La légende des siècles, 1883· VII Les quatre jours d’Elciis
Les Quatre Jours d’Elciis
Vérone se souvient‖ d'un vieillard qui parlaPendant quatre jours, grave‖ et seul, dans la Scala,A l'empereur Othon‖ qui fut un prince oblique ;Othon tenait sa cour‖ dans la place publique,Ayant sur les degrés‖ du trône douze rois.Empereur d'Allemagne‖ et roi d'Arle, Othon troisÉtant malade avait‖ fait allumer un ciergeEt fait vœu, s'il était‖ guéri, grâce à la Vierge,D'entendre, d'écouter,‖ lui césar tout-puissant,Tout ce que lui dirait‖ n'importe quel passant,Devant les douze rois‖ et la garde romaine,Cet homme parlât-il‖ pendant une semaine.
Donc un passant fut pris‖ rentrant dans sa maison.On était aux beaux jours‖ de la tiède saison ;Le passant fut conduit‖ devant le trône ; un prêtreLui fit savoir le vœu‖ du roi d'Arle, et le maîtreLui dit : Aboie aussi‖ longtemps que tu voudras.
Alors, comme autrefois‖ devant Saül Esdras,Pierre devant Néron‖ et Job devant l'Abîme,L’homme parla.Le trône était sombre et sublime ;Cent archers l'entouraient,‖ pas un ne remuait ;Et les rois semblaient sourds‖ et l'empereur muet.On voyait devant eux‖ une table servieAvec tout ce qui peut‖ satisfaire l'envieDes heureux, des puissants,‖ de ceux qui sont en haut,Viandes et vins, fruits, fleurs,‖ et dans l'ombre un billot.
L'homme était un vieillard‖ très grand, à tête nue,Tranquille ; on l'emmenait‖ chez lui, la nuit venue,Puis on le ramenait‖ le matin ; il étaitComme celui qui parle‖ au tigre qui se tait ;Il fit boire à César‖ son vœu jusqu'à la lie ;Et sa sagesse fut‖ semblable à la folie.
Il parla quatre jours,‖ toute la cour songea,Et, quand il eut fini,‖ l'empereur dit : Déjà !
I Le premier jour Gens de guerre et gens d’église
Je suis triste. Pourquoi ?‖ Princes, que vous importe,Vous êtes joyeux, vous.‖ Je refermais ma porte,J'allais mettre la barre‖ et tirer les verrous,Pourquoi m'appelez-vous‖ et que me voulez-vous ?Pourquoi me pousser hors‖ de l'ombre volontaire ?Pourquoi faire parler‖ celui qui veut se taire ?Roi d'Arles, tant qu'il reste‖ au vieillard une dent,Lui faire ouvrir la bouche‖ est toujours imprudent.On n'est pas sûr qu'il soit‖ de l'avis qu'on désire.Vous avez un conseil‖ de jeunes hommes, sire,Fort galants, fort jolis,‖ fort blonds, convenez-en ;Pourquoi m'y faire entrer,‖ moi le vieux paysanQue la rude fierté‖ des vieilles mœurs pénètre ?Et depuis quand a-t-on‖ l'habitude de mettreUne pièce de cuir‖ au pourpoint de velours ?Pour marcher devant vous,‖ rois, mes pas sont bien lourds.
Si vous ne savez pas‖ de quel nom je me nomme,Je m'appelle Elciis,‖ et je suis gentilhommeDe la ville de Pise,‖ âpre et sévère endroit.Je n'ai point à Pavie‖ étudié le droit,Et je n'ai pas l'esprit‖ d'un docteur de Sorbonne.
Donc, Sire, si la guerre‖ est en soi chose bonne,Je n'en sais rien ; mais, bonne‖ ou mauvaise, je disQu'il faut la faire en gens‖ sincères et hardis,Et que l'honnêteté‖ publique est en détresse,Princes, de voir qu'on fait‖ une guerre traîtresse,Une guerre humble, habile‖ aux besognes de nuit,Achetant des félons‖ et des lâches sans bruit,Faisant moins résonner‖ l'estoc que la cymbale,Ayant des espions,‖ des colporteurs de balle,Des moines mendiants‖ et des juifs pour appuis,Et l'empoisonnement‖ des sources et des puits.
Les hommes de mon temps‖ faisaient la guerre franche.Tout l'arbre tressaillait‖ quand ils cassaient la branche,Et, quand ils coupaient l'arbre‖ avec leur couperet,C'était au tremblement‖ de toute la forêt ;Car ces hommes étaient‖ des bûcherons sublimes.Les survivants, et ceux‖ que nous ensevelîmes,Sont dans le souvenir‖ des peuples à jamais.Les hommes de mon temps‖ hantaient les hauts sommets ;Ils allaient droit au mur‖ et donnaient l'escalade ;Ils méprisaient la nuit,‖ le piège, l'embuscade ;Quand on leur demandait :‖ Quel compagnon hardiEmmenez-vous en guerre ?‖ Ils disaient : Plein midi.C'étaient, sous l'humble serge‖ ou l'hermine royale,Les bons et grands enfants‖ de la guerre loyale.Ils n'étaient pas de ceux‖ qui s'endorment longtemps ;Hors du danger auguste‖ ils étaient mécontents ;Ils ne quittaient l'épieu‖ que pour prendre la hache ;Car l'immobilité‖ ne sied point au panache,Ni la rouille à l'éclair‖ du glaive, et le reposN'est pas fait pour les plis‖ orageux des drapeaux.Quand ils s'en revenaient‖ des combats, leurs armuresÉtaient rouges ainsi‖ que les grenades mûres,Et leurs femmes trouvaient‖ le soir sous leur pourpointDe larges trous saignants‖ dont ils ne parlaient point.De tout bien mal acquis‖ ils disaient : qu'on le rende !Ils ne trouvaient jamais‖ de distance assez grandeEntre eux et le mensonge‖ abject, ni de cloisonAssez épaisse entre eux,‖ sire, et la trahison ;Ils parlaient haut, étant‖ des fils des grandes races ;Leurs poitrines avaient‖ le dédain des cuirasses ;Leur galop rendait fous‖ les libres étriers.Il n'était pas besoin‖ d'envoyer des fourriersPour leur dire : Il convient‖ de se mettre en campagne.Un noir se tord moins vite‖ autour des reins son pagneQu'ils ne bouclaient l'estoc‖ à leur robuste dos.Ils donnaient peu de temps‖ aux paters, aux credos,Priant Dieu bonnement,‖ comme fait le vulgaire ;Droits, hommes de parole,‖ ils ne s'embrouillaient guèreAux finesses du clerc‖ qui ment au nom des cieux,Et dédaignaient l'argot‖ du moine chassieuxQui crache du latin‖ et fait des hexamètres,Étant des gens de guerre‖ et non des gens de lettres.C'est avec la gaîté‖ du rire puéril ;Qu'ils se précipitaient‖ au plus noir du péril ;Il sortait de leur casque‖ un souffle d'épopée ;Quand on disait : — L'épée‖ est d'acier, — leur épée,Fière et toujours au vent, répondait l’homme aussi.Au chaume misérable‖ ils accordaient merci.Ces vaillants devenaient‖ doucement barbes grises,Ayant pour toute joie,‖ après les villes prisesEt les rois rétablis‖ et tous leurs fiers travaux,De regarder manger‖ l'avoine à leurs chevaux.Oh ! je les ai connus !‖ dès que les couleuvrines,Dogues des tours, fronçaient‖ leurs sinistres narines,Dès que l'altier clairon‖ sonnait, ils étaient prêts ;Ils étaient curieux‖ d'aller tout voir de près ;Jusque dans le sépulcre‖ ils avançaient la tête ;Et ces hommes, joyeux‖ surtout dans la tempête,Sans trop d'étonnement‖ et sans trop de souciAuraient suivi la mort‖ leur criant : par ici !
Qu'est-ce que vous voulez‖ maintenant qu'on vous dise ?Ce temps-ci me répugne‖ et sent la bâtardise.Quand venaient les hiboux,‖ jadis l'aigle émigrait ;Je m'en vais comme lui.‖ Barons, c'est à regretQu'on voit se refléter‖ jusque dans vos repairesCe grand rayonnement‖ des anciens et des pèresAu-dessus de votre ombre‖ au fond des cieux épars.Vous vous croyez lions,‖ tigres et léopards ;Les lions tels que vous‖ sont pris aux souricières.Les marmots nus qu'on porte‖ ou qu'on mène aux lisièresSeraient dans le danger‖ moins bégayants que vous.Vous avez dans vos cœurs‖ implacables et mousLe dédain des vieux temps‖ que vous osez proscrire ;Vous nous faites frémir‖ et nous vous faisons rire.Vous avez l'œil obscur,‖ l'âme plus louche encor,Vous faites chevaliers‖ avec des chaînes d'orDes trahisseurs ou bien‖ des pages de Sodomes,Des gueux, des affranchis,‖ de ces espèces d'hommesQu'on vend publiquement‖ dans la rue à l'encan.Où je vois le collier,‖ je cherche le carcan.Princes, mon cœur se serre‖ en vous voyant, car j'aimeLe soleil sans brouillard,‖ l'homme sans stratagème.Vous avez l'appétit‖ large, le front étroit,Le mépris de tout frein,‖ la haine de tout droit,Et pour sceptre un couteau‖ de boucher. Quelle histoire !Quels jours ! Les gros butins‖ se citent comme gloire.Vous régnez en tuant‖ sans jamais dire : assez !O pillards, si souvent‖ de meurtre éclaboussésQue la rouille vous vient‖ plus haut que la jambière !Toujours ivres ; buveurs‖ de vin, buveurs de bière,Buveurs de sang ; couards‖ en même temps ; vivantDans on ne sait quel luxe‖ abject, lâche, énervant ;Car la férocité,‖ que la volupté mine,Devient facilement‖ chair molle et s'effémine ;Aujourd'hui tout déchoit‖ dans notre fier métier ;Pour faire une cuirasse‖ on prend un bijoutier,De sorte que l'armure‖ a peur d'être battue.C'est ordinairement‖ par derrière qu'on tue.Vos plus fameux exploits‖ et vos plus triomphantsSont des dépouillements‖ de femmes et d'enfants,Des introductions‖ dans les pays par fraude,Les brusques coups de dent‖ de la fouine qui rôde,D'attaquer ceux qu'on a‖ d'abord bien endormis,D'arriver ennemis‖ sous des masques d'amis ;Faits honteux pour l'épée‖ et pour la seigneurie,Vils, et dont je vous veux‖ laisser la rêverie.Quant à moi, si j'étais‖ l'un des rois que voilà,Je ne porterais point‖ légèrement cela ;Je frémirais, à l'heure‖ où l'ombre étend ses voiles,D'être ainsi misérable‖ et noir sous les étoiles.
Je ne vous cache pas‖ que je suis attristé.Tout pâlit, tout déchoit !‖ et même la beauté,Dernier malheur ! s'en va.‖ Toute la grâce humaine,C'est la langue toscane‖ et la bouche romaine ;Et l'on parle aujourd'hui‖ je ne sais quel jargon.
Roi, qui cherche un lézard‖ peut trouver un dragon ;Vous vouliez un flatteur‖ de plus qui vous caresseEt rie, et tout à coup‖ la vérité se dresse.Vous avez reconnu‖ que les hommes trop promptsCourent parfois grand risque‖ en vengeant leurs affronts ;Aussi vous n'avez pas‖ de colère soudaine.Défié par Venise‖ on regarde Modène.Vous pesez le péril,‖ rois, quoique altiers et vains,Vous ne guerroyez pas‖ sans l'avis des devins ;Un astrologue baisse‖ ou lève vos visières.O princes, vous allez‖ consulter des sorcièresSur le degré d'honneur‖ et d'amour du devoirEt de témérité‖ qu'il est prudent d'avoir ;Vous combattez de loin‖ derrière des machines ;Et vous frottez vos bras,‖ vos reins et vos machines,Moins propres, sur mon âme,‖ aux harnais qu'aux licous,D'huile magique à rendre‖ invulnérable aux coups.Je voudrais bien savoir,‖ princes, si CharlemagneQui, se dressant, donnait‖ de l'ombre à l'Allemagne,Et si le grand Cyrus‖ et le grand AttilaSe sont graissé leurs peaux‖ avec cet onguent-là.
Vous avez fait sans peine,‖ ô clients des sibylles,Marcheurs de nuit, tendeurs‖ d'embûches, gens habiles,Quoique chétifs de cœur‖ et chétifs de cerveau,Avec le vieil empire‖ un empire nouveau.L'empaillement d'un aigle‖ est chose bien aisée ;Davus remplace Alcide‖ et Thersite Thésée.
Rois, la fraude est vilaine‖ et donne un profit nul ;Mentir ou se tuer‖ c'est le même calcul ;Le fourbe est transparent,‖ tout regard le pénètre ;La trahison devient‖ la chair même du traître ;Il se sent sur les os‖ un mépris corrosif ;Dès qu'on est malhonnête‖ on est rongé tout vifPar son mauvais renom‖ et par sa perfidieVisible à tous les yeux‖ et toujours agrandie ;On est renard, la haine‖ et l'effroi du troupeau ;On a l'ombre et le mal‖ pour robe et pour drapeau ;Et Carthage a péri‖ dans sa sombre tuniqueDe mensonge, de dol,‖ de nuit, de foi punique.
La ciguë en vos champs‖ croît mieux que le laurier.Je verrais sans colère,‖ ô rois, un serrurierBâtir, sans oublier‖ de griller les fenêtres,Entre vos probités‖ et mon argent, mes maîtres,Une porte solide‖ aux verrous bien fermants.Quant à votre parole‖ et quant à vos serments,Plutôt que m'assoupir‖ sur votre signatureEt sur vos jurements‖ par la sainte écriture,Plutôt que me fier‖ à vous, je me fieraisAux jaguars, aux lynx,‖ aux tigres des forêts,Et j'aimerais mieux, rois,‖ me coucher dans leur antreEt mettre pour dormir‖ ma tête sur leur ventre.
Ah ! ce siècle est d'un flot‖ d'opprobre submergé !
Autre plaie ; et fâcheuse‖ à montrer, — le clergé.Puisque j'expose ici‖ la publique infortunePuisque j'étale aux yeux‖ nos hontes, c'en est uneQue le prêtre ait grandi‖ plus haut que notre droit,Et que l'église ait pris‖ l'allure qu'on lui voit.
De mon temps, grand, petit,‖ riche ou gueux, vieux ou jeune,On observait l'avent,‖ les vigiles, le jeûne,On priait le bon Dieu,‖ mains jointes, fronts courbés ;Mais on tenait la bride‖ assez haute aux abbés.On avait l'œil sur eux,‖ on était économeDe baisers à leur chape,‖ et l'on craignait peu Rome ;Sire, ce que voyant,‖ Rome se tenait coi.
Aujourd'hui Rome, à tout,‖ dit : comment ? et pourquoi ?On laisse les bedeaux‖ sortir des sacristies ;Qui touche aux clercs est plein‖ de piqûres d'orties.C'est fini, plus de paix.‖ Ils sont partout. Veut-onD'un évêque trop lourd‖ raccourcir le bâton,Querelle. Pour blâmer‖ les luxures d'un moine,Pour un prieur à qui‖ l'on ôte un peu d'avoine,Pour troubler dans son auge‖ un capucin trop gras,Foudre, anathème ; on a‖ le pape sur les bras.Un seul fil remué‖ fait sortir l'araignée.
Rome a sur tous les points‖ la bataille gagnée.On lui cède ; on la craint.Combattre des soldats,Oh ! tant que vous voudrez !‖ mais des prêtres, non pas !La cave du lion‖ est effrayante, et l'aireDe l'aigle a je ne sais‖ quel aspect de colère ;On trouve là quelqu'un‖ d'altier qui se défend ;Sire, attaquer cela,‖ c'est beau, c'est triomphant ;Le bec est flamboyant,‖ la gueule est colossale ;On sent que l'aquilon‖ dont l'Afrique est vassale,Que l'ouragan qui gronde‖ et qui des cieux descend,Est dans les crins de l'un‖ encor tout frémissant,Et qu'aux pattes de l'autre‖ il reste de la foudre :L'adversaire est superbe‖ et plaît. Mais se résoudreA mettre ses deux mains‖ dans les fourmillements,Poursuivre au plus épais‖ des cloaques dormantsLa bête de la bave‖ et celle de la fange,Avoir pour ennemi‖ l'être plat qui se vengeDe son écrasement‖ par sa fétidité,C'est hideux ; et j'ai honte‖ et peur, en véritéD'attaquer une larve‖ au fond d'une masure,Et de combattre un trou‖ d'où sort une morsure
De là l'empiétement‖ des moûtiers, des couvents,Des hommes tonsurés‖ et noirs sur les vivants,Et le frémissement‖ du monde qui recule.
Rome a tendu sa toile‖ au fond du crépuscule.La vaste lâcheté‖ des mœurs est son trésor ;Tout à Rome aboutit.‖ Prostituée à l'or,Rome cote, surfait,‖ pare, étale, brocanteSon absolution‖ que le vice fréquente ;Le saint-père est le grand‖ mendiant indulgent ;Les choses en sont là‖ qu'on a pour son argentPlus ou moins de pitié,‖ plus ou moins de prière,Et que l'église en est‖ la sinistre usurière.Rome a, dessous, l'ordure,‖ et la pourpre dessus.Pour être petit, pauvre,‖ humble comme JésusLe commandait à Jacque,‖ à Simon, à Didyme,Le pape a le décime,‖ et l'évêque a la dîme.Tout est occasion‖ fiscale, jubilé,Sabbat, la chaise offerte‖ et le cierge brûlé,Cloches, confession,‖ amulettes, jurandes,La desserte du pain,‖ la desserte des viandes,Droit de manger du bœuf,‖ droit de manger du porc,Exorcismes, tonlieux,‖ mortuaire, déport,Sermons, pâque fleurie,‖ eau bénite, corvées,Saint chrême, enfants perdus‖ ou filles retrouvées,Procès, citation‖ devant l'official.Partout du créancier‖ le profil glacial.Le fisc ne quitte pas‖ des yeux la femme grosse ;L'enfant paie. Êtes-vous‖ dans une basse-fosse,Le saint-père quémande‖ à travers vos barreaux.Vous plaît-il de fonder‖ un hôpital : vingt gros.Une bonne action‖ paie un droit ; rien n'échappe ;Un juste non payant‖ ferait loucher le pape ;Dix gros pour que l'abbé‖ dise : sois bienvenu !Pour faire devant soi‖ porter un glaive nu,Cent gros ; pour acheter‖ le blé des Turcs, dispense ;Tant pour avoir le droit‖ de penser ce qu'on pense ;Tant pour faire le mal,‖ tant pour s'en repentir ;Péage pour entrer,‖ péage pour sortir ;Le baptême, c'est tant ;‖ n'oubliez pas l'annate ;Tant pour l'enfant de chœur‖ à la robe incarnate ;Tant pour vous marier ;‖ ah ! vous mourez ; c'est tant.Corruption ! Toujours‖ une main qui se tend !Dès que le père expire‖ ou que la mère est morte,Les enfants orphelins‖ s'en vont de porte en porteMendier pour paver‖ le prêtre, et, sans remords,Un marchand sacré vend‖ sa pourriture au mort.Rome sur tout prélève‖ une part, s'attribueSur deux mules la bonne‖ et laisse la fourbue,Taxe le berger, tond‖ la brebis, prend l'agneau,Goûte la fille au lit,‖ le vin dans le tonneau,Flaire la cargaison‖ du vaisseau dans le havre,Et mange avant les vers‖ le meilleur du cadavre.Jésus disait : aimer ;‖ l'église dit : payer.
Le ciel est à qui peut‖ acquitter le loyer,On y sera logé‖ bien ou mal, mieux ou guère,Selon qu'on sera riche‖ ou pauvre sur la terre ;Arrière le haillon !‖ place au riche manteau !Au mur du paradis‖ Rome a mis écriteau.
La chaire de Saint-Pierre,‖ autrefois si sublime,Espèce de tribune‖ énorme de l'abîme,Dont le dais formidable,‖ au mystère mêlé,Semblait s'évanouir‖ dans un gouffre étoilé,Est aujourd'hui l'obscure‖ et lugubre boutiqueOù le bien et le mal,‖ la messe et le cantique,Le vrai, le faux, le jour,‖ la nuit, l'ombre et le vent,Les anges, l'infini,‖ la tombe, tout se vend !Pourvu qu'il ait son crime‖ en ducats dans son coffre,L'homme le plus pervers‖ voit le prêtre qui s'offre ;Et le plus noir bandit‖ qui soit sous le ciel bleuFouille à sa poche et dit‖ au pape : Combien Dieu ?Vous êtes un brigand,‖ un gueux, un maniaqueDe meurtres ; bien ; un tel,‖ prêtre simoniaque,Crible vos actions‖ dans son hideux tamis,Se signe, et dit : Allez,‖ vos torts vous sont remis.
C'est triste d'être absous‖ par ces viles engeances.
Rois, si j'avais sur moi‖ de telles indulgences,De celles qui se font‖ marchander et payer,Je dirais à mon chien,‖ pour me bien nettoyer,De lécher le pardon‖ d'abord, le crime ensuite.
Mais vous ne réglez pas‖ ainsi votre conduite,Et vous ne tombez pas‖ dans ces scrupules vains.Toujours, dans vos hauts faits‖ de nuit et de ravins,Comme vous entendez‖ que Dieu vous soit commode,Et comme parmi vous,‖ en outre, il est de modeQue la vipère prête‖ au tigre son venin,Vous avez près de vous‖ un curé qui, bénin,Vous conseille et vous sert‖ dans toutes vos escrimes,Qui trouve des raisons‖ en latin à vos crimes,Qui vous bénit après‖ vos guets-apens, et coudUn tedeum infâme‖ à chaque mauvais coup.D'où la difformité‖ de la raison publique.Caïphe et Busiris‖ se donnent la réplique.Quel est le faux ? Quel est‖ le vrai Qui donc a tort ?C'est l'honnête homme. A bas‖ le droit ! gloire au plus fort !Le ciel a le rayon,‖ mais le prêtre a le prisme,La vérité bégaie‖ et crache le sophisme ;La probité n'est plus‖ qu'un enrouement confus.Veut-on protester, vivre,‖ essayer un refus,On s'arrête, empêché‖ dans l'immense argutieQu'en foule autour de vous‖ le clergé balbutie ;On a le prêtre, là,‖ dans le fond du gosier ;Et quand la conscience‖ humaine veut crierOu parler haut, elle a‖ l'église pour pituite.
Oh ! le ciel grand ouvert,‖ la prière gratuite,Le prêtre pauvre au point‖ de ne distinguer plusLe cuivre d'un liard‖ de l'or d'un carolus,L'autel et l'évangile‖ ignorant le péageEt la monnaie, ainsi‖ que l'astre et le nuage,C'était beau, c'était grand,‖ c'était ainsi jadis,Dans le temps qu'on était‖ des jeunes gens hardis,Et que, libre, on allait‖ chanter dans la montagne !Est-ce que c'en est fait‖ dans le deuil qui nous gagne ?Est-ce que les bons cœurs‖ et les hommes de bienNe verront plus cela‖ sous les cieux : Dieu pour rien ?
Rome n'a qu'un regret,‖ c'est que la bête échappeA l'ombre monstrueuse‖ et large de sa chape,Que l'animal soit franc‖ de son pouvoir jaloux,Que l'ours rôde en dehors‖ du fisc, et que les loupsRespirent l'air des cieux‖ depuis le temps d'ÉvandreSans qu'on puisse trouver‖ moyen de le leur vendre.Dieu vole la nature‖ au prêtre ; il la soustrait ;Il lui dit : Sauve-toi‖ dans la vaste forêt !C'est son tort. Le soleil‖ est de mauvais exemple ;Il ne réserve pas‖ sa dorure au seul temple ;Il empourpre les toits‖ laïcs, grands et petits,Les maisons, les palais,‖ les cabanes, gratis.Quoi ! le brin d'herbe est libre‖ et donne ce scandaleDe croître effrontément‖ aux fentes de la dalle !La folle avoine, auprès‖ du lierre son voisin,Pousse, sans acquitter‖ le droit diocésain !Quoi ! depuis que l'Etna‖ s'assied sur sa fournaise,Géant sombre, il n'a pas‖ encor payé sa chaise !Quoi ! l'éclair passe, va,‖ revient, sans rien donner !Quoi ! l'étoile ose luire,‖ éclairer, rayonner,Sans qu'on lui puisse enfin‖ présenter la quittance !Le pape est avec Dieu‖ tête à tête, et le tance.Quoi ! l'on ne peut au lys‖ des champs, pris au collet,Dire : pour les besoins‖ du culte, s'il vous plaît !Quoi ! la vague, lavant‖ les gouffres insondables,Couvre l'énormité‖ des plages formidables,Quoi ! l'écume jaillit‖ jusqu'à cette hauteurSans retomber liard‖ dans la main du quêteur !Oh ! si le prêtre enfin‖ pouvait jeter sa serreSur la vie, et la prendre‖ à Dieu, son adversaire !Quel hosanna le jour‖ où la fleur, le buisson,Le nid, devraient payer‖ au curé leur rançon !Le jour où l'on pourrait‖ mettre une bonne taxeSur l'usage que fait‖ le pôle de son axe,Chicaner sa caverne‖ au lion, et tricherL'eau que boit le moineau‖ dans le creux du rocher !
Donc, viatique, psaume‖ et vêpres, scapulaires,Madones à clouer‖ sur le bec des galères,La vertu du chrétien,‖ la liberté du juif,Tout est en magasin‖ et tout a son tarif.
Et les nécessités‖ d'exploits hideux que créeCette vente à l'encan‖ de la chose sacrée !Ces pillages où Rome‖ a plusieurs portions !Ces envahissements‖ et ces extorsionsD'héritages qu'on vient‖ d'un coup de hache fendre,Et qui n'ont plus le bras‖ du chef pour les défendre !Ces fouilles de corbeaux‖ dans le ventre des morts ;Ces guerres où, n'osant‖ s'en prendre aux hommes forts,Craignant le bras qui frappe‖ et la lance qui blesse,La couardise appelle‖ au combat la faiblesse !
Quand on a devant soi‖ des barons, la plupartBandits bien crénelés‖ et droits sur leur rempart,Maîtres de quelque place‖ à d'autres usurpée,Qu'on arrondisse un peu‖ sa terre avec l'épée,En jouant au plus brave‖ et non pas au plus fin,Cela n'est pas très bien‖ peut-être, mais enfinCoup pour coup, le fer bat‖ le fer, cela se passeEntre ma panoplie‖ et votre carapace,Nous sommes gens gantés‖ d'acier, bottés d'airain,A visière féroce,‖ à visage serein,En guerre ! et nous pouvons‖ nous regarder en face.Mais qu'on prenne aux petits‖ pour les gros ; mais qu'on fasseUn apanage à tel‖ ou tel prélat câlinAvec des biens de veuve‖ ou des biens d'orphelin ;Mais, au mépris des lois‖ divines et chrétiennes,Pour doter des frocards‖ et des braillards d'antiennes,Et des clercs qui, béats,‖ par le vin attendris,Vous disent : faites maigre !‖ et mangent des perdrix,Qu'on pille son douaire‖ à cette pauvre vieille,Qu'à cet enfant, qui fait‖ un murmure d'abeilleEt qui rit en voyant‖ rentrer les assassins,On vole sa maison‖ et son champ, par les saints !Je dis que c'est horrible,‖ et toute honte est bueAutant par qui reçoit‖ que par qui distribue !
Le meurtre vole afin‖ d'acheter le pardon.
Rome est un champ ayant‖ le moine pour chardon ;Que l'âne de Jésus‖ vienne donc et le broute !Ces prêtres qui pour ombre‖ ont derrière eux le doute,Faux, masqués, emmiellant‖ de leur perfide espritLe bord du vase au fond‖ duquel le démon rit,Traîtres du ciel, à qui‖ l'opprobre profitableDonne bon feu, bon lit,‖ bon gîte et bonne table,Ah ! ces larrons sacrés,‖ malheur sur eux, malheur !
Oh ! que j'aime bien mieux‖ le simple et franc voleur !Des fauves attentats‖ sauvage cénobite,Il a l'ombre pour antre‖ et pour cloître ; il habiteLes déserts, les halliers‖ creusés en entonnoirs,Le derrière des murs‖ croulants, les recoins noirsDes palais qu'on bâtit,‖ où, la nuit, dans les pierresOn entend le choc brusque‖ et fuyant des rapières ;Ce brigand a du sang‖ au front, mais pas de fard ;Il est âpre et hideux,‖ mais il n'est point cafard,Mais il ne se met pas‖ un surplis sur le râble,Mais il risque du moins‖ sa peau, le misérable !
Le seigneur est la griffe‖ et le prêtre est la dent.
C'est grâce à tout cela‖ que, la débauche aidant,L'horreur est installée‖ en nos tours féodales.
Ah ! crimes, deuils, banquets,‖ prêtres, femmes, scandales !Rire et foudre mêlant‖ leurs funèbres éclats !Nous frissonnons de voir‖ tout ce qu'on voit, hélas,Dans ces vaillants manoirs‖ si glorieux naguères,Quand, vieux aigles blanchis,‖ et vieux faucons des guerres,Par les brèches que fit‖ le glaive, nous plongeonsNos yeux dans la noirceur‖ lugubre des donjons !
Le soleil déclinait ;‖ de leurs piques bourruesLes soldats refoulaient‖ le peuple au coin des rues,Les prêtres chuchotaient‖ près du trône rangés.— J'ai faim, dit Elciis.‖ L'empereur dit : — Mangez.
II Le deuxième jour Rois et peuples
Vous êtes plusieurs rois‖ ici, j'en suis bien aise.Donc on peut vous parler‖ en face. Toi, Farnèse,Rends-nous compte de Parme ;‖ et toi, duc Avellan,De Montferrat ; et toi,‖ Visconti, de Milan,Vous avez ces pays ;‖ qu'est-ce que vous en faites ?L'Italie est heureuse‖ et voit de belles fêtes !Le duc Sforce est un sbire ;‖ il faudrait qu'on plongeât,Pour trouver son pareil,‖ plus bas que le goujat ;Voulez-vous des bandits,‖ Guiscard vous en procure ;Strongoni, qui mourut‖ d'une manière obscureL'an passé, n'avait pas‖ vécu très clairement ;Craignez Foulque après boire,‖ Alde après un serment ;Squillaci roue et pend ;‖ Malaspina s'adonneA mêler la jusquiame‖ avec la belladone ;Le soir voit arriver‖ joyeux à son festinDes gens que voit mourir‖ l'œil pâle du matin.Si Pandolfe a trouvé‖ quelque part sa patenteDe général, pardieu,‖ ce n'est pas dans la tente.Sixte étrangla Thomond ;‖ Urbin exterminaMontecchi ; le vieux côme‖ égorgea Gravina ;Ezzelin est faussaire,‖ Ottobon est bigame,Litta fait poignarder‖ dans un bal à BergameBernard Tumapailler,‖ comte de Fezensac :Jean massacre Borso ;‖ Ports dérobe le sacQue Boccanegre avait‖ laissé dans sa gondole ;Bonacossi sanglant‖ rase la Mirandole ;Et quant à monsieur d'Este,‖ ah ! tous vos générauxL'admirent ; quel vainqueur !‖ L'an passé, ce héros,Avec force soudards‖ levant la pertuisane,Partit pour conquérir‖ la marche trévisane ;On battait du tambour,‖ on jouait du hautbois ;Un gros de paysans‖ l'attaque au coin d'un bois,L'armée au premier choc‖ plie, et ce guerrier rarePrit la fuite, et revint‖ en chemise à FerrareAprès avoir été‖ volé dans le chemin.Guy tue Alphonse afin‖ d'être comte romain ;Le duc Fosdinovo‖ vend Nice au barbaresque ;Spinetta se fait peindre‖ ayant, dans une fresque,Un crâne entre les dents‖ comme un singe une noix ;Fiesque empoisonne Azzo,‖ c'est le mode génois ;De par l'assassinat‖ Sapandus est exarque ;Cibo, pour traverser‖ le lac Fucin, embarqueTrois enfants, dont il doit‖ hériter, ses neveux,Sur un bateau doré‖ qu'il suit de tous ses vœux,Et qui les noie, étant‖ fait de planches trop minces.
Mais expliquons-nous donc,‖ vous nommez ça des princes !Un tas de scélérats‖ et de coupe-jarrets !La justice en leur nom‖ prononce des arrêts ;On les appelle grands,‖ nobles, sérénissimes ;Ils sont comme des feux‖ allumés sur des cimes ;Augustes marauds ! gueux‖ de l'honneur trafiquant !Drôles que frapperaient,‖ à l'autel comme au camp,Au nom du chaste glaive,‖ au nom du temple vierge,Ulysse de son sceptre‖ et Jésus de sa verge !
Si vous vous êtes mis‖ dans l'esprit qu'en ayantPlus d'infamie, on est‖ un roi plus flamboyant,Si vous vous figurez‖ vos races rajeuniesPar vos férocités‖ et vos ignominies,Rois, je vous le redis,‖ vous vous trompez ; l'erreur,C'est de croire qu'un nom‖ peut grandir par l'horreur,La fraude et les forfaits‖ accumulés sans cesse.Une augmentation‖ de honte et de bassesse,D'ombre et de déshonneur‖ n'accroît pas les maisons ;La fange n'a jamais‖ redoré les blasons.Ah ! deuil sans borne après‖ les prouesses sans nombre !Vous faites du passé‖ votre piédestal sombre ;Sur les grands siècles morts‖ sans tache et sans défautVous montez, pour porter‖ votre honte plus haut !Vous semblez avec eux‖ avoir fait la gageureD'égaler leur lumière‖ et leur lustre en injure,Et de ne pas laisser‖ à leur vieille fiertéUne splendeur sans mettre‖ un opprobre à côté ;Et vous avez le prix‖ dans cette affreuse jouteOù votre abjection‖ à leur gloire s'ajoute !
O Dieu qui m'entendez,‖ ces hommes sont hideux,Certe, ils sont étonnés‖ de nous comme nous d'eux.Avez-vous fait erreur ?‖ et que faut-il qu'on pense ?A qui le châtiment ?‖ à qui la récompense ?Quelle nuit ! N'est-ce pas‖ le plus dur des affrontsQue nous les preux ayons‖ pour fils eux, les poltrons !Et qu'abjects et rompant‖ les anciens équilibres,Eux les tyrans, soient nés‖ de nous, les hommes libres ;Si bien que l'honnête homme‖ est chargé du mauditEt que le juste doit‖ répondre du bandit !Qu'ont-ils fait pour porter‖ des noms comme les nôtres,Par quel fil pouvons-nous‖ tenir les uns aux autres,Dieu puissant ! et comment‖ avons-nous méritéEux ces pères, et nous,‖ cette postérité ?Ah ! le siècle difforme‖ et funeste où nous sommes,En étalant, auprès‖ des tombes, de tels hommes,Si lâches, si méchants,‖ si noirs, que j'en frémis,Offense la pudeur‖ des aïeux endormis.
Le vent à son gré roule‖ et tord la banderole.Je n'avais pas dessein‖ quand j'ai pris la paroleDe dire tout cela,‖ mais c'est dit, et c'est bon.Rois, je sens sur ma lèvre‖ errer l'ardent charbon ;A moi simple, il me vient‖ en parlant des idées,La patrie et la nuit‖ sur moi sont accoudéesEt toute l'Italie‖ en mon âme descend.Je sens mon sombre esprit‖ comme un flot grossissant.Dieu sans doute a voulu,‖ sire, que votre altesseVît l'indignation‖ qui sort de la tristesse.
Je sais que par instants‖ le public devient froidPour le bien et le mal,‖ pour le crime et le droit,Le comble de la chute‖ étant l'indifférence ;On vit, l'abjection‖ n'est plus une souffrance ;On regarde avancer‖ sur le même cadranSa propre ignominie‖ et l'orgueil du tyran ;L'affront ne pèse plus ;‖ et même on le déclare.A ces époques-là‖ de sa honte on se pare ;Temps hideux où la joue‖ est rose du soufflet.La jeunesse a perdu‖ l'élan qui la gonflait ;Le tocsin ne fait plus‖ dresser la sentinelle,Ce fauve oiseau qui bat‖ les cloches de son aileEst cloué sur la porte‖ obscure du beffroi ;Oui, sire, aux mauvais jours,‖ sous quelque méchant roi,Féroce, quoique vil,‖ et, quoique lâche, rude,Toute une nation‖ se change en solitude ;L'échine et le bâton‖ semblent être d'accord,L'un frappe et l'autre accepte ;‖ et le peuple a l'air mort ;On mange, on boit ; toujours‖ la foule, plus personne ;Les âmes sont un sol‖ aride où le pied sonne ;Les foyers sont éteints,‖ les cœurs sont endormis ;Rois, voyant ce sommeil,‖ on se croit tout permis.Ah ! la tourbe est ignoble‖ et l'élite est indigne.De l'avilissement‖ l'homme porte le signe.L'air tiède et mou, le temps‖ qui passe, la gaîté,Les chants, l'oubli des morts,‖ tout est complicité ;Tous sont traîtres à tous,‖ et la foule se rueA traîner les vaincus‖ par les pieds dans la rue ;Le silence est au fond‖ de tout le bruit qu'on fait ;On est prêt à baiser‖ Satan s'il triomphait ;Le mal qui réussit‖ devient digne d'estime ;L'applaudissement suit,‖ la chaîne au cou, le crime,Que la libre huée‖ a d'abord précédé ;On voit — car le malheur‖ lui-même dégradéAbdique la colère‖ et se couche et se vautre,Dans l'espoir d'avoir part‖ au pillage d'un autre —Les extorqués faisant‖ cortège aux extorqueurs.Pas une résistance‖ illustre dans les cœurs !La tyrannie altière,‖ atroce, inexorable,Est le vaste échafaud‖ de l'homme misérable ;Le maître est le gibet,‖ les flatteurs sont les clous.Mangé de la vermine‖ ou dévoré des loups,Tel est le sort du peuple ;‖ il faut qu'il s'y résigne.Des vautours, des corbeaux.‖ Mais où donc est le cygne ?Où donc est la colombe ?‖ où donc est l'alcyon ?Quand on n'est pas Tibère‖ on est Trimalcion.L'un rampe, lèche et rit‖ pendant que l'autre opprime.Sombre histoire ! le vice‖ est le fumier du crime ;Les hommes sont bassesse‖ ou bien férocité ;Meurtre dans le palais,‖ fange dans la cité ;Le tyran est doublé‖ du valet ; et le mondeVa de l'antre du fauve‖ à l'auge de l'immonde.
Tout ce que je dis là‖ vous fait l'esprit content,C'est votre joie, ô rois ;‖ mais écoutez pourtant.
Rois, qu'une seule voix‖ proteste, elle réveilleAu fond de ce silence‖ une sinistre oreille.Et fait rouvrir un œil‖ terrible en cette nuit ;Prenez garde à celui‖ qui fait le premier bruit ;Un seul passant sévère‖ et ferme déconcerteDans son abjection‖ l'immensité déserte ;Un vivant n'a qu'à dire‖ aux cadavres un mot,Et l'ossuaire va‖ se lever en sursaut.Princes, aussi longtemps‖ qu'on croit le ciel compère,On se tait ; tant qu'on voit‖ le tyran qui prospèreEt le lâche succès‖ qui le suit comme un chien,C'est bon ; tant que le mal‖ qu'il fait se porte bien,Sa personne est un dogme‖ et son règne est un culte.Un beau jour, brusquement,‖ catastrophe, tumulte,Tout croule et se disperse,‖ et dans l'ombre, les cris,L'horreur, tout disparaît ;‖ et, quant a moi, je risDe ceux qu'ébahiraient‖ ces chutes de tonnerre.
Pisistrate, Manfred,‖ Hippias, Foulques-Nerre,Hatto du Rhin, Jean deux,‖ le pire des dauphins,Macrin, Vitellius,‖ ont fait de sombres fins ;Rois, ce ne sont point là‖ des choses que j'invente ;C'est de l'histoire. On peut‖ régner par l'épouvanteEt la fraude, assisté‖ de tel prêtre moqueurEt fourbe, à qui les vers‖ mangent déjà le cœur,On peut courber les grands,‖ fouler la basse classe ;Mais à la fin quelqu'un‖ dans la foule se lasse,Et l'ombre soudain s'ouvre,‖ et de quelque manteauSort un poing qui se crispe‖ et qui tient un couteau.Vous dites : — Devant moi‖ tout fléchit et recule ;Moi, je viens de Turnus ;‖ moi je descends d'Hercule ;J'ai le respect de tous,‖ étant né radieuxEt fils de ces héros‖ qui touchaient presque aux dieux. —Ne vous fiez pas trop‖ à vos grands noms, mes maîtres ;Car vous seriez frappés,‖ quels que soient vos ancêtres,Eussiez-vous sur le front‖ l'étoile Aldébaran.On s'inquiète peu‖ des aïeux d'un tyran,Du Chéréas quelconque‖ on applaudit l'audace.Qu'Aurélien soit noble‖ ou bourgeois, qu'il soit daceOu hongrois, ce n'est pas‖ ce que je veux savoir,Mais il fut dur et sombre ;‖ et, quant au vengeur noirQui rejette au tombeau‖ cette âme ensanglantée,Que ce soit Mucapor‖ ou que ce soit Mnesthée,Qu'importe ? Un tyran tombe,‖ un despote est détruit,Je n'en demande pas‖ davantage à la nuit.
Ces meurtres-là sont grands‖ Brutus en est la marque ;Chion, Léonidas‖ en poignardant Cléarque,Ont montré qu'il étaient‖ disciples de Platon ;Harmodius n'avait‖ pas de poil au mentonQuand il dit : je tuerai‖ le tyran ; il le tue ;Et la Grèce lui fait‖ dresser une statueQui tenait à la main‖ une épée et des fleurs.On peut frapper le roi‖ qui vit de vos malheurs,L'usurpateur armé‖ de forfaits et de ruses ;C'était l'opinion‖ des grecs amants des muses,Peuple si délicat‖ que, sous ces nobles cieux,Les orfèvres, sculpteurs‖ des métaux précieux,Moulaient les coupes d'or‖ sur la gorge des femmes.
Ainsi furent punis‖ certains hommes infâmes,Car on n'épargne point‖ qui n'a rien épargné ;Et l'histoire les suit‖ d'un regard indigné.
Moi, je ne juge pas‖ ces justices sinistres ;Je les vois, je n'ai point‖ la garde des registresNi la révision‖ des arrêts ; je n'ai pasDe signature à mettre‖ au bas de ces trépas ;C'est la chose de Dieu,‖ non la mienne ; l'affaireLe regarde, et non moi,‖ vieux néant de la guerre,Spectre, qui vais traînant‖ mes pas estropiésEt qui sens des douleurs‖ sous la plante des pieds ;Après tout, je ne suis‖ ni mage ni prophète ;Et que la volonté‖ du ciel profond soit faite !Rois, je n'apporte ici‖ que l'avertissement.
O princes, vous pouvez‖ crouler subitement.Vous avez beau compter‖ sur vos soldats horribles ;Les comètes aussi‖ sont fortes et terribles,Elles vont à l'assaut‖ du soleil rayonnant,Elles font peur au ciel ;‖ mais Dieu, rien qu'en tournantSon doigt mystérieux‖ vers les nuits scélérates,Fait dans l'océan noir‖ fuir ces astres pirates.
Le pas des lansquenets‖ sonnait sur les pavés.— J'ai soif, dit Elciis.‖ L'empereur dit : — Buvez.
III Le troisième jour Les catastrophes
L'éternité n'est point‖ dans vos apothéoses ;Et Dieu ne l'a donnée‖ à rien, pas même aux roses.Le temps que vous avez‖ n'est pas illimité.Un jour vient, tout se paie ;‖ et la calamité,Qui sortit si souvent‖ de vos palais, y rentre.La foule alors, autour‖ du maître dans son antre,Bouillonne et s'enfle ; on voit‖ les pauvres demi-nusRugir, humbles hier,‖ brusquement devenusPlus hagards que les huns‖ et que les assagètes.Ah ! les reines — je plains‖ les femmes — sont sujettesAux cheveux blanchissant‖ dans une seule nuit.L'incendie au sommet‖ des tours s'épanouit,Seule utile lueur‖ qui sorte du despote ;Au-dessus du palais,‖ buisson de flamme, il flotte,Et, croissant à travers‖ les toits, ouvre au milieuSes pétales d'aurore‖ et ses feuilles de feu,Étant la rose horrible‖ et fauve des décombres.Vous avez dans vos cœurs‖ ces pressentiments sombres ;C'est pourquoi, malgré vous,‖ vous êtes pleins d'ennuis.
Qui suis-je maintenant,‖ moi qui parle ? Je suisUn vieux homme qui va‖ sur la route. On l'arrête.Entrez ; il parle, il dit‖ son avis sur la fête ;Rien de plus. Rois, je suis‖ cet horrible inconnuQu'on nomme le passant‖ et le premier venu ;Je suis la grande voix‖ du dehors ; et les chosesQue je dis, et qui font‖ blêmir vos fronts moroses,Sont celles qu'à vos pieds‖ tout un peuple vivantRêve et pense, et qu'emporte‖ au fond des cieux le vent.
Car lorsque je disais‖ que les âmes sont mortes,Tout à l'heure, et que rien‖ ne remue à vos portes,Et que la lâcheté‖ publique a fait la paixAvec votre infamie,‖ ô rois, je me trompais.Non, Rome vit dans Rome,‖ et l'eau bout dans le vase.Mais à mon âge on peut‖ broncher dans une phrase ;Faire erreur sur un mot‖ n'est rien ; l'essentielC'est d'être une âme honnête‖ et droite sous le ciel.
Donc, le moment approche‖ où la grappe, étant mûre,Tombera. L'heure vient.‖ — Mais j'entends qu'on murmure.Est-ce que par hasard‖ ils ont imaginé,Ces princes, ces bandits‖ compagnons d'un damné,Ces gangrenés du mal,‖ ces rois en qui suppureToute l'abjection‖ de notre époque impure,Que j'étais un soldat‖ de l'humeur des valets ;Qu'en me disant : parlez,‖ vous qui passez ! j'allaisAvec la flatterie,‖ immonde et vil dictamePanser complaisamment‖ l'ulcère de leur âme ;Que moi, le vieux pisan,‖ je courberais le front,Et qu'ils pourraient, étant‖ les malheureux qu'ils sont,Ce Ranuce, ce Jean,‖ ce Ratbert, cet Alonze,Faire sucer leur plaie‖ à la bouche de bronze ?
Pour adorer Ratbert‖ il faut être Ratbert ;Pour admirer Ranuce‖ en perfidie expertEt Jean l'homme du meurtre,‖ il faudrait que je n'eussePas plus de cœur que Jean‖ ni d'âme que Ranuce.
Oh ! laissez-moi cacher‖ mon front sous mon manteau.Quand me descendra-t-on‖ dans le Campo-Santo,Avec les trépassés‖ augustes qu'on oublie,Avec les chevaliers‖ de la vieille Italie,Loin des vivants, parmi‖ les spectres d'Orcagna ?Pourquoi faut-il qu'à ceux‖ que la guerre épargnaLa mort vienne si tard,‖ hélas ! menant en laisseCes deux chiens monstrueux,‖ la honte et la vieillesse ?Ah ! jeunes gens ! les ans‖ font plier mes genoux,Je suis triste jusqu'à‖ la haine devant vous.Ah ! la décrépitude‖ à l'opprobre ressemble !Le dedans reste ferme ;‖ hélas, le dehors tremble.Nous avons beau flétrir‖ ces nouveaux arrivants,Nous ne pouvons punir ;‖ nous ne sommes vivantsQue juste ce qu'il faut‖ pour endurer l'offense.Qu'il est dur de rentrer‖ dans la mort par l'enfanceAh ! c'est un grand malheur‖ et c'est un grand dépitD'être encore lion‖ quand le renard glapit,D'entendre les chacals‖ et les bêtes funèbresFaire leur fête horrible‖ au milieu des ténèbres,Et de ne pouvoir pas,‖ étant malade et vieux,Secouer sa crinière‖ énorme jusqu'aux cieux !Je vois ce qui s'écroule‖ et je vois ce qui monte,Ruine de la gloire‖ et croissance de honte ;Et l'ouvre avec regret‖ mes vieux yeux assoupis.Et si je vais trop loin‖ dans mes discours, tant pis !Car je n'ai pas le temps‖ de prendre des mesuresDu degré de respect‖ qu'on doit à vos masures,A vos tours, à vous, sire,‖ et de la quantitéDe mépris qui convient‖ à votre majesté.
O misère ! pendant‖ que tout entiers vous êtesAux plaisirs, aux chansons,‖ aux bals, aux coupe-têtes,Aux meurtres, aux festins‖ abjects, aux jeux brutaux,Aux pièges qu'on se tend‖ de châteaux à châteaux,Ceux-ci pillant ceux-là,‖ ceux-là tondant les autres,Les plus sanglants disant‖ tout bas des patenôtres,Sournois, avant toujours‖ votre ami pour danger ;Pendant que vous passez‖ votre temps à manger,A vous soûler de vin‖ et d'horreurs inconnues,Regardant l'impudeur‖ des femmes presque nues,Contemplant aux miroirs‖ vos malsaines pâleurs,Vous parfumant de musc,‖ vous couronnant de fleurs,Et des gens que j'ai dit‖ grossissant les prébendes,Hélas ! les sarrasins‖ du Fraxinet, par bandes,Infestent la Provence‖ et le bas Dauphiné ;Humbert, dauphin de Vienne,‖ est chez lui confiné ;Personne ne défend‖ la marche occidentaleOù la cavalerie‖ espagnole s'installe,Et je ne sache pas‖ qu'un comte ou qu'un marquisS'en montre curieux‖ et qu'on se soit enquisDe quels Guadalquivirs‖ et de quelles NavarresSortent ces catalans‖ et ces almogavares.Partout l'étranger vient‖ et de Naple aux GrisonsMontre sa pique au bord‖ de nos noirs horizons.Chocs, alertes, assauts,‖ invasions soudaines ;Ils viennent de Nubie,‖ ils viennent des Ardennes.Au duc Welf qui, lassé‖ de ne voir ni vaillant,Ni prince devant lui,‖ vous regarde en bâillant,Quel bras opposez-vous,‖ dites ? Quel capitaineAux usurpations‖ des tyrans d'Aquitaine ?Une maille de moins‖ défait tout le tricot ;Vous n'avez plus le Var,‖ vous n'avez plus l'Escaut.Chaque passant arrache‖ au vieux temple une brique.Abraham, empereur‖ des maures en Afrique,Laissant derrière lui‖ les royaumes penchésEt saignants, et les champs‖ de cadavres jonchés,Approche, et le voilà‖ qui touche à l'Italie ;Nos murs, dont le drapeau‖ frissonnant se replie,Chancellent, et déjà‖ sur leur morne blancheurNous pouvons voir grandir‖ l'ombre de ce faucheur.Du sud accourt le nègre,‖ et du nord vient le singe ;Les huns sortent velus‖ des forêts de Thuringe ;Le spectre d'Alaric‖ rôde et sonne du cor ;Les vieilles nations‖ vandales sont encorA nos portes, grinçant‖ les dents et hurlant toutes,Dans la Souabe, pays‖ fauve et qui n'a pour routesQue des sentiers perdus‖ dans le sombre des bois.L'empereur grec pâlit‖ dans Byzance aux abois ;Son armée est sans duc,‖ sa flotte est sans drungaire ;Pas d'hommes, pas d'argent ;‖ comment faite la guerre ?Toute la chrétienté‖ le laisse sans appui ;Ce livide Andronic,‖ entre les turcs et lui,N'a plus qu'un bras de mer‖ de deux milles de large ;Ce césar plie au poids‖ du monde qui le charge ;Du toit de son palais,‖ il voit à l'orientLes barbares tirer‖ leurs sabres en riant ;Son fils, Kyr Michaël,‖ craint de livrer bataille.
Ici, quels chefs a-t-on ?‖ qui ? de la valetaille.Car vous n'obéissez‖ qu'à plus petit que vous ;Vous avez l'orgueil bas‖ ayant le cœur jaloux.Princes, l'infirmité‖ de ce croulant empire,C'est que toujours le moindre‖ est choisi par le pire ;Le cul-de-jatte est duc‖ dans le camp des goîtreux.Quant aux moines à casque,‖ ils se battent entre eux,Au lieu de s'occuper‖ de notre délivrance.Villiers de l’Île-Adam, de la langue de France,Guerroie Ugoccion,‖ grand maître des portiers.Une gorgone sort‖ de tous ces bénitiers ;Et le pape à servir‖ des messes utiliseAzon cinq, général‖ des troupes de l'église.
Le peu qui nous restait‖ des bons vieux générauxMeurt de votre dédain‖ aidé de vos bourreaux ;On oublie à Final‖ don Fabrice, on expulseRoger, on met au ban de l’empire Trivulce ;Et l'ennemi s'avance,‖ et vous n'avez plus làBélisaire pour faire‖ échec à Totila.
Tout le vieux fer romain‖ n'est plus que de la rouille.
Deux femmes autrefois‖ qui filaient leur quenouille,Voyant que l'étranger‖ enjambait le fossé,Ont crié : guerre ! et pris‖ la pique, et l'ont chassé ;Ces deux femmes, c'étaient,‖ autant qu'il m'en souvienne,Auxilia de Nice,‖ et Mahaud d'Albon-Vienne.Fils de ces femmes-là‖ qui battaient vos vainqueurs,Vous avez hérité‖ des fuseaux, non des cœurs.
Déserteurs du pays,‖ oppresseurs de l'empire,Le peuple est stupéfait‖ et ne sait plus que direDans le saisissement‖ de votre lâcheté.Que reste-t-il du ciel,‖ rois, le soleil ôté,Et de la terre, hélas !‖ l'Italie éclipsée ?
Voilà. Je vous ai dit‖ à peu près ma pensée.
Elciis s'arrêtant,‖ car le jour était chaud,Dit : — Je voudrais dormir.‖ L'empereur dit : — Bientôt.
IV Le quatrième jour Dieu
Le maître est insensé‖ de peser ce qu'il pèse,Et, parce qu'on se tait,‖ de croire qu'on s'apaise.
Princes, sachez-le bien.‖ Les hommes d'autrefoisValaient mieux paysans‖ que vous ne valez rois.La clarté de leurs yeux‖ gêne vos regards traîtres.Leurs pieds font en marchant‖ un bruit de pas d'ancêtres.Quand, survenant du fond‖ du vieil honneur lointain,Un d'eux entre chez vous‖ à l'heure du festin,Il sent frémir autour‖ de ses talons sévèresLe tremblement des cœurs,‖ des glaives, et des verres.Oui, vous êtes les nains‖ d'un temps chétif et laid ;Que le plus grand de vous‖ mette mon gantelet,Je gage que son poing‖ entrera dans le pouce.
Au rebours de l'honneur‖ le vil instinct vous pousse.
Nous sommes les vaillants ;‖ vous, vos morts même ont peur ;L'angoisse d'un cœur faux‖ et d'un esprit trompeurFait grelotter vos os ;‖ si bien que nos naturesSe distinguent encor‖ jusqu'en nos pourritures ;Vous êtes les petits‖ et nous sommes les bons ;Et lorsque vous tombez,‖ et lorsque nous tombons,La mort montre, parmi‖ les broussailles farouches,Nos cadavres aux loups,‖ et les vôtres aux mouches.
Les signes de ce temps,‖ les voici : des clairons,Des femmes dans les camps,‖ des plumes sur les fronts,Des carnavals durant‖ la moitié de l'année,Une jeunesse folle‖ au plaisir acharnée,Joyeuse ; et la rougeur‖ sinistre des vieillards.
Quand deux pères rôdant‖ le soir dans les brouillardsSe rencontrent non loin‖ de vos éclats de rire,Ils passent sans lever‖ les yeux et sans rien dire.Spectacle ténébreux‖ qu'un peuple décroissant !Même quand tous sont là,‖ l'on sent quelqu'un d'absent ;C'est l'âme, c'est l'esprit‖ sacré, c'est la patrie.Une foule avilie,‖ une race flétriePerd sa lumière ainsi‖ qu'un bois mort perd sa fleur.Que ce soit l'Italie‖ ajoute à ma douleur.La chose est surprenante‖ et triste que des traîtres,Des coquins, généraux‖ de moines et de reîtres,Puissent rapetisser‖ lentement dans leur mainUn peuple, quand ce peuple‖ est le peuple romain.En lisant aux enfants‖ l'histoire d'AgricoleOu de Cincinnatus,‖ les vieux maîtres d'écoleS'arrêtent et n'ont pas‖ la force d'achever.
Hélas ! on voit encor‖ les astres se lever,L'aube sur l'Apennin‖ jeter sa clarté douce,L'oiseau faire son nid‖ avec les brins de mousse,La mer battre les rocs‖ dans ses flux et reflux,Mais la grandeur des cœurs,‖ c'est ce qu'on ne voit plus.
Ne croyez pas pourtant‖ que je me décourage.Je ne fais pas ici‖ le bruit d'un vent d'oragePour n'aboutir qu'au doute‖ et qu'à l'accablement.Non, je vous le redis,‖ sire, le grand dormantS'éveillera ; non, non,‖ Dieu n'est pas mort, ô princes.Le peuple, ramassant‖ ses tronçons, ses provinces,Tous ses morceaux coupés‖ par vous, pâle, effrayant,Se dressera, le front‖ dans la nuée, ayantDes jaillissements d'aube‖ aux cils de ses paupièresTout luira ; le tocsin‖ sonnera dans les pierres ;Tout frémira, du cap‖ d'Otrante au mont Ventoux ;L'Italie, ô tyrans,‖ sortira de vous tous.De votre monstrueuse‖ et cynique mêléeElle s'évadera,‖ la belle échevelée,En poussant jusqu'au ciel‖ ce cri : la liberté !Le vieil honneur tient bon‖ et n'a pas déserté.Pour ouvrir dans la honte‖ ou la roche une issue,Il suffit d'un coup d'âme‖ ou d'un coup de massue.
Tous les peuples sont vrais,‖ même les plus niés.
Vous vous tromperiez fort‖ si vous imaginiezQue Dieu permet aux rois,‖ conseillés par le prêtre,D'éteindre la lumière‖ auguste, et qu'il peut êtreAu pouvoir de quelque homme‖ ici-bas que ce soitDe le vaincre, et d'aller‖ aux cieux tuer le droit.Régnez, frappez, soyez‖ mauvais, faites des fautes,Faites des crimes, soit ;‖ il est des lois très hautes.Les flots sont doute, erreur,‖ trouble ; le fond est sûr.
Sachez-le, rois d'en bas ;‖ pour que ce globe obscur,Création fatale‖ et sainte, rayonnante,Puis lugubre, et de tant‖ de souffles frissonnante,Ne soit pas, dans l'horreur‖ de l'abîme ignoré,Comme un sombre navire‖ errant désemparé,Rois, afin que la vie,‖ et l'être, et la nature,Restent et n'aillent pas‖ se perdre à l'aventureDans le morne océan‖ du mystère inconnu,Par quatre chaînes d'or‖ le monde est retenu ;Ces chaînes sont : Raison,‖ Foi, Vérité, Justice ;Et l'homme, en attendant‖ que la mort l'engloutisse,Pèse sur l'infini,‖ sur Dieu, sur l'univers,Et s'agite, et s'efforce,‖ orageux, noir, pervers,Avec ses passions‖ folles ou criminelles,Sans pouvoir arracher‖ ces ancres éternelles !
Les yeux sous les sourcils,‖ l'empereur très clémentEt très noble écouta‖ l'homme patiemment,Et consulta des yeux‖ les rois ; puis il fit signeAu bourreau, qui saisit la hache.— J’en suis digne,Dit le vieillard, c’est bien, et cette fin me plaît. —Et calme il rabattit‖ de ses mains son collet,Se tourna vers la hache,‖ et dit : Je te salue.Maîtres, je ne suis point‖ de la taille voulue,Et vous avez raison.‖ Vous, princes, et vous, roi,J'ai la tête de plus‖ que vous, ôtez-la-moi.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 505((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a parla / Scala masculine, classiqueb oblique / publique féminine, classiquec rois / trois masculine, classiqued cierge / Vierge féminine, classiquee tout-puissant / passant masculine, classiquef romaine / semaine féminine, classiquea maison / saison masculine, classiqueb prêtre / maître féminine, classiquec voudras / Esdras masculine, classiqueb l'Abîme / parla / sublime féminine, classiquec remuait / muet masculine, classiqued servie / l'envie féminine, classiquee haut / billot masculine, classiquea nue / venue féminine, classiqueb était / tait masculine, classiquec lie / folie féminine, classiquea songea / Déjà masculine, classiquea importe / porte féminine, classiqueb verrous / voulez-vous masculine, classiquec volontaire / taire féminine, classiqued dent / imprudent masculine, classiquee désire / sire féminine, classiquef convenez-en / paysan masculine, classiqueg pénètre / mettre féminine, classiqueh velours / lourds masculine, classiquea nomme / gentilhomme féminine, classiqueb endroit / droit masculine, classiquec Sorbonne / bonne féminine, classiqueb dis / hardis masculine, classiquec détresse / traîtresse féminine, classiqued nuit / bruit masculine, classiquee cymbale / balle féminine, classiquef appuis / puits masculine, classiquea franche / branche féminine, classiqueb couperet / forêt masculine, classiquec sublimes / ensevelîmes féminine, classiqued jamais / sommets masculine, classiquee l'escalade / l'embuscade féminine, classiquef hardi / midi masculine, classiqueg royale / loyale féminine, classiqueh longtemps / mécontents masculine, classiquei hache / panache féminine, classiquej repos / drapeaux masculine, classiquek armures / mûres féminine, classiquel pourpoint / point masculine, classiquem rende / grande féminine, classiquen cloison / trahison masculine, classiqueo races / cuirasses féminine, classiquep étriers / fourriers masculine, classiqueq campagne / pagne féminine, classiquer dos / credos masculine, classiques vulgaire / guère féminine, classiquet cieux / chassieux masculine, classiqueu hexamètres / lettres féminine, classiquev puéril / péril masculine, classiquew d'épopée / épée féminine, classiquex aussi / merci masculine, classiquey grises / prises féminine, classiquez travaux / chevaux masculine, classiquea couleuvrines / narines féminine, classiqueb prêts / près masculine, classiquec tête / tempête féminine, classiqued souci / ici masculine, classiquea dise / bâtardise féminine, classiqueb émigrait / regret masculine, classiquec repaires / pères féminine, classiqued épars / léopards masculine, classiquee souricières / lisières féminine, classiquef vous / mous masculine, classiqueg proscrire / rire féminine, classiqueh encor / d'or masculine, classiquei Sodomes / d'hommes féminine, classiquej l'encan / carcan masculine, classiquek j'aime / stratagème féminine, classiquel étroit / droit masculine, classiquem histoire / gloire féminine, classiquen assez / éclaboussés masculine, classiqueo jambière / bière féminine, classiquep vivant / énervant masculine, classiqueq mine / s'effémine féminine, classiquer métier / bijoutier masculine, classiques battue / tue féminine, classiquet triomphants / d'enfants masculine, classiqueu fraude / rôde féminine, classiquev endormis / d'amis masculine, classiquew seigneurie / rêverie féminine, classiquex voilà / cela masculine, classiquey voiles / étoiles féminine, classiquea attristé / beauté masculine, classiqueb humaine / romaine féminine, classiquec jargon / dragon masculine, classiqueb caresse / dresse féminine, classiquec prompts / affronts masculine, classiqued soudaine / Modène féminine, classiquee vains / devins masculine, classiquef visières / sorcières féminine, classiqueg devoir / d'avoir masculine, classiqueh machines féminine, classiquei licous / coups masculine, classiquej Charlemagne / l'Allemagne féminine, classiquek Attila / onguent-là masculine, classiquea sibylles / habiles féminine, classiqueb cerveau / nouveau masculine, classiquec aisée / Thésée féminine, classiquea nul / calcul masculine, classiqueb pénètre / traître féminine, classiquec corrosif / vif masculine, classiqued perfidie / agrandie féminine, classiquee troupeau / drapeau masculine, classiquef tunique / punique féminine, classiquea laurier / serrurier masculine, classiqueb fenêtres / maîtres féminine, classiquec fermants / serments masculine, classiqued signature / écriture féminine, classiquee fierais / forêts masculine, classiquef antre / ventre féminine, classiquea submergé / clergé masculine, classiqueb infortune / une féminine, classiquec droit / voit masculine, classiquea jeune / jeûne féminine, classiqueb courbés / abbés masculine, équivalentec économe / Rome féminine, classiqued coi / pourquoi masculine, classiqueb sacristies / d'orties féminine, classiquec Veut-on / bâton masculine, classiqued moine / d'avoine féminine, classiquee gras / bras masculine, classiquef l'araignée / gagnée féminine, classiqueb craint / soldats / pas masculine, classiquec l'aire / colère féminine, classiqued défend / triomphant masculine, classiquee colossale / vassale féminine, classiquef descend / frémissant masculine, classiqueg foudre / résoudre féminine, classiqueh fourmillements / dormants masculine, classiquei fange / venge féminine, classiquej fétidité / vérité masculine, classiquek masure / morsure féminine, classiquea couvents / vivants masculine, classiqueb recule / crépuscule féminine, classiqueb trésor / l'or masculine, classiquec brocante / fréquente féminine, classiqued indulgent / argent masculine, classiquee prière / usurière féminine, classiquef dessus / Jésus masculine, classiqueg Didyme / dîme féminine, classiqueh jubilé / brûlé masculine, classiquei jurandes / viandes féminine, classiquej porc / déport masculine, classiquek corvées / retrouvées féminine, classiquel l'official / glacial masculine, classiquem grosse / basse-fosse féminine, classiquen barreaux / gros masculine, classiqueo n'échappe / pape féminine, classiquep bienvenu / nu masculine, classiqueq dispense / pense féminine, classiquer repentir / sortir masculine, classiques l'annate / incarnate féminine, classiquet tant / tend masculine, classiqueu morte / porte féminine, classiquev remords / mort masculine, classiquew s'attribue / fourbue féminine, non classiquex l'agneau / tonneau masculine, classiquey havre / cadavre féminine, classiquez payer / loyer masculine, classiqueb guère / terre féminine, classiquec manteau / écriteau masculine, classiquea sublime / l'abîme féminine, classiqueb mêlé / étoilé masculine, classiquec boutique / cantique féminine, classiqued vent / vend masculine, classiquee coffre / s'offre féminine, classiquef bleu / Dieu masculine, classiqueg maniaque / simoniaque féminine, classiqueh tamis / remis masculine, classiquea engeances / indulgences féminine, classiqueb payer / nettoyer masculine, classiquec ensuite / conduite féminine, classiqueb vains / ravins masculine, classiquec commode / mode féminine, classiqued venin / bénin masculine, classiquee escrimes / crimes féminine, classiquef coud / coup masculine, classiqueg publique / réplique féminine, non classiqueh tort / fort masculine, classiquei prisme / sophisme féminine, classiquej confus / refus masculine, classiquek argutie / balbutie féminine, classiquel gosier / crier masculine, classiquem pituite / gratuite féminine, classiqueb plus / carolus masculine, classiquec péage / nuage féminine, classiqued jadis / hardis masculine, classiquee montagne / gagne féminine, classiquef bien / rien masculine, classiquea échappe / chape féminine, classiqueb jaloux / loups masculine, classiquec d'Évandre / vendre féminine, classiqued soustrait / forêt masculine, classiquee exemple / temple féminine, classiquef petits / gratis masculine, classiqueg scandale / dalle féminine, classiqueh voisin / diocésain masculine, classiquei fournaise / chaise féminine, classiquej donner / rayonner masculine, classiquek quittance / tance féminine, classiquel collet / plaît masculine, classiquem insondables / formidables féminine, classiquen hauteur / quêteur masculine, classiqueo serre / adversaire féminine, classiquep buisson / rançon masculine, classiqueq taxe / axe féminine, classiquer tricher / rocher masculine, classiquea scapulaires / galères féminine, classiqueb juif / tarif masculine, classiquea crée / sacrée féminine, classiqueb portions / extorsions masculine, classiquec fendre / défendre féminine, classiqued morts / forts masculine, classiquee blesse / faiblesse féminine, classiquea plupart / rempart masculine, classiqueb usurpée / l'épée féminine, classiquec fin / enfin masculine, classiqued passe / carapace féminine, classiquee d'airain / serein masculine, classiquef face / fasse féminine, classiqueg câlin / d'orphelin masculine, classiqueh chrétiennes / d'antiennes féminine, classiquei attendris / perdrix masculine, classiquej vieille / d'abeille féminine, classiquek assassins / saints masculine, classiquel bue / distribue féminine, classiquea pardon / chardon masculine, classiqueb broute / doute féminine, classiquec esprit / rit masculine, classiqued profitable / table féminine, classiquee malheur / voleur masculine, classiqueb cénobite / habite féminine, classiquec entonnoirs / noirs masculine, classiqued pierres / rapières féminine, classiquee fard / cafard masculine, classiquef râble / misérable féminine, classiquea dent / aidant masculine, classiqueb féodales / scandales féminine, classiqueb éclats / hélas masculine, classiquec naguères / guerres féminine, classiqued plongeons / donjons masculine, classiquea bourrues / rues féminine, classiqueb rangés / Mangez masculine, classiquea aise / Farnèse féminine, classiqueb Avellan / Milan masculine, classiquec faites / fêtes féminine, classiqued plongeât / goujat masculine, classiquee procure / obscure féminine, classiquef clairement / serment masculine, classiqueg s'adonne / belladone féminine, classiqueh festin / matin masculine, classiquei patente / tente féminine, classiquej extermina / Gravina masculine, classiquek bigame / Bergame féminine, classiquel Fezensac / sac masculine, classiquem gondole / Mirandole féminine, classiquen généraux / héros masculine, classiqueo pertuisane / trévisane féminine, classiquep hautbois / bois masculine, classiqueq rare / Ferrare féminine, classiquer chemin / romain masculine, classiques barbaresque / fresque féminine, classiquet noix / génois masculine, classiqueu exarque / embarque féminine, classiquev neveux / vœux masculine, classiquew minces / princes féminine, classiqueb coupe-jarrets / arrêts masculine, classiquec sérénissimes / cimes féminine, classiqued trafiquant / camp masculine, classiquee vierge / verge féminine, non classiquea ayant / flamboyant masculine, classiqueb rajeunies / ignominies féminine, classiquec l'erreur / l'horreur masculine, classiqued cesse / bassesse féminine, classiquee maisons / blasons masculine, classiquef nombre / sombre féminine, classiqueg défaut / haut masculine, classiqueh gageure / injure féminine, classiquei fierté / côté masculine, classiquej joute / s'ajoute féminine, classiquea hideux / d'eux masculine, classiqueb pense / récompense féminine, classiquec affronts / poltrons masculine, classiqued équilibres / libres féminine, classiquee maudit / bandit masculine, classiquef nôtres / autres féminine, classiqueg mérité / postérité masculine, classiqueh sommes / hommes féminine, classiquei frémis / endormis masculine, classiquea banderole / parole féminine, classiqueb bon / charbon masculine, classiquec idées / accoudées féminine, classiqued descend / grossissant masculine, classiquee altesse / tristesse féminine, classiquea froid / droit masculine, classiqueb l'indifférence / souffrance féminine, classiquec cadran / tyran masculine, classiqued déclare / pare féminine, classiquee soufflet / gonflait masculine, classiquef sentinelle / aile féminine, classiqueg beffroi / roi masculine, classiqueh rude / solitude féminine, classiquei d'accord / mort masculine, classiquej personne / sonne féminine, classiquek endormis / permis masculine, classiquel indigne / signe féminine, classiquem gaîté / complicité masculine, classiquen rue féminine, classiqueo fait / triomphait masculine, classiquep d'estime / crime féminine, classiqueq précédé / dégradé masculine, classiquer vautre / autre féminine, classiques extorqueurs / cœurs masculine, classiquet inexorable / misérable féminine, classiqueu clous / loups masculine, classiquev résigne / cygne féminine, classiquew l'alcyon / Trimalcion masculine, classiquex opprime / crime féminine, classiquey férocité / cité masculine, classiquez monde / l'immonde féminine, classiquea content / pourtant masculine, classiquea réveille / oreille féminine, classiquec déconcerte / déserte féminine, classiqued mot / sursaut masculine, classiquee compère / prospère féminine, classiquef chien / bien masculine, classiqueg culte / tumulte féminine, classiqueh cris / ris masculine, classiquei tonnerre / Foulques-Nerre féminine, classiqueb dauphins / fins masculine, classiquec j'invente / l'épouvante féminine, classiqued moqueur / cœur masculine, classiquee classe / lasse féminine, classiquef manteau / couteau masculine, classiqueg recule / d'Hercule féminine, classiqueh radieux / dieux masculine, classiquei maîtres / ancêtres féminine, classiquej Aldébaran / tyran masculine, classiquek l'audace / dace féminine, classiquel savoir / noir masculine, classiquem ensanglantée / Mnesthée féminine, classiquen détruit / nuit masculine, classiquea marque / Cléarque féminine, classiqueb Platon / menton masculine, classiquec tue / statue féminine, classiqued fleurs / malheurs masculine, classiquee ruses / muses féminine, classiquef cieux / précieux masculine, classiqueg femmes / infâmes féminine, classiqueb épargné / indigné masculine, classiquea sinistres / registres féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquec l'affaire / guerre féminine, classiqued estropiés / pieds masculine, classiquee prophète / faite féminine, classiquef l'avertissement / subitement masculine, classiqueb horribles / terribles féminine, classiquec rayonnant / tournant masculine, classiqued scélérates / pirates féminine, classiquea pavés / Buvez masculine, classiquea apothéoses / roses féminine, classiqueb illimité / calamité masculine, classiquec rentre / antre féminine, classiqued demi-nus / devenus masculine, classiquee assagètes / sujettes féminine, classiquef nuit / s'épanouit masculine, classiqueg despote / flotte féminine, classiqueh milieu / feu masculine, classiquei décombres / sombres féminine, classiquej d'ennuis / suis masculine, classiqueb l'arrête / fête féminine, classiquec inconnu / venu masculine, classiqued choses / moroses féminine, classiquee vivant / vent masculine, classiquea mortes / portes féminine, classiqueb paix / trompais masculine, classiquec vase / phrase féminine, classiqued l'essentiel / ciel masculine, classiquea mûre / murmure féminine, classiqueb imaginé / damné masculine, classiquec suppure / impure féminine, classiqued valets / j'allais masculine, classiquee dictame / âme féminine, classiquef front / sont masculine, classiqueg Alonze / bronze féminine, classiquea Ratbert / expert masculine, classiqueb n'eusse / Ranuce féminine, classiquea manteau / Campo-Santo masculine, classiqueb oublie / Italie féminine, classiquec d'Orcagna / épargna masculine, classiqued laisse / vieillesse féminine, classiquee genoux / vous masculine, classiquef ressemble / tremble féminine, classiqueg arrivants / vivants masculine, classiqueh l'offense / l'enfance féminine, classiquei dépit / glapit masculine, classiquej funèbres / ténèbres féminine, classiquek vieux / cieux masculine, classiquel monte / honte féminine, classiquem assoupis / pis masculine, classiquen mesures / masures féminine, classiqueo quantité / majesté masculine, classiquea êtes / coupe-têtes féminine, classiqueb brutaux / châteaux masculine, classiquec autres / patenôtres féminine, classiqued danger / manger masculine, classiquee inconnues / nues féminine, classiquef pâleurs / fleurs masculine, classiqueg prébendes / bandes féminine, classiqueh Dauphiné / confiné masculine, classiquei occidentale / s'installe féminine, classiquej marquis / enquis masculine, classiquek Navarres / almogavares féminine, classiquel Grisons / horizons masculine, classiquem soudaines / Ardennes féminine, classiquen vaillant / bâillant masculine, classiqueo capitaine / d'Aquitaine féminine, classiquep tricot / l'Escaut masculine, classiqueq brique / Afrique féminine, classiquer penchés / jonchés masculine, classiques l'Italie / replie féminine, classiquet blancheur / faucheur masculine, classiqueu singe / Thuringe féminine, classiquev cor / encor masculine, classiquew toutes / routes féminine, classiquex bois / abois masculine, classiquey drungaire / guerre féminine, classiquez appui / lui masculine, classiquea large / charge féminine, classiqueb l'orient / riant masculine, classiquec bataille / valetaille féminine, classiqueb vous / jaloux masculine, classiquec empire / pire féminine, classiqued goîtreux / eux masculine, classiquee délivrance / France féminine, classiquef portiers / bénitiers masculine, classiqueg utilise / l'église féminine, classiquea généraux / bourreaux masculine, classiqueb expulse / Trivulce féminine, classiquec là / Totila masculine, classiquea rouille / quenouille féminine, classiqueb fossé / chassé masculine, classiquec souvienne / d'Albon-Vienne féminine, classiqued vainqueurs / cœurs masculine, classiquea l'empire / dire féminine, classiqueb lâcheté / ôté masculine, classiquec éclipsée / pensée féminine, classiquea chaud / Bientôt masculine, classiquea pèse / s'apaise féminine, classiquea d'autrefois / rois masculine, classiqueb traîtres / d'ancêtres féminine, classiquec lointain / festin masculine, classiqued sévères / verres féminine, classiquee laid / gantelet masculine, classiquef pouce / pousse féminine, classiquea peur / trompeur masculine, classiqueb natures / pourritures féminine, classiquec bons / tombons masculine, classiqued farouches / mouches féminine, classiquea clairons / fronts masculine, classiqueb l'année / acharnée féminine, classiquec vieillards / brouillards masculine, classiqueb rire / dire féminine, classiquec décroissant / d'absent masculine, classiqued patrie / flétrie féminine, classiquee fleur / douleur masculine, classiquef traîtres / reîtres féminine, classiqueg main / romain masculine, classiqueh d'Agricole / d'école féminine, classiquei d'achever / lever masculine, classiqueb douce / mousse féminine, classiquec reflux / plus masculine, classiquea décourage / d'orage féminine, classiqueb l'accablement / dormant masculine, classiquec princes / provinces féminine, classiqued effrayant / ayant masculine, classiquee paupières / pierres féminine, classiquef Ventoux / tous masculine, classiqueg mêlée / échevelée féminine, classiqueh liberté / déserté masculine, classiquei issue / massue féminine, classiquea niés / imaginiez masculine, classiqueb prêtre / être féminine, classiquec soit / droit masculine, classiqued fautes / hautes féminine, classiquee sûr / obscur masculine, classiqueb rayonnante / frissonnante féminine, classiquec ignoré / désemparé masculine, classiqued nature / l'aventure féminine, classiquee inconnu / retenu masculine, classiquef Justice / l'engloutisse féminine, classiqueg l'univers / pervers masculine, classiqueh criminelles / éternelles féminine, classiquea clément / patiemment masculine, classiqueb signe / hache / digne féminine, classiquec plaît / collet masculine, classiqued salue / voulue féminine, classiquee roi / ôtez-la-moi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
1013 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources