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La légende des siècles, 1859· VII L’Italie — Ratbert

La Confiance du marquis Fabrice

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 756 vers

I Isora de final — Fabrice d’Albenga

Tout au bord de la mer‖ de Gênes, sur un montQui jadis vit passer‖ les francs de Pharamond,Un enfant, un aïeul,‖ seuls dans la citadelleDe Final sur qui veille‖ une garde fidèle,Vivent bien entourés‖ de murs et de ravins ;Et l'enfant a cinq ans‖ et l'aïeul quatre-vingts.

L'enfant est Isora‖ de Final, héritièreDu fief dont Witikind‖ a tracé la frontière ;L'orpheline n'a plus‖ près d'elle que l'aïeul.L'abandon sur Final‖ a jeté son linceul ;L'herbe, dont par endroits‖ les dalles sont couvertes,Aux fentes des pavés‖ fait des fenêtres vertesSur la route oubliée‖ on n'entend plus un pas ;Car le père et la mère,‖ hélas ! ne s'en vont pasSans que la vie autour‖ des enfants s'assombrisse.

L'aïeul est le marquis‖ d'Albenga, ce FabriceQui fut bon ; cher au pâtre,‖ aimé du laboureur ;Il fut, pour guerroyer‖ le pape ou l'empereur,Commandeur de la mer‖ et général des villes ;Gênes le fit abbé‖ du peuple, et, des mains vilesAyant livré l'état‖ aux rois, il combattit.Tout homme auprès de lui‖ jadis semblait petit ;L'antique Sparte était‖ sur son visage empreinte ;La loyauté mettait‖ sa cordiale étreinteDans la main de cet homme‖ à bien faire obstiné.Comme il était bâtard‖ d'Othon, dit le Non-NéParce qu'on le tira,‖ vers l'an douze cent trente,Du ventre de sa mère‖ Honorate expirante,Les rois faisaient dédain‖ de ce fils belliqueux ;Fabrice s'en vengeait‖ en étant plus grand qu'eux.A vingt ans, il était‖ blond et beau ; ce jeune hommeAvait l'air d'un tribun‖ militaire de Rome ;Comme pour exprimer‖ les détours du destinDont le héros triomphe,‖ un graveur florentinAvait sur son écu‖ sculpté le labyrinthe ;Les femmes l'admiraient,‖ se montrant avec crainteLa tête de lion‖ qu'il avait dans le dos.Il a vu les plus fiers,‖ Requesens et Chandos,Et Robert, avoué‖ d'Arras, sieur de Béthune,Fuir devant son épée‖ et devant sa fortune ;Les princes pâlissaient‖ de l'entendre gronder ;Un jour, il a forcé‖ le pape à demanderUne fuite rapide‖ aux galères de Gênes ;C'était un grand briseur‖ de lances et de chaînes,Guerroyant volontiers,‖ mais surtout délivrant ;Il a par tous été‖ proclamé le plus grandD'un siècle fort auquel‖ succède un siècle traître ;Il a toujours frémi‖ quand des bouches de prêtreDans les sombres clairons‖ de la guerre ont soufflé ;Et souvent de saint Pierre‖ il a tordu la cléDans la vieille serrure‖ horrible de l'église.Sa bannière cherchait‖ la bourrasque et la bise ;Plus d'un monstre a grincé‖ des dents sous son talon,Son bras se raidissait‖ chaque fois qu'un félonDéformait quelque état‖ populaire en royaume.Allant, venant dans l'ombre‖ ainsi qu'un grand fantôme,Fier, levant dans la nuit‖ son cimier flamboyant,Homme auguste au dedans,‖ ferme au dehors, ayantEn lui toute la gloire‖ et toute la patrie,Belle âme invulnérable‖ et cependant meurtrie,Sauvant les lois, gardant‖ les murs, vengeant les droits,Et sonnant dans la nuit‖ sous tous les coups des rois,Cinquante ans, ce soldat,‖ dont la tête enfin plie,Fut l'armure de fer‖ de la vieille Italie,Et ce noir siècle, à qui‖ tout rayon semble ôté,Garde quelque lueur‖ encor de son côté.

II Le défaut de cuirasse

Maintenant il est vieux ;‖ son donjon, c'est son cloître ;Il tombe, et, déclinant,‖ sent dans son âme croîtreLa confiance honnête‖ et calme des grands cœurs ;Le brave ne croit pas‖ au lâche, les vainqueursSont forts, et le héros‖ est ignorant du fourbe.Ce qu'osent les tyrans,‖ ce qu'accepte la tourbe,Il ne le sait ; il est‖ hors de ce siècle vil ;N'en étant vu qu'à peine,‖ à peine le voit-il ;N'ayant jamais de ruse,‖ il n'eut jamais de crainte ;Son défaut fut toujours‖ la crédulité sainte,Et, quand il fut vaincu,‖ ce fut par loyauté ;Plus de péril lui fait‖ plus de sécurité.Comme dans un exil‖ il vit seul dans sa gloire,Oublié ; l'ancien peuple‖ a gardé sa mémoire,Mais le nouveau le perd‖ dans l'ombre, et ce vieillard,Qui fut astre, s'éteint‖ dans un morne brouillard.

Dans sa brume, où les feux‖ du couchant se dispersent,Il a cette mer vaste‖ et ce grand ciel qui versentSur le bonheur la joie‖ et sur le deuil l'ennui.

Tout est derrière lui‖ maintenant ; tout a fui ;L'ombre d'un siècle entier‖ devant ses pas s'allonge ;Il semble des yeux suivre‖ on ne sait quel grand songe ;Parfois, il marche et va‖ sans entendre et sans voir.Vieillir, sombre déclin !‖ l'homme est triste le soir ;Il sent l'accablement‖ de l'œuvre finissante.On dirait par instants‖ que son âme s'absente,Et va savoir là-haut‖ s'il est temps de partir.

Il n'a pas un remords‖ et pas un repentir ;Après quatre-vingts ans‖ son âme est toute blanche ;Parfois, à ce soldat‖ qui s'accoude et se penche,Quelque vieux mur, croulant‖ lui-même, offre un appui ;Grave, il pense, et tous ceux‖ qui sont auprès de luiL'aiment ; il faut aimer‖ pour jeter sa racineDans un isolement‖ et dans une ruine ;Et la feuille de lierre‖ a la forme d'un cœur.

III Aïeul maternel

Ce vieillard, c'est un chêne‖ adorant une fleur ;A présent un enfant‖ est toute sa famille.Il la regarde, il rêve ;‖ il dit : « C'est une fille,Tant mieux ! » étant aïeul‖ du côté maternel.

La vie en ce donjon‖ a le pas solennel ;L'heure passe et revient‖ ramenant l'habitude.

Ignorant le soupçon,‖ la peur, l'inquiétude,Tous les matins, il boucle‖ à ses flancs refroidisSon épée, aujourd'hui‖ rouillée, et qui jadisAvait la pesanteur‖ de la chose publique ;Quand parfois du fourreau,‖ vénérable relique,Il arrache la lame‖ illustre avec effort,Calme, il y croit toujours‖ sentir peser le sort.Tout homme ici-bas porte‖ en sa main une chose,Où, du bien et du mal,‖ de l'effet, de la cause,Du genre humain, de Dieu,‖ du gouffre, il sent le poids ;Le juge au front morose‖ a son livre des lois,Le roi son sceptre d'or,‖ le fossoyeur sa pelle.

Tous les soirs il conduit‖ l'enfant à la chapelle ;L'enfant prie, et regarde‖ avec ses yeux si beaux,Gaie, et questionnant‖ l'aïeul sur les tombeaux ;Et Fabrice a dans l'œil‖ une humide étincelle.La main qui tremble aidant‖ la marche qui chancelle,Ils vont sous les portails‖ et le long des piliersPeuplés de séraphins‖ mêlés aux chevaliers ;Chaque statue, émue‖ à leur pas doux et sombre,Vibre, et toutes ont l'air‖ de saluer dans l'ombre,Les héros le vieillard,‖ et les anges l'enfant.

Parfois Isoretta,‖ que sa grâce défend,S'échappe dès l'aurore‖ et s'en va jouer seuleDans quelque grande tour‖ qui lui semble une aïeuleEt qui mêle, croulante‖ au milieu des buissons,La légende romane‖ aux souvenirs saxons.Pauvre être qui contient‖ toute une fière race,Elle trouble, en passant,‖ le bouc, vieillard voraceDans les fentes des murs‖ broutant le câprier ;Pendant que derrière elle‖ on voit l'aïeul prier,— Car il ne tarde pas‖ à venir la rejoindre,Et cherche son enfant‖ dès qu'il voit l'aube poindre, —Elle court, va, revient,‖ met sa robe en haillons,Erre de tombe en tombe‖ et suit des papillons,Ou s'assied, l'air pensif,‖ sur quelque âpre architrave ;Et la tour semble heureuse‖ et l'enfant paraît grave ;La ruine et l'enfance‖ ont de secrets accords,Car le temps sombre y met‖ ce qui reste des morts.

IV Un seul homme sait où est caché le trésor

Dans ce siècle où tout peuple‖ a son chef qui le broie,Parmi les rois vautours‖ et les princes de proie,Certe, on n'en trouverait‖ pas un qui méprisâtFinal, donjon splendide‖ et riche marquisat ;Tous les ans, les alleux,‖ les rentes, les censives,Surchargent vingt mulets‖ de sacoches massives ;La grande tour surveille,‖ au milieu du ciel bleu,Le sud, le nord, l'ouest‖ et l'est, et saint Mathieu,Saint Marc, saint Luc, saint Jean,‖ les quatre évangélistes,Sont sculptés et dorés‖ sur les quatre balistes ;La montagne a pour garde,‖ en outre, deux châteaux,Soldats de pierre ayant‖ du fer sous leurs manteaux.Le trésor, quand du coffre‖ on détache les boucles,Semble à qui l'entrevoit‖ un rêve d'escarboucles ;Ce trésor est muré‖ dans un caveau discretDont le marquis régnant‖ garde seul le secret,Et qui fut autrefois‖ le puits d'une sachette ;Fabrice maintenant‖ connaît seul la cachette ;Le fils de Witikind‖ vieilli dans les combats,Othon, scella jadis‖ dans les chambres d'en basVingt caissons dont le fer‖ verrouille les façades,Et qu'Anselme plus tard‖ fit remplir de cruzades,Pour que dans l'avenir‖ jamais on n'en manquât ;Le casque du marquis‖ est en or de ducat ;On a sculpté deux rois‖ persans, Narse et Tigrane,Dans la visière aux trous‖ grillés de filigrane,Et sur le haut cimier,‖ taillé d'un seul onyx,Un brasier de rubis‖ brûle l'oiseau Phénix ;Et le seul diamant‖ du sceptre pèse une once.

V Le corbeau

Un matin, les portiers‖ sonnent du cor. Un nonceSe présente ; il apporte,‖ assisté d'un coureur,Une lettre du roi‖ qu'on nomme l'empereur ;Ratbert écrit qu'avant‖ de partir pour TarenteIl viendra visiter‖ Isora, sa parente,Pour lui baiser le front‖ et pour lui faire honneur.

Le nonce, s'inclinant,‖ dit au marquis : — Seigneur,Sa majesté ne fait‖ de visites qu'aux reines.

Au message émané‖ de ses mains très sereinesL'empereur joint un don‖ splendide et triomphant ;C'est un grand chariot‖ plein de jouets d'enfant ;Isora bat des mains‖ avec des cris de joie.

Le nonce, retournant‖ vers celui qui l'envoie,Prend congé de l'enfant,‖ et, comme procureurDu très victorieux‖ et très noble empereur,Fait le salut qu'on fait‖ aux têtes souveraines.

— Qu'il soit le bienvenu !‖ Bas le pont ! bas les chaînes !Dit le marquis ; sonnez‖ la trompe et l'olifant ! —Et, fier de voir qu'on traite‖ en reine son enfant,La joie a rayonné‖ sur sa face loyale.

Or, comme il relisait‖ la lettre impériale,Un corbeau qui passait‖ fit de l'ombre dessus.— Les oiseaux noirs guidaient‖ judas cherchant Jésus ;Sire, vois ce corbeau,‖ dit une sentinelle.Et, regardant l'oiseau‖ planer sur la tournelle :— Bah ! dit l'aïeul, j'étais‖ pas plus haut que cela,Compagnon, que déjà‖ ce corbeau que voilà,Dans la plus fière tour‖ de toute la contréeAvait bâti son nid,‖ dont on voyait l'entrée ;Je le connais ; le soir,‖ volant dans la vapeur,Il criait ; tous tremblaient ;‖ mais, loin d'en avoir peur,Moi petit, je l'aimais ;‖ ce corbeau centenaireÉtant un vieux voisin‖ de l'astre et du tonnerre.

VI Le père et la mère

Les marquis de Final‖ ont leur royal tombeauDans une cave où luit,‖ jour et nuit, un flambeau ;Le soir, l'homme qui met‖ de l'huile dans les lampesA son heure ordinaire‖ en descendit les rampes ;Là, mangé par les vers‖ dans l'ombre de la mort,Chaque marquis auprès‖ de sa marquise dort,Sans voir cette clarté‖ qu'un vieil esclave apporte.A l'endroit même où pend‖ la lampe, sous la porte,Était le monument‖ des deux derniers défunts ;Pour raviver la flamme‖ et brûler des parfums,Le serf s'en approcha ;‖ sur la funèbre table,Sculpté très ressemblant,‖ le couple lamentableDont Isora, sa dame,‖ était l'unique enfant,Apparaissait ; tous deux,‖ dans cet air étouffant,Silencieux, couchés‖ côte à côte, statuesAux mains jointes, d'habits‖ seigneuriaux vêtues,L'homme avec son lion,‖ la femme avec son chien.Il vit que le flambeau‖ nocturne brûlait bien ;Puis, courbé, regarda,‖ des pleurs dans la paupière,Ce père de granit,‖ cette mère de pierre ;Alors il recula,‖ pâle ; car il crut voirQue ces deux fronts, tournés‖ vers la voûte au fond noir,S'étaient subitement‖ assombris sur leur couche,Elle ayant l'air plus triste‖ et lui l'air plus farouche.

VII Joie au château

Une file de longs‖ et pesants chariotsQui précède ou qui suit‖ les camps impériaux,Marche là-bas avec‖ des éclats de trompetteEt des cris que l'écho‖ des montagnes répète ;Un gros de lances brille‖ à l'horizon lointain.

La cloche de Final tinte, et c’est ce matinQue, du noble empereur‖ on attend la visite.

On arrache des tours‖ la ronce parasite ;On blanchit à la chaux‖ en hâte les grands murs ;On range dans la cour‖ des plateaux de fruits mûrs ;Des grenades venant‖ des vieux monts Alpujarres,Le vin dans les barils‖ et l'huile dans les jarres ;L'herbe et la sauge en fleur‖ jonchent tout l'escalier ;Dans la cuisine un feu‖ rôtit un sanglier ;On voit fumer les peaux‖ des bêtes qu'on écorche ;Et tout rit ; et l'on a‖ tendu sous le grand porcheUne tapisserie‖ où Blanche d'Est jadisA brodé trois héros,‖ Macchabée, Amadis,Achille, et le fanal‖ de Rhode, et le quadrigeD'Aétius, vainqueur‖ du peuple latobrige,Et, dans trois médaillons‖ marqués d'un chiffre en or,Trois poètes, Platon,‖ Plaute et Scaeva Memor.Ce tapis autrefois‖ ornait la grande chambre ;Au dire des vieillards,‖ l'effrayant roi sicambre,Witikind, l'avait fait‖ clouer en cet endroit,De peur que dans leur lit‖ ses enfants n'eussent froid.

VIII La toilette d’Isora

Cris, chansons ; et voilà‖ ces vieilles tours vivantes.La chambre d'Isora‖ se remplit de servantes ;Pour faire un digne accueil‖ au roi d'Arle, on revêtL'enfant de ses habits‖ de fête ; à son chevet,L'aïeul, dans un fauteuil‖ d'orme incrusté d'érable,S'assied, songeant aux jours‖ passés, et, vénérable,Il contemple Isora,‖ front joyeux, cheveux d'or,Comme les chérubins‖ peints dans le corridor,Regard d'enfant Jésus‖ que porte la madone,Joue ignorante où dort‖ le seul baiser qui donneAux lèvres la fraîcheur,‖ tous les autres étantDes flammes, même, hélas !‖ quand le cœur est content.Isore est sur le lit‖ assise, jambes nues ;Son œil bleu rêve avec‖ des lueurs ingénues ;L'aïeul rit, doux reflet‖ de l'aube sur le soir !Et le sein de l'enfant,‖ demi-nu, laisse voirCe bouton rose, germe‖ auguste des mamelles ;Et ses beaux petits bras‖ ont des mouvements d'ailes.Le vétéran lui prend‖ les mains, les réchauffant ;Et, dans tout ce qu'il dit‖ aux femmes, à l'enfant,Sans ordre, en en laissant‖ deviner davantage,Espèce de murmure‖ enfantin du grand âge,Il semble qu'on entend‖ parler toutes les voixDe la vie, heur, malheur,‖ à présent, autrefois,Deuil, espoir, souvenir,‖ rire et pleurs, joie et peine ;Ainsi tous les oiseaux‖ chantent dans le grand chêne.

— Fais-toi belle ; un seigneur‖ va venir ; il est bon ;C'est l'empereur ; un roi,‖ ce n'est pas un barbonComme nous ; il est jeune ;‖ il est roi d'Arle, en France ;Vois-tu, tu lui feras‖ ta belle révérence,Et tu n'oublieras pas‖ de dire : monseigneur.Vois tous les beaux cadeaux‖ qu'il nous fait ! Quel bonheur !Tous nos bons paysans‖ viendront, parce qu'on t'aime ;Et tu leur jetteras‖ des sequins d'or, toi-même,De façon que cela‖ tombe dans leur bonnet.Et le marquis, parlant‖ aux femmes, leur prenaitLes vêtements des mains.— Laissez, que je l’habille !Oh ! quand sa mère était‖ toute petite fille,Et que j'étais déjà‖ barbe grise, elle avaitCoutume de venir‖ dès l'aube à mon chevet ;Parfois, elle voulait‖ m'attacher mon épée,Et, de la dureté‖ d'une boucle occupée,Ou se piquant les doigts‖ aux clous du ceinturon,Elle riait. C'était‖ le temps où mon claironSonnait superbement‖ à travers l'Italie.Ma fille est maintenant‖ sous terre, et nous oublie.D'où vient qu'elle a quitté‖ sa tâche, ô dure loi !Et qu'elle dort déjà‖ quand je veille encor, moi ?La fille qui grandit‖ sans la mère, chancelle.Oh ! c'est triste, et je hais‖ la mort. Pourquoi prend-elleCette jeune épousée‖ et non mes pas tremblants ?Pourquoi ces cheveux noirs‖ et non mes cheveux blancs ?

Et, pleurant, il offrait‖ à l'enfant des dragées.

— Les choses ne sont pas‖ ainsi bien arrangées ;Celui qui fait le choix‖ se trompe ; il serait mieuxQue l'enfant eût la mère‖ et la tombe le vieux.Mais de la mère au moins‖ il sied qu'on se souvienne ;Et, puisqu'elle a ma place,‖ hélas ! je prends la sienne.

« Vois donc le beau soleil‖ et les fleurs dans les prés !C'est par un jour pareil,‖ les grecs étant rentrésDans Smyrne, le plus grand‖ de leurs ports maritimes,Que, le bailli de Rhode‖ et moi, nous les battîmes.Mais regarde-moi donc‖ tous ces beaux jouets-là !Vois ce reître, on dirait‖ un archer d'Attila.Mais c'est qu'il est vêtu‖ de soie et non de serge !Et le chapeau d'argent‖ de cette sainte Vierge !Et ce bonhomme en or !‖ Ce n'est pas très hideux.Mais comme nous allons‖ jouer demain tous deux !Si ta mère était là,‖ qu'elle serait contente !Ah ! quand on est enfant,‖ ce qui plaît, ce qui tente,C'est un hochet qui sonne‖ un moment dans la main,Peu de chose le soir‖ et rien le lendemain ;Plus tard, on a le goût‖ des soldats véritables,Des palefrois battant‖ du pied dans les étables,Des drapeaux, des buccins‖ jetant de longs éclats,Des camps, et c'est toujours‖ la même chose, hélas !Sinon qu'alors on a‖ du sang à ses chimères.Tout est vain. C'est égal,‖ je plains les pauvres mèresQui laissent leurs enfants‖ derrière elles ainsi. —

Ainsi parlait l'aïeul,‖ l'œil de pleurs obscurci,Souriant cependant,‖ car telle est l'ombre humaine.Tout à l'ajustement‖ de son ange de reine,Il habillait l'enfant,‖ et, tandis qu'à genouxLes servantes chaussaient‖ ces pieds charmants et douxEt, les parfumant d'ambre,‖ en lavaient la poussière,Il nouait gauchement‖ la petite brassière,Ayant plus d'habitude‖ aux chemises d'acier.

IX Joie hors du château

Le soir vient, le soleil‖ descend dans son brasier ;Et voilà qu'au penchant‖ des mers, sur les collines,Partout, l'es milans roux,‖ les chouettes félines,L'autour glouton, l'orfraie‖ horrible dont l'œil luitAvec du sang le jour,‖ qui devient feu la nuit,Tous les tristes oiseaux‖ mangeurs de chair humaine,Fils de ces vieux vautours‖ nés de l'aigle romaineQue la louve d'airain‖ aux cirques appela,Qui suivaient Marius‖ et connaissaient Sylla,S'assemblent ; et les uns,‖ laissant un crâne chauve,Les autres, aux gibets‖ essuyant leur bec fauve,D'autres, d'un mât rompu‖ quittant les noirs agrès,D'autres, prenant leur vol‖ du mur des lazarets,Tous, joyeux et criant,‖ en tumulte et sans nombre,Ils se montrent Final,‖ la grande cime sombreQu'Othon, fils d'Aleram‖ le Saxon, crénela,Et se disent entre eux :‖ Un empereur est là !

X Suite de la joie

Cloche ; acclamations ;‖ gémissements ; fanfares ;Feux de joie ; et les tours‖ semblent toutes des phares,Tant on a, pour fêter‖ ce jour grand à jamais,De brasiers frissonnants‖ encombré leurs sommets.La table colossale‖ en plein air est dressée.Ce qu'on a sous les yeux‖ répugne à la penséeEt fait peur ; c'est la joie‖ effrayante du mal ;C'est plus que le démon,‖ c'est moins que l'animal ;C'est la cour du donjon‖ tout entière rougieD'une prodigieuse‖ et ténébreuse orgie ;C'est Final, mais Final‖ vaincu, tombé, flétri ;C'est un chant dans lequel‖ semble se tordre un cri ;Un gouffre où les lueurs‖ de l'enfer sont voisinesDu rayonnement calme‖ et joyeux des cuisines ;Le triomphe de l'ombre,‖ obscène, effronté, cru ;Le souper de Satan‖ dans un rêve apparu.

A l'angle de la cour,‖ ainsi qu'un témoin sombre,Un squelette de tour,‖ formidable décombre,Sur son faîte vermeil‖ d'où s'enfuit le corbeau,Dresse et secoue aux vents,‖ brûlant comme un flambeau,Tout le branchage et tout‖ le feuillage d'un orme ;Valet géant portant‖ un chandelier énorme.

Le drapeau de l'empire,‖ arboré sur ce bruit,Gonfle son aigle immense‖ au souffle de la nuit.

Tout un cortège étrange‖ est là : femmes et prêtres ;Prélats parmi les ducs,‖ moines parmi les reîtres ;Les crosses et les croix‖ d'évêques, au milieuDes piques et des dards,‖ mêlent aux meurtres Dieu,Les mitres figurant‖ de plus gros fers de lance.Un tourbillon d'horreur,‖ de nuit, de violence,Semble emplir tous ces cœurs ;‖ que disent-ils entre eux,Ces hommes ? En voyant‖ ces convives affreux,On doute si l'aspect‖ humain est véritable ;Un sein charmant se dresse‖ au-dessus de la table,On redoute au-dessous‖ quelque corps tortueux ;C'est un de ces banquets‖ du monde monstrueuxQui règne et vit depuis‖ les Héliogabales ;Le luth lascif s'accouple‖ aux féroces cymbales ;Le cynique baiser‖ cherche à se prodiguer ;Il semble qu'on pourrait‖ à peine distinguerDe ces hommes les loups,‖ les chiennes de ces femmes ;A travers l'ombre, on voit‖ toutes les soifs infâmes,Le désir, l'instinct vil,‖ l'ivresse aux cris hagards,Flamboyer dans l'étoile‖ horrible des regards.

Quelque chose de rouge‖ entre les dalles fume ;Mais, si tiède que soit‖ cette douteuse écume,Assez de barils sont‖ éventrés et crevésPour que ce soit du vin‖ qui court sur les pavés.

Est-ce une vaste noce ?‖ est-ce un deuil morne et triste ?On ne sait pas à quel‖ dénoûment on assiste,Si c'est quelque affreux monde‖ à la terre étranger,Si l'on voit des vivants‖ ou des larves manger,Et si ce qui dans l'ombre‖ indistincte surnageEst la fin d'un festin‖ ou la fin d'un carnage.

Par moments, le tambour,‖ le cistre, le clairon,Font ces rages de bruit‖ qui rendaient fou Néron.Ce tumulte rugit,‖ chante, boit, mange, râle,Sur un trône est assis‖ Ratbert, content et pâle.

C'est, parmi le butin,‖ les chants, les arcs de fleurs,Dans un antre de rois‖ un Louvre de voleurs.

Presque nue au milieu‖ des montagnes de roses,Comme des déités‖ dans les apothéoses,Altière, recevant‖ vaguement les saluts,Marquant avec ses doigts‖ la mesure des luths,Ayant dans le gala‖ les langueurs de l'alcôve,Près du maître sourit‖ Matha, la blonde fauve ;Et sous la table, heureux,‖ du genou la pressant,Le roi cherche son pied‖ dans les mares de sang.

Les grands brasiers, ouvrant‖ leur gouffre d'étincelles,Font resplendir les ors‖ d'un chaos de vaisselles ;On ébrèche aux moutons,‖ aux lièvres montagnards,Aux faisans, les couteaux‖ tout à l'heure poignards ;Sixte Malaspina,‖ derrière le roi, songe ;Toute lèvre se rue‖ à l'ivresse et s'y plonge ;On achève un mourant‖ en perçant un tonneau ;L'œil croit, parmi les os‖ de chevreuil et d'agneau,Aux tremblantes clartés‖ que les flambeaux prolongent,Voir des profils humains‖ dans ce que les chiens rongent ;Des chanteurs grecs, portant‖ des images d'étainSur leurs chapes, selon‖ l'usage byzantin,Chantent Ratbert, césar,‖ roi, vainqueur, dieu, génie ;On entend sous les bancs‖ des soupirs d'agonie ;Une odeur de tuerie‖ et de cadavres fraisSe mêle au vague encens‖ brûlant dans les coffret ;Et les boîtes d'argent‖ sur des trépieds de nacre ;Les pages, les valets,‖ encor chauds du massacre,Servent dans le banquet‖ leur empereur raviEt sombre, après l'avoir‖ dans le meurtre servi ;Sur le bord des plats d'or‖ on voit des mains sanglantes ;Ratbert s'accoude avec‖ des poses indolentes ;Au-dessus du festin,‖ dans le ciel blanc du soir,De partout, des hanaps,‖ du buffet, du dressoir,Des plateaux où les paons‖ ouvrent leurs larges queues,Des écuelles où brûle‖ un philtre aux lueurs bleues,Des verres, d'hypocras‖ et de vin écumants,Des bouches des buveurs,‖ des bouches des amants,S'élève une vapeur‖ gaie, ardente, enflammée,Et les âmes des morts‖ sont dans cette fumée.

XI Toutes les faims satisfaites

C'est que les noirs oiseaux‖ de l'ombre ont eu raison,C'est que l'orfraie a bien‖ flairé la trahison,C'est qu'un fourbe a surpris‖ le vaillant sans défense,C'est qu'on vient d'écraser‖ la vieillesse et l'enfance.En vain quelques soldats‖ fidèles ont vouluRésister, à l'abri‖ d'un créneau vermoulu ;Tous sont morts ; et de sang‖ les dalles sont trempées,Et la hache, l'estoc,‖ les masses, les épéesN'ont fait grâce à pas un,‖ sur l'ordre que donnaLe roi d'Arle au prévôt‖ Sixte Malaspina.Et, quant aux plus mutins,‖ c'est ainsi que les nommeL'aventurier royal‖ fait empereur par Rome,Trente sur les crochets‖ et douze sur le palExpirent au-dessus‖ du porche principal.

Tandis qu'en joyeux chants‖ les vainqueurs se répandent,Auprès de ces poteaux‖ et de ces croix où pendentCeux que Malaspina‖ vient de supplicier,Corbeaux, hiboux, milans,‖ tout l'essaim carnassier,Venus des monts, des bois,‖ des cavernes, des havres,S'abattent par volée,‖ et font sur les cadavresUn banquet, moins hideux‖ que celui d'à côté.

Ah ! le vautour est triste‖ à voir, en vérité,Déchiquetant sa proie‖ et planant ; on s'effraieDu cri de la fauvette‖ aux griffes de l'orfraie ;L'épervier est affreux‖ rongeant des os brisésPourtant, par l'ombre immense‖ on les sent excusés,L'impénétrable faim‖ est la loi de la terre,Et le ciel, qui connaît‖ la grande énigme austère,La nuit, qui sert de fond‖ au guet mystérieuxDu hibou promenant‖ la rondeur de ses yeuxAinsi qu'à l'araignée‖ ouvrant ses pâles toiles,Met à ce festin sombre‖ une nappe d'étoiles ;Mais l'être intelligent,‖ le fils d'Adam, l'éluQui doit trouver le bien‖ après l'avoir voulu,L'homme exterminant l'homme‖ et riant, épouvante,Même au fond de la nuit,‖ l'immensité vivante,Et, que le ciel soit noir‖ ou que le ciel soit bleu,Caïn tuant Abel‖ est la stupeur de Dieu.

XII Que c’est Fabrice qui est un traître

Un homme qu'un piquet‖ de lansquenets escorte,Qui tient une bannière‖ inclinée, et qui porteUne jacque de vair‖ taillée en éventail,Un héraut, fait ce cri‖ devant le grand portail :

« Au nom de l'empereur‖ clément et plein de gloire,— Dieu le protège ! — peuple !‖ il est pour tous notoireQue le traître marquis‖ Fabrice d'AlbengaJadis avec les gens‖ des villes se ligua,Et qu'il a maintes fois‖ guerroyé le saint-siège ;C'est pourquoi l'empereur‖ très clément, — Dieu protègeL'empereur ! — le citant‖ à son haut tribunal,A pris possession‖ de l'état de Final. »

L'homme ajoute, dressant‖ sa bannière penchée :— Qui me contredira,‖ soit sa tête tranchée,Et ses biens confisqués‖ à l'empereur. J'ai dit.

XIII Silence

Tout à coup on se tait ;‖ ce silence grandit,Et l'on dirait qu'au choc‖ brusque d'un vent qui tombeCet enfer a repris‖ sa figure de tombe ;Ce pandémonium,‖ ivre d'ombre et d'orgueil,S'éteint ; c'est qu'un vieillard‖ a paru sur le seuil ;Un prisonnier, un juge,‖ un fantôme ; l'ancêtre !

C’est Fabrice.On l’amène à la merci du maître.Ses blêmes cheveux blancs‖ couronnent sa pâleur ;Il a les bras liés‖ au dos comme un voleur ;Et, pareil au milan‖ qui suit des yeux sa proie,Derrière le captif‖ marche, sans qu'il le voie,Un homme qui tient haute‖ une épée à deux mains.

Matha, fixant sur lui‖ ses beaux yeux inhumains,Rit sans savoir pourquoi,‖ rire étant son caprice.Dix valets de la lance‖ environnent Fabrice.Le roi dit : — Le trésor‖ est caché dans un lieuQu'ici tu connais seul,‖ et je jure par DieuQue, si tu dis l'endroit,‖ marquis, ta vie est sauve.

Fabrice lentement‖ lève sa tête chauveEt se tait.Le roi dit : Es-tu sourd, compagnon ?Un reître avec le doigt‖ fait signe au roi que non.— Marquis, parle ! ou sinon,‖ vrai comme je me nommeEmpereur des Romains,‖ roi d'Arle et gentilhomme,Lion, tu vas japper‖ ainsi qu'un épagneul.Ici, bourreaux ! — Réponds, le trésor ?Et l’aïeulSemble, droit et glacé‖ parmi les fers de lance,Avoir déjà pris place‖ en l'éternel silence.

Le roi dit : — Préparez‖ les coins et les crampons.Pour la troisième fois‖ parleras-tu ? Réponds.Fabrice, sans qu'un mot‖ d'entre ses lèvres sorte,Regarde le roi d'Arle‖ et d'une telle sorte,Avec un si superbe‖ éclair, qu'il l'interdit ;Et Ratbert, furieux‖ sous ce regard, bonditEt crie, en s'arrachant‖ le poil de la moustache :— Je te trouve idiot‖ et mal en point, et sacheQue les jouets d'enfant‖ étaient pour toi, vieillard !Çà, rends-moi ce trésor,‖ fruit de tes vols, pillard !Et ne m'irrite pas,‖ ou ce sera ta faute,Et je vais envoyer‖ sur ta tour la plus hauteTa tête au bout d'un pieu‖ se taire dans la nuit.

Mais l'aïeul semble d'ombre‖ et de pierre construit ;On dirait qu'il ne sait‖ pas même qu'on lui parle.

— Le brodequin ! A toi,‖ bourreau ! dit le roi d'Arle,

Le bourreau vient, la foule‖ effarée écoutait.

On entend l'os crier,‖ mais la bouche se tait.

Toujours prêt à frapper‖ le prisonnier en traître,Le coupe-tête jette‖ un coup d'œil à son maître.— Attends que je te fasse‖ un signe, dit Ratbert.Et, reprenant :— Voyons, toi chevalier haubert,Mais cadet, toi marquis,‖ mais bâtard, si tu donnesCes quelques diamants‖ de plus à mes couronnes,Si tu veux me livrer‖ ce trésor, je te faisPrince, et j'ai dans mes ports‖ dix galères de FezDont je te fais présent‖ avec cinq cents esclaves.

Le vieillard semble sourd et muet.— Tu me braves !Eh bien ! tu vas pleurer,‖ dit le fauve empereur.

XIV Ratbert rend l’enfant à l’aïeul

Et voici qu'on entend‖ comme un souffle d'horreurFrémir, même en cette ombre‖ et même en cette horde.Une civière passe,‖ il y pend une corde ;Un linceul la recouvre ;‖ on la pose à l'écart ;On voit deux pieds d'enfants‖ qui sortent du brancard.Fabrice, comme au vent‖ se renverse un grand arbre,Tremble, et l'homme de chair‖ sous cet homme de marbreReparaît ; et Ratbert‖ fait lever le drap noir.

C'est elle ! Isora ! pâle,‖ inexprimable à voir,Étranglée ; et sa main‖ crispée, et cela navre,Tient encore un hochet ;‖ pauvre petit cadavre !

L'aïeul tressaille avec‖ la force d'un géant ;Formidable, il arrache‖ au brodequin béantSon pied dont le bourreau‖ vient de briser le pouce ;Les bras toujours liés,‖ de l'épaule il repousseTout ce tas de démons,‖ et va jusqu'à l'enfant,Et sur ses deux genoux‖ tombe, et son cœur se fend.Il crie en se roulant‖ sur la petite morte :

— Tuée ! ils l'ont tuée !‖ et la place était forte,Le pont avait sa chaîne‖ et la herse ses poids,On avait des fourneaux‖ pour le soufre et la poix,On pouvait mordre avec‖ ses dents le roc farouche,Se défendre, hurler,‖ lutter, s'emplir la boucheDe feu, de plomb fondu,‖ d'huile, et les leur cracherA la figure avec‖ les éclats du rocher !Non ! on a dit : Entrez,‖ et, par la porte ouverte,Ils sont entrés ! la vie‖ à la mort s'est offerte !On a livré la place,‖ on n'a point combattu !Voilà la chose ; elle est‖ toute simple ; ils n'ont euAffaire qu'à ce vieux‖ misérable imbécile !Égorger un enfant,‖ ce n'est pas difficile.Tout à l'heure, j'étais‖ tranquille, ayant peu vuQu'on tuât des enfants,‖ et je disais : PourvuQu'Isora vive, eh bien !‖ après cela, qu'importe ? —Mais l'enfant ! O mon Dieu !‖ c'est donc vrai qu'elle est morte !Penser que nous étions‖ là tous deux hier encor !Elle allait et venait‖ dans un gai rayon d'or ;Cela jouait toujours,‖ pauvre mouche éphémère !C'était la petite âme‖ errante de sa mère !Le soir, elle posait‖ son doux front sur mon sein,— Et dormait… — Ah ! brigand !‖ assassin ! assassin !

Il se dressait, et tout‖ tremblait dans le repaire,Tant c'était la douleur‖ d'un lion et d'un père,Le deuil, l'horreur, et tant‖ ce sanglot rugissait !

— Et moi qui, ce matin,‖ lui nouais son corset !Je disais : Fais-toi belle,‖ enfant ! Je parais l'angePour le spectre. — Oh ! ris donc‖ là-bas, femme de fange !Riez tous ! Idiot,‖ en effet, moi qui croisQu'on peut se confier‖ aux paroles des roisEt qu'un hôte n'est pas‖ une bête féroce !Le roi, les chevaliers,‖ l'évêque avec sa crosse,Ils sont venus, j'ai dit :‖ Entrez ; c'étaient des loups !Est-ce qu'ils ont marché‖ sur elle avec des clousQu'elle est toute meurtrie ?‖ Est-ce qu'ils l'ont battue ?Et voilà maintenant‖ nos filles qu'on nous tuePour voler un vieux casque‖ en vieil or de ducat !Je voudrais que quelqu'un‖ d'honnête m'expliquâtCet événement-ci,‖ voilà ma fille morte !Dire qu'un empereur‖ vient avec une escorte,Et que des gens nommés‖ Farnèse, Spinola,Malaspina, Cibo,‖ font de ces choses-là,Et qu'on se met à cent,‖ à mille, avec ce prêtre,Ces femmes, pour venir‖ prendre un enfant en traître,Et que l'enfant est là,‖ mort, et que c'est un jeu ;C'est à se demander‖ s'il est encore un Dieu,Et si, demain, après‖ de si lâches désastres,Quelqu'un osera faire‖ encor lever les astresM'avoir assassiné‖ ce petit être-là !Mais c'est affreux d'avoir‖ à se mettre celaDans la tête, que c'est‖ fini, qu'ils l'ont tuée,Qu'elle est morte ! — Oh ! ce fils‖ de la prostituée,Ce Ratbert, comme il m'a‖ hideusement trompé !O Dieu ! de quel démon‖ est cet homme échappé ?Vraiment ! est-ce donc trop‖ espérer que de croireQu'on ne va point, par ruse‖ et par trahison noire,Massacrer des enfants,‖ broyer des orphelins,Des anges, de clarté‖ céleste encor tout pleins ?Mais c'est qu'elle est là, morte,‖ immobile, insensible !Je n'aurais jamais cru‖ que cela fût possible.Il faut être le fils‖ de cette infâme Agnès !Rois ! j'avais tort jadis‖ quand je vous épargnais ;Quand, pouvant vous briser‖ au front le diadème,Je vous lâchais, j'étais‖ un scélérat moi-même,J'étais un meurtrier‖ d'avoir pitié de vous !Oui, j'aurais dû vous tordre‖ entre mes serres, tous !Est-ce qu'il est permis‖ d'aller dans les abîmesReculer la limite‖ effroyable des crimes,De voler, oui, ce sont‖ des vols, de faire un tasD'abominations,‖ de maux et d'attentats,De tuer des enfants‖ et de tuer des femmes,Sous prétexte qu'on fut,‖ parmi les oriflammesEt les clairons, sacré‖ devant le monde entierPar Urbain quatre, pape,‖ et fils d'un savetier ?Que voulez-vous qu'on fasse‖ à de tels misérables ?Avoir mis son doigt noir‖ sur ces yeux adorables !Ce chef-d'œuvre du Dieu‖ vivant, l'avoir détruit !Quelle mamelle d'ombre‖ et d'horreur et de nuit,Dieu juste, a donc été‖ de ce monstre nourrice ?Un tel homme suffit‖ pour qu'un siècle pourrisse.Plus de bien ni de mal,‖ plus de droit, plus de lois.Est-ce que le tonnerre‖ est absent quelquefois ?Est-ce qu'il n'est pas temps‖ que la foudre se prouve,Cieux profonds, en broyant‖ ce chien, fils de la louve ?Oh ! sois maudit, maudit,‖ maudit, et sois maudit,Ratbert, empereur, roi,‖ césar, escroc, bandit !O grand vainqueur d'enfants‖ de cinq ans ! maudits soientLes pas que font tes pieds,‖ les jours que tes yeux voient,Et la gueuse qui t'offre‖ en riant son sein nu,Et ta mère publique,‖ et ton père inconnu !Terre et cieux ! c'est pourtant‖ bien le moins qu'un doux êtreQui joue à notre porte‖ et sous notre fenêtre,Qui ne fait rien que rire‖ et courir dans les fleurs,Et qu'emplir de soleil‖ nos pauvres yeux en pleurs,Ait le droit de jouir‖ de l'aube qui l'enivre,Puisque les empereurs‖ laissent les forçats vivre,Et puisque Dieu, témoin‖ des deuils et des horreurs,Laisse sous le ciel noir‖ vivre les empereurs !

XV Les deux têtes

Ratbert en ce moment,‖ distrait jusqu'à sourire,Écoutait Afranus‖ à voix basse lui dire :— Majesté, le caveau‖ du trésor est trouvé.

L’aïeul pleurait.— Un chien, au coin des murs crevé,Est un être enviable‖ auprès de moi. Va, pille,Vole, égorge, empereur !‖ O ma petite fille,Parle-moi ! Rendez-moi‖ mon doux ange, ô mon Dieu !Elle ne va donc pas‖ me regarder un peu ?Mon enfant ! Tous les jours‖ nous allions dans les lierres.Tu disais : Vois les fleurs,‖ et moi : Prends garde aux pierres !Et je la regardais,‖ et je crois qu'un rocherSe fût attendri rien‖ qu'en la voyant marcher.Hélas ! avoir eu foi‖ dans ce monstrueux drôle !Mets ta tête adorée‖ auprès de mon épaule.Est-ce que tu m'en veux ?‖ C'est moi qui suis là ! Dis,Tu n'ouvriras donc plus‖ tes yeux du paradis !Je n'entendrai donc plus‖ ta voix, pauvre petite !Tout ce qui me tenait‖ aux entrailles me quitte ;Et ce sera mon sort‖ à moi, le vieux vainqueur,Qu'à deux reprises Dieu‖ m'ait arraché le cœur,Et qu'il ait retiré‖ de ma poitrine amèreL'enfant, après m'avoir‖ ôté du flanc la mère !Mon Dieu, pourquoi m'avoir‖ pris cet être si doux ?Je n'étais pourtant pas‖ révolté contre vous,Et le consentais presque‖ à ne plus avoir qu'elle.Morte ! et moi, je suis là,‖ stupide, qui l'appelle !Oh ! si je n'avais pas‖ les bras liés, je croisQue je réchaufferais‖ ses pauvres membres froids.Comme ils l'ont fait souffrir !‖ La corde l'a coupée.Elle saigne.Ratbert, blême et la main crispée,Le voyant à genoux‖ sur son ange dormant,Dit : — Porte-glaive, il est‖ ainsi commodément.

Le porte-glaive fit,‖ n'étant qu'un misérable,Tomber sur l'enfant mort‖ la tête vénérable.Et voici ce qu'on vit‖ dans ce même instant-là :La tête de Ratbert‖ sur le pavé roula,Hideuse, comme si‖ le même coup d'épée,Frappant deux fois, l'avait‖ avec l'autre coupée.

L'horreur fut inouïe ;‖ et tous, se retournant,Sur le grand fauteuil d'or‖ du trône rayonnantAperçurent le corps‖ de l'empereur sans tête,Et son cou d'où sortait,‖ dans un bruit de tempête,Un flot rouge, un sanglot‖ de pourpre, éclaboussantLes convives, le trône‖ et la table, de sang.

Alors dans la clarté‖ d'abîme et de vertigeQui marque le passage‖ énorme d'un prodige,Des deux têtes on vit‖ l'une, celle du roi,Entrer sous terre et fuir‖ dans le gouffre d'effroiDont l'expiation‖ formidable est la règle,Et l'autre s'envoler‖ avec des ailes d'aigle.

XVI Après justice faite

L'ombre couvre à présent‖ Ratbert, l'homme de nuit.Nos pères — c'est ainsi‖ qu'un nom s'évanouit —Défendaient d'en parler,‖ et du mur de l'histoireLes ans ont effacé‖ cette vision noire.

Le glaive qui frappa‖ ne fut point aperçu ;D'où vint ce sombre coup,‖ personne ne l'a su ;Seulement, ce soir-là,‖ bêchant pour se distraire,Héraclius le Chauve,‖ abbé de Joug-Dieu, frèreD'Acceptus, archevêque‖ et primat de Lyon,Étant aux champs avec‖ le diacre Pollion,Vit, dans les profondeurs‖ par les vents remuées,Un archange essuyer‖ son épée aux nuées.

Versification

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Distiques
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Mots à la rime
a mont / Pharamond masculine, classiqueb citadelle / fidèle féminine, classiquec ravins / quatre-vingts masculine, classiquea héritière / frontière féminine, classiqueb l'aïeul / linceul masculine, classiquec couvertes / vertes féminine, classiqued pas masculine, classiquee s'assombrisse / Fabrice féminine, classiqueb laboureur / l'empereur masculine, classiquec villes / viles féminine, classiqued combattit / petit masculine, classiquee empreinte / étreinte féminine, classiquef obstiné / Non-Né masculine, classiqueg trente / expirante féminine, classiqueh belliqueux / qu'eux masculine, classiquei homme / Rome féminine, classiquej destin / florentin masculine, classiquek labyrinthe / crainte féminine, classiquel dos / Chandos masculine, classiquem Béthune / fortune féminine, classiquen gronder / demander masculine, classiqueo Gênes / chaînes féminine, classiquep délivrant / grand masculine, classiqueq traître / prêtre féminine, classiquer soufflé / clé masculine, classiques l'église / bise féminine, classiquet talon / félon masculine, classiqueu royaume / fantôme féminine, classiquev flamboyant / ayant masculine, classiquew patrie / meurtrie féminine, classiquex droits / rois masculine, classiquey plie / Italie féminine, classiquez ôté / côté masculine, classiquea cloître / croître féminine, classiqueb cœurs / vainqueurs masculine, classiquec fourbe / tourbe féminine, classiqued vil / voit-il masculine, classiquee crainte / sainte féminine, classiquef loyauté / sécurité masculine, classiqueg gloire / mémoire féminine, classiqueh vieillard / brouillard masculine, classiquea dispersent / versent féminine, classiqueb l'ennui / fui masculine, classiqueb s'allonge / songe féminine, classiquec voir / soir masculine, classiqued finissante / s'absente féminine, classiquee partir / repentir masculine, classiqueb blanche / penche féminine, classiquec appui / lui masculine, classiqued racine / ruine féminine, classiquee cœur / fleur masculine, classiqueb famille / fille féminine, classiquec maternel / solennel masculine, classiqueb l'habitude / l'inquiétude féminine, classiqueb refroidis / jadis masculine, classiquec publique / relique féminine, classiqued effort / sort masculine, classiquee chose / cause féminine, classiquef poids / lois masculine, classiqueg pelle / chapelle féminine, classiqueb beaux / tombeaux masculine, classiquec étincelle / chancelle féminine, classiqued piliers / chevaliers masculine, classiquee sombre / l'ombre féminine, classiquef l'enfant / défend masculine, classiqueb seule / aïeule féminine, classiquec buissons / saxons masculine, classiqued race / vorace féminine, classiquee câprier / prier masculine, classiquef rejoindre / poindre féminine, classiqueg haillons / papillons masculine, classiqueh architrave / grave féminine, classiquei accords / morts masculine, classiquea broie / proie féminine, classiqueb méprisât / marquisat masculine, classiquec censives / massives féminine, classiqued bleu / Mathieu masculine, classiquee évangélistes / balistes féminine, classiquef châteaux / manteaux masculine, classiqueg boucles / d'escarboucles féminine, classiqueh discret / secret masculine, classiquei sachette / cachette féminine, classiquej combats / bas masculine, classiquek façades / cruzades féminine, classiquel manquât / ducat masculine, classiquem Tigrane / filigrane féminine, classiquen onyx / Phénix masculine, classiqueo once / nonce féminine, classiqueb coureur / l'empereur masculine, classiquec Tarente / parente féminine, classiqued honneur / Seigneur masculine, classiqueb reines / sereines féminine, classiqueb triomphant / d'enfant masculine, classiquec joie / l'envoie féminine, classiqueb procureur / empereur masculine, classiquec souveraines / chaînes féminine, classiqueb l'olifant / enfant masculine, classiquec loyale / impériale féminine, classiqueb dessus / Jésus masculine, classiquec sentinelle / tournelle féminine, classiqued cela / voilà masculine, classiquee contrée / l'entrée féminine, classiquef vapeur / peur masculine, classiqueg centenaire / tonnerre féminine, classiquea tombeau / flambeau masculine, classiqueb lampes / rampes féminine, classiquec mort / dort masculine, classiqued apporte / porte féminine, classiquee défunts / parfums masculine, classiquef table / lamentable féminine, classiqueg enfant / étouffant masculine, classiqueh statues / vêtues féminine, classiquei chien / bien masculine, classiquej paupière / pierre féminine, classiquek voir / noir masculine, classiquel couche / farouche féminine, classiquea chariots / impériaux masculine, classiqueb trompette / répète féminine, classiquec lointain / matin masculine, classiqueb visite / parasite féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquec Alpujarres / jarres féminine, classiqued l'escalier / sanglier masculine, classiquee écorche / porche féminine, classiquef jadis / Amadis masculine, classiqueg quadrige / latobrige féminine, classiqueh or / Memor masculine, classiquei chambre / sicambre féminine, classiquej endroit / froid masculine, classiquea vivantes / servantes féminine, classiqueb revêt / chevet masculine, classiquec d'érable / vénérable féminine, classiqued d'or / corridor masculine, classiquee madone / donne féminine, classiquef étant / content masculine, classiqueg nues / ingénues féminine, classiqueh soir / voir masculine, classiquei mamelles / d'ailes féminine, classiquej réchauffant / l'enfant masculine, classiquek davantage / âge féminine, classiquel voix / autrefois masculine, classiquem peine / chêne féminine, classiquea bon / barbon masculine, classiqueb France / révérence féminine, classiquec monseigneur / bonheur masculine, classiqued t'aime / toi-même féminine, classiquee bonnet / prenait masculine, classiquef mains / l’habille / fille féminine, classiqueg avait / chevet masculine, classiqueh épée / occupée féminine, classiquei ceinturon / clairon masculine, classiquej l'Italie / oublie féminine, classiquek loi / moi masculine, classiquel chancelle / prend-elle féminine, classiquem tremblants / blancs masculine, classiquea dragées / arrangées féminine, classiqueb mieux / vieux masculine, classiquec souvienne / sienne féminine, classiquea prés / rentrés masculine, classiqueb maritimes / battîmes féminine, classiquec jouets-là / d'Attila masculine, classiqued serge / Vierge féminine, classiquee hideux / deux masculine, classiquef contente / tente féminine, classiqueg main / lendemain masculine, classiqueh véritables / étables féminine, classiquei éclats / hélas masculine, classiquej chimères / mères féminine, classiquek ainsi / obscurci masculine, classiqueb humaine / reine féminine, classiquec genoux / doux masculine, classiqued poussière / brassière féminine, classiquee d'acier / brasier masculine, classiqueb collines / félines féminine, classiquec luit / nuit masculine, classiqued humaine / romaine féminine, classiquee appela / Sylla masculine, classiquef chauve / fauve féminine, classiqueg agrès / lazarets masculine, classiqueh nombre / sombre féminine, classiquei crénela / là masculine, classiquea fanfares / phares féminine, classiqueb jamais / sommets masculine, classiquec dressée / pensée féminine, classiqued mal / l'animal masculine, classiquee rougie / orgie féminine, classiquef flétri / cri masculine, classiqueg voisines / cuisines féminine, classiqueh cru / apparu masculine, classiquea sombre / décombre féminine, classiqueb corbeau / flambeau masculine, classiquec orme / énorme féminine, classiquea bruit / nuit masculine, classiquea prêtres / reîtres féminine, classiqueb milieu / Dieu masculine, classiquec lance / violence féminine, classiqued eux / affreux masculine, classiquee véritable / table féminine, classiquef tortueux / monstrueux masculine, classiqueg Héliogabales / cymbales féminine, classiqueh prodiguer / distinguer masculine, classiquei femmes / infâmes féminine, classiquej hagards / regards masculine, classiquea fume / écume féminine, classiqueb crevés / pavés masculine, classiquea triste / assiste féminine, classiqueb étranger / manger masculine, classiquec surnage / carnage féminine, classiquea clairon / Néron masculine, classiqueb râle / pâle féminine, classiquea fleurs / voleurs masculine, classiquea roses / apothéoses féminine, classiqueb saluts / luths masculine, classiquec l'alcôve / fauve féminine, classiqued pressant / sang masculine, non classiquea d'étincelles / vaisselles féminine, classiqueb montagnards / poignards masculine, classiquec songe / plonge féminine, classiqued tonneau / d'agneau masculine, classiquee prolongent / rongent féminine, classiquef d'étain / byzantin masculine, classiqueg génie / d'agonie féminine, classiqueh frais / coffret masculine, non classiquei nacre / massacre féminine, classiquej ravi / servi masculine, classiquek sanglantes / indolentes féminine, classiquel soir / dressoir masculine, classiquem queues / bleues féminine, classiquen écumants / amants masculine, classiqueo enflammée / fumée féminine, classiquea raison / trahison masculine, classiqueb défense / l'enfance féminine, classiquec voulu / vermoulu masculine, classiqued trempées / épées féminine, classiquee donna / Malaspina masculine, classiquef nomme / Rome féminine, classiqueg pal / principal masculine, classiquea répandent / pendent féminine, classiqueb supplicier / carnassier masculine, classiquec havres / cadavres féminine, classiqued côté / vérité masculine, classiqueb s'effraie / l'orfraie féminine, classiquec brisés / excusés masculine, classiqued terre / austère féminine, classiquee mystérieux / yeux masculine, classiquef toiles / d'étoiles féminine, classiqueg l'élu / voulu masculine, classiqueh épouvante / vivante féminine, classiquei bleu / Dieu masculine, classiquea escorte / porte féminine, classiqueb éventail / portail masculine, classiquea gloire / notoire féminine, classiqueb d'Albenga / ligua masculine, classiquec saint-siège / protège féminine, classiqued tribunal / Final masculine, classiquea penchée / tranchée féminine, classiqueb dit / grandit masculine, classiqueb tombe féminine, classiquec d'orgueil / seuil masculine, classiqued l'ancêtre / Fabrice / maître féminine, classiqueb pâleur / voleur masculine, classiquec proie / voie féminine, classiqued mains / inhumains masculine, classiqueb caprice / Fabrice féminine, classiquec lieu / Dieu masculine, classiqued sauve / chauve féminine, classiqueb tait / compagnon / non masculine, classiquec nomme / gentilhomme féminine, classiqued épagneul / trésor / l’aïeul masculine, classiquee lance / silence féminine, classiquea crampons / Réponds masculine, classiqueb sorte féminine, classiquec l'interdit / bondit masculine, classiqued moustache / sache féminine, classiquee vieillard / pillard masculine, classiquef faute / haute féminine, classiqueg nuit / construit masculine, classiqueb parle / d'Arle féminine, classiquea écoutait / tait masculine, classiquea traître / maître féminine, classiqueb Ratbert / reprenant / haubert masculine, classiquec donnes / couronnes féminine, classiqued fais / Fez masculine, classiquee esclaves / muet / braves féminine, classiqueb empereur / d'horreur masculine, classiqueb horde / corde féminine, classiquec l'écart / brancard masculine, classiqued arbre / marbre féminine, classiquee noir / voir masculine, classiqueb navre / cadavre féminine, classiquea géant / béant masculine, classiqueb pouce / repousse féminine, classiquec l'enfant / fend masculine, classiqued morte / forte féminine, classiqueb poids / poix masculine, classiquec farouche / bouche féminine, classiqued cracher / rocher masculine, classiquee ouverte / offerte féminine, classiquef combattu / eu masculine, classiqueg imbécile / difficile féminine, classiqueh vu / Pourvu masculine, classiquei qu'importe / morte féminine, classiquej encor / d'or masculine, classiquek éphémère / mère féminine, classiquel sein / assassin masculine, classiquea repaire / père féminine, classiqueb rugissait / corset masculine, classiqueb l'ange / fange féminine, classiquec crois / rois masculine, classiqued féroce / crosse féminine, classiquee loups / clous masculine, classiquef battue / tue féminine, classiqueg ducat / m'expliquât masculine, classiqueh morte / escorte féminine, classiquei Spinola / choses-là masculine, classiquej prêtre / traître féminine, classiquek jeu / Dieu masculine, classiquel désastres / astres féminine, classiquem être-là / cela masculine, classiquen tuée / prostituée féminine, classiqueo trompé / échappé masculine, classiquep croire / noire féminine, classiqueq orphelins / pleins masculine, classiquer insensible / possible féminine, classiques Agnès / épargnais masculine, classiquet diadème / moi-même féminine, classiqueu vous / tous masculine, classiquev abîmes / crimes féminine, classiquew tas / d'attentats masculine, classiquex femmes / oriflammes féminine, classiquey entier / savetier masculine, classiquez misérables / adorables féminine, classiquea détruit / nuit masculine, classiqueb nourrice / pourrisse féminine, classiquec lois / quelquefois masculine, classiqued prouve / louve féminine, classiquee maudit / bandit masculine, classiquef soient / voient féminine, classiqueg nu / inconnu masculine, classiqueh être / fenêtre féminine, classiquei fleurs / pleurs masculine, classiquej l'enivre / vivre féminine, classiquek horreurs / empereurs masculine, classiquea sourire / dire féminine, classiqueb trouvé / pleurait / crevé masculine, classiqueb pille / fille féminine, classiquec Dieu / peu masculine, classiqued lierres / pierres féminine, classiquee rocher / marcher masculine, classiquef drôle / épaule féminine, classiqueg Dis / paradis masculine, classiqueh petite / quitte féminine, classiquei vainqueur / cœur masculine, classiquej amère / mère féminine, classiquek doux / vous masculine, classiquel qu'elle / l'appelle féminine, classiquem crois / froids masculine, classiquen coupée / saigne / crispée féminine, classiqueo dormant / commodément masculine, classiquea misérable / vénérable féminine, classiqueb instant-là / roula masculine, classiquec d'épée / coupée féminine, classiquea retournant / rayonnant masculine, classiqueb tête / tempête féminine, classiquec éclaboussant / sang masculine, non classiquea vertige / prodige féminine, classiqueb roi / d'effroi masculine, classiquec règle / d'aigle féminine, classiquea nuit / s'évanouit masculine, classiqueb l'histoire / noire féminine, classiquea aperçu / su masculine, classiqueb distraire / frère féminine, classiquec Lyon / Pollion masculine, classiqued remuées / nuées féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

756 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources