiqueo vermine / l'examine féminine, classiquep coins / moins masculine, classiqueq aile / éternelle féminine, classiquea témoins / besoins masculine, classiqueb carapace / l'espace féminine, classiquec mystérieux / yeux masculine, classiqued aiguës / ciguës féminine, classiquee main / humain masculine, classiquef tue / têtue féminine, classiqueg livrer / éclairer masculine, classiquea Tables / redoutables féminine, classiqueb mord / mort masculine, classiquec calvities / noircies féminine, classiqued rédempteurs / hauteurs masculine, classiquee victime / crime féminine, classiquef courts / toujours masculine, classiqueg fratricide / lucide féminine, classiqueh courbait / gibet masculine, classiquea l'archange / venge féminine, classiqueb revers / l'univers masculine, classiquec Solitude / l'inquiétude féminine, classiqued l'aïeul / seul masculine, classiquee crime / abîme féminine, classiquef voir / noir masculine, classiqueg hausse / fosse féminine, classiqueh damné / né masculine, classiquei antre / ventre féminine, classiquej ronds / ailerons masculine, classiquek fumées / armées féminine, classiquel régions / religions masculine, classiquem figures / d'augures féminine, classiquen pied / s'assied masculine, classiqueo ténèbres / célèbres féminine, classiquep front / d'affront masculine, classiqueq Empire / pire féminine, classiques sables / formidables féminine, classiquea curieux / yeux masculine, classiqueb êtes / bêtes féminine, classiquec néant / voyant masculine, classiqued infime / abîme féminine, classiquee jaloux / vous masculine, classiquef fosses / fausses féminine, classiqueg tourments / tâtonnements masculine, classiqueh austère / mystère féminine, classiquei criant / effrayant masculine, classiquej l'urne / nocturne féminine, classiquek l'œil / l'orgueil masculine, classiquel démence / immense féminine, classiquem ébloui / lui masculine, classiquen semailles / mailles féminine, classiqueo filet / est masculine, classiquep tonnerres / visionnaires féminine, classiqueq s'évanouira / suffira masculine, classiquer dissoudre / foudre féminine, classiquea regarder / Sonder masculine, classiqueb Terpandre / Cendre féminine, classiquec Disparaissez / assez masculine, classiqued l'hommage / mage féminine, classiquee effraction / vision masculine, classiquef nocturne / taciturne féminine, classiqueg audacieux / cieux masculine, classiqueh sombre / l'ombre féminine, classiquei feu / Dieu masculine, classiquej ténèbres / algèbres féminine, classiquek voleur / meilleur masculine, classiqueb lunettes / n'êtes féminine, classiquec été / éternité masculine, classiqued immuable / câble féminine, classiquee vous / fous masculine, classiquef funèbres / ténèbres féminine, classiqueg bruit / nuit masculine, classiqueh lumière / première féminine, classiquei rayon / fonction masculine, classiquej pensée / dépensée féminine, classiquek sert / désert masculine, classiquel honte / Sélinonte féminine, classiquem Sion / création masculine, classiquen querelles / elles féminine, classiqueo niant / néant masculine, classiquep rixes / fixes féminine, classiqueq forêt / croirait masculine, classiquer cage / marécage féminine, classiques jauni / l'infini masculine, classiquet fable / l'ineffable féminine, classiqueu Non / nom masculine, classiquev veine / vaine féminine, classiquew faut / haut masculine, classiquex cime / l'abîme féminine, classiquea caché / penché masculine, classiqueb cave / grave féminine, classiquec genêts / reconnais masculine, classiqueb hagarde / garde féminine, classiquea tandis / engourdis masculine, classiqueb corolles / paroles féminine, classiquec n'écrivant / vent masculine, classiquea hommes / bon / sommes féminine, classiquea y / jour / tour masculine, classiquea loi / rêve / glaive féminine, classiqueb apaiser / Parle / baiser masculine, classiquea heure / meure féminine, classiquea peuple / murs / mûrs masculine, classiqueb farouches / mouches féminine, classiquec marteaux / poteaux masculine, classiqued zèbre / guèbre féminine, classiquee gibets / rabais masculine, classiqueb ville / vile féminine, classiquec rêvant / vent masculine, classiqued décombres / sombres féminine, classiquee sort / mort masculine, classiquef temple / contemple féminine, classiqueg attardé / dé masculine, classiqueh aride / ride féminine, classiquei court / faubourg masculine, classiquej portes / cloportes féminine, classiqueb mains / jasmins masculine, non classiquec mortes / tortes féminine, classiquee bouges / rouges féminine, classiquef bec / Balbeck masculine, classiquea fauve / chauve féminine, classiqueb gibets / alphabets masculine, classiquec lecture / aventure féminine, classiqued dormant / renflement masculine, classiquee campagne / montagne féminine, classiquea poteau / plateau masculine, classiqueb guèbres / ténèbres féminine, classiquec font / plafond masculine, classiqued semée / armée féminine, classiquee Kébla / là masculine, classiquef voiles / étoiles féminine, classiqueg sel / miel masculine, classiqueh numides / pyramides féminine, classiquei Sabi / gourbi masculine, classiquej écrasent / rasent féminine, classiquek élus / saluts masculine, classiquel Mésopotamie / d'infamie féminine, classiquem levant / vent masculine, classiquen nomme / Rome féminine, classiqueo rond / ont masculine, classiquep planètes / proxénètes féminine, classiqueq tourbillons / sillons masculine, classiquer déesses / tresses féminine, classiques l'essieu / Dieu masculine, classiquet zèbre / funèbre féminine, classiqueu dos / fardeaux masculine, classiquev l'étable / redoutable féminine, classiquew bonté / l'humanité masculine, classiquex terrible / horrible féminine, classiquey Énos / infernaux masculine, classiquez glissent / qu'éblouissent féminine, classiquea monts / démons masculine, classiquea d'orge / forge féminine, classiqueb bonnet / est masculine, classiquec l'année / abandonnée féminine, classiqueb fossés / opposés masculine, classiquec honte / l’argent / Combien / Trente / Comptons / compte féminine, classiqueb délit / remplit masculine, classiquea fait / fête / être / reconnaître féminine, classiquea lui / dit / ennui masculine, classiqueb servile / ville féminine, classiquea bruit / suit masculine, classiqueb funèbre / guèbre féminine, classiquea outils / engloutis masculine, classiqueb vénérable / d'érable féminine, classiquec noir / soir masculine, classiquee détruit / nuit masculine, classiquef redresse / déesse féminine, classiqueg sceau / Pourceau masculine, classiqueh paraître / prêtre féminine, classiquei front / l'affront masculine, classiquej sages / passages féminine, classiquek premier / fumier masculine, classiquea Pourquoi / naguère / vulgaire féminine, classiqueb malheur / voleur masculine, classiquea L'esclave / grave féminine, classiqueb tombait / gibet masculine, classiquea masure / mesure féminine, classiqueb dormants / d'ossements masculine, classiquec ignore / sonore féminine, classiqued clarté / écarté masculine, classiquee difforme / l'orme féminine, classiquef monstrueux / tortueux masculine, classiqueh maugréant / géant masculine, classiquei l'idolâtre / l'âtre féminine, classiqueb parlé / reprit / blé masculine, classiqueb dorme / énorme féminine, classiquec hideux / deux masculine, classiqued cible / horrible féminine, classiquee d'abord / mort masculine, classiquef neuves / fleuves féminine, classiqueg tait / était masculine, classiqueh clairière / pierre féminine, classiquei poing / point masculine, classiqueb forme / énorme féminine, classiquec humain / demain masculine, non classiqued foule / s'écroule féminine, classiquee génération / nation masculine, classiquef fourmilière / lierre féminine, classiquea géant / l’esclave / songeant masculine, classiqueb mortelle / telle féminine, classiquec traîner / prosterner masculine, classiqueb flamme / infâme féminine, classiquec bas / Barabbas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1080 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources