La légende des siècles, 1877· XV Le cycle pyrénéen
Masferrer
I Neuvième siècle Pyrénées
C'est un funeste siècle‖ et c'est un dur pays.Oh ! que d'Herculanums‖ et que de PompéisEnfouis dans la cendre‖ épaisse de l'histoire !D'horribles rois sont là ;‖ la montagne en est noire.
Assistés au besoin‖ par ceux du mont Ventoux,Ceux-ci basques, ceux-là‖ catalans, méchants tous,Ils ont de leurs donjons‖ couvert la chaîne entière ;Du pertuis de Biscaye‖ au pas de l'Argentière,La guerre gronde, ouvrant‖ ses gueules de dragonSur toute la Navarre‖ et sur tout l'Aragon ;Tout tremble ; pas un coin‖ de ravine où ne grinceLa mâchoire d'un tigre‖ ou la fureur d'un prince ;Ils sont maîtres des cols‖ et maîtres des sommets.Ces pays garderont‖ leurs traces à jamais ;La tyrannie avec‖ le fer du glaive creuseSur la terre sa forme‖ et sa figure affreuse ;Là ses dents, là son pied‖ monstrueux, là son poing ;Linéaments hideux‖ qu'on n'effacera point,Tant avec son épée‖ impérieuse et dureChaque despote en fait‖ profonde la gravure !Or jamais ces vieux pics‖ pleins de tours, exhaussésDe forts ayant le gouffre‖ et la nuit pour fossés,N'ont paru plus mauvais‖ et plus haineux aux hommesQue dans le siècle étrange‖ et funèbre où nous sommes ;Ils se dressent, chaos‖ de blocs démesurés ;Leur cime, par-delà‖ les vallons et les prés,Guette, gêne et menace,‖ à vingt ou trente lieues,Les villes dont au loin‖ on voit les flèches bleues ;De quelque chef de bande‖ implacable et trompeurChacun d'eux est l'abri‖ redouté ; leur vapeurSemble empoisonner l'air‖ d'un miasme insalubre ;Ils sont la vision‖ colossale et lugubre ;La neige et l'ombre font,‖ dans leurs creux entonnoirs,Des pans de linceuls blancs‖ et des plis de draps noirs,L'eau des torrents, éparse‖ et de lueurs frappée,Ressemble aux longs cheveux‖ d'une tête coupée ;Dans la brume on dirait‖ que leurs escarpementsSont d'une boucherie‖ encor tiède fumants ;Tous ces géants ont l'air‖ de faire dans la nueQuelque exécution‖ sombre qui continue ;L'air frémit ; le glacier‖ peut-être en larmes fond ;Fatals, calmes, muets,‖ et debout dans le fondDe la place publique‖ effrayante des plaines,Sur leurs vagues plateaux,‖ sur leurs croupes hautaines,Ils ont tous le carré‖ hideux des castillos,Comme des échafauds‖ qui portent des billots.
II Terreur des plaines
Certes, c'est ténébreux ;‖ et, devant deux provinces,Devant deux gras pays,‖ un tel réseau de princesN'attache pas pour rien‖ des mailles et des nœudsEt des fils aux pitons‖ des pics vertigineux ;C'est dans un but qu'armés‖ et tenant deux rivages,D'affreux chefs, hérissés‖ de couronnés sauvages,Barrant l'isthme espagnol‖ de l'une à l'autre mer,Aux pointes des granits,‖ dans le vent, dans l'éclair,Sur la montagne d'ombre‖ et d'aurore baignée,Accrochent cette toile‖ énorme d'araignée.
Comme en Grèce jadis‖ les chefs thessaliens,Ils tiennent tout, la terre‖ et l'homme, en leurs liens ;Pas une triste ville‖ au loin qui ne frissonne ;Vaillante, on la saccage,‖ et lâche, on la rançonne ;Pour dernier mot le meurtre ;‖ ils battent sans remordsMonnaie à l'effigie‖ infâme de la mort ;Ils chassent devant eux‖ les blêmes populaces,Ils sont les grands marcheurs‖ de nuit, rasant les places,Brisant les tours, du mal‖ et du crime ouvriers,Et de la chèvre humaine‖ effrayants chevriers.Être le centre où vient‖ le butin, où ruisselleUn torrent de bijoux,‖ de piastres, de vaisselle ;Se faire d'un pays‖ une proie, arrachantLes blés au canton riche‖ et l'or au bourg marchand,C'est beau ; voilà leur gloire.‖ Et c'est leur fait, en outre,Quand de quelque chaumière‖ on voit fumer la poutre,Ou quand, vers l'aube, on trouve‖ un pauvre homme dagué,Nu, sanglant, dans le creux‖ d'un bois, au bord d'un gué :Le vol des routes suit‖ le pillage des villes ;
Car la chose féroce‖ amène aux choses viles.L'été, la bande met‖ à profit la douceurDe la saison, voyant‖ dans l'aurore une sœur,Prenant les plus longs jours‖ pour sa sanglante escrime,Et donnant à l'azur‖ un rôle dans le crime ;Juin radieux consent‖ à la complicité ;C'est l'instant d'appliquer‖ l'échelle à la cité ;C'est le moment de battre‖ une muraille en brèche ;L'air est tiède, la nuit‖ vient tard, la terre est sèche,La mousse pour dormir‖ fait le roc moins rugueux ;Comme le tas de fleurs‖ cache le tas de gueux !Le bruit des pas s'efface‖ au bruit de la cascade ;La feuille traître accueille‖ et couvre l'embuscade,L'églantier, pour le piège‖ épaissi tout exprès,Semble ami du sépulcre‖ autant que le cyprès ;Aussi, jusqu'à l'hiver,‖ — quoique janvier lui-mêmeParfois aux attentats‖ prête sa clarté blême, —Ce ne sont que combats,‖ assauts et coups de main.
Dès que l'hiver décline,‖ et quand le pont romain,Le sentier, le ravin‖ que les brises caressent,Sous la neige qui fond‖ vaguement reparaissent,Quand la route est possible‖ à des pas hasardeux,Tous ces aventuriers‖ s'assemblent chez l'un d'eux,Noirs, terribles, autour‖ d'un âtre où flambe un chêne.Ils construisent leurs plans‖ pour la saison prochaine ;Ils conviennent d'aller‖ à trois, à quatre, à dix,Font quelques mouvements‖ d'ours encore engourdisEt préparent les vols,‖ les meurtres, les descentes ;Tandis que les oiseaux,‖ sous les feuilles naissantes,Joyeux, sentant venir‖ les souffles infinis,Commencent à choisir‖ les mousses pour leurs nids.
A quoi bon ta splendeur,‖ ô sereine nature,O printemps refaisant‖ tous les ans l'ouvertureDu mystérieux temple‖ où la lumière éclôt ?A quoi bon le torrent,‖ le lac, le vent, le flot ?A quoi bon le soleil,‖ et les doux mois propicesSemant à pleines mains‖ les fleurs aux précipices,Les sources et les prés‖ et les oiseaux divins ?A quoi bon la beauté‖ charmante des ravins ?La fierté du sapin,‖ la grâce de l'érable,Ciel juste ! à quoi bon ? l'homme‖ étant un misérable,Et mettant, lui qui rampe‖ et qui dure si peu,Le masque de l'enfer‖ sur la face de Dieu !
Hélas, hélas, ces monts‖ font peur ! leurs fondrièresD'un bastion géant‖ semblent les meurtrières ;Du crime qui médite‖ ils ont la ride au front.Malheur au peuple, hélas,‖ lorsque l'ombre du montTombe sur les forêts‖ ombre de forteresse !
III Les hautes terres
N'importe, loin des forts‖ dont l'aspect seul oppresse,Quand on peut s'enfoncer‖ entre deux pans de rocs,Et comme l'ours, l'isard‖ et les puissants aurochs,Entrer dans l'âpreté‖ des hautes solitudes,Le monde primitif‖ reprend ses attitudes,Et, l'homme étant absent,‖ dans l'arbre et le rocherOn croit voir les profils‖ d'infini s'ébaucher.Tout est sauvage, inculte,‖ âpre, rauque ; on retrouveLa montagne, meilleure‖ avec son air de louveQu'avec l'air scélérat‖ et pensif qu'elle prendQuand elle prête au mal‖ son gouffre et son torrent,S'associe aux fureurs‖ que la guerre combine,Et devient des forfaits‖ de l'homme concubine.Grands asiles ! le gave‖ erre à plis écumants ;La sapinière pend‖ dans les escarpements :Les églises n'ont pas‖ d'obscurité qui vailleCe mystère où le temps,‖ dur bûcheron, travaille ;Le pied humain n’entrant point là, ce charpentierEst à l'aise, et choisit‖ dans le taillis entier ;On entend l'eau qui roule‖ et la chute éloignéeDes mélèzes qu'abat‖ l'invisible cognée.L'homme est de trop ; souillé,‖ triste, il est importunA la fleur, à l'azur,‖ au rayon, au parfum ;C'est dans les monts, ceux-ci‖ glaciers, ceux-là fournaises,Qu'est le grand sanctuaire‖ effrayant des genèses ;On sent que nul vivant‖ ne doit voir à l'œil nu,Et de près, la façon‖ dont s'y prend l'inconnu,Et comment l'être fait‖ de l'atome la chose ;La nuée entre l'ombre‖ et l'homme s'interpose ;Si l'on prête l'oreille,‖ on entend le tourmentDes tempêtes, des rocs,‖ des feux, de l'élément,La clameur du prodige‖ en gésine, derrièreLe brouillard, redoutable‖ et tremblante barrière ;L'éclair à chaque instant‖ déchire ce rideau.L'air gronde. Et l'on ne voit‖ pas une goutte d'eauQui dans ces lieux profonds‖ et rudes s'assoupisse,Ayant, après l'orage,‖ affaire au précipice ;Selon le plus ou moins‖ de paresse du vent,Les nuages tardifs‖ s'en vont comme en rêvant,Ou prennent le galop‖ ainsi que des cavales ;Tout bourdonne, frémit,‖ rugit ; par intervallesUn aigle, dans le bruit‖ des écumes, des cieux,Des vents, des bois, des flots,‖ passe silencieux.
L'aigle est le magnanime‖ et sombre solitaire ;Il laisse les vautours‖ s'entendre sur la terre,Les chouettes en cercle‖ autour des morts s'asseoir,Les corbeaux se parler‖ dans les plaines le soir ;Il se loge tout seul‖ et songe dans son aire,S'approchant le plus près‖ possible du tonnerre,Dédaigneux des complots‖ et des rassemblements.Il plane immense et libre‖ au seuil des firmaments,Dans les azurs, parmi‖ les profondes nuées,Et ne fait rien à deux‖ que ses petits. HuéesDe l'abîme, fracas‖ des rocs, cris des torrents,Hurlements convulsifs‖ des grands arbres souffrants,Chocs d'avalanches, l'aigle‖ ignore ces murmures.
Donc, au printemps, réveil‖ des rois ; trahisons mûres ;On parle, on va, l'on vient ;‖ les guets-apens sont prêts ;Et les villes en bas,‖ tremblantes, loin et près,Pansant leur vieille plaie,‖ arrangeant leur décombre,Écoutent tous ces pas‖ des cyclopes de l'ombre.Éternelle terreur‖ du faible et du petit !Qu'est-ce qu'ils font là-haut,‖ ces rois ? On se blottit,On regarde quel point‖ de l'horizon s'allume,On entend le bruit sourd‖ d'on ne sait quelle enclume,On guette ce qui vient,‖ surgit, monte ou descend ;Chaque ville en son coin‖ se cache, frémissantDes flammèches que l'air‖ et la nuée apportentDans ce jaillissement‖ d'étincelles qui sortentDu rude atelier, plein‖ des souffles de l'autan,Où l'on forge le sceptre‖ énorme de Satan.
IV Masferrer
Or dans ce même temps,‖ du Llobregat à l'Èbre,Du Tage au Cil, un nom,‖ Masferrer, est célèbre ;C'est un homme des rocs‖ et des bois, qui vit seul ;Il prend l'ombre des monts‖ tragiques pour linceul ;Avant d'être avec l'arbre,‖ il était avec l'homme ;Comme un loup refusant‖ d'être bête de somme,Fauve, il s'est du milieu‖ des vivants évadé,Au hasard, comme sort‖ du noir cornet le dé ;Et maintenant il est‖ dans la montagne immense ;Sa zone est le désert‖ redoutable ; où commenceLa semelle des ours‖ marquant dans les cheminsDes espèces de pas‖ horribles presque humains,Il est chez lui. Cet être‖ a fui dès son jeune âge.De l'énormité sombre‖ il est le personnage ;Il rit, ayant l'azur ;‖ ses dents au lieu de painCassent l'amande huileuse‖ et rance du sapin ;La montagne, acceptant‖ cet homme sur les cimes,Trouve son vaste bond‖ ressemblant aux abîmes,Sa voix, comme les bois‖ et comme les torrents,Sonore, et de l'éclair‖ ses yeux peu différents ;De sorte que ces monts‖ et que cette natureSe sentent augmentés‖ presque de sa stature.
Il va du col au dôme‖ et du pic au vallon.Le glissement n'est pas‖ connu de son talon ;Sa marche n'est jamais‖ plus altière et plus sûreQu'au bord vertigineux‖ de quelque âpre fissure ;Il franchit tout, distance,‖ avalanche, hasards,Tempêtes, précédé‖ d'une fuite d'isards ;Hier, il côtoyait‖ Irun ; aujourd'hui l'aubeLe voit se refléter‖ dans le vert lac de Gaube,Chassant, pêchant, perçant‖ de flèches les hérons,Ou voguant, à défaut‖ de barque et d'avirons,Sur un tronc de sapin‖ qui flotte et qu'il manœuvreAvec le mouvement‖ souple de la couleuvre.Il entre, apparaît, sort,‖ sans qu'on sache par où ;S'il veut un pont, il ploie‖ un arbre sur le trou ;La façon dont il va‖ le long d'une cornicheFait peur même à l'oiseau‖ qui sur les rocs se niche.A-t-il apprivoisé‖ la rude hostilitéDu vent, du pic, du flot‖ à jamais irrité,Et des neiges souffrant‖ en livides bouffées ?Oui. Car la sombre pierre‖ oscillante des féesLe salue. Il vit calme‖ et formidable, ayantAvec la ronce et l'ombre‖ et l'éclair flamboyantEt la trombe et l'hiver‖ de farouches concordes.Armé d'un arc, vêtu‖ de peaux, chaussé de cordes,Au-dessus des lieux bas‖ et pestilentiels,Il court dans la nuée‖ et dans les arcs-en-ciels.
Il passe sa journée‖ à l'affût, l'arbalèteTendue à la cigogne,‖ au gerfaut, à l'alète,Suit l'isard, ou, pensif,‖ s'accoude aux parapetsDes gouffres sur les lacs‖ et les halliers épais,Et songe dans les rocs‖ que le lierre tapisse,Tandis que cet enfer‖ qu'on nomme précipice,Faisant vociférer‖ l'eau dans le gave amer,Dans la forêt la terre‖ et dans l'ouragan l'air,Emploie à blasphémer‖ trois langues différentes.Avec leurs rameaux d'or‖ et leurs fleur amarantes,La lande et la bruyère‖ au reflet veloutéLui brodent des tapis‖ gigantesques l'été.Pour la terre, il s'éloigne,‖ et, pour l'astre, il s'approche.
Il avait commencé‖ par bâtir sur la roche,A la mode des rois‖ construisant des donjons,Un bouge qu'il avait‖ couvert d'un toit de joncs,Ayant l'escarpement‖ pour joie et pour défense ;Car l'abîme l'enivre,‖ et depuis son enfanceQu'il erre plein d'extase‖ et de sublime ennui,Il cherche on ne sait quoi‖ de grand qui soit à luiDans ces immensités‖ favorables à l'aigle.L'ouragan emporta‖ sa cabane. — Espiègle !Dit l'homme, en regardant‖ son vieux toit chassieuxS'en aller à travers‖ les foudres dans les cieux.
A cette heure, parmi‖ les crevasses bourruesPleines du tournoiement‖ des milans et des grues,Un repaire ébauchant‖ une ogive au milieuD'une haute paroi‖ toute de marbre bleu,Souterrain pour le loup,‖ aérien pour l'aigle,Est son gîte ; le houx,‖ l'épi barbu du seigle,L'ortie et le chiendent‖ encombrent l'antre obscur,Sorte de trou hideux‖ dans un monstrueux mur ;Au-dessus du repaire,‖ au haut du mur de marbre,Se tort et se hérisse‖ une hydre de tronc d'arbre ;Cette espèce de bête‖ immobile lui sertA retrouver sa route‖ en ce morne désert ;On aperçoit du fond‖ des solitudes vertesCe nœud de cous dressés‖ et de gueules ouvertes,Penché sur l'ombre, ayant‖ pour rage et pour tourmentDe ne pouvoir jeter‖ au gouffre un aboiement.L'antre est comme enfoui‖ dans les ronces grimpantes ;Parfois, au loin, le pied‖ leur manquant sur les pentes,Dans l'entonnoir sans fond‖ des précipices sourds,Comme des gouttes d'encre‖ on voit tomber les ours ;Le ravin est si noir‖ que le vent peut à peineJeter quelque vain râle‖ et quelque vague haleineDans ce mont, muselière‖ au sinistre aquilon.Un titan enterré‖ dont on voit le talon,Ce dur talon fendu‖ d'une affreuse manière,Voilà l'antre. A côté‖ de la haute tanière,Un gave insensé gronde‖ et bave et coule à flotsDans le gouffre, parmi‖ les pins et les bouleaux ;L'antre au bord du torrent‖ s'ouvre sur l'étendue ;La chute est au-dessous.‖ Quand la neige fondueEt la pluie ont grossi‖ les cours d'eau, le torrentMonte jusqu'à la grotte,‖ enflé, hurlant, courant,Terrible, avec un bruit‖ d'horreur et de ravage,Et familièrement‖ entre chez ce sauvage ;Et lui, laissant frémir‖ les grands arbres pliés,Profite de l'écume‖ et s'y lave les pieds.
Dans un grossissement‖ de brume et de fumée,Entouré d'un nuage‖ obscur de renommée,Quoique invisible au fond‖ de ses rocs, mais deboutDans son fantôme allant,‖ venant, dominant tout,Cet homme s'aperçoit‖ de très loin en Espagne.
Chacun des rois a pris‖ sa part de la montagne.Fervehen a Lordos,‖ Bermudo Cauterez ;Sanche a le Canigo,‖ pic chargé de forêtsQue blanchit du matin‖ la clarté baptismale ;Padres a la Prexa,‖ Juan tient le Vignemale ;Sforon est roi d'Urgel,‖ Blas est roi d'Obité ;La part de Masferrer‖ s'appelle Liberté.Pas un plus grand que lui‖ sur ces monts ne se pose.
Qu'est-ce que ce géant ?‖ C'est un voleur. La choseEst simple ; tout colosse‖ a toujours deux côtés ;Et les difformités‖ et les sublimitésHabitent la montagne‖ ainsi que des voisines.Le prodige et le monstre‖ ont les mêmes racines.Monstre, jusqu'où ? jamais‖ de pas vils et rampants ;Jamais de trahisons,‖ jamais de guets-apens ;Masferrer attaquait‖ tout seul des groupes d'hommes.Au pâle rustre allant‖ vendre au marché ses pommes,Il disait : Va ! c'est bien !‖ Il laissait volontiersAux pauvres gens tremblant‖ la nuit dans les sentiers,Leur âne, leur cochon,‖ leur orge, leur avoine ;Mais il se gênait moins‖ avec le sac du moine ;Il n'écrasait pas tout‖ dans ce qu'on nomme droit ;Si quelqu'un avait faim,‖ si quelqu'un avait froid,Ce n'était pas son nom‖ qui sortait de la plainte ;La malédiction,‖ cette voix fauve et sainte,Ne le poursuivait point‖ dans son farouche exil ;Aux actions des rois‖ il fronçait le sourcil.Un jour, devant un fait‖ lugubre et sanguinaire :— Ces hommes sont méchants,‖ et plus qu'à l'ordinaire,Cria-t-il. A-t-il donc‖ neigé rouge aujourd'hui ? —Les rois déshonoraient‖ la montagne ; mais luiN'importunait pas trop‖ l'ombre du grand Pélage.Voilà ce que disaient‖ de lui dans le villageLes pâtres de Héas‖ et de l'Aquatonta.Du reste confiant‖ et terrible. Il luttaTout un jour contre un ours‖ entré dans sa tanière ;L'ours, l'ayant habitée‖ à la saison dernière,La voulait, vers le soir‖ l'ours fatigué râla.— Soit, nous continuerons‖ demain matin. Dors là,Dit l'homme. Il ajouta :‖ — Fais un pas, je t'assomme !Puis s'endormit. Au jour,‖ l'ours, sans réveiller l'homme,Et se souciant peu‖ de la suite, partit.
V Le Castillo
Noir ravin. Hors un coin‖ vivant où retentitDans la forêt le son‖ des buccins et des sistres,Tout est désert. Halliers,‖ bruit de feuilles sinistres,Tristesse, immensité ;‖ c'est un de ces lieux-làOù se trouvait Caïn‖ lorsque Dieu l'appela.Le Caïn qui se cache‖ en cette ombre est de pierre,C'est un donjon. Des gueux‖ à la longue rapièreLe gardent ; des soudards‖ sur ses tours font le guet.Il date du temps rude‖ où Rollon naviguait.A quelque heure du jour‖ qu'on le voie, il effraie ;Quelque couleur qu'il prenne,‖ il convient à l'orfraie,S'il est noir, c'est la nuit ;‖ s'il est blanc, c'est l'hiver.L'archer fourmille là‖ comme au cercueil le ver.Dans la tour, une salle‖ aux murailles très hautes.Avec ses grands arceaux‖ qui sont comme des côtes,Cette salle, où pétille‖ un brasier frémissant,Écarlate de flamme,‖ a l'air rouge de sang.Ouvrez Léviathan,‖ ce sera là son ventre.
Cette salle est un lieu de rendez-vous.Au centre,Autour d'un tréteau vaste‖ où fument tous les mets,Perdrix, pluviers, chevreuils‖ tués sur les sommets,Mouton d'Anjou, pourceau‖ d'Ardenne ou de Belgique,Des hommes radieux‖ font un groupe tragique ;Ces hommes sont assis,‖ parlant, buvant, mangeant,Sur des chaires d'ivoire‖ aux pinacles d'argent,Ou sur des fronts de bœuf,‖ entre les larges cornes.Leur rire monstrueux‖ et fou n'a pas de bornes ;Leur splendeur est féroce,‖ et l'on voit sortir d'euxUne sorte de lustre‖ implacable et hideux ;Le nœud de perles sert‖ d'agrafe aux peaux de bêtes ;Ils sont comme éblouis‖ de guerre et de tempêtes ;Tous, le jeune homme blond‖ et le vieillard barbu,Causent, chantent, beaucoup‖ de vin chaud étant bu,De la fin du repas‖ la nappe ayant les rides ;Chasseurs vertigineux‖ ou bûcherons splendides,Chacun a sa cognée‖ et chacun a son cor ;L'âtre fait flamboyer‖ leurs torses couverts d'or ;La flamme empourpre, autour‖ de la table-fournaise,Ces hommes écaillés‖ de lumière et de braise,Étranges, triomphants,‖ gais, funèbres, vermeils ;D'un ciel qui serait tombe‖ ils seraient les soleils.Ce sont les rois.Ce sont les princes de l’embûcheGigantesque où le nord‖ de l'Espagne trébuche,Les seigneurs du glacier,‖ du pic et du torrent,Les vastes charpentiers‖ de l'abatage en grand,Les dieux, les noirs souffleurs‖ des trompes titaniquesD'où sortent les terreurs,‖ les fuites, les paniques.
Germes du maître altier‖ que l'avenir construit,Semences du grand trône‖ encor couvert de nuit,Grains de ce qui sera‖ plus tard le roi d'Espagne,Ils sont là. C'est Pancho‖ que la crainte accompagne,Genialis, Sforon‖ qu'Urgel a pour fardeau,Gildebrand, Égina,‖ Pervehan, Bermudo,Juan, Blas le Captieux,‖ Sanche le Fratricide ;Le vieux tigre, Vasco‖ Tête-Blanche, préside.Près de lui, deux géants,‖ Padres et Tarifet ;L'armure de ceux-ci,‖ dans les récits qu'on fait,Avec le plomb bouillant‖ de l'enfer est soudée,Et les clous des brassards‖ sont longs d'une coudée.Au bas bout de la table‖ est Gil, prince de Gor,En huque rouge avec‖ la chapeline d'or.Cependant le haillon‖ sur leur pourpre se fronce ;Ce sont des majestés‖ qui marchent dans la ronce ;La montagne est là toute‖ avec son fauve effroi,Ils sont déguenillés‖ et couronnés ; tel roiQui commence en fleurons‖ finit en alpargates.
Vases, meubles, émaux,‖ onyx, rubis, agates,Argenterie, écrins‖ étincelants, rouleauxD'étoffes, se mêlant‖ l'un à l'autre à longs flots,Tout ce qu'on peut voler,‖ tout ce dont on trafique,Fait dans un coin un bloc‖ lugubre et magnifique.Rien n'y manque ; ballots‖ apportés là d'hier,Joyaux de femme avec‖ quelque lambeau de chair,Lourds coffres, sacs d'argent ;‖ tout ce tas de décombresQu’on appelle le tas de butin.Dans les ombresMarche et se meut l'armée‖ horrible des sierras ;Secouant des tambours,‖ courant, levant les bras,Des femmes, qu'effarouche‖ une sombre allégresse,Avec des regards d'ange‖ et des bonds de tigresse,Tâchant de faire choir‖ les piastres de leur mainÀ force de seins nus, de fard et de carmin,Dansent autour des rois ;‖ car ils sont les MécènesDe la jupe effarée‖ et des groupes obscènes.Parmi les femmes, deux,‖ l'une grande aux crins blonds,L'autre petite avec‖ des colliers de doublons,Toutes deux gitanas‖ au flanc couleur de brique,Mêlent une âpre lutte‖ au boléro lubrique ;La petite, ployant‖ ses reins, tordant son corps,Rit et raille la grande,‖ et la géante alorsSe penche sur la naine‖ avec gloire et furie,Comme une Pyrénée‖ insulte une Asturie.
La cheminée, où sont‖ creusés d'étroits grabats,Remplit un pan de mur‖ du haut jusques en bas ;On voit sur le fronton‖ saint George, et sur la plaqueLe combat d'un satyre‖ avec un brucolaque.
Autour de ces rois luit‖ le pillage flagrant.Le deuil, les campagnards‖ par milliers émigrant,La plaine qui frémit,‖ l'horizon qui rougeoie,Les pueblos dévastés‖ et morts, voilà leur joie.C'est de ces noirs seigneurs‖ que la misère sort.Peut-être ce pays‖ serait prospère et fortSi l'on pouvait ôter‖ à l'Espagne l'épineQu'elle porte au talon‖ et qu'on nomme rapine.
De ce dont ils sont fiers‖ plus d'un serait honteux ;Ils sont grands sur un fond‖ d'opprobre ; devant euxDes parfums allumés‖ fument ; cet encens pue.
Du reste, arceaux géants,‖ colonnade trapue ;Des viandes à des crocs‖ comme dans un charnier,La même joie allant‖ du premier au dernier ;Plus de cris que le soir‖ au fond des marécages ;D'affreux chiens-loups gardant‖ des captifs dans des cages ;Dans un angle un gibet ;‖ partout le choc brutalDu palais riche, heureux,‖ joyeux, contre l'étal.
Les murs ont par endroits‖ des trous où s'enracineUn poing de fer portant‖ un cierge de résine.
Vaguement écouté‖ par Blas et Gildebrand,Un pâtre, près du seuil,‖ sur le sistre vibrant,Chante des montagnards‖ la féroce romance ;Et des trois madriers‖ brûlant dans l'âtre immenseIl sort tout un dragon‖ de flamme, ayant pour freinUne chaîne liée‖ à deux chenets d'airain.
VI Une élection
Cependant les voilà‖ qui causent d'une affaire.Si grands qu'ils soient, la mort‖ entre en leur haute sphère ;Guy, roi d'Oloron, veuf‖ et sans enfants, est mort.A qui le mont ? à qui‖ la ville ? à qui le fort ?Question. La querelle‖ éclaterait. Mais Sanche :
— Paix là ! l'heure est mauvaise‖ et notre pouvoir penche ;Les villes contre nous‖ font pacte avec les bourgs ;Les hommes des hameaux,‖ des vignes, des labours,S'arment pour nous combattre,‖ et la ligue est certaineDu comte de Castille‖ et du duc d'Aquitaine.Est-ce en un tel moment‖ qu'autour de nous groupés,Princes, nos ennemis‖ vont nous voir occupésA nous mordre en rongeant‖ un os dans la montagne ?Par Jésus ! les démons‖ sont d'accord dans leur bagne ;Va-t-on se quereller‖ entre rois dans les cieux ?
— La dispute est un mal,‖ dit Blas le Captieux,Qui la cherche est félon,‖ qui l'accepte imbécile ;Mais comment s’accorder ?Sanche dit :— C’est facile.— Qui donc ferais-tu roi d’Oloron ?— Masferrer.Ce nom sur tous les fronts‖ passa comme un éclair.
— Mes frères, reprit Sanche,‖ il faut songer aux guerres ;(Sanche, étant fratricide,‖ aimait ce mot : mes frères.)Et, pardieu, mon avis,‖ le voici : notre corS'entendrait de plus loin‖ et ferait mieux encor,Et la rumeur, qui sort‖ de nous dans la campagneEt la nuée, irait‖ plus au fond de l'Espagne,Si Masferrer était‖ élu roi d'Oloron,Et si, subitement,‖ dans notre altier claironCe voleur engouffrait‖ son souffle formidable.
— Mais n'habite-t-il pas‖ un antre inabordable ?— Puisqu’il l’aborde, lui ?— C’est juste.— Nous voulons,Dit Sanche, tout glacer‖ sous nos rudes talons,Et jeter bas ce peuple‖ et cette ligue infime.Il nous faut de la chute ;‖ eh bien, prenons l'abîmeIl nous faut de la glace ;‖ eh bien, prenons l'hiver !
— Soit, cria Fervehan,‖ nommons roi Masferrer.
— J'y consens, dit Sforon,‖ la bête est d'envergure.
— Ce serait un roi, cette,‖ et de haute figure,Ajouta Bermudo.— Le sanglier me plaît,Dit Juan.— Mais comme roi, seigneurs, est-il complet ? —Dit Blas. On passe mal‖ d'une bauge à la tente.
— Qu'est-ce donc que tu veux‖ de plus ? je m'en contente,Hurla Gil. Je le prends‖ avec ses marcassins,S'il en a. Ce serait,‖ j'en jure par les saints,Quelque chose de grand,‖ d'altier, de salutaire,Et d'égal à l'effet‖ que ferait sur la terre,En s'y dressant soudain,‖ l'ombre de Totila,Si l'on voyait un sceptre‖ entre ces pattes-là !Le vieux Vasco dressa‖ sous le dais de sa chaireSon front blanc éclairé‖ d'une blême torchère :
— Il nous faut du renfort.‖ Puisque nous en gagnonsEn étant de ce gueux‖ quelconque compagnons,Amen, l'homme me va.‖ J'accepte l'épousaille.Mais, princes, qui l'ira‖ chercher dans sa broussaille ?
— Deux d’entre nous.— C’est dit.Et le sort désignaLe roi Genialis‖ et le duc Agina.
VII Les deux portes-sceptre
Un torrent effréné‖ roule entre deux falaises ;A droite est l'antre ; à gauche,‖ au milieu des mélèzes,Un dur sentier fait face‖ au terrier du bandit,Mince corniche au flanc‖ du roc ; l'eau qui bondit,L'affreux souffle sortant‖ du gouffre, la colèreD'un trou prodigieux‖ et perpendiculaire,Séparent le sentier‖ de l'antre. Pas de pont.Rien. La chute où l'écho‖ tumultueux répond.Les antres, là, sont sûrs ;‖ les abîmes les gardent ;Les deux escarpements‖ ténébreux se regardent ;A peine, en haut, voit-on‖ un frêle jour qui point.La fente épouvantable‖ est étroite à ce pointQu'on pourrait du sentier‖ parler à la caverne ;On cause ainsi d'un mur‖ à l'autre de l'Averne.
Un sentier, mais jamais de Passants.Dans ces monts,Le sol n'est que granits,‖ herbes, glaces, limons ;Le cheval y fléchit,‖ la mule s'y déferre ;Tout ce que les deux rois‖ envoyés purent faire,Ce fut de pénétrer‖ jusqu'au rude sentier.Parvenus au tournant,‖ où l'antre tout entier,Comme ces noirs tombeaux‖ que les chacals déterrent,Lugubre, apparaissait,‖ les deux rois s'arrêtèrent.Le bandit, que les rois‖ apercevaient dedans,Raccommodait son arc,‖ coupait avec ses dentsLes nœuds, de peur qu'un fil‖ sur le bois ne se torde,Songeait, et par moments‖ crachait un bout de corde.L'eau du gave semblait‖ à la hâte s'enfuir.L'homme avait à ses pieds‖ un vieux carquois de cuirPlein de ces dards qui font‖ de loin trembler la cible.On voyait dans un coin‖ sa femelle terrible.Une pierre servait‖ à ce voleur de banc.
Alors, haussant la voix,‖ car le gave en tombantFaisait le bruit d'un buffle‖ échappé de l'étable,L'un des deux rois cria‖ dans l'antre redoutable :
— Salut, homme, au milieu‖ des gouffres ! Devant toiTu vois Agina, duc,‖ et Genialis, roi ;Nous sommes envoyés‖ par Vasco Tête-Blanche,Fervehan, Gildebrand,‖ don Blas, don Juan, don Sanche,Gil, Bermudo, Sforon,‖ et je te dis ceciDe la part de ceux-là‖ qui sont des rois aussi :On te donne Oloron,‖ ville dans la montagne ;Sois l'un de nous, sois roi ;‖ viens ; le sceptre se gagne,Tu l'as gagné. Nous rois,‖ nous venons te chercher.Un fils comme toi peut,‖ du haut de son rocher,Entrer parmi les rois‖ de plain-pied, sans démence ;C'est à ta liberté‖ que le trône commence.Règne sur Oloron‖ et sur vingt bourgs encor.Tu mettras sur ta tête‖ une tiare d'or,Et ce qu'on nomme vol‖ se nommera conquête ;Car rien n'est crime et tout‖ est vertu, sur le faîte ;Et ceux qui t'appelaient‖ bandit, t'adoreront.Viens règne. Nous avons‖ des couronnes au front,Des draps d’or et d’argent à dix onces la vare,Des châteaux, des pays,‖ l'Aragon, la Navarre,Des femmes, des banquets,‖ le monde à nos genoux ;Prends ta part. Tout cela‖ t'appartient comme à nous.Entre dans le palais‖ et sors de la tanière,Remplace le nuage,‖ ami, par la lumière :Quitte ta nuit, ton roc,‖ ton haillon, ton torrent,Viens ; et sois comme nous‖ un roi superbe et grand,N'ayant rien à ses pieds‖ qui ne soit une fête,Viens.Sans lever les yeux et sans tourner la tête,Le bandit, sur son arc‖ gardant toujours la main,Leur fit signe du doigt‖ de passer leur chemin.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 290[aa] 1[aabba] 1[abbaa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a pays / Pompéis masculine, classiqueb l'histoire / noire féminine, classiquea Ventoux / tous masculine, classiqueb entière / l'Argentière féminine, classiquec dragon / l'Aragon masculine, classiqued grince / prince féminine, classiquee sommets / jamais masculine, classiquef creuse / affreuse féminine, classiqueg poing / point masculine, non classiqueh dure / gravure féminine, classiquei exhaussés / fossés masculine, classiquej hommes / sommes féminine, classiquek démesurés / prés masculine, classiquel lieues / bleues féminine, classiquem trompeur / vapeur masculine, classiquen insalubre / lugubre féminine, classiqueo entonnoirs / noirs masculine, classiquep frappée / coupée féminine, classiqueq escarpements / fumants masculine, classiquer nue / continue féminine, classiques fond masculine, classiquet plaines / hautaines féminine, classiqueu castillos / billots masculine, classiquea provinces / princes féminine, classiqueb nœuds / vertigineux masculine, classiquec rivages / sauvages féminine, classiqued mer / l'éclair masculine, classiquee baignée / d'araignée féminine, classiquea thessaliens / liens masculine, classiqueb frissonne / rançonne féminine, classiquec remords / mort masculine, non classiqued populaces / places féminine, classiquee ouvriers / chevriers masculine, classiquef ruisselle / vaisselle féminine, classiqueg arrachant / marchand masculine, classiqueh outre / poutre féminine, classiquei dagué / gué masculine, classiquej villes / viles féminine, classiqueb douceur / sœur masculine, classiquec escrime / crime féminine, classiqued complicité / cité masculine, classiquee brèche / sèche féminine, classiquef rugueux / gueux masculine, classiqueg cascade / l'embuscade féminine, classiqueh exprès / cyprès masculine, classiquei lui-même / blême féminine, classiquej main / romain masculine, classiqueb caressent / reparaissent féminine, classiquec hasardeux / d'eux masculine, classiqued chêne / prochaine féminine, classiquee dix / engourdis masculine, classiquef descentes / naissantes féminine, classiqueg infinis / nids masculine, classiquea nature / l'ouverture féminine, classiqueb éclôt / flot masculine, classiquec propices / précipices féminine, classiqued divins / ravins masculine, classiquee l'érable / misérable féminine, classiquef peu / Dieu masculine, classiquea fondrières / meurtrières féminine, classiqueb front / mont masculine, classiquec forteresse / oppresse féminine, classiqueb rocs / aurochs masculine, classiquec solitudes / attitudes féminine, classiqued rocher / s'ébaucher masculine, classiquee retrouve / louve féminine, classiquef prend / torrent masculine, classiqueg combine / concubine féminine, classiqueh écumants / escarpements masculine, classiquei vaille / travaille féminine, classiquej charpentier / entier masculine, classiquek éloignée / cognée féminine, classiquel importun / parfum masculine, classiquem fournaises / genèses féminine, classiquen nu / l'inconnu masculine, classiqueo chose / s'interpose féminine, classiquep tourment / l'élément masculine, classiqueq derrière / barrière féminine, classiquer rideau / d'eau masculine, classiques s'assoupisse / précipice féminine, classiquet vent / rêvant masculine, classiqueu cavales / intervalles féminine, classiquev cieux / silencieux masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb s'asseoir / soir masculine, classiquec aire / tonnerre féminine, classiqued rassemblements / firmaments masculine, classiquee nuées / Huées féminine, classiquef torrents / souffrants masculine, classiqueg murmures / mûres féminine, classiqueb prêts / près masculine, classiquec décombre / l'ombre féminine, classiqued petit / blottit masculine, classiquee s'allume / enclume féminine, classiquef descend / frémissant masculine, classiqueg apportent / sortent féminine, classiqueh l'autan / Satan masculine, classiquea l'Èbre / célèbre féminine, classiqueb seul / linceul masculine, classiquec l'homme / somme féminine, classiqued évadé / dé masculine, classiquee immense / commence féminine, classiquef chemins / humains masculine, classiqueg âge / personnage féminine, classiqueh pain / sapin masculine, classiquei cimes / abîmes féminine, classiquej torrents / différents masculine, classiquek nature / stature féminine, classiquea vallon / talon masculine, classiqueb sûre / fissure féminine, classiquec hasards / d'isards masculine, classiqued l'aube / Gaube féminine, classiquee hérons / d'avirons masculine, classiquef manœuvre / couleuvre féminine, classiqueg où / trou masculine, classiqueh corniche / niche féminine, classiquei hostilité / irrité masculine, classiquej bouffées / fées féminine, classiquek ayant / flamboyant masculine, classiquel concordes / cordes féminine, classiquem pestilentiels / arcs-en-ciels masculine, classiquea l'arbalète / l'alète féminine, classiqueb parapets / épais masculine, classiquec tapisse / précipice féminine, classiqued amer / l'air masculine, classiquee différentes / amarantes féminine, classiquef velouté / l'été masculine, classiqueg s'approche / roche féminine, classiqueb donjons / joncs masculine, classiquec défense / enfance féminine, classiqued ennui / lui masculine, classiquee l'aigle / Espiègle féminine, classiquef chassieux / cieux masculine, classiquea bourrues / grues féminine, classiqueb milieu / bleu masculine, classiquec l'aigle / seigle féminine, classiqued obscur / mur masculine, classiquee marbre / d'arbre féminine, classiquef sert / désert masculine, classiqueg vertes / ouvertes féminine, classiqueh tourment / aboiement masculine, classiquei grimpantes / pentes féminine, classiquej sourds / ours masculine, classiquek peine / haleine féminine, classiquel aquilon / talon masculine, classiquem manière / tanière féminine, classiquen flots / bouleaux masculine, classiqueo l'étendue / fondue féminine, classiquep torrent / courant masculine, classiqueq ravage / sauvage féminine, classiquer pliés / pieds masculine, classiquea fumée / renommée féminine, classiqueb debout / tout masculine, classiquec Espagne / montagne féminine, classiqueb Cauterez / forêts / d'Obité masculine, équivalentec baptismale / Vignemale féminine, classiqued Liberté / côtés / sublimités masculine, non classiquee pose / chose féminine, non classiquec voisines / racines féminine, classiqued rampants / guets-apens masculine, classiquee d'hommes / pommes féminine, classiquef volontiers / sentiers masculine, classiqueg avoine / moine féminine, classiqueh droit / froid masculine, classiquei plainte / sainte féminine, classiquej exil / sourcil masculine, classiquek sanguinaire / l'ordinaire féminine, classiquel aujourd'hui / lui masculine, classiquem Pélage / village féminine, classiquen l'Aquatonta / lutta masculine, classiqueo tanière / dernière féminine, classiquep râla / là masculine, classiqueq t'assomme / l'homme féminine, classiquer partit / retentit masculine, classiqueb sistres / sinistres féminine, classiquec lieux-là / l'appela masculine, classiqued pierre / rapière féminine, classiquee guet / naviguait masculine, classiquef effraie / l'orfraie féminine, classiqueg l'hiver / ver masculine, classiqueh hautes / côtes féminine, classiquei frémissant / sang masculine, classiquej ventre / vous / centre féminine, classiqueb mets / sommets masculine, non classiquec Belgique / tragique féminine, classiqued mangeant / d'argent masculine, classiquee cornes / bornes féminine, classiquef d'eux / hideux masculine, classiqueg bêtes / tempêtes féminine, classiqueh barbu / bu masculine, classiquei rides / splendides féminine, classiquej cor / d'or masculine, classiquek table-fournaise / braise féminine, classiquel vermeils / soleils masculine, classiquem rois / l’embûche / trébuche féminine, classiquen torrent / grand masculine, classiqueo titaniques / paniques féminine, classiquea construit / nuit masculine, classiqueb d'Espagne / accompagne féminine, classiquec fardeau / Bermudo masculine, classiqued Fratricide / préside féminine, classiquee Tarifet / fait masculine, classiquef soudée / coudée féminine, classiqueg Gor / d'or masculine, classiqueh fronce / ronce féminine, classiquei effroi / roi masculine, classiquej alpargates / agates féminine, classiqueb rouleaux / flots masculine, classiquec trafique / magnifique féminine, classiqued d'hier / chair masculine, classiquee décombres / butin / ombres féminine, classiquef sierras / bras masculine, classiqueg allégresse / tigresse féminine, classiqueh main / carmin masculine, classiquei Mécènes / obscènes féminine, classiquej blonds / doublons masculine, classiquek brique / lubrique féminine, classiquel corps / alors masculine, classiquem furie / Asturie féminine, classiquea grabats / bas masculine, classiqueb plaque / brucolaque féminine, classiquea flagrant / émigrant masculine, classiqueb rougeoie / joie féminine, classiquec sort / fort masculine, classiqued l'épine / rapine féminine, classiquea honteux / eux masculine, classiqueb pue / trapue féminine, classiqueb charnier / dernier masculine, classiquec marécages / cages féminine, classiqued brutal / l'étal masculine, classiquea s'enracine / résine féminine, classiquea Gildebrand / vibrant masculine, classiqueb romance / immense féminine, classiquec frein / d'airain masculine, classiquea affaire / sphère féminine, classiqueb mort / fort masculine, classiquec Sanche / penche féminine, classiqueb bourgs / labours masculine, classiquec certaine / d'Aquitaine féminine, classiqued groupés / occupés masculine, classiquee montagne / bagne féminine, classiquef cieux / Captieux masculine, classiqueb imbécile / s’accorder / dit / facile féminine, classiquec d’Oloron / Masferrer / éclair masculine, classiquea guerres / frères féminine, classiqueb cor / encor masculine, classiquec campagne / l'Espagne féminine, équivalented d'Oloron / clairon masculine, classiquee formidable / inabordable féminine, classiqueb lui / juste / voulons / talons masculine, classiquec infime / l'abîme féminine, classiqued l'hiver / Masferrer masculine, classiquea d'envergure / figure féminine, classiqueb Bermudo / plaît / Juan / complet masculine, classiquec tente / contente féminine, classiqueb marcassins / saints masculine, équivalentec salutaire / terre féminine, classiqued Totila / pattes-là masculine, classiquee chaire / torchère féminine, classiquea gagnons / compagnons masculine, classiqueb l'épousaille / broussaille féminine, classiquea nous / dit / désigna / Agina masculine, classiquea falaises / mélèzes féminine, classiqueb bandit / bondit masculine, classiquec colère / perpendiculaire féminine, classiqued pont / répond masculine, classiquee gardent / regardent féminine, classiquef point masculine, classiqueg caverne / l'Averne féminine, classiquea Passants / monts / limons masculine, classiqueb déferre / faire féminine, classiquec sentier / entier masculine, classiqued déterrent / s'arrêtèrent féminine, classiquee dedans / dents masculine, classiquef torde / corde féminine, classiqueg s'enfuir / cuir masculine, classiqueh cible / terrible féminine, classiquei banc / tombant masculine, classiqueb l'étable / redoutable féminine, classiquea toi / roi masculine, classiqueb Tête-Blanche / Sanche féminine, classiquec ceci / aussi masculine, classiqued montagne / gagne féminine, classiquee chercher / rocher masculine, classiquef démence / commence féminine, classiqueg encor / d'or masculine, classiqueh conquête / faîte féminine, classiquei t'adoreront / front masculine, classiquej vare / Navarre féminine, classiquek genoux / nous masculine, classiquel tanière / lumière féminine, classiquen fête / Viens / tête féminine, classiqueo main / chemin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
604 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources