La légende des siècles, 1877· X Les sept merveilles du monde
Les Sept Merveilles du monde
Des voix parlaient ; pour qui ?‖ Pour l'espace sans bornes,Pour le recueillement‖ des solitudes mornes,Pour l'oreille, partout‖ éparse, du désert ;Nulle part, dans la plaine‖ où le regard se perd,On ne voyait marcher‖ la foule aux bruits sans nombre,Mais on sentait que l'homme‖ écoutait dans cette ombre.Qui donc parlait ? C'étaient‖ des monuments pensifs.Debout sur l'onde humaine‖ ainsi que des récifs,Calmes, et chacun d'eux‖ semblait un personnageVivant, et se rendant‖ lui-même témoignage.Nulle rumeur n'osait‖ à ces voix se mêler,Et le vent se taisait‖ pour les laisser parler,Et le flot apaisait‖ ses mystérieux râles.Un soleil vague au loin‖ dorait les frontons pâles.Les astres commençaient‖ à se faire entrevoirDans l'assombrissement‖ religieux du soir.
I Le Temple d’Ephèse
Et l'une de ces voix,‖ c'était la voix d'un temple,Disait :— Admirez-moi ! Qui que tu sois, contemple ;Qui que tu sois, regarde‖ et médite, et reçoisA genoux mon rayon‖ sacré, qui que tu sois ;Car l'idéal est fait‖ d'une étoile, et rayonne,Et je suis l'idéal.‖ Troie, Argos, Sicyone,Ne sont rien près d'Ephèse,‖ et l'envieront toujours,O peuple, Ephèse ayant‖ mon ombre sur ses tours.Ephèse heureuse dit :‖ « Si j'étais Delphe ou Thèbe,On verrait flamboyer‖ sur mes dômes l'Érèbe,Mes oracles feraient‖ les hommes soucieux ;Si j'étais Cos, j'irais‖ forgeant les durs essieux ;Si j'étais Teutyris,‖ sombre ville du rêve,Mes pâtres, fronts sacrés‖ en qui le ciel se lève,Regarderaient, à l'heure‖ où naît le jour riant,Les constellations‖ penchant sur l'OrientVerser dans l'infini‖ leurs chariots pleins d'astres ;Si j'étais Bactria,‖ j'aurais des Zoroastres ;Si j'étais Olympie‖ en Élide, mes jeuxMontreraient une palme‖ aux lutteurs courageux,Les devins combattraient‖ chez moi les astronomes,Et mes courses, rendant‖ les dieux jaloux des hommes,Essouffleraient le vent‖ à suivre Corœbus ; —Mais à quoi bon chercher‖ tant d'inutiles buts,Ayant, que l'aube éclate‖ ou que le soir décline,Ce temple ionien‖ debout sur ma colline,Et pouvant faire dire‖ à la terre : « c'est beau ! » —Et ma ville a raison.‖ Ainsi qu'un escabeauDevant un trône, ainsi‖ devant moi disparaissentLes Parthénons fameux‖ que les rayons caressent ;Ils sont l’effort, je suis le miracle.A celuiQui ne m'a jamais vu,‖ le jour n'a jamais lui.Ma tranquille blancheur‖ fait venir les colombes ;Le monde entier me fête,‖ et couvre d'hécatombes,Et de rois inclinés,‖ et de mages pensifs,Mes grands perrons de jaspe‖ aux clous d'argent massifs ;L'homme élève vers moi‖ ses mains universelles ;Les éphèbes, portant‖ de sonores crécelles,Dansent sur mes parvis,‖ jeunes fronts inégaux ;Sous ma porte est la pierre‖ où Deuxippe d'ArgosS'asseyait, et d'Orphée‖ expliquait les passages ;Mon vestibule sert‖ de promenade aux sages,Parlant, causant, avec‖ des gestes familiers,Tour à tour blancs et noirs‖ dans l'ombre des piliers.Corinthe en me voyant‖ pleure, et l'art ioniqueMe revêt de sa pure‖ et sereine tunique.Le mont porte en triomphe‖ à son sommet hautainL'épanouissement‖ glorieux du matin.Mais ma beauté n'est point‖ par la sienne éclipsée,Car le soleil n'est pas‖ plus grand que la pensée ;Ce que j'étais hier,‖ je le serai demain ;Je vis, j'ai sur mon front,‖ siècles, l'esprit humain,Et le génie, et l'art,‖ ces égaux de l'aurore.La pierre est dans la terre ;‖ âpre et froide, elle ignore ;Le granit est la brute‖ informe de la nuit,L'albâtre ne sait pas‖ que l'aube existe et luit,Le porphyre est aveugle‖ et le marbre stupide ;Mais que Ctésiphon passe,‖ ou Dédale, ou Chrespide,Qu'il fixe ses yeux pleins‖ d'un divin flamboiementSur le sol où les rocs‖ dorment profondément,Tout s'éveille ; un frisson‖ fait remuer la pierre ;Lourd, ouvrant on ne sait‖ quelle trouble paupière,Le granit cherche à voir‖ son maître le rocherSent la statue en lui‖ frémir et s'ébaucher,Le marbre obscur s'émeut‖ dans la nuit infinieSous la parenté, sombre‖ et sainte du génie,Et l'albâtre enfoui‖ ne veut plus être noir,Le sol tressaille, il sent‖ là-haut l'homme vouloir :Et voilà que, sous l'œil‖ de ce passant qui crée,Des sourdes profondeurs‖ de la terre sacrée,Tout à coup étageant‖ ses murs, ses escaliers,Sa façade, et ses rangs‖ d'arches et de piliers,Fier, blanchissant, cherchant‖ le ciel avec sa cime,Monte et sort lentement‖ l'édifice sublime,Composé de la terre‖ et de l'homme, unissantCe que dans sa racine‖ a le chêne puissantEt ce que rêve Euclide‖ aidé de Praxitèle,Mêlant l'éternel bloc‖ à l'idée immortelle !Mon frontispice appuie‖ au calme entablementSes deux plans lumineux‖ inclinés mollement,Si doux qu'ils semblent faits‖ pour coucher des déesses ;Parfois, comme un sein nu‖ sous l'or des blondes tresses,Je me cache parmi‖ les nuages d'azur ;Trois sculpteurs sur ma frise,‖ un volsque, Albus d'Anxur,Un mède, Ajax de Suze,‖ un grec, Phtos de Mégare,Ont ciselé les monts‖ où la meute s'égare,Et la pudeur sauvage,‖ et les dieux de la paix,Des Triptolèmes nus‖ parmi les blés épais,Et des Cérès foulant‖ sous leurs pieds des Bellones ;Cent vingt-sept rois ont fait‖ mes cent vingt-sept colonnes.Je suis l'art radieux,‖ saint, jamais abattu ;Ma symétrie auguste‖ est sœur de la vertu ;Mon resplendissement‖ couvre toute la Grèce ;Le rocher qui me porte‖ est rempli d'allégresse,Et la ville à mes pieds‖ adore avec ferveur.Sparte a reçu sa loi‖ de Lycurgue rêveur,Mantinée a reçu‖ sa loi de Nicodore,Athènes, qu'un reflet‖ de divinité dore,De Solon, grand pasteur‖ des hommes convaincus,La Crète de Minos,‖ Locre de Séleucus.Moi, le temple, je suis‖ législateur d'Ephèse ;Le peuple en me voyant‖ comprend l'ordre et s'apaise ;Mes degrés sont les mots‖ d'un code, mon frontonPense comme Thalès,‖ parle comme Platon,Mon portique serein,‖ pour l'âme qui sait lire,A la vibration‖ pensive d'une lyre,Mon péristyle semble‖ un précepte des cieux ;Toute loi vraie étant‖ un rythme harmonieux,Nul homme ne me voit‖ sans qu'un dieu l'avertisse ;Mon austère équilibre‖ enseigne la justice ;Je suis la vérité‖ bâtie en marbre blanc,Le beau, c'est, ô mortels,‖ le vrai plus ressemblant.Venez donc à moi, foule,‖ et, sur mes saintes marches,Mêlez vos cœurs, jetez‖ vos lois, posez vos arches ;Hommes, devenez tous‖ frères en admirant ;Réconciliez-vous‖ devant le pur, le grand,Le chaste, le divin,‖ le saint, l'impérissable ;Car, ainsi que l'eau coule‖ et comme fuit le sable,Les ans passent, mais moi‖ je demeure, je suisLe blanc palais de l'aube‖ et l'autel noir des nuits ;Quand l'aurore apparaît,‖ je ris, doux édifice ;Le soir, l'horreur m'emplit,‖ un sombre sacrificeSemble en mes profondeurs‖ muettes s'apprêter,De derrière mon faîte‖ on voit la nuit monterAinsi qu'une fumée‖ avec mille étincelles.Tous les oiseaux de l'air‖ m'effleurent de leurs ailes,Hirondelles, faisans,‖ cigognes au long cou ;Mon fronton n'a pas plus‖ la crainte du hibouQue Calliope n'a‖ la crainte de Minerve.Tous ceux que Sybaris‖ voluptueuse énerveN'ont qu'à franchir mon seuil‖ d'austérité vêtuPour renaître, étonnés,‖ à la forte vertu.Sous ma crypte on entend‖ chuchoter la sibylle ;Parfois, troublé soudain‖ dans sa brume immobile,Le plafond, où des mots‖ de l'ombre sont écrits,Tremble à l'explosion‖ tragique de ses cris ;Sur ma paroi secrète‖ et terrible, l'augureDu souriant Olympe‖ entrevoit la figure,Et voit des mouvements‖ confus et radieuxDe visages qui sont‖ les visages des dieux,De vagues aboiements‖ sous ma voûte se mêlent ;Et des voix de passants‖ invisibles s'appellent ;Et le prêtre, épiant‖ mon redoutable mur,Croit par moments qu'au fond‖ du sanctuaire obscur,Assise près d'un chien‖ qui sous ses pieds se couche,La grande chasseresse,‖ éclatante et farouche,Songe, ayant dans les yeux‖ la lueur des forêts.O temps, je te défie.‖ Est-ce que tu pourraisQuelque chose sur moi,‖ l'édifice suprême ?Un siècle sur un siècle‖ accroît mon diadème ;J'entends autour de moi‖ les peuples s'écrier :Tu nous fais admirer‖ et tu nous fais prier ;Nos fils t'adoreront‖ comme nous t'adorâmes,Chef-d'œuvre pour les yeux‖ et temple pour les âmes !
II Les Jardins de Babylone
Une deuxième voix‖ s'éleva ; celle-ci,Dans l'azur par degrés‖ mollement obscurci,Parlait non loin d'un fleuve‖ à la farouche plage,Et cette voix semblait‖ le bruit d'un grand feuillage.
— Gloire à Sémiramis‖ la fatale ! Elle mitSur ces palais nos fleurs‖ sans nombre où l'air frémit.Gloire ! en l'épouvantant‖ elle éclaira la terre ;Son lit fut formidable‖ et son cœur solitaire ;Et la mort avait peur‖ d'elle en la mariant.La lumière se fit‖ spectre dans l'orient,Et fut Sémiramis.‖ Et nous, les arbres sombresQui, tandis que les toits‖ s'écroulent en décombres,Grandissons, rajeunis‖ sans cesse et reverdis,Nous que sa main posa‖ sur ce sommet jadis,Nous saluons au fond‖ des nuits cette géante ;Notre verdure semble‖ une ruche béanteOù viennent s'engouffrer‖ les mille oiseaux du ciel ;Nos bleus lotus penchés‖ sont des urnes de miel ;Nos halliers, tout chargés‖ de fleurs rouges et blanchesComposent, en mêlant‖ confusément leurs branches,En inondant de gomme‖ et d'ambre leurs sarments,Tant d'embûches, d'appeaux‖ et de pièges charmants,Et de filets tressés‖ avec les rameaux frêles,Que le printemps s'est pris‖ dans cette glu les ailes,Et rit dans notre cage‖ et ne peut plus partir.Nos rosiers ont l'air peints‖ de la pourpre de Tyr ;Nos murs prodigieux‖ ont cent portes de cuivre ;Avril s'est fait titan‖ pour nous et nous enivreD'âcres parfums qui font‖ végéter le caillou,Vivre l'herbe, et qui font‖ penser l'animal fou,Et qui, quand l'homme vient‖ errer sous nos pilastres,Font soudain flamboyer‖ ses yeux comme des astres ;Les autres arbres, fils‖ du silence hideux,Ont la terre muette‖ et sourde au-dessous d'eux ;Nous, transplantés dans l'air,‖ plus haut que BabylonePleine d'un peuple épais‖ qui roule et tourbillonneEt de pas et de chars‖ par des buffles traînés,Nous vivons au niveau‖ du nuage, étonnésD'entendre murmurer‖ des voix sous nos racines ;Le voyageur qui vient‖ des campagnes voisinesCroit que la grande reine‖ aux bras forts, à l'œil sûr,A volé dans l'éden‖ ces forêts de l'azur.Le rayon de midi‖ dans nos fraîcheurs s'émousse ;La lune s'assoupit‖ dans nos chambres de mousse ;Les paons ouvrent leur queue‖ éblouissante au fondDes antres que nos fleurs‖ et nos feuillages font ;Plus d'une nymphe y songe,‖ et dans nos perspectivesParfois se laissent voir‖ des nudités furtives ;La ville, nous ayant‖ sur sa tête, va, vient,Se parle et se répond,‖ querelle, s'entretient,Travaille, achète, vend,‖ forge, allume ses lampes ;Le vent, sur nos plateaux‖ et sur nos longues rampes,Mêle l'horizon vague‖ et les murs et les toitsEt les tours au frisson‖ vertigineux des bois ;Et nos blancs escaliers,‖ nos porches, nos arcadesFlottent dans le nuage‖ écumant des cascades ;Sous nos abris sacrés,‖ nul bruit ne les troublant,Vivent le martinet,‖ l'ibis, le héron blancQui porte sur le front‖ deux longues plumes noires ;L'air ride nos bassins,‖ inquiètes baignoiresOù viennent s'apaiser‖ les pâles voluptés ;Des bœufs à face humaine,‖ à nos portes sculptés,Témoignent que Bélus‖ est le seul roi du monde ;A de certains endroits‖ notre ombre est si profondeQue la nuit en montant‖ aux cieux n'y change rien ;Nous avons vu grandir‖ le trône assyrien ;Nos troncs, contemporains‖ des anciens jours de l'homme,Ont vu le premier arbre‖ et la première pomme,Et, vieux, ils sont puissants‖ et leurs antiques fûtsOnt des rameaux si durs,‖ si noueux, si touffus,Et d'un balancement‖ si noir, que le zéphireÉpuisé s'y fatigue‖ et ne peut leur suffire ;Et leur vaste branchage‖ est fait d'un tel granitQu'il faudrait l'ouragan‖ pour y bercer un nid.
Gloire à Sémiramis‖ qui posa nos terrassesSur des murs que vient battre‖ en vain le flot des racesEt sur des ponts dont l'arche‖ est au-dessus du temps !Cette reine, parfois,‖ sous nos rameaux flottants,Venait rire entre deux‖ écroulements d'empires ;Elle abattait au loin‖ les rois moindres ou pires,Puis s'en allait ayant‖ l'homme jusqu'aux genoux,Et venait respirer‖ contente parmi nous ;Gaie, elle se couchait‖ sur des peaux de panthère ;Quels lieux, quels champs, quels murs,‖ quels palais sur la terre,Hors nous, ont entendu‖ rire Sémiramis ?Nous, les arbres hautains,‖ nous étions ses amis ;Nos taillis ont été‖ les parvis et les sallesOù s'épanouissaient‖ ses fêtes colossales ;C'est dans nos bras, que n'a‖ jamais touchés la faulx,Que cette reine a fait‖ ses songes triomphaux ;Nos parfums ont parfois‖ conseillé des supplices ;De ses enivrements‖ nos fleurs furent complices ;Nos sentiers n'ont gardé‖ qu'une trace, son pas.Fils de Sémiramis,‖ nous ne périrons pas ;Ce qu'assembla sa main,‖ qui pourrait le disjoindre ?Nous regardons le siècle‖ après le siècle poindre ;Nous regardons passer‖ les peuples tour à tour ;Nous sommes à jamais,‖ et jusqu'au dernier jour,Jusqu'à ce que l'aurore‖ au front des cieux s'endorme,Les jardins monstrueux‖ pleins de sa joie énorme.
III Le Mausolée
Une troisième voix dit :— Sésostris est grand.Cadmus est sur la terre‖ un homme fulgurant ;Comme Typhon cent bras,‖ Cyrus a cent batailles ;Ochus, portant sa hache‖ aux profondes entailles,Du Taurus fièrement‖ garde l'âpre ravin ;Hécube est sainte ; Achille‖ est terrible et divin ;Il semble, après Thésée,‖ Astyage, Alexandre,Que l'homme trop grandi‖ ne peut plus que descendre ;La calme majesté‖ revêt Belochus trois ;Xercès, de Salamine‖ assiégeant les détroits,Ressemble à l'aquilon‖ des mers ; PenthésiléeA sur son dos la peau‖ d'une bête étoilée,Et, superbe, apparaît‖ tendant son arc courbé ;Didon, Sémiramis,‖ Thalestris, Niobé,Resplendissent parmi‖ les profondeurs sereines ;Mais entre tous ces rois,‖ entre toutes ces reines,Reines au sceptre d'or‖ qu'admire un peuple heureux,Rois vainqueurs ou bénis,‖ se disputant entre euxCes fiers surnoms, le grand,‖ le beau, le fort, le juste,Artémise est sublime‖ et Mausole est auguste.
Je suis le monument‖ du cœur démesuré ;La mort n'est plus la mort‖ sous mon dôme azuré ;Elle est splendide, elle est‖ prospère, elle est vivante ;Elle a tant de porphyre‖ et d'or qu'elle s'en vante,Je suis le deuil triomphe et le tombeau palais.Oh ! tant qu'on chantera‖ ce chant : — Oublions-les,Vivons, soyons heureux !‖ — aux morts gisant sous terre ;Tant que les voluptés‖ riront près du mystère ;Tant qu'on noiera ses deuils‖ dans les vins décevants,Moi l'édifice sombre‖ et superbe, ô vivants,Je jetterai mon ombre‖ à vos joyeux visages ;Jusqu'à la fin des ans,‖ jusqu'au terme des âges,Jusqu'à ce que le temps,‖ las, demande à s'asseoir,Mes cippes, mes piliers, mes arcs, l’aube et le soirDécoupant sur le ciel‖ mes frontons taciturnesOù des colosses noirs‖ rêvent, portant des urnes,Mon bronze glorieux‖ et mon marbre sacréDiront : Mausole est mort,‖ Artémise a pleuré.
Les siècles, vénérable‖ et triomphante épreuve,A jamais en passant‖ verront la grande veuveAssise sur mon seuil,‖ fantôme saint et doux ;Elle attend le moment‖ d'aller, près de l'époux,Se coucher dans le lit‖ de la noce éternelle ;Elle pare son front‖ d'ache et de fraxinelle,Et se parfume afin‖ de plaire à son mari ;Elle tient un miroir‖ qui n'a jamais souri,Et se met des anneaux‖ aux doigts, et sous ses voilesPeigne ses longs cheveux‖ d'où tombent des étoiles.
IV Le Jupiter olympien
Quand cette voix se tut,‖ à Pise, près de là,Du haut d'une acropole‖ une autre voix parla.
— Je suis l'Olympien,‖ je suis le musagète ;Tout ce qui vit, respire,‖ aime, pense et végète,Végète, pense, vit,‖ aime et respire en moi ;L'encens monte à mes pieds,‖ mêlé d'un vague effroi ;L'angle de mon sourcil‖ touche à l'axe du monde ;La tempête me parle‖ avant de troubler l'onde ;Je dure sans vieillir,‖ j'existe sans souffrir ;Je ne sais qu'une chose‖ impossible, mourir.J'ai sur mon front que l'ombre‖ en reculant adore,La bandelette bleue‖ et rose de l'aurore.O mortels effrénés,‖ emportés, hagards, fous,L'urne des jours me lave‖ en vous noircissant tous ;A mesure qu'au fond‖ des nuits et sous la voûteDu temps d'où l'instant suinte‖ et tombe goutte à goutte,Les siècles, partant l'un‖ après l'autre, s'en vont,Ainsi que des oiseaux‖ volant sous un plafond,Hébé plus fraîche rit‖ en mes hautes demeures ;Ma jeunesse renaît‖ sous le baiser des heures ;J'empêche, en abaissant‖ mon sceptre lentementVers le trou monstrueux‖ plein du triple aboiement,Cerbère de saisir‖ les astres dans sa gueule ;La chaîne du destin‖ immuable peut seuleMeurtrir ma main égale‖ à tout l'effort des dieux ;Mon temple offre son mur‖ au nid mélodieux ;Et c'est du vol de l'aigle‖ et du vol de la foudre,C'est du cri de l'enfer‖ tremblant de se dissoudre,C'est du choc convulsif‖ des croupes des typhons,C'est du rassemblement‖ des nuages profonds,Que le vieux Phidias‖ d'Athènes, statuaire,Composa, dans l'horreur‖ sainte du sanctuaire,L'immense apaisement‖ de ma sérénité.Quand, dans le saint pæan par les mondes chanté,L'harmonie amoindrie‖ avorte ou dégénère,Je rends le rythme aux cieux‖ par un coup de tonnerre ;Mon crâne plein d'échos,‖ plein de lueurs, plein d'yeux,Est l'antre éblouissant‖ du grand Pan radieux ;En me voyant on croit‖ entendre le murmureDe la ville habitée‖ et de la moisson mûre,Le bruit du gouffre au chant‖ de l'azur réuni,L'onde sur l'océan,‖ le vent dans l'infini,Et le frémissement‖ des deux ailes du cygne ;On sent qu'il suffirait‖ à Jupiter d'un signePour mêler sur le front‖ des hommes le chaos,Que seul je mets la bride‖ aux bouches des fléaux,Que l'abîme est mon hydre,‖ et que je pourrais faireHeurter le pôle au pôle‖ et l'étoile à la sphère,Et rouler à flots noirs‖ les nuits sur les clartés,Et s'entre-regarder‖ les dieux épouvantés,Plus aisément qu'un pâtre‖ au flanc hâlé ne jetteUne pierre aux chevreaux‖ broutant sur le Taygète.
V Le Phare
Les nuages erraient‖ dans les souffles des airs.Et la cinquième voix‖ monta du bord des mers.
— Sostrate Gnidien‖ regardait les étoiles.De la tente des cieux‖ dorant les larges toiles,Elles resplendissaient‖ dans le nocturne azur ;Leur rayonnement calme‖ emplissait l'éther purOù, le soir, le grand char‖ du soleil roule et sombre ;Elles croisaient, au fond‖ des clairs plafonds de l'ombreOù le jour met sa pourpre‖ et la nuit ses airains,Leurs chœurs harmonieux‖ et leurs groupes sereins ;Le sinistre océan‖ grondait au-dessous d'elles ;L'onde à coups de nageoire‖ et les vents à coups d'ailesLuttaient, et l'âpre houle‖ et le rude aquilonS'attaquaient dans un blême‖ et fauve tourbillon ;Éole fou prenait‖ aux cheveux Neptune ivre ;Et c'était la pitié‖ du songeur que de suivreLes pauvres nautoniers‖ de son œil soucieux ;Partout piège et naufrage ;‖ il tombait de ces cieuxSur l'esquif et la barque‖ et les fortes trirèmesUne foule d'instants‖ terribles où suprêmes ;Et pas une clarté‖ pour dire : Ici le port !Le gouffre, redoublant‖ de tourmente et d'effort,Vomissait sur les nefs,‖ d'horreur exténuées,Toute son épouvante‖ et toutes ses nuées ;Et les brusques écueils‖ surgissaient ; et commentS'enfuir dans ce farouche‖ et noir déchirement ?Et les marins perdus‖ se courbaient sous l'orage ;La mort leur laissait voir,‖ comme un dernier mirage,La terre s'éclipsant‖ derrière les agrès,Les maisons, les foyers‖ pleins de tant de regrets,Des fantômes d'enfants‖ à genoux, et des rêvesDe femmes se tordant‖ les bras le long des grèves ;On entendait crier‖ de lamentables voix :— Adieu, terre ! patrie,‖ adieu ! collines, bois,Village où je suis né,‖ vallée où nous vécûmes !… —Et tout s'engloutissait‖ dans de vastes écumes,Tout mourait ; puis le calme,‖ ainsi que le jour naît,Presque coupable et presque‖ infâme, revenait ;Le ciel, l'onde, achevaient‖ en concert leur mêlée,L'hydre verte laissait‖ luire l'hydre étoilée ;L'océan se mettait,‖ plein de morts, teint de sang,A gazouiller ainsi‖ qu'un enfant innocent ;Cependant l'algue allait‖ et venait dans les chambresDes navires roulant‖ au fond de l'eau leurs membres ;Les bâtiments noyés‖ rampaient au plus profondDes flots qui savent seuls‖ dans l'ombre ce qu'ils font ;Tristes esquifs partis,‖ croyant aux providences !Et les sphères menaient‖ dans le ciel bleu leurs danses ;Et, n'ayant pu montrer‖ ni le port ni l'écueil,Ni préserver la nef‖ de devenir cercueil,Les constellations,‖ jetant leur lueur pâleJusqu'au lit ténébreux‖ de la grande eau fatale,Et, sous l'onde et parmi‖ les effrayants roseaux,Dessinant la figure‖ obscure des vaisseaux,Poupes et mâts, débris‖ des sapins et des ormes,Éclairaient vaguement‖ ces squelettes difformes,Et faisaient sous l'écume,‖ au fond du gouffre amer,Rire aux dépens des dieux‖ les monstres de la mer.Les morts flottaient sous l'eau‖ qui jamais ne s'arrête,Et par moments, levant‖ hors de l'onde la tête,Ils semblaient adresser,‖ dans leurs vagues réveils,Une question sombre‖ et terrible aux soleils.
C'est alors que, des flots‖ dorant les sombres cimes,Voulant sauver l'honneur‖ des jupiters sublimes,Voulant montrer l'asile‖ aux matelots, rêvantDans son Alexandrie,‖ à l'épreuve du vent,La haute majesté‖ d'un phare inébranlableA la solidité‖ des montagnes semblable,Présent jusqu'à la fin‖ des siècles sur la mer,Avec du jaspe, avec‖ du marbre, avec du fer,Avec les durs granits‖ taillés en tétraèdres,Avec le roc des monts,‖ avec le bois des cèdres,Et le feu qu'un titan‖ a presque osé créer,Sostrate Gnidien‖ me fit, pour suppléer,Sur les eaux, dans les nuits‖ fécondes en désastres,A l'inutilité‖ magnifique des astres.
VI Le Colosse de Rhodes
Et ceci dans l'espace‖ était à peine ditQu'une voix du côté‖ de Rhodes s'entendit.
— Mon nom, Lux ; ma hauteur,‖ soixante-dix coudées ;Ma fonction, veiller‖ sur les mers débordées.Le vrai phare, c’est moi.Rhode est sous mon orteil.Devant la fixité‖ de mes yeux sans sommeil,L'hiver blanchit les monts‖ où le milan séjourne,Le zodiaque vaste‖ et formidable tourne,L'homme vit, l'océan‖ roule, les matelotsDébarquent sur les quais‖ les sacs et les ballots,Le jour luit, l'ouragan‖ s'endort ou s'exaspère,Et, gardien de l'eau bleue‖ en son brumeux repaire,Sentinelle que nul‖ ne viendra relever,Je regarde la nuit‖ venir, l'aube arriver,La voile fuir, le flot‖ hurler comme un molosse,Avec la rêverie‖ immense du colosse.
O tristes mers, l'airain,‖ c'est l'immobilité ;L'airain, ô large gouffre‖ à jamais agité,C'est la victoire ; il sort‖ de la forge géante ;Il a Vulcain pour père,‖ ou Lysippe, ou Cléanthe,Ou Phidias ; il sort,‖ fier, vivant ; après quoi,Il monte au piédestal‖ comme à son trône un roi,Et s'empare du temps‖ et de la solitude ;Et l'airain, c'est le calme,‖ ô vaste inquiétude.
Lui l'immuable, il fut‖ à son heure orageux ;Dans tes fixes écueils,‖ dans tes rapides jeux,Tu ne lui montres rien,‖ ô mer, qu'il ne connaisse ;Il t'égale en durée,‖ il t'égale en jeunesse ;Il a rongé la cuve‖ ainsi que toi les ports ;Étant le bronze, il est‖ rocher comme tes bords,Et flot comme ton onde,‖ ayant été la lave.Il est du piédestal‖ le triomphal esclave,Et le piédestal morne‖ et soumis est son chien.Le ciel, auteur de tout,‖ du mal comme du bien,Amalgame, construit,‖ veut, rejette, préfère,Et seul crée, et seul fait‖ ce que l'homme croit faire ;Le ciel, — sans demander‖ si c'est à l'immortelOu si c'est au tyran‖ qu'on élève un autel,Sans s'informer à qui‖ la foule prostitueOu consacre l'airain,‖ le marbre, la statue, —Anime l'ouvrier,‖ fondeur ou forgeron,Et sur le moule obscur,‖ béant comme un clairon,Où l'artiste sculpta‖ Cécrops ou Polyphonte,Penche et fait basculer‖ les chaudières de fonte ;Eh bien, ce ciel sacré,‖ pur, jamais endormi,Qui donne au combattant‖ le cheval pour ami,Au laboureur le bœuf‖ ruminant dans l'étable,O mer, c'est lui qui veut‖ que, saint et respectable,Le bronze soit formé‖ d'or, de cuivre et d'étain ;Comme un sage, envoyé‖ pour vaincre le destin,Étant la souveraine‖ et grande conscience,Est composé de foi,‖ d'honneur, de patience ;L'un affronte les ans‖ et l'autre les bourreaux ;Et le ciel fait l'airain‖ comme il fait le héros.
C'est ainsi que je fus‖ créé comme un athlète.Aujourd'hui ta colère‖ énorme me complète,O mer, et je suis grand‖ sur mon socle divinDe toute ta grandeur‖ rongeant mes pieds en vain.Nu, fort, le front plongé‖ dans un gouffre de brume,Enveloppé de bruit‖ et de grêle et d'écumeEt de nuits et de vents‖ qui se heurtent entre eux,Je dresse mes deux bras‖ vers l'éther ténébreux,Comme si j'appelais‖ à mon aide l'aurore ;Mais il se tromperait‖ s'il croit que je l'implore,Le matin passager‖ et court du jour changeant !Le soleil large et chaud‖ et la lune d'argentPour mon sourcil profond‖ ne sont que des fantômes ;L'étincelle des cieux,‖ l'étincelle des chaumes,Étoile ou paille, sont‖ pour moi de la lueur ;La goutte de l'orage‖ est ma seule sueur ;Je ne suis jamais las,‖ et, sans que je me courbe,Vainqueur, je sens frémir‖ sous moi l'abîme fourbe.Parfois l'aigle, évadé‖ du désert nubien,Au-dessus de mon front‖ plane, et me dit : C'est bien.Stable, plus que le gouffre‖ éternel mais mobile,Plus que les peuples, plus‖ que l'astre, plus que l'île,Je regarde errer l'eau,‖ l'ombre, l'homme et Délos ;J'ai sous mes yeux l'amas‖ mystérieux des flots,Image des humains,‖ des songes et des nombres ;Le vaisseau convulsif‖ passe entre mes pieds sombres ;Le mât frissonnant bat‖ ma cuisse ou mon genou ;Et l'on voit s'engouffrer,‖ fuyant l'aquilon fou,Sous l'arc prodigieux‖ de mes jambes ouvertes,La flotte qui revient‖ du fond des ondes vertes.Ma droite élève au loin‖ sur ma tête un flambeau ;La tempête, vautour,‖ le naufrage, corbeau,Viennent autour de moi‖ s'abattre, et mon visageLes effraie, et devient‖ sévère à leur passage ;Le salut me connaît,‖ moi le grand chandelier,Ainsi que le chameau‖ connaît le chamelier,Le char, Automédon‖ et l'esquif, Palinure ;De même que la scie‖ agrandit la rainure,La proue en me voyant‖ fend l'eau plus fièrement ;Comme une fille craint‖ son redoutable amant,La mer au sein lascif,‖ cette prostituée,A peur de m'apporter‖ quelque barque tuée ;Et le flot, dont le pli‖ roule un pauvre nocher,En s'approchant de moi,‖ tâche de le cacher ;Je suis le Dieu cherché‖ par tout ce qui chancelleSur le frémissement‖ de l'onde universelle ;Le naufragé m'invoque‖ en embrassant l'écueil ;La nuit je suis cyclope,‖ et le phare est mon œil ;Rouge comme la peau‖ d'un taureau qu'on écorche,La ville semble un rêve‖ aux lueurs de ma torche ;Pour les marins perdus,‖ c'est l'aurore qui point ;Et je règne ; et le gouffre‖ inquiet ne sait pointS'il doit japper de joie‖ ou rugir de colèreQuand, jusqu'aux profondeurs‖ les plus mornes, j'éclaireL'immense tremblement‖ de l'horizon confus.
Tais-toi, mer ! je serai‖ toujours ce que je fus.Car il ne se peut pas‖ qu'en ma sombre aventureJ'aie à combattre rien‖ dans toute la natureDe plus fort que ton flot‖ terrible dont je ris ;Car il ne se peut pas,‖ ô gouffre aux tristes cris,Qu'après avoir fondu‖ les briques des fournaises,Après s'être roulé‖ sur la pourpre des braises,Après avoir lassé‖ les soufflets haletants,Mon fauve airain soit tendre‖ aux morsures du temps ;Que moi, qui brave, roi‖ des vagues éblouies,Le ruissellement vaste‖ et farouche des pluies,Moi qui, l'été, l'hiver,‖ me dresse, sans savoirSi la bourrasque est dure‖ et si l'orage est noir,Qui vois l'éclair à peine,‖ ayant pour ordinaireD'émousser sur ma peau‖ de bronze le tonnerre,Je sois vaincu, détruit,‖ aboli, ruiné,Par l'heure, égratignure‖ au sein blanc de Phryné ;Que jamais rien m'ébranle,‖ et que, parce qu'il passeDes astres au zénith,‖ des zéphyrs dans l'espace,Mes muscles, enviés‖ par le granit souvent,Se déforment ainsi‖ qu'une nuée au vent ;Et qu'une vaine année‖ arrivant acharnée,Et rapide, et prodigue,‖ après une autre année,Une saison venant‖ après une saison,Janvier remplaçant mai‖ dans le vague horizon,En soufflant sur les nids‖ et sur les fleurs, dissipeL'ouvrage de Charès,‖ élève de Lysippe.
Je suis là pour jamais,‖ lève les yeux et voisSur ton front le colosse,‖ ô mer aux rudes voix !Que m'importe ? rugis,‖ tonne, éclabousse, gronde,Je suis enraciné‖ dans le crâne du monde,Comme le mont Ossa,‖ comme le mont Athos ;Et la seule statue‖ ayant deux piédestaux,C'est moi ; je brave Hadès‖ et je vaincrai Saturne ;On m'a nommé Soleil,‖ mais le bronze est nocturne ;Vulcain forgea de l'ombre‖ et fit l'airain ; j'ai beauJeter sur l'océan‖ le frisson d'un flambeau,J'ai beau porter au poing‖ une flamme qui guideL'homme, battu des mers,‖ dans cette nuit liquide,Autour de moi, sur l'île‖ et sur l'eau, clair miroir,L'aube a beau resplendir,‖ je suis le géant noir ;J'ai la durée obscure‖ et lourde des ténèbres ;Je sens l'énigme en moi‖ liée à mes vertèbres,Et Pan mystérieux‖ met sa force en mes reins ;Je vis ; les ténébreux‖ sont aussi les sereins ;Puissant, je suis tranquille ;‖ et la terre âpre ou blonde,Le bouleversement‖ tumultueux de l'onde,Les races succédant‖ aux races, les tribusEt les peuples changeant‖ de lois, de mœurs, de buts,La transformation‖ lente des destinées,La déroute effarée‖ et sombre des années,Tous les êtres du globe‖ et du bleu firmamentEntrant, sortant, flottant,‖ surgissant, s'abîmant,Sur mon front, qui domine‖ et la vague et la plage,Sont de la vision,‖ mais ne sont pas de l'âge ;Les siècles sont pour moi,‖ colosse, des instants ;Et, tant qu'il coulera‖ des jours des mains du temps,Tant que poussera l'herbe‖ et tant que vivra l'homme,Tant que les chars pesants‖ et les bêtes de sommeMarcheront sur la plaine,‖ usant les durs pavés,Mes deux pieds écartés‖ et mes deux bras levés,Devant la mer qui vient,‖ s'enfle, approche et recule,Devant l'astre, devant‖ le pâle crépuscule,Sembleront au passant‖ vers ces rochers venuLe grand X de la nuit‖ debout dans l'inconnu.
VII Les Pyramides
Et, comme dans un chœur‖ les strophes s'accélèrent,Toutes ces voix dans l'ombre‖ obscure se mêlèrent.Les jardins de Bélus‖ répétèrent : — Les joursNous versent les rayons,‖ les parfums, les amours ;Le printemps immortel,‖ c'est nous, nous seuls ; nous sommesLa joie épanouie‖ en roses sur les hommes. —Le mausolée altier‖ dit : — Je suis la douleur ;Je suis le marbre, auguste‖ en sa sainte pâleur ;Cieux ! je suis le grand trône‖ et le grand mausolée ;Contemplez-moi. Je pleure‖ une larme étoilée.— La sagesse, c'est moi,‖ dit le phare marin ;— Je suis la force, dit‖ le colosse d'airain ;Et l'olympien dit :‖ Moi, je suis la puissance. —Et le temple d'Ephèse,‖ autel que l'âme encense,Fronton qu'adore l'art,‖ dit : — Je suis la beauté.— Et moi, cria Chéops,‖ je suis l'éternité.
Et je vis, à travers‖ le crépuscule humide,Apparaître la haute‖ et sombre pyramide.
Superposant au fond‖ des espaces béantsLes mille angles confus‖ de ses degrés géants,Elle se dressait, blême‖ et terrible, étagéeDe plus de plis brumeux‖ que l'âpre mer Égée,Et sur ses flots, jamais‖ par les vents secoués,Avait au lieu d'esquifs‖ les siècles échoués.Elle était là, montagne‖ humaine ; et sa stature,Monstrueuse, donnait‖ du trouble à la nature ;Son vaste cône d'ombre‖ éclipsait l'horizon ;Les troupeaux des vapeurs‖ lui laissaient leur toison ;Le désert sous sa base‖ était comme une table ;Elle montait aux cieux,‖ escalier redoutableD'on ne sait quelle entrée‖ étrange de la nuit ;Son bloc fatal semblait‖ de ténèbres construit ;Derrière elle, au milieu‖ des palmiers et des sables,On en voyait surgir‖ deux autres, formidables ;Mais, comme les coteaux‖ devant le Pélion,Comme les lionceaux‖ à côté du lion,Elles restaient en bas,‖ et ces dieux pyramidesSemblaient près de Chéops‖ petites et timides ;Au-dessus de Chéops‖ planaient, allant, venant,Jetant parfois de l'ombre‖ à tout un continent,Des aigles effrayants‖ ayant la forme humaine ;Et des foules sans nom‖ éparses dans la plaine,Dans de vagues cités‖ dont on voyait les tours,S'écriaient, chaque fois‖ qu'un de ces noirs vautoursPassait, hérissé, fauve‖ et sanglant, dans la bise :— Voilà Cyrus ! Voilà‖ Rhamsès ! Voilà Cambyse ! —Et ces spectres ailés‖ secouaient dans les airsDes lambeaux flamboyants‖ de lumière et d'éclairs,Comme si, dans les cieux,‖ faisant à Dieu la guerre,Ils avaient arraché‖ des haillons au tonnerre.Chéops les regardait‖ passer sans s'émouvoir.Un brouillard la cachait‖ tout en la laissant voir ;L'obscure histoire était‖ sur ses marches gravée ;Les sphinx dans ses caveaux‖ déposaient leur couvée,Les ans fuyaient, les vents‖ soufflaient ; le monumentMéditait, immobile‖ et triste, et, par moment,Toute l'humanité,‖ comme une fourmilière,Satrape au sceptre d'or,‖ prêtre au thyrse de lierre,Rois, peuples, légions,‖ combats, trônes croulants,Était subitement‖ visible sur ses flancsDans quelque déchirure‖ immense des nuées.Tout flottait sur sa base‖ en ombres dénouées ;Et Chéops répéta :‖ — Je suis l'éternité.
Ainsi parlent, le soir,‖ dans la molle clarté,Ces monuments, les sept‖ étonnements de l'homme.
La nuit vient, et s'étend‖ d'Élinunte à Sodome.Ouvrant son aile où vont‖ s'endormir tour à tourL'onde avec son rocher,‖ la ville avec sa tour ;Elle élargit sa bruine‖ où le silence pèse ;Les voix et les rumeurs‖ expirent ; tout s'apaise,Tout bruit s'éteint, à Phode,‖ en Élide, au Delta.Tout cesse.Alors le ver du sépulcre chanta.
Je suis le ver. Je suis‖ fange et cendre. O ténèbres,Je règne. Monuments,‖ entassements célèbres,Panthéons, Rhamséions,Façades de l'immense‖ orgueil humain, si fières,Que l'homme devant vous‖ doute s'il voit des pierresOu s'il voit des rayons,
Sanctuaires chargés‖ d'astres et d'empyrées,Splendides profondeurs‖ de colonnes dorées,Vaste enceinte d'Assur,Mur où Nemrod cloua‖ l'hippanthrope Phaeanthe,Et dont la ronde tour,‖ sous les oiseaux béante,Leur semble un puits obscur,
Terrasses de Theglath‖ avec vos avenuesAugustes par deux rangs‖ de sphinx aux gorges nues,Cirque d'Anthrops-le-NoirSi beau que, résistant‖ à l'heure qui s'arrête,Les chevaux du soleil,‖ cabrés, baissent la têtePour tâcher de te voir !
Jardins, frontons ailés‖ aux larges envergures,Portiques, piédestaux‖ qui portez des figuresAu geste souverain,Et qui, du haut des caps‖ que votre masse encombre,Ajoutez à la mer‖ vaste et Sinistre l'ombreDes déesses d'airain,
Acropole où l'on vient‖ des confins de la terre,Tour du Bœuf, où Jason,‖ raillant le Sagittaire,Vint sonner du buccin,Qui fais aux voyageurs,‖ vains comme les abeillesEt vivants par leurs yeux‖ avides de merveilles,Braver le Pont-Euxin,
O temple Acrocéraune,‖ ô pilier d'Érythrée,Fiers de votre archipel,‖ car c'est la mer sacrée,La mer où luit Pylos,Ses vagues ont noyé‖ la horde massagète,Et, comme le vent vient‖ de la montagne, il jetteDes plumes d'aigle aux flots,
Chéops, bâtie avec‖ un art épouvantable,Si terrible qu'à l'heure‖ où, couché dans l'étable,Le chien n'ose gronder,Sirius, devant qui‖ toute étoile s'efface,Est forcé de tourner‖ vers toi sa sombre faceEt de te regarder !
Édifices ! montez,‖ et montez davantage,Superposez l'étage‖ et l'étage à l'étage,Et le dôme aux cités ;Montez ; sous votre base‖ écrasez les campagnes ;Plus haut que les forêts,‖ plus haut que les montagnes,Montez, montez, montez !
Soyez comme Babel,‖ âpre, indignée, austère,Cette tour qui voudrait‖ échapper à la terre,Et qui dans les cieux fuit,Montez. A l'archivolte‖ ajoutez l'architrave.Encor ! encor ! Mettez‖ le palais sur la cave,Le néant sur la nuit !
Montez dans le nuage,‖ étant de la fumée !Montez, toi sur l'Égypte,‖ et toi sur l'Idumée,Toi, sur le mont Caspé !Pleurez avec le deuil,‖ chantez avec la noce.Va noircir le zénith,‖ flamme que le colosseTient dans son poing crispé.
Ne vous arrêtez pas.‖ Montez ! montez encore !Moi, je rampe, et j'attends.‖ Du couchant, de l'auroreEt du sud et du nord,Tout vient à moi, le fait,‖ l'être, la chose triste,La chose heureuse ; et seul‖ je vis, et seul j'existe,Puisque je suis la mort.
La ruine est promise‖ à tout ce qui s'élève.Vous ne faites, palais‖ qui croissez comme un rêve,Fronton au dur ciment,Que mettre un peu plus haut‖ mon tas de nourriture,Et que rendre plus grand,‖ par plus d'architecture,Le sombre écroulement.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 358[aa] 12[abba]
- Mètre
- Alexandrins surtout (745 de 12, 24 de 6)· profil 6, 6+6
- Mots à la rime
- a bornes / mornes féminine, classiqueb désert / perd masculine, classiquec nombre / ombre féminine, classiqued pensifs / récifs masculine, classiquee personnage / témoignage féminine, classiquef mêler / parler masculine, classiqueg râles / pâles féminine, classiqueh entrevoir / soir masculine, classiquea temple / Disait / contemple féminine, classiqueb reçois / sois masculine, classiquec rayonne / Sicyone féminine, classiqued toujours / tours masculine, classiquee Thèbe / l'Érèbe féminine, classiquef soucieux / essieux masculine, classiqueg rêve / lève féminine, classiqueh riant / l'Orient masculine, classiquei d'astres / Zoroastres féminine, classiquej jeux / courageux masculine, classiquek astronomes / hommes féminine, classiquel Corœbus / buts masculine, classiquem décline / colline féminine, classiquen beau / escabeau masculine, classiqueo disparaissent / caressent féminine, classiquep miracle / celui / lui masculine, classiqueq colombes / d'hécatombes féminine, classiquer pensifs / massifs masculine, classiques universelles / crécelles féminine, classiquet inégaux / d'Argos masculine, classiqueu passages / sages féminine, classiquev familiers / piliers masculine, classiquew ionique / tunique féminine, classiquex hautain / matin masculine, classiquey éclipsée / pensée féminine, classiquez demain / humain masculine, classiquea l'aurore / ignore féminine, classiqueb nuit / luit masculine, classiquec stupide / Chrespide féminine, classiqued flamboiement / profondément masculine, classiquee pierre / paupière féminine, classiquef rocher / s'ébaucher masculine, classiqueg infinie / génie féminine, classiqueh noir / vouloir masculine, classiquei crée / sacrée féminine, classiquej escaliers / piliers masculine, classiquek cime / sublime féminine, classiquel unissant / puissant masculine, classiquem Praxitèle / immortelle féminine, classiquen entablement / mollement masculine, classiqueo déesses / tresses féminine, classiquep d'azur / d'Anxur masculine, classiqueq Mégare / s'égare féminine, classiquer paix / épais masculine, classiques Bellones / colonnes féminine, classiquet abattu / vertu masculine, classiqueu Grèce / d'allégresse féminine, classiquev ferveur / rêveur masculine, classiquew Nicodore / dore féminine, classiquex convaincus / Séleucus masculine, classiquey d'Ephèse / s'apaise féminine, classiquez fronton / Platon masculine, classiquea lire / lyre féminine, classiqueb cieux / harmonieux masculine, classiquec l'avertisse / justice féminine, classiqued blanc / ressemblant masculine, classiquee marches / arches féminine, classiquef admirant / grand masculine, classiqueg l'impérissable / sable féminine, classiqueh suis / nuits masculine, classiquei édifice / sacrifice féminine, classiquej s'apprêter / monter masculine, classiquek étincelles / ailes féminine, classiquel cou / hibou masculine, classiquem Minerve / énerve féminine, classiquen vêtu / vertu masculine, classiqueo sibylle / immobile féminine, classiquep écrits / cris masculine, classiqueq l'augure / figure féminine, classiquer radieux / dieux masculine, classiques mêlent / s'appellent féminine, classiquet mur / obscur masculine, classiqueu couche / farouche féminine, classiquev forêts / pourrais masculine, classiquew suprême / diadème féminine, classiquex s'écrier / prier masculine, classiquey t'adorâmes / âmes féminine, classiquea celle-ci / obscurci masculine, classiqueb plage / feuillage féminine, classiquea mit / frémit masculine, classiqueb terre / solitaire féminine, classiquec mariant / l'orient masculine, classiqued sombres / décombres féminine, classiquee reverdis / jadis masculine, classiquef géante / béante féminine, classiqueg ciel / miel masculine, classiqueh blanches / branches féminine, classiquei sarments / charmants masculine, classiquej frêles / ailes féminine, classiquek partir / Tyr masculine, classiquel cuivre / enivre féminine, classiquem caillou / fou masculine, classiquen pilastres / astres féminine, classiqueo hideux / d'eux masculine, classiquep Babylone / tourbillonne féminine, classiqueq traînés / étonnés masculine, classiquer racines / voisines féminine, classiques sûr / l'azur masculine, classiquet s'émousse / mousse féminine, classiqueu fond / font masculine, classiquev perspectives / furtives féminine, classiquew vient / s'entretient masculine, classiquex lampes / rampes féminine, classiquey toits / bois masculine, classiquez arcades / cascades féminine, classiquea troublant / blanc masculine, classiqueb noires / baignoires féminine, classiquec voluptés / sculptés masculine, classiqued monde / profonde féminine, classiquee rien / assyrien masculine, classiquef l'homme / pomme féminine, classiqueg fûts / touffus masculine, classiqueh zéphire / suffire féminine, classiquei granit / nid masculine, classiquea terrasses / races féminine, classiqueb temps / flottants masculine, classiquec d'empires / pires féminine, classiqued genoux / nous masculine, classiquee panthère / terre féminine, classiquef Sémiramis / amis masculine, classiqueg salles / colossales féminine, classiqueh faulx / triomphaux masculine, classiquei supplices / complices féminine, classiquej pas masculine, classiquek disjoindre / poindre féminine, classiquel tour / jour masculine, classiquem s'endorme / énorme féminine, classiquea dit / grand / fulgurant masculine, classiqueb batailles / entailles féminine, classiquec ravin / divin masculine, classiqued Alexandre / descendre féminine, classiquee trois / détroits masculine, classiquef Penthésilée / étoilée féminine, classiqueg courbé / Niobé masculine, classiqueh sereines / reines féminine, classiquei heureux / eux masculine, classiquej juste / auguste féminine, classiquea démesuré / azuré masculine, classiqueb vivante / vante féminine, classiquec palais / Oublions-les masculine, classiqued terre / mystère féminine, classiquee décevants / vivants masculine, classiquef visages / âges féminine, classiqueg s'asseoir / soir masculine, classiqueh taciturnes / urnes féminine, classiquei sacré / pleuré masculine, classiquea épreuve / veuve féminine, classiqueb doux / l'époux masculine, classiquec éternelle / fraxinelle féminine, classiqued mari / souri masculine, classiquee voiles / étoiles féminine, classiquea là / parla masculine, classiquea musagète / végète féminine, classiqueb moi / effroi masculine, classiquec monde / l'onde féminine, classiqued souffrir / mourir masculine, classiquee adore / l'aurore féminine, classiquef fous / tous masculine, classiqueg voûte / goutte féminine, classiqueh vont / plafond masculine, classiquei demeures / heures féminine, classiquej lentement / aboiement masculine, classiquek gueule / seule féminine, classiquel dieux / mélodieux masculine, classiquem foudre / dissoudre féminine, classiquen typhons / profonds masculine, classiqueo statuaire / sanctuaire féminine, classiquep sérénité / chanté masculine, classiqueq dégénère / tonnerre féminine, classiquer d'yeux / radieux masculine, classiques murmure / mûre féminine, classiquet réuni / l'infini masculine, classiqueu cygne / signe féminine, classiquev chaos / fléaux masculine, classiquew faire / sphère féminine, classiquex clartés / épouvantés masculine, classiquey jette / Taygète féminine, classiquea airs / mers masculine, classiquea étoiles / toiles féminine, classiqueb azur / pur masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiqued airains / sereins masculine, classiquee d'elles / d'ailes féminine, classiquef aquilon / tourbillon masculine, classiqueg ivre / suivre féminine, classiqueh soucieux / cieux masculine, classiquei trirèmes / suprêmes féminine, classiquej port / d'effort masculine, classiquek exténuées / nuées féminine, classiquel comment / déchirement masculine, classiquem l'orage / mirage féminine, classiquen agrès / regrets masculine, classiqueo rêves / grèves féminine, classiquep voix / bois masculine, classiqueq vécûmes / écumes féminine, classiquer naît / revenait masculine, classiques mêlée / étoilée féminine, classiquet sang / innocent masculine, non classiqueu chambres / membres féminine, classiquev profond / font masculine, classiquew providences / danses féminine, classiquex l'écueil / cercueil masculine, classiquey pâle / fatale féminine, classiquez roseaux / vaisseaux masculine, classiquea ormes / difformes féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquec s'arrête / tête féminine, classiqued réveils / soleils masculine, classiquea cimes / sublimes féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquec inébranlable / semblable féminine, classiqued mer / fer masculine, classiquee tétraèdres / cèdres féminine, classiquef créer / suppléer masculine, classiqueg désastres / astres féminine, classiquea dit / s'entendit masculine, classiquea coudées / débordées féminine, classiqueb moi / orteil / sommeil masculine, classiquec séjourne / tourne féminine, classiqued matelots / ballots masculine, classiquee s'exaspère / repaire féminine, classiquef relever / arriver masculine, classiqueg molosse / colosse féminine, classiquea l'immobilité / agité masculine, classiqueb géante / Cléanthe féminine, classiquec quoi / roi masculine, classiqued solitude / inquiétude féminine, classiquea orageux / jeux masculine, classiqueb connaisse / jeunesse féminine, classiquec ports / bords masculine, classiqued lave / esclave féminine, classiquee chien / bien masculine, classiquef préfère / faire féminine, classiqueg l'immortel / autel masculine, classiqueh prostitue / statue féminine, classiquei forgeron / clairon masculine, classiquej Polyphonte / fonte féminine, classiquek endormi / ami masculine, classiquel l'étable / respectable féminine, classiquem d'étain / destin masculine, classiquen conscience / patience féminine, classiqueo bourreaux / héros masculine, classiquea athlète / complète féminine, classiqueb divin / vain masculine, classiquec brume / d'écume féminine, classiqued eux / ténébreux masculine, classiquee l'aurore / l'implore féminine, classiquef changeant / d'argent masculine, classiqueg fantômes / chaumes féminine, classiqueh lueur / sueur masculine, classiquei courbe / fourbe féminine, classiquej nubien / bien masculine, classiquek mobile / l'île féminine, classiquel Délos / flots masculine, classiquem nombres / sombres féminine, classiquen genou / fou masculine, classiqueo ouvertes / vertes féminine, classiquep flambeau / corbeau masculine, classiqueq visage / passage féminine, classiquer chandelier / chamelier masculine, classiques Palinure / rainure féminine, classiquet fièrement / amant masculine, classiqueu prostituée / tuée féminine, classiquev nocher / cacher masculine, classiquew chancelle / universelle féminine, classiquex l'écueil / œil masculine, classiquey écorche / torche féminine, classiquez point masculine, classiquea colère / j'éclaire féminine, classiqueb confus / fus masculine, classiqueb aventure / nature féminine, classiquec ris / cris masculine, classiqued fournaises / braises féminine, classiquee haletants / temps masculine, classiquef éblouies / pluies féminine, classiqueg savoir / noir masculine, classiqueh ordinaire / tonnerre féminine, classiquei ruiné / Phryné masculine, classiquej passe / l'espace féminine, classiquek souvent / vent masculine, classiquel acharnée / année féminine, classiquem saison / horizon masculine, classiquen dissipe / Lysippe féminine, classiquea vois / voix masculine, classiqueb gronde / monde féminine, classiquec Athos / piédestaux masculine, classiqued Saturne / nocturne féminine, classiquee beau / flambeau masculine, classiquef guide / liquide féminine, classiqueg miroir / noir masculine, classiqueh ténèbres / vertèbres féminine, classiquei reins / sereins masculine, classiquej blonde / l'onde féminine, classiquek tribus / buts masculine, classiquel destinées / années féminine, classiquem firmament / s'abîmant masculine, classiquen plage / l'âge féminine, classiqueo instants / temps masculine, classiquep l'homme / somme féminine, classiqueq pavés / levés masculine, classiquer recule / crépuscule féminine, classiques venu / l'inconnu masculine, classiquea s'accélèrent / mêlèrent féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiqued douleur / pâleur masculine, classiquee mausolée / étoilée féminine, classiquef marin / d'airain masculine, classiqueg puissance / encense féminine, classiqueh beauté / l'éternité masculine, classiquea humide / pyramide féminine, classiquea béants / géants masculine, classiqueb étagée / Égée féminine, classiquec secoués / échoués masculine, classiqued stature / nature féminine, classiquee l'horizon / toison masculine, classiquef table / redoutable féminine, classiqueg nuit / construit masculine, classiqueh sables / formidables féminine, classiquei Pélion / lion masculine, classiquej pyramides / timides féminine, classiquek venant / continent masculine, classiquel humaine / plaine féminine, classiquem tours / vautours masculine, classiquen bise / Cambyse féminine, classiqueo airs / d'éclairs masculine, classiquep guerre / tonnerre féminine, classiqueq s'émouvoir / voir masculine, classiquer gravée / couvée féminine, classiques monument / moment masculine, classiquet fourmilière / lierre féminine, classiqueu croulants / flancs masculine, classiquev nuées / dénouées féminine, classiquew l'éternité / clarté masculine, classiqueb l'homme / Sodome féminine, classiqueb tour masculine, classiquec pèse / s'apaise féminine, classiqued Delta / cesse / chanta masculine, classiquea ténèbres / célèbres féminine, classiqueb Rhamséions / rayons masculine, classiquec fières / pierres féminine, classiquea d'empyrées / dorées féminine, classiqueb d'Assur / obscur masculine, classiquec Phaeanthe / béante féminine, classiquea avenues / nues féminine, classiqueb d'Anthrops-le-Noir / voir masculine, classiquea envergures / figures féminine, classiqueb souverain / d'airain masculine, classiquec encombre / l'ombre féminine, classiquea terre / Sagittaire féminine, classiqueb buccin / Pont-Euxin masculine, classiquec abeilles / merveilles féminine, classiquea d'Érythrée / sacrée féminine, classiqueb Pylos / flots masculine, classiquec massagète / jette féminine, classiquea épouvantable / l'étable féminine, classiqueb gronder / regarder masculine, classiquec s'efface / face féminine, classiquea davantage / l'étage féminine, classiqueb cités / montez masculine, classiquec campagnes / montagnes féminine, classiquea austère / terre féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquec l'architrave / cave féminine, classiquea fumée / l'Idumée féminine, classiqueb Caspé / crispé masculine, classiquec noce / colosse féminine, classiquea encore / l'aurore féminine, classiqueb nord / mort masculine, classiquec triste / j'existe féminine, classiquea s'élève / rêve féminine, classiqueb ciment / écroulement masculine, classiquec nourriture / d'architecture féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
769 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources