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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1877· XIV Les chutes Fleuves et poëtes

Fleuves et poëtes

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 42 vers

Le grand Niagara‖ s'écoule, le Rhin tombe ;L'abîme monstrueux‖ tâche d'être une tombe,Il hait le géant fleuve,‖ et dit : j'engloutirai.Et le fleuve, pareil‖ au lion attiréDans l'antre inattendu‖ d'une hydre aux mille têtes,Lutte avec tous ses cris‖ et toutes ses tempêtes.Quoi ! la nature immense‖ est donc un lieu peu sûr ?Il se cabre, il résiste‖ au précipice obscur,Bave et bouillonne, et, blanc‖ et noir comme le marbre,Se cramponne aux rochers,‖ se retient aux troncs d'arbre,Penche, et, comme frappé‖ de malédiction,Roule, ainsi que tournait‖ l'éternel Ixion.Tordu, brisé, vaincu,‖ Dieu même étant complice,Le fleuve échevelé‖ subit son dur supplice.Le gouffre veut sa mort ;‖ mais l'effort des fléauxPour faire le néant,‖ ne fait que le chaos ;L'affreux puits de l'enfer‖ ouvre ses flancs funèbres,Et rugit. Quel travail‖ pour créer les ténèbres !Il est l'envie, il est‖ la rage, il est la nuit ;Et la destruction,‖ voilà ce qu'il construit.Pareil à la fumée‖ au faîte du Vésuve,Un nuage sinistre‖ est sur l'énorme cuve,Et cache le tourment‖ du grand fleuve trahi.Lui, le fécondateur,‖ d'où vient qu'il est haï ?Qu'est-ce donc qu'il a fait‖ au bois, au mont sublime,Aux prés verts, pour que tous‖ le livrent à l'abîme ?Sa force, sa splendeur,‖ sa beauté, sa bonté,Croulent. Quel guet-apens‖ et quelle lâcheté !L'eau s'enfle comme l'outre‖ où grondent les Borées,Et l'horreur se disperse‖ en voix désespérées ;Tout est chute, naufrage,‖ engloutissement, nuit,Et l'on dirait qu'un rire‖ infâme est dans ce bruit ;Rien n'est épargné, rien‖ ne vit, rien ne surnage ;Le fleuve se débat‖ dans l'atroce engrenage,Tombe, agonise, et jette‖ au lointain firmamentUne longue rumeur‖ d'évanouissement.Tout à coup, au-dessus‖ de ce chaos qui souffre,Apparaît, composé‖ de tout ce que le gouffreA de hideux, d'hostile‖ et de torrentiel,Un éblouissement‖ auguste, l'arc-en-ciel ;Le piège est vil, la roche‖ est traître, l'onde est noire,Et tu sors de cette ombre‖ épouvantable, ô gloire !

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
21((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a tombe féminine, classiqueb j'engloutirai / attiré masculine, classiquec têtes / tempêtes féminine, équivalented sûr / obscur masculine, classiquee marbre / d'arbre féminine, classiquef malédiction / Ixion masculine, classiqueg complice / supplice féminine, classiqueh fléaux / chaos masculine, classiquei funèbres / ténèbres féminine, classiquej nuit / construit masculine, classiquek Vésuve / cuve féminine, classiquel trahi / haï masculine, classiquem sublime / l'abîme féminine, classiquen bonté / lâcheté masculine, classiqueo Borées / désespérées féminine, classiquep nuit / bruit masculine, classiqueq surnage / engrenage féminine, classiquer firmament / d'évanouissement masculine, classiques souffre / gouffre féminine, classiquet torrentiel / l'arc-en-ciel masculine, classiqueu noire / gloire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources