La légende des siècles, 1877· XIX Tout le passé et tout l’avenir
Tout le Passé et tout l’Avenir
I
L'être mystérieux‖ qui me parle à ses heuresDisait :
— Vivants ! l’orgueil habite vos demeures.Il fait nuit dans votre cité !Le ciel s'étonne, ô foule‖ en vices consumée,Qu'il sorte de la paille‖ en feu tant de fumée,De l'homme tant de vanité !
Tu regardes les cieux‖ de travers, triste race !Tu ne te trouves pas‖ sous l'azur à ta place.Tu te plains, homme, ombre, roseau !Balbutiant : Peut-être,‖ et bégayant : Que sais-je ?Tu reproches le soir‖ à l'aube, au lys la neige,Et ton sépulcre à ton berceau !
Tu reproches à Dieu‖ l'œuvre incommensurable.Tu frémis de traîner‖ sur ton dos misérableTes vieux forfaits mal expiés,D'être pris dans ton ciel‖ comme en un marécage,Et de sentir, ainsi‖ qu'un écureuil en cage,Tourner ta prison sous tes pieds !
Homme, si tu pouvais,‖ tu tenterais l'espace.Ce globe, si ta force‖ égalait ton audace,S'évaderait sous ton orteil,Et la création‖ irait à l'aventureSi ton souffle pouvait,‖ ô folle créature,Casser l'amarre du soleil !
Car rien n'est à ton gré ;‖ tout te met mal à l'aise.Ce coin du ciel est donc‖ fait de plomb, qu'il te pèse ?Oh ! tu voudrais rompre le sceau !Comme tu frapperais‖ dans tes mains, ombre frêle,Pour la faire envoler‖ de sa branche éternelle,Si la terre était un oiseau !
Hautain, dédaignant tout,‖ que ta nef vogue ou sombre,Tu voudrais t'en aller‖ dans le désert de l'ombre,Fuir comme fuyaient les hébreux.Tu dis : Rien de nouveau !‖ tu dis avec colèreToujours la même aurore !‖ Et l'étoile polaireT'ennuie, ô pauvre œil ténébreux.
Tu t'irrites d'être homme,‖ oubli, poussière, atome ;D'ignorer quel épi‖ tu portes, ô vil chaume !D'être une algue dans le reflux ;De trembler comme un cerf‖ que suit une lionne,Et d'être, sous le ciel‖ qui reste et qui rayonne,Celui qui passe et qui n'est plus ;
Et de ne pouvoir pas‖ faire avec tes menaces,Avec tes doigts crispés‖ et tes ongles tenaces,Ta sagesse et ta passion,Tes faux temples, tes faux‖ soleils, tes faux tonnerres,Tes meurtres, tes fureurs,‖ tes crimes et tes guerres,Un pli dans la création !
Ces myopes, jugeant‖ le monde à leur optique,Disent : — « Tout est manqué,‖ la mer épileptiqueBave sur les écueils grondants ;La nuit fait le hibou‖ si le jour fait le cygne,La mort, chienne de l'ombre,‖ à qui Satan fait signe,Tient l'âme humaine entre ses dents.
« Que nous veut la planète ?‖ et le globe ? et la sphère ?Un monde est un néant.‖ Dieu ne savait que faire,Et bâillait, seul dans son réduit,Quand, semant au hasard‖ son œuvre et ses paroles,Il jeta dans les cieux‖ toutes ces outres folles,Ivres de vent, pleines de bruit.
« Qu'est-ce qu'un Dieu masqué‖ dans l'incompréhensible ?Pourquoi le bien voilé ?‖ Pourquoi le mal visible ?Pourquoi tant de brume autour d'eux ?Pourquoi tant de Fléaux‖ sur la terre indignée ?Et pourquoi voyons-nous‖ ces toiles d'araignéeDans le crépuscule hideux ?
« Pourquoi le dur taureau‖ qui frappe à coups de corne ?Pourquoi l'impur typhus‖ sorti du marais morneOù jadis l'hydre s'embourbait ?Christ voyait ; à quoi bon‖ aveugler Pythagore ?Le lys est beau ; pourquoi‖ créer la mandragoreDes gouttes de sang du gibet ?
« L'azur est radieux ;‖ mais pourquoi le nuage ?L'amour rit ; mais pourquoi‖ la douleur, ce péage ?Pourquoi Caïn auprès d'Abel ?Pourquoi livrer l'esprit‖ de l'homme au trouble immense,Et faire tournoyer‖ l'alphabet en démenceDans la spirale de Babel ?
« Pourquoi la pourriture‖ et pourquoi les décombres ?Pourquoi le mille-pieds‖ traînant ses pattes sombres ?Pourquoi la ronce qui nous hait ?Pourquoi l'épine au seuil‖ des bois, comme une lance ?Pourquoi la mort ? Pourquoi‖ l'espace, ce silencePourquoi l'univers, ce muet ?
« On comprend le printemps,‖ l'aube, le nid, la rose ;Mais pourquoi les glaçons ?‖ Pourquoi le houx morose ?Pourquoi l'autour, ce criminel ?Pourquoi cette ombre froide‖ où le jour se termine ?Pourquoi la bête fauve,‖ et pourquoi la vermine ?— Pourquoi vous ? répond l'Éternel.
Ainsi parlent ces fous‖ malheureux. Pour ces hommesQui ne t'épellent pas,‖ mystère en qui nous sommes,Et qui regardent sans les voirLes rites transparents‖ qu'en ta nuit tu célèbres,Dieu, c'est une figure‖ au milieu des ténèbres,C'est l'horreur difforme au front noir.
C'est on ne sait quel spectre‖ accroupi dans son antre,Monstre dont on voit moins‖ la face que le ventre,Blême au seuil des gouffres ouverts,Idiot éternel‖ que l'immensité porte,Et qui rêve, ayant l'ombre‖ en sa prunelle morte,Au cou ce goitre, l'univers.
Ah ! tu trouves tout mal !‖ trop d'ombre et de misèresD'autres mondes mieux faits‖ te semblent nécessaires.L'astre naît de brouillard terni ;On peut se servir mieux‖ du germe et du mystère ! —Parle. Dieu formidable‖ attend, ô ver de terre,Tes commandes dans l'infini.
Ah ! le travail te pèse‖ et la douleur t'étonne !Ah ! décembre après juin‖ te semble monotone !Ah ! pourrir répugne à ta chair !Ah ! tu n'es pas content‖ de ce cercle où l'on erre !Bien. Fais la guerre à Dieu.‖ Canonne le tonnerre,Croise l'épée avec l'éclair.
Ah ! tu portes en toi,‖ reptile, un exemplaireD'idéal qu'il eût dû‖ copier pour te plaire !Tu compares, homme de peu,Moucheron que prendrait‖ l'araignée en ses toiles,Ce que ton front contient‖ au ciel rempli d'étoiles,Ce dedans du crâne de Dieu !
Montre ta force. Allons,‖ règne. Que l'étendueSous ton vaste regard‖ se prosterne éperdue ;Prouve aux astres leur cécité ;Déplace les milieux,‖ les axes et les centres ;Fouille l'onde et l'éther ;‖ poursuis dans tous ses antresLa monstrueuse immensité !
Questionne, surprends,‖ scrute, découvre, arrache !Harponne au fond des mers‖ le typhon qui s'y cache ;Trouve ce que nul n'a trouvé ;Sois le tout-puissant ; fais‖ des pêches inouïes ;Sonde et plonge ; et reviens,‖ traînant par les ouïesL’hydre Océan sur le pavé !
Ah ! tu dis : — Dieu n'est pas,‖ puisque le mal existe.Je chasse Jéhovah‖ parce que je suis triste. —Bien. Dresse-toi sur ton séant ;Étouffe en toi l'amour‖ et l'espoir ; raille et blâme ;Ferme ton volet sourd ;‖ allume dans ton âmeLe hideux réchaud du néant !
Mars, Jupiter, Saturne,‖ ô planètes profondes,Vous, du moins, vous croyez !‖ Le jour où tous les mondesÉpars dans le gouffre vermeil,Retirant l'air céleste‖ à leur voûte obscurcie,Nieraient à la fois Dieu,‖ cette sombre asphyxieIrait éteindre le soleil !
Oh ! la création‖ est une apothéose.Le mont, l'arbre, l'oiseau,‖ le lion et la roseDisent dans l'ombre : Sois béni !L'immense azur écoute,‖ et leurs hymnes l'enchantent ;Et l'océan farouche‖ et l'âpre ouragan chantentChacun leur strophe à l'infini.
L'homme seul nie et crie :‖ A bas ! tout est mensonge,Rien n'existe. Le ciel‖ est creux. L'être est un songe.Pillons les jours comme un butin ! —Dieu tranquille et lointain‖ dore, à travers la brume,Toute cette colère‖ et toute cette écumeBrisée à ce roc, le destin.
Donc tu fais de toi l'axe‖ et le sommet des êtres !Ton ventre est ton autel‖ et tes sens sont tes prêtres ;Vivre est le but que tu poursuis.Tu prétends que le ciel‖ redoutable te craigne.Tu dis aux mers : Je veux !‖ tu dis aux vents : Je règne !Tu dis aux étoiles : Je suis !
Ta chair s'adore et met‖ à la torture l'âme.Toi ! toi seul ! t'assouvir,‖ voilà ton culte infâme ;Tes plaisirs sont des cruautés ;Tu fais le mal au bord‖ du mystère sublime ;Tu viens t'accouder là ;‖ dans le puits de l'abîmeTu craches tes iniquités.
Rien ne rassasierait‖ ta folie incurable.Tu voudrais exprimer‖ dans le broc misérableOù tu bois, homme plein d'ennuis,Dans ton verre où les vins‖ immondes se répandent,Les constellations,‖ grappes d'astres qui pendentA la treille immense des nuits.
Car ton bâillement croit‖ avoir, ô créature,Droit de vie et de mort‖ sur toute la nature ;Jéhovah n'est pas excepté.Oh ! comme frémirait‖ d'orgueil ton âme noire,Bandit, si tu pouvais‖ condenser, prendre et boireLe monde en une volupté !
Hélas ! pour en extraire‖ une goutte d'ivresse,Tu tordrais l'univers,‖ l'aube qui te caresse,La femme, l'enfant à l'œil bleu,Content, sans hésiter‖ à la savourer toute,Et sans t'inquiéter‖ si cette sombre goutteEst une larme devant Dieu !
Dieu n'est pas ! Et d'ailleurs,‖ quand, faisant ton entrée,Beau, fier, devant la rampe‖ assez mal éclairée,Tu viens éblouir tes pareils,Toi, premier rôle, roi‖ du drame où tu te plonges,Toi, l'acteur du destin,‖ veut-on pas que tu songesA cet allumeur de soleils ?
S'il existe — il faudrait‖ d'abord que je le visse,Dis-tu, — c'est bon, qu'il soit !‖ et fasse son service ! —Ah ! l'homme en qui rien n'éteindraLa folle volonté‖ de sonder l'insondable,Mériterait qu'on mît‖ son orgueil formidableSous ta douche, ô Niagara !
Nains ! Dieu vous met sa marque‖ afin qu'on vous réclame.Croyez-vous que la mort,‖ qui n'accepte que l'âme,Et qui pèse tout dans sa main,Si son incorruptible‖ et sinistre prunelleN'y reconnaissait pas‖ l'effigie éternelle,Recevrait le liard humain ?
Dieu n'est pas ! ce seul mot‖ serait une torture.Vous n'avez donc jamais‖ regardé la nature ?Heureux le sage, humble roseau,Qui songe, et qui, pensif,‖ voit bondir l'avalancheDe montagne en montagne,‖ et qui, de branche en branche,Voit sauter le petit oiseau !
Vous n'avez donc jamais‖ erré dans les ravines ?Vous n'avez donc jamais,‖ parmi les fleurs divines,Respiré la brise en marchant,Et jamais écouté,‖ dans les fermes lointaines,Mugir les bœufs rêveurs‖ quand rampent dans les plainesLes longues ombres du couchant ?
Vous n'avez donc jamais‖ contemplé l'invisible ?Jamais vu l'idéal,‖ et gravi du possibleLe sommet désert, triste et grand ?Hélas ! vous n'avez donc‖ jamais, sous le ciel calme,Vu luire l'auréole‖ et frissonner la palmeEt sourire un martyr mourant ?
Vous n'avez donc jamais‖ vu dans votre penséeL'étendue, où s'en vont,‖ d'une course insensée,Les ténèbres, fuyant le jour ?Jamais vu l'infini‖ qui rit à la chaumière,Que le soleil ne peut‖ emplir de sa lumière,Mais que l'âme remplit d'amour ?
Dis, tu n'as donc jamais‖ attaché ta prunelleSur la profondeur morne,‖ obscure et solennelle,A l'heure où le croissant reluit,Où l'on voit s'arrondir‖ sur les mers remuéesCe fer d'or qu'a laissé‖ tomber dans les nuéesLe sombre cheval de la nuit ?
D'autres sont les croyants,‖ pires que les impies.Toutes les passions‖ dans leur âme accroupiesLeur disent tout bas : Jouissez !De Jéhovah qui tonne‖ ils font leur économe ;Dieu n'est que le valet‖ du coffre-fort de l'homme ;Hélas, hélas, ces insensés
De la religion‖ ont fait leur sentinelle ;Cieux profonds ! ils ont mis‖ leur sac d'or sous son aile ;L'ange veille au lot du mortel ;Leur champ importe au monde,‖ à l'astre, à l'aube austère.Ils ont fait une borne‖ à ce morceau de terreAvec la pierre de l'autel.
Pour faire une clôture‖ à leur haie, à leur ferme,Pour servir de lien‖ à la barre qui fermeLeur verger, leur vigne ou leur pré,Pour joindre les poteaux‖ de leur porte en ruines,Ils prennent, ô Jésus,‖ la couronne d'épinesQui fait saigner ton front sacré !
Leur visage rayonne‖ et plaît ; leur voix caresse ;Ils sont doux et charmants ;‖ la grâce enchanteresseMêle son miel à leur jargon ;Leur sourire est la fleur‖ s'ouvrant sous les rosées ;Le dedans est horrible,‖ et toutes leurs penséesOnt la figure du dragon.
De leur humilité‖ leur vanité se venge ;Ils disent : Que me font,‖ si je vis et je mange,La famine et le choléra ?Le faux poids dans leur droite,‖ ils vendent, ils achètent ;Leur âme a des secrets‖ que les démons cachettentEt qu'un jour Dieu seul ouvrira.
La femme sous leurs pieds‖ souffre, à peine vivante ;Autrefois leur esclave,‖ aujourd'hui leur servante !Ils la pèsent avec l'argent.L'enfant rampe ignorant‖ et nu ; que leur importe ?De quel droit est-il né ?‖ Le marteau de leur porteGlace la main de l'indigent.
Les maximes d'amour‖ sur leur visage écritesMentent ; ils sont méchants,‖ avares, hypocrites,Faux devant l'aurore qui naît ;Ils remettent aux fers‖ ceux que Jésus délivre ;Puis, parce qu'à des jours‖ indiqués sur un livrePendant qu'une cloche sonnait,
Ils ont pris sous leur bras‖ un recueil de cantiques,Décroché leur enseigne‖ et fermé leurs boutiquesEt dit un bénédicité,Et qu'ils ont regardé‖ pendant une heure un prêtre,Et crié du latin‖ dans l'ombre, ils pensent êtreQuittes avec l'immensité !
Ce grand Dieu se corrompt‖ en vous, engeance folle !Il entre dans votre âme‖ idée, et sort idole ;Vous l'insultez dans vos corans ;Vous lui donnez vos yeux,‖ vos vices, vos visages,Vous le faites d'argile,‖ hélas ! comme vos sages,Et d'airain comme vos tyrans !
Partout bûchers, trépieds,‖ pagodes éphémères ;Temples monstres bâtis‖ par des dogmes chimères ;Thor, Vishnou, Teutatès, Ammon,Bel qui rugit, Dagon‖ qui siffle, Apis qui beugle ;La synagogue sourde‖ et la mosquée aveugle ;Noirs autels pleins d'un Dieu démon !
Les Parthénons font boire‖ au juste la ciguë.La cathédrale, avec‖ sa double tour aiguë,Debout devant le jour qui fuit,Ignore, et, sans savoir,‖ affirme, absout, condamne ;Dieu voit avec pitié‖ ces deux oreilles d'âneSe dresser dans la vaste nuit.
Dieu ! Dieu ! Dieu ! le rocher‖ où la lame déferleCompte sur lui ; c'est lui‖ qui règne ; il fait la perleEt l'étoile pour les sondeurs ;L'azur le voile ; il met,‖ pour que le tigre y dorme,De la mousse dans l'antre ;‖ il parle, voix énorme,A l'ombre dans les profondeurs.
Il règne, il songe ; il fond‖ les granits dans les soufres ;Il crée en même temps‖ les soleils dans les gouffresEt le liseron dans le pré ;Pour l'avoir un jour vu,‖ la mer est encore ivre ;Les versants du Sina‖ sont de son vaste livreLe pupitre démesuré.
L'océan calme, c'est‖ le plat de son épée.La montagne à sa voix‖ s'enfuirait dissipéeComme de l'eau dans le gazon ;Dans les éternités‖ sans fin continuéesCe Père habite ; il fait‖ des arches de nuéesAux quatre coins de l'horizon.
Il pense, il règle, il mène,‖ il pèse, il juge, il aime,Et laisse les festins‖ rire à Lucullus blêmeQui paît, hideux, chauve et jauni,Et se gonfle de vin‖ comme une poche pleine ;Ce qu'une outre peut dire‖ au ventre de SilèneN'importe pas à l'infini.
Ce même Dieu qui fit‖ d'avril une corbeille,Qui fait l'oiseau chanteur‖ pour les bois, et l'abeillePour l'herbe où l'aube étincela,Donne au pôle effrayant,‖ sans jour, sans fleur, sans arbre,Pour qu'il puisse parfois‖ chauffer ses mains de marbre,Ta cheminée, ô sombre Hékla !
Sous l'œil de cet esprit‖ suprême et formidable,L'eau monte en brume au front‖ du pic inabordableEt tombe en flots du haut des monts ;La créature éteinte‖ est d'une autre suivie ;L'univers, où ce Dieu‖ met la mort et la vie,Respire par ces deux poumons.
Devant ce Dieu s'enfuit‖ tout ce qui hait son œuvre,La tempête, le mal,‖ l'épervier, la couleuvre,Le méchant qui ment et qui nuit,La trombe, affreux bandit‖ qui dans les flots se vautre,L'hiver boiteux qui fait‖ marcher l'un après l'autreSon jour court et sa longue nuit.
Il fait lâcher la proie‖ aux bêtes carnassières.Les morts dans le sépulcre‖ ont perdu leurs poussières ;Il rêve, et sait où sont leurs os.En entendant passer‖ son souffle dans l'espace,Subitement l'enfer‖ à la gueule rapace,Les mondes hurlants du chaos,
Les univers punis‖ dont la clameur s'élance,Les bagnes monstrueux‖ de l'ombre, font silence,Et dans la nuit des noirs arrêtsCessent de secouer‖ les chaînes qui leur pèsent,Comme le soir, au pas‖ d'un voyageur, se taisentLes grenouilles dans le marais.
Il tient une balance‖ immense en équilibre ;Il met dans un plateau‖ les cieux, la mer qui vibre,Ceux qui sur le trône ont vécu,Le monde et ses clartés,‖ le mystère et ses voiles,Et l'abîme jetant‖ son écume d'étoiles ;Dans l'autre il met Caton vaincu.
Ce qu'il est ? regardez‖ au-dessus de vos têtes ;Voyez le ciel, le jour,‖ la nuit ! Ce que vous êtes ?Cherchez dans votre cendrier.Son année est sans fin.‖ Prosternez vos pensées.Les constellations‖ sont des mouches poséesSur l'énorme calendrier.
Mais voyez-le donc, vous‖ dont les chants sont des râles,Vivants qui ne pouvez‖ que mourir, ombres pâles,Et qui ne savez qu'oublier !L'océan goutte à goutte‖ en sa clepsydre pleure ;Tout Sahara, tombant‖ grain à grain, marque l'heureDans son effrayant sablier.
Mêlez-le maintenant‖ à vos anniversaires !Allumez vos flambeaux,‖ égrenez vos rosaires,Sur vos lutrins soyez béants ;Ayez vos jours sacrés‖ que plus de clarté dore ;Mettez, devant ce Dieu‖ que couronne l'aurore,Des tiares à vos néants !
La bête des bois rit‖ quand les hommes, vain nombre,Vont clouant leurs erreurs‖ sur Dieu, leur nom sur l'ombre,Leur date sur l'immensité,Se font centre du monde,‖ eux les passants rapides,Et s'en viennent chanter‖ leurs bouts de l'an stupidesA la muette éternité.
Hélas ! l'ange Justice‖ ouvre ses yeux sinistresIl écrit en rêvant‖ des noms sur ses registres.Ah ! ces tristes vivants ont tort !Devant Dieu, qui d'en haut‖ à la paix les convieEt donne aux cœurs l'amour‖ et verse aux fronts la vie,Ils font la haine, ils font la mort !
Ils bravent l'océan‖ plein de magnificence,Où flottent le mystère‖ et la toute-puissance ;Ils souillent le gouffre irrité ;Sans prendre garde au vent‖ qui s'épuise en huées,Ils lèvent leur bannière‖ au milieu des nuées,Ces drapeaux de l'immensité !
Ils ont pour dieux la force‖ et la ruse aux yeux louches ;Ils font chanter des chants‖ aux trompettes farouchesDont nous, esprits, nous frissonnons,Et rouler, balafrant‖ la nature sacrée,Sur les champs, sur les blés,‖ sur les fleurs que Dieu crée,La roue horrible des canons.
Les générations‖ meurent pour leur caprice.Ils disent au tombeau :‖ Prends l'homme et qu'il périsse !O nains, pires que les géants !Ils ouvrent cette nuit‖ que nul rayon ne perce ;Ils y font brusquement‖ tomber à la renverseLes pâles cadavres béants !
Ils rougissent de sang‖ l'onde et les herbes vertes,Ils dressent au sommet‖ des collines désertesLe noir gibet silencieuxQui reste tout le jour‖ sans changer d'attitude,Mais qui, dès que la nuit‖ brunit la solitude,Élève ses bras vers les cieux.
Nous sommes la justice‖ auguste, immaculée !Disent-ils, s'étalant‖ dans leur chambre étoiléeQu'entourent les spectres camards ;Et, pendant que la foule‖ approuve et les admire,Un long sanglot mêlé‖ d'un long éclat de rireVa des Montfaucons aux Clamarts !
Ces hommes insensés‖ se vautrent dans la joie ;Ils ont des lits de pourpre‖ et des manteaux de soie ;Ils vivent, d'ombre et d'or chargés ;Cette vie est pour eux‖ un palais plein de fêtes ;Ils laissent derrière eux‖ les choses qu'ils ont faites.C'est bien, buvez ! c'est bien, mangez !
Pendant qu'en haut la table‖ éblouit les convives,Et que les bouches sont‖ comme des sources vives,Que la chair fume avec l'encens ;Pendant que les archers‖ gardent les avenues,Que l'amour rit au spectre,‖ et que les toutes nuesChantent auprès des tout-puissants ;
Pendant que le banquet,‖ rayonnant comme un phare,Mêle le choc du verre‖ au son de la fanfare,Et qu'ils s'enivrent dans la nuit,Sans même, dans leur joie‖ immonde et sépulcrale,S'informer s'il n'est pas‖ quelque obscure spirale,Sous la salle pleine de bruit.
O morts qui vous taisez‖ au fond des catacombes,L'expiation prend‖ les pierres de vos tombesDans l'insondable profondeur,Et de ces marbres froids‖ qui dans l'ombre descendentFait un sombre escalier‖ dont les marches attendentLes lourds talons du commandeur !
II
Pensif, je répondis‖ à l'archange nocturne :— Sévère esprit, ta voix‖ sanglote comme l'urneQui verse un flot noir et glacé.Sur qui te penches-tu ?‖ Tes paroles s'adressentAux tristes nations‖ d'hier qui disparaissent,Aux pâles foules du passé,
Ton cri ressemble au chant‖ des moines Isaïes.Le mystère, autrefois,‖ de ses brumes haïesObstruait la terre et les cieux,Et l'homme avait besoin‖ que les prophètes blêmesLui parlassent du seuil‖ de tous ces noirs problèmesOuvrant leurs porches monstrueux.
L'homme ignorait. Marchant‖ loin du sentier qui sauve,Il allait au hasard‖ dans la nature fauve,Comme le loup au fond des bois,Sourd à ces alphabets,‖ perdu dans ces algèbres ;Les prophètes alors‖ dans ces grandes ténèbresÉlevèrent leurs grandes voix.
Il fallait avertir‖ l'homme au bord de l'abîme.Tout ici-bas semblait‖ lui conseiller le crime ;Temps rude où le mal triomphait !La forêt de l'embûche‖ était le noir ministre ;L'arbre avait l'air d'un monstre,‖ et le rocher sinistreAvait la forme du forfait.
Ici gémissait Job,‖ et là chantait Sodome.L’homme à tous les fléaux, horrible, ajoutait l’homme ;La guerre infâme aidait la faim ;Comme on brûle une paille‖ on allumait les villes ;Et l'on voyait Judas‖ sortir des choses viles,Et des choses sombres Caïn.
Les prophètes chassaient‖ le mal ; ces personnagesRendaient au Dieu vivant‖ d'augustes témoignages ;L'homme de ces temps inhumains,Affreux, baignant de sang‖ les champs, l'onde et les sables,S'arrêtait, s'il voyait‖ ces songeurs formidables,Pâles et levant leurs deux mains.
Ils descendaient des monts,‖ portant de sombres tables ;Ils mouraient en laissant‖ les Talmuds redoutablesOuverts sur l'aile des griffons,Les farouches Védas,‖ les Eddas, les Genèses,Registres éclairés‖ du reflet des fournaises,Pages pleines de bruits profonds.
Ils épouvantaient l'homme‖ et la terre méchante ;Et depuis cinq mille ans,‖ pendant que l'aube chanteEt que la fleur verse l'encens,Le genre humain qui passe‖ et que le temps dénombreEntend, dans la caverne‖ effrayante de l'ombre,Gronder ces livres rugissants.
Mais le passé s'en va.‖ Regarde-nous ; nous sommesUn autre Adam, une autre‖ Ève, de nouveaux hommes.Nous bénissons quand nous souffrons.Hier vivait d'horreur,‖ de deuil, de sang, de fange ;Hier était le monstre et Demain sera l’ange ;Le point du jour blanchit nos fronts.
Deux êtres sont en nous :‖ l'un ailé, l'autre immonde ;L'un montant vers Dieu, l'autre‖ ombre et tache du monde,Se ruant dans d'infâmes lits ;Et, pendant que le corps,‖ marchant sur des semelles,Vil, abject, boit l'opprobre‖ et la lie aux gamelles,L'âme boit la rosée aux lys.
L'œuvre du genre humain,‖ c'est de délivrer l'âme ;C'est de la dégager‖ du triste épithalameQue lui chante le corps impur ;C'est de la rendre, chaste,‖ à la clarté première ;Car Dieu rêveur a fait‖ l'âme pour la lumièreComme il fit l'aile pour l'azur.
Nous ne sommes plus ceux‖ qui riaient à la faceDe l'ombre impénétrable‖ où tout rentre et s'efface,Qui faisaient le mal sans frayeur,Qui jetaient au cercueil‖ ce cri : Va-t'en ! je nie !Et mettaient le néant,‖ le rire et l'ironieDans la pelle du fossoyeur.
Nous croyons en ce Dieu‖ vivant ; sa foi nous brûle ;Il inspire Brutus‖ sur la chaise curule,Guillaume Tell sous le sayon ;Nous allumons, courbés‖ sous son vent qui nous pousse,Notre liberté fière‖ à sa majesté douceEt notre foudre à son rayon.
Il fait germer le ver‖ dans sa morne cellule,Change la larve affreuse‖ en vive libellule,Transfigure, affranchit, construit,Émeut les tours de pierre‖ et les tentes de toiles,Et crée et vit ! c'est lui‖ qui pénètre d'étoilesLes ailes noires de la nuit.
Sa tiare splendide‖ est une ruche immense,Où, des roses soleils‖ apportant la semenceEt de l'astre apportant le miel,Essaim de flamme ayant le monde pour Hymètes,Mouches de l'infini,‖ les abeilles comètesVolent de tous les points du ciel.
Le Mal, le glaive au poing,‖ voilé d'un voile d'ombre,Nous guette ; et la forêt‖ que la broussaille encombre,L'âpre rocher, le flot ingrat,L'aident, complices noirs,‖ contre la créature,Et semblent par moments‖ faire de la natureL'antre où rêve ce scélérat.
Mais nous luttons, esprits !‖ nous vaincrons. Dieu nous mène.Il est le feu qui va‖ devant l'armée humaine,Le dieu d'Ève et de Débora.Un jour, bientôt, demain,‖ tout changera de forme,Et dans l'immensité,‖ comme une fleur énorme,L'univers s'épanouira !
Nous vaincrons l'élément !‖ cette bête de sommeSe couchera dans l'ombre‖ à plat ventre, sous l'homme ;La matière aura beau hurler ;Nous ferons de ses cris‖ sortir l'hymne de l'ordre ;Et nous remplacerons‖ les dents qui veulent mordrePar la langue qui sait parler.
Quand nous aurons fini‖ le travail de la vigne,Quand au Dieu qui fit l'aigle‖ et l'air, l'onde et le cygne,La tourmente et Léviathan,Nous aurons rapporté‖ toutes nos âmes anges,Nous ferons du panier‖ de ces saintes vendangesLa muselière de Satan.
Satan, c'est l'appétit,‖ pourceau qui mord l'idée ;C'est l'ivresse, fond noir‖ de la coupe vidée ;Satan, c'est l'orgueil sans genoux ;C'est l'égoïsme, heureux‖ du sang où ses mains trempent ;C'est le ventre hideux,‖ cette caverne où rampentTous les monstres qui sont en nous.
Satan c'est la douleur,‖ c'est l'erreur, c'est la borne,C'est le froid ténébreux,‖ c'est la pesanteur morne,C'est la vis du sanglant pressoir ;C'est la force d'en bas‖ liant tout de ses chaînesQui fait dans le ravin,‖ sous l'ombre des grands chênes,Crier les chariots le soir.
Nous allons à l'amour,‖ au bien, à l'harmonie.O vivants, qui flottez‖ dans l'énigme infinie,Un arbre, auguste à tous les yeux,Conduit votre navire‖ à travers l'âpre abîme ;Jésus ouvre ses bras‖ sur la vergue sublimeDe ce grand mât mystérieux.
Derrière nous décroît‖ le mal, noire masure.Bientôt nous toucherons‖ au port, le flot s'azure.L'homme, qu'en vain le deuil poursuit,Ne verra plus tomber‖ dans l'ombre sur sa têteL'effroi, l'hiver, l'horreur,‖ l'ouragan, la tempête,Ces vomissements de la nuit.
Nous chasserons la guerre‖ et le meurtre à coups d'aile ;Et cette frémissante‖ et candide hirondelleQui vole vers l'éternité,L'espérance, adoptant‖ notre maison amie,Viendra faire son nid‖ dans la gueule endormieDu vieux monstre Fatalité.
Les peuples trouveront‖ de nouveaux équilibres ;Oui, l'aube naît, demain‖ les âmes seront libres ;Le jour est fait par le volcan ;L'homme illuminera‖ l'ombre qui l'environne ;Et l'on verra, changeant‖ l'esclavage en couronne,Des fleurons sortir du carcan.
Et quand ces temps viendront,‖ ô joie ! ô cieux paisibles !Les astres, aujourd'hui‖ l'un pour l'autre terribles,Se regarderont doucement ;Les globes s'aimeront‖ comme l'homme et la femme ;Et le même rayon‖ qui traversera l'âmeTraversera le firmament.
Les sphères vogueront‖ avec le son des lyres.Au lieu des mondes noirs‖ pleins d'horribles délires,Qui rugissent vils et mauditsOn entendra chanter‖ sous le feuillage sombreLes édens enivrés,‖ et l'on verra dans l'ombreResplendir les bleus paradis.
Dieu voudra. Tout à coup‖ on verra les discordes,La hache et son billot,‖ les gibets et leurs cordes,L'impur serpent des cieux banni,Le sang, le cri, la haine,‖ et l'ordure, et la vase,Se changer en amour‖ et devenir extaseSous un baiser de l'infini.
Dieu met, quand il lui plaît,‖ sur l'orage et la haine,Sur la foudre, forçat‖ dont on entend la chaîne,La sainte serrure des cieux,Et, laissant écumer‖ leurs voix exténuées,Ferme avec l'arc-en-ciel‖ courbé dans les nuéesCe cadenas mystérieux.
Au fond du gouffre où sont‖ ceux qui se font proscrire,Des plus profonds enfers‖ stupéfaits de sourireL'amour ira baiser les gonds,Comme un rayon de l'aube,‖ à l'orient ouverte,Va dans la profondeur‖ de l'eau sinistre et verteJusqu'aux écailles des dragons.
Les globes se noueront‖ par des nœuds invisibles ;Ils s'enverront l'amour‖ comme la flèche aux cibles ;Tout sera vie, hymne et réveil ;Et comme des oiseaux‖ vont d'une branche à l'autreLe Verbe immense ira,‖ mystérieux apôtre,D'un soleil à l'autre soleil.
Les mondes, qu'aujourd'hui‖ le mal habite et creuse,Échangeront leur joie‖ à travers l'ombre heureuseEt l'espace silencieux ;Nul être, âme au soleil,‖ ne sera solitaire ;L'avenir, c'est l'hymen‖ des hommes sur la terreEt des étoiles dans les cieux.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 106[aa] 106[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (425 de 12, 212 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a heures / Disait / demeures féminine, classiqueb cité / vanité masculine, classiquec consumée / fumée féminine, classiquea race / place féminine, classiqueb roseau / berceau masculine, classiquec sais-je / neige féminine, classiquea incommensurable / misérable féminine, classiqueb expiés / pieds masculine, classiquec marécage / cage féminine, classiquea l'espace / audace féminine, classiqueb orteil / soleil masculine, classiquec l'aventure / créature féminine, classiquea l'aise / pèse féminine, classiqueb sceau / oiseau masculine, classiquec frêle / éternelle féminine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb hébreux / ténébreux masculine, classiquec colère / polaire féminine, classiquea atome / chaume féminine, classiqueb reflux / plus masculine, classiquec lionne / rayonne féminine, classiquea menaces / tenaces féminine, classiqueb passion / création masculine, classiquec tonnerres / guerres féminine, classiquea optique / épileptique féminine, classiqueb grondants / dents masculine, classiquec cygne / signe féminine, classiquea sphère / faire féminine, classiqueb réduit / bruit masculine, classiquec paroles / folles féminine, classiquea l'incompréhensible / visible féminine, classiqueb d'eux / hideux masculine, classiquec indignée / d'araignée féminine, classiquea corne / morne féminine, classiqueb s'embourbait / gibet masculine, classiquec Pythagore / mandragore féminine, classiquea nuage / péage féminine, classiqueb d'Abel / Babel masculine, classiquec immense / démence féminine, classiquea décombres / sombres féminine, classiqueb hait / muet masculine, classiquec lance / silence féminine, classiquea rose / morose féminine, classiqueb criminel / l'Éternel masculine, classiquec termine / vermine féminine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb voir / noir masculine, classiquec célèbres / ténèbres féminine, classiquea antre / ventre féminine, classiqueb ouverts / l'univers masculine, classiquec porte / morte féminine, classiquea misères / nécessaires féminine, classiqueb terni / l'infini masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiquea t'étonne / monotone féminine, classiqueb chair / l'éclair masculine, classiquec erre / tonnerre féminine, classiquea exemplaire / plaire féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquec toiles / d'étoiles féminine, classiquea l'étendue / éperdue féminine, classiqueb cécité / immensité masculine, classiquec centres / antres féminine, classiquea arrache / cache féminine, classiqueb trouvé / pavé masculine, classiquec inouïes / ouïes féminine, classiquea existe / triste féminine, classiqueb séant / néant masculine, classiquec blâme / âme féminine, classiquea profondes / mondes féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquec obscurcie / asphyxie féminine, classiquea apothéose / rose féminine, classiqueb béni / l'infini masculine, classiquec l'enchantent / chantent féminine, classiquea mensonge / songe féminine, classiqueb butin / destin masculine, classiquec brume / écume féminine, classiquea êtres / prêtres féminine, classiqueb poursuis / suis masculine, classiquec craigne / règne féminine, classiquea l'âme / infâme féminine, classiqueb cruautés / iniquités masculine, classiquec sublime / l'abîme féminine, classiquea incurable / misérable féminine, classiqueb d'ennuis / nuits masculine, classiquec répandent / pendent féminine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb excepté / volupté masculine, classiquec noire / boire féminine, classiquea d'ivresse / caresse féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquec toute / goutte féminine, classiquea entrée / éclairée féminine, classiqueb pareils / soleils masculine, classiquec plonges / songes féminine, classiquea visse / service féminine, classiqueb n'éteindra / Niagara masculine, classiquec l'insondable / formidable féminine, classiquea réclame / l'âme féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquec prunelle / éternelle féminine, classiquea torture / nature féminine, classiqueb roseau / oiseau masculine, classiquec l'avalanche / branche féminine, classiquea ravines / divines féminine, classiqueb marchant / couchant masculine, classiquec lointaines / plaines féminine, classiquea l'invisible / possible féminine, classiqueb grand / mourant masculine, classiquec calme / palme féminine, classiquea pensée / insensée féminine, classiqueb jour / d'amour masculine, classiquec chaumière / lumière féminine, classiquea prunelle / solennelle féminine, classiqueb reluit / nuit masculine, classiquec remuées / nuées féminine, classiquea impies / accroupies féminine, classiqueb Jouissez / insensés masculine, classiquec économe / l'homme féminine, classiquea sentinelle / aile féminine, classiqueb mortel / l'autel masculine, classiquec austère / terre féminine, classiquea ferme féminine, classiqueb pré / sacré masculine, classiquec ruines / d'épines féminine, classiquea caresse / enchanteresse féminine, classiqueb jargon / dragon masculine, classiquec rosées / pensées féminine, classiquea venge / mange féminine, classiqueb choléra / ouvrira masculine, classiquec achètent / cachettent féminine, classiquea vivante / servante féminine, classiqueb l'argent / l'indigent masculine, classiquec importe / porte féminine, classiquea écrites / hypocrites féminine, classiqueb naît / sonnait masculine, classiquec délivre / livre féminine, classiquea cantiques / boutiques féminine, classiqueb bénédicité / l'immensité masculine, classiquec prêtre / être féminine, classiquea folle / idole féminine, classiqueb corans / tyrans masculine, classiquec visages / sages féminine, classiquea éphémères / chimères féminine, classiqueb Ammon / démon masculine, classiquec beugle / aveugle féminine, classiquea ciguë / aiguë féminine, équivalenteb fuit / nuit masculine, classiquec condamne / d'âne féminine, classiquea déferle / perle féminine, classiqueb sondeurs / profondeurs masculine, classiquec dorme / énorme féminine, classiquea soufres / gouffres féminine, classiqueb pré / démesuré masculine, classiquec ivre / livre féminine, classiquea épée / dissipée féminine, classiqueb gazon / l'horizon masculine, classiquec continuées / nuées féminine, classiquea aime / blême féminine, classiqueb jauni / l'infini masculine, classiquec pleine / Silène féminine, classiquea corbeille / l'abeille féminine, classiqueb étincela / Hékla masculine, classiquec arbre / marbre féminine, classiquea formidable / inabordable féminine, classiqueb monts / poumons masculine, classiquec suivie / vie féminine, classiquea œuvre / couleuvre féminine, classiqueb nuit masculine, classiquec vautre / l'autre féminine, classiquea carnassières / poussières féminine, classiqueb os / chaos masculine, classiquec l'espace / rapace féminine, classiquea s'élance / silence féminine, classiqueb arrêts / marais masculine, classiquec pèsent / taisent féminine, classiquea équilibre / vibre féminine, classiqueb vécu / vaincu masculine, classiquec voiles / d'étoiles féminine, classiquea têtes / êtes féminine, classiqueb cendrier / calendrier masculine, classiquec pensées / posées féminine, classiquea râles / pâles féminine, classiqueb qu'oublier / sablier masculine, classiquec pleure / l'heure féminine, classiquea anniversaires / rosaires féminine, classiqueb béants / néants masculine, classiquec dore / l'aurore féminine, classiquea nombre / l'ombre féminine, classiqueb l'immensité / éternité masculine, classiquec rapides / stupides féminine, classiquea sinistres / registres féminine, classiqueb tort / mort masculine, classiquec convie / vie féminine, classiquea magnificence / toute-puissance féminine, classiqueb irrité / l'immensité masculine, classiquec huées / nuées féminine, classiquea louches / farouches féminine, classiqueb frissonnons / canons masculine, classiquec sacrée / crée féminine, classiquea caprice / périsse féminine, classiqueb géants / béants masculine, classiquec perce / renverse féminine, classiquea vertes / désertes féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquec d'attitude / solitude féminine, classiquea immaculée / étoilée féminine, classiqueb camards / Clamarts masculine, classiquec admire / rire féminine, classiquea joie / soie féminine, classiqueb chargés / mangez masculine, classiquec fêtes / faites féminine, classiquea convives / vives féminine, classiqueb l'encens / tout-puissants masculine, classiquec avenues / nues féminine, classiquea phare / fanfare féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec sépulcrale / spirale féminine, classiquea catacombes / tombes féminine, classiqueb profondeur / commandeur masculine, classiquec descendent / attendent féminine, classiquea nocturne / l'urne féminine, classiqueb glacé / passé masculine, classiquec s'adressent / disparaissent féminine, classiquea Isaïes / haïes féminine, classiqueb cieux / monstrueux masculine, classiquec blêmes / problèmes féminine, classiquea sauve / fauve féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec algèbres / ténèbres féminine, classiquea l'abîme / crime féminine, classiqueb triomphait / forfait masculine, classiquec ministre / sinistre féminine, classiquea Sodome / l’homme féminine, classiqueb faim / Caïn masculine, classiquec villes / viles féminine, classiquea personnages / témoignages féminine, classiqueb inhumains / mains masculine, classiquec sables / formidables féminine, classiquea tables / redoutables féminine, classiqueb griffons / profonds masculine, classiquec Genèses / fournaises féminine, classiquea méchante / chante féminine, classiqueb l'encens / rugissants masculine, classiquec dénombre / l'ombre féminine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb souffrons / fronts masculine, classiquec fange / l’ange féminine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb lits / lys masculine, classiquec semelles / gamelles féminine, classiquea l'âme / épithalame féminine, classiqueb impur / l'azur masculine, classiquec première / lumière féminine, classiquea face / s'efface féminine, classiqueb frayeur / fossoyeur masculine, classiquec nie / l'ironie féminine, classiquea brûle / curule féminine, classiqueb sayon / rayon masculine, classiquec pousse / douce féminine, classiquea cellule / libellule féminine, classiqueb construit / nuit masculine, classiquea immense / semence féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquec Hymètes / comètes féminine, classiquea d'ombre / encombre féminine, classiqueb ingrat / scélérat masculine, classiquea mène / humaine féminine, classiqueb Débora / s'épanouira masculine, classiquec forme / énorme féminine, classiquea somme / l'homme féminine, classiqueb hurler / parler masculine, classiquec l'ordre / mordre féminine, classiquea vigne / cygne féminine, classiqueb Léviathan / Satan masculine, classiquec anges / vendanges féminine, classiquea l'idée / vidée féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec trempent / rampent féminine, classiquea borne / morne féminine, classiqueb pressoir / soir masculine, classiquec chaînes / chênes féminine, classiquea l'harmonie / infinie féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquec abîme / sublime féminine, classiquea masure / s'azure féminine, classiqueb poursuit / nuit masculine, classiquec tête / tempête féminine, classiquea d'aile / hirondelle féminine, classiqueb l'éternité / Fatalité masculine, classiquec amie / endormie féminine, classiquea équilibres / libres féminine, classiqueb volcan / carcan masculine, classiquec l'environne / couronne féminine, classiquea paisibles / terribles féminine, classiqueb doucement / firmament masculine, classiquec femme / l'âme féminine, classiquea lyres / délires féminine, classiqueb maudits / paradis masculine, classiquea discordes / cordes féminine, classiqueb banni / l'infini masculine, classiquec vase / extase féminine, classiquea haine / chaîne féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquec exténuées / nuées féminine, classiquea proscrire / sourire féminine, classiqueb gonds / dragons masculine, classiquec ouverte / verte féminine, classiquea invisibles / cibles féminine, classiqueb réveil / soleil masculine, classiquec l'autre / apôtre féminine, classiquea creuse / heureuse féminine, classiquec solitaire / terre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
637 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources