Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1877· V Après les dieux, les rois· I De Messa à Attila

Les Bannis

Victor Hugo· 1 distiques, alexandrins, 48 vers

Cynthée, athénien‖ proscrit, disait ceci :Un jour, moi Cynthœus‖ et Méphialte aussiTous deux exilés, lui‖ de Sparte, moi d'Athènes,Nous suivions le sentier‖ que voici dans les plaines,Car on nous a bannis‖ au désert de Thryos.Un bruit pareil au bruit‖ de mille chariots,Un fracas comme en peut‖ faire un million d'hommes,S'éleva tout à coup‖ dans la plaine où nous sommes.Alors pour écouter‖ nous nous sommes assis ;Et ce grand bruit venait‖ du côté d'Éleusis ;Or Éleusis était‖ alors abandonnée,Et tout était désert‖ de Thèbe à MantinéeA cause du ravage‖ horrible des persans.Les champs sans laboureurs,‖ les routes sans passantsAttristaient le regard‖ depuis plus d'une année.Nous étions là, la face‖ à l'orient tournée,Et l'étrange rumeur‖ sur nos têtes passait ;Et Méphialte alors‖ me dit : — Qu'est-ce que c'est ?— Je l'ignore, lui dis-je.‖ Il reprit : — C'est l'AttiqueQui se soulève, ou bien‖ c'est l'Iacchus mystiqueQui parle bruyamment‖ dans le ciel à quelqu'un.— Ami, ce que l'exil‖ a de plus importun,Repris-je, c'est qu'on est‖ en proie à la chimère.Et cependant le bruit‖ cessa. — Fils de ta mère,Me dit-il, je suis sûr‖ qu'on parle en ce ciel bleu,Et c'est la voix d'un peuple‖ ou c'est la voix d'un dieu.Maintenant comprends-tu‖ ce que cela veut dire ?— Non. — Ni moi. Cependant‖ je sens comme une lyreQui dans mon cœur s'éveille‖ et chante, et qui répond,Sereine, à ce fracas‖ orageux et profond.— Et moi, dis-je, j'entends‖ de même une harmonieDans mon âme, et pourtant‖ la rumeur est finie.Alors Méphialtès‖ s'écria : — Crois et vois.Nous avons tous les deux‖ entendu cette voix ;Elle n'a point passé‖ pour rien sur notre tête ;Elle nous donne avis‖ que la revanche est prête ;Qu'aux champs où, jeune, au tir‖ de l'arc je m'exerçaisDes enfants ont grandi‖ qui chasseront Xercès ;Cette voix a l'accent‖ farouche du prodige.Si c'est le cri d'un peuple,‖ il est pour nous, te dis-je ;Si c'est un cri des dieux,‖ il est contre ceux-làPar qui le sol sacré‖ de l'Olympe trembla.Xercès souille la Grèce‖ auguste. Il faut qu'il parte.Et moi banni d'Athène‖ et lui banni de Sparte,Nous disions ; lui : — Que Sparte,‖ invincible à jamais,Soit comme un lever d'astre‖ au-dessus des sommets !Et moi — Qu'Athènes vive‖ et soit du ciel chérie !Et nous étions ainsi‖ pensifs pour la patrie.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a ceci / aussi masculine, classiqueb d'Athènes / plaines féminine, classiquec Thryos / chariots masculine, classiqued d'hommes / sommes féminine, classiquee assis / d'Éleusis masculine, classiquef abandonnée / Mantinée féminine, classiqueg persans / passants masculine, classiqueh année / tournée féminine, classiquei passait / c'est masculine, classiquej l'Attique / mystique féminine, classiquek quelqu'un / importun masculine, classiquel chimère / mère féminine, classiquem bleu / dieu masculine, classiquen dire / lyre féminine, classiqueo répond / profond masculine, classiquep harmonie / finie féminine, classiqueq vois / voix masculine, classiquer tête / prête féminine, classiques m'exerçais / Xercès masculine, classiquet prodige / dis-je féminine, classiqueu ceux-là / trembla masculine, classiquev parte / Sparte féminine, classiquew jamais / sommets masculine, classiquex chérie / patrie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources